SER I
quilles dans cette voie ? Vous * convenez de la sagesse de ceux | qui eu ont choisi une plus sûre : ^ vous dites tous les jours qu'ils \ sont louables; qu'on est heureux , quand on peut prendre sur soi :
jusqu'à ce point; qu'il est bien J plus sûr de vivre comme eux : ) vous le dites, et vous ne croyez j pas devoir les imiter? Insensés, i s'écrie l'apôtre, quel est le prèstige qui vous abuse? et pourquoi j n'obéissez-vous pas à la vérité ' que vous connaissez ?
Enfin dernière réflexion : souf- j
frez que je vous demande, mes !
frères, pourquoi cherchez-vous,
et nous alléguez- vous tant de '
raisons spécieuses ])Our vous ;
justifiera vous-mèines les mœurs 1
dans lesquelles vous vivez? Ou •
vous voulez sincèrement vous J
sauver, ou vous êtes résolus de .
vous perdre. Voulez-vous vous :
sauver? choisissez donc les voies I
les plus propres pour arriver à i
la fin où vous aspirez ; laissez là ■
les voies douteuses, et qui jus- '
qu'ici n'y ont conduit personne;
tenez-vous-en à celle que Jésus- ]
Christ nous a montrée, et qui \
seule peut vous y conduire : ne l
vous appliquez pas à vous dimi- j
nuer à vous-mêmes les dangers '
de votre état, et à les envisager ;
par les endroits les moins odieux j
pour les moins craindre ; gros-j
sissez-en, au contraire, le périlj
dans votre esprit : on ne peut*
trop craindre ce qu'on ne peut]
trop éviter; et le salut est la;
seule affaire où les précautions!
ne sauraient jamais être excessi-|
ves, parce que la méprise y est!
SER sans ressource. Voyez si ceux qui suivaient les voies douteuses où vous marchez, et qui nous alléguaient les mêmes raisons que vous pour les justifier, s'en sont tenus là dès que la grâce a opéré dans leur cœur des désirs sincères de salut : ils ont regardé les périls au milieu desquels vous vivez comme iualliables avec leur dessein ; ils ont cherché des routes plus siires et plus solides ; ils ont fait succéder la sainte sûreté de la retraite à l'inutilité et aux dangers des sociétés et des commerces; l'usage de la prière à la dissipation des jeux et des ainuseraens; la garde des sens à l'indécence des parures et au péril des spectacles; la mortification chrétienne à la mollesse d'une vie douce et sensuelle; la modestie et les larfjesses saintes aux profusions de la vanité; l'Évangile au monde:
ils ont couru au plus sûr, et ont compris que ce serait une folie de vouloir se sauver comme tous les autres se damnent. Mais si vous êtes résolu de périr , eh !
pourquoi donc voulez-vous encore garder certaines mesures avec la religion? Pourquoi cherchezvous toujours à mettre quelques raisons spécieuses de votre côté, à réconcilier vos mœurs avec l'Évangile , et sauver, pour ainsi dire, encore les apparences avec Jésus-Christ? Pourquoi n'êlesvous pécheur qu'à demi, et laissez-vous encore à vos passions les plus grossières le frein inutile de lu loi ? Secouez donc ce reste do joug qui vous gène, et qui ,
en diminuant vos plaisirs , ne diminuera pas vos supplices.
Pourquoi vous perdez-vous avec tant de contrainte? Au lieu de ce confesseur indulgent qui vous damne, mettez-vous au large; n'en ayez point du tout : au lieu de ces scrupules qui ne vous permettent que des gains douteux, et vous interdisent encore certains profits bas et manifestement iniques, qui vous mettent néanmoins au nombre des ravisseurs qui ne posséderont poi nt le royaume de Dieu, franchissez le pas, et ne mettez plus d'autres bornes à votre injustice que celle de votre cupidité. Au lieu de ces familiarités suspectes où voire âme est toujours blessée , ôtez à la passion la barrière importune et inutile de ce que le crime a de plus grossier : au lieu de ces mœurs moUeset mondainesqui, aussi-bien, vous damneront, ne refusez rien à vos passions , et vivez comme les animaux , au gré de tous vos désirs. Oui, pécheurs , périssez avec tous les fruits de l'iniquité , puisque , aussi-bien, vous en moissonnerez les larmes et les peines éternelles.
Mais non, mon cher auditeur, nous ne vous donnons ces conseils de désespoir que pour vous en inspirer de l'horreur :
c'est un tendre artifice du zèle , qui ne fait semblant de vous exhorter à votre perte qu'afin que vous n'y consentiez pas vousmême. Hélas I suivez plutôt ces restes de lumière qui vous montrent encore de loin la vérité : ce 3i
n'est pas sans raisou que le Seigneur a conservé jusqu'ici en vous ces semences de salut , et qu'il n'a pas permis que tout s'effaçât jusqu'aux principes ; c'est un droit qu'il se réserve encore sur votre cœur : prenez garde seulement de ne pas fonder là-dessus une vaine espérance de conversion à venir ; il n'est permis d'espérer que lorsque l'on commence à travailler.
Commencez donc le grand ouvrage de votre salut éternel , pour lequel seul Dieu vous a mis sur la terre, et auquel vous n'avez pas même encore pensé :
estimez un soin si nécessaire :
préférez-le à tous les autres :
ne trouvez de plaisir qu'en vous y appliquant : examinez les moyens les plus sûrs et les plus propres pour y réussir, et les choisissez, quoi qu'il en coûte, quand une fois vous les aurez connus.
Telle est la prudence de l'Évangile, si souvent recommandée par Jésus-Christ ; hors de là tout est vanité et méprise : vous auriez un esprit supérieur et capable de tout, des talens rares et éclatans; si vous prenez le change sur votre salut éternel , vous êtes un enfant. Salomon, si estimé dans l'Orient pour sa sagesse, est un insensé, dont on a peine encore aujourd'hui à comprendre la folie. Toute la raison du monde n'est qu'un jeu , qu'un éblouissement, si elle se méprend sur le point décisif de l'éternité : il n'est dans toute la vie que ce seul point de sé-
rieux ; tout le reste est un songe sur lequel il importe peu de se méprendre. Ne vous en fiez donc pas à la multitude qui est toujours le parti de ceux qui s'égarent : ne prenez pas pour vos guides des hommes qui ne sauraient être vos garajis : ne laissez rien au hasard et à l'incertitude des événemens : c'est le comble de la folie , quand il s'agit de l'éternité; et d'autant mieux que de vouloir risquer ici, c'est être assuré de tout perdre. Rapprochez toujours les usages et les exemples à la règle :
souvenez-vous qu'il y a une infinité de voies qui paraissent droites aux hommes , et qui néanmoins conduisent à la mort; que tous ceux presque qui se damnent, se damnent en croyant se sauver; et que tous les réprouvés? au dernier jour, en entendant prononcer leur sentence, seront surpris, dit l'Évangile, de leur condamnation :
Quaiidà te vidiinus esiirientem?
parce qu'ils s'attendaient tous au partage des justes. C'est ainsi qu'après l'avoir attendu, selon les règles de la foi dans cette vie, vous en jouirez éternellement dans le ciel. (Le père Massillon, tome 4' du carême. )