PREMIÈRE PARTIE
L'univers entier est un temple c[ue Dieu remplit de sa gloire et de sa présence. Cependant les hommes lui ont consacré dans tous les temps des lieux qu'il a honorés d'une présence spéciale.
Les patriarches lui dressèrent des autels en certains endroits où il leur avait apparu. A la naissance de l'Évangile , les maisons des fidèles furent d'abord des églises domestiques; la cruauté des tyrans obligeait ces premiers disciples de la foi à chercher des lieux obscurs et cachés, pour se dérober à la fureur des persécutions, y célébrerJes saints mystères , et invoquer le nom du Seigneur. La majesté des cérémonies n'entra dans l'Église qu'avec celle des Césars : la religion eut SCS David et ses Salomon , qui rougirent d'habiter des palais superbes, tandis que le Seigneur n'avait pas où reposer sa tête : de somptueux édifices s'élevèrent peu à peu dans nos villes : le Dieu du ciel et de la lei're rentra, si j'ose le dire, dans ses droits; et les temples même où le démon avait été si long-temps invoqu"^, lui furent rendus comme à leur légitime maître, consacrés à son culte, et devinrent sa demeure. Mais ce ne sont pas ici des temples vides, semblables à celui de Jé-
rusalem , où tout se' passait en ombre et en figure. Le Seigneur habitait encore alors dans ces lieux, dit le prophète, et son trône était encore au-dessus des nuées : mais depuis qu'il a daigné paraître sur la terre, converser avec les hommes , et nous laisser dans ces bénédictions mystiques le gage réel de sou corps et de son sang réellement contenus sous ces signes sacrés, l'autel du ciel n'a plus aucun avantage sur le nôtre; la victime que nous y immolons, c'est l'agneau de Dieu 5 le pain aur quel nous y participons , c'est la nourriture immortelle dts anges et des esprits bienheureux ; le vin mystique que nous y buvons, est ce breuvage nouveau dont on s'enivre dans le royaume du père céleste; le cantique sacré que nous y chantons, est celui que l'harmonie du ciel fait sans cesse retentir autour du trône de l'agneau; enfin, nos temples sont ces nouveaux; lieux que le prophète promettait aux hommes. Nous n'y voyons pas à découvert, il est vrai, tout ce que l'on voit dans la céleste Jérusalem ; car nous ne voyons ici-bas qu'à travers un voile, et comme en énigme : mais nous le possédons, nous le goûtons, et le ciel n'a plus rien au-dessus de la terre. >yu\(\ goidi ,)*./., Or, je dis, ^es frères, que nos temples étant un nouveau ciel que le Seigneur remplit de sa gloire et de sa présence, l'innocence et la pureté est la première disposition qui nous don-
ne droit d'y venir paraître, comme aux bienheureux , dans le temple éternel : Sine macula enim sunl ante ihrommi Dt^i ; parce que le Dieu devant lequel nousparaissonsestunDieusaint.
Eu effet, mes frères, la sainteté de Dieu répandue dans tout l'univers, est un des plus grands motifs que la religion nous piopose, pour nous porter à marclier partout devant lui dans la pureté et dans l'innocence.
Comme toutes les créatures sont sanctifiées par la résidence intime de la divinité qui habite en elles, et que tous les lieux sont pleins de sa gloire et de son immensité, les divines Écritures nous avertissent sans cesse de respecter partout la présence de Dieu , qui nous voit et qui nous regarde ; de n'offrir j)artout à ses yeux rien qui puisse blesser la sainteté de ses regards; et de ne pas souiller par nos crimes la terre qui toute entière est son templeetla demeure de sa gloire:
le pécheur qui porte une conscience impure est donc une espèce de profanateur, indigne de vivre sur la terre, parce qu'il déshonore partout, par l'état seul de son cœur corrompu, la présence du Dieu saint qui est sans cesse près de lui , et qu'il profane tous les lieux où il porte ses crimes, parce qu'ils sont tous •sanctifiés par l'immensité du Dieu qui les remplit et qui les consacre.
Mais si la présence de Dien répandue sur toute la terre est une raison qui nous oblige de
SER paraître partout purs et sans tache à ses yeux, sans doute les lieux qui dans cet univers lui sont particulièrement consacrés, nos temples saints où la divinité elle - même réside corporellement, pour ainsi dire, demandent à plus forte raison que nous y paraissions purs et sans tache, de peur de déshonorer la sainteté de Dieu qui les remplit et qui les habite.
Aussi , mes frères, lorsque le Seigneur a permis à Salomoa d'élever à sa gloire ce temple sJ fameux par sa magnificence, et si vénérable par l'éclat de son culte et la majesté de ses cérémonies, que de précautions sévères ne prit-il pas de peur que les liommes n'abusassent de la bonté qu'il avait de se choisir une demeure spéciale au milieu d'eux, et qu'ils n'osassent y paraître en sa présence couverts de taches et de souillures? que de barrières ne mit-il pas encore entre lui et l'homme, pour ainsi dire? et, en s'approchant de nous , quel intervalle sa sainteté ne laissa-t-elle point entre le lieu qu'elle remplissait de sa présence , et les vœux des peuples qui venaient l'invoquer?
Oui, mes frères, écoutez-le.
Dans l'enceinte de ce vaste édifice que Salomon consacra à la majesté du Dieu de ses pères , le Seigneur ne choisit pour sa demeure que le lieu le plus reculé et le plus inaccessible ; c'était là le saint des saints, c'est-à-dire, le seul lieu de ce temple immense qu'on regardât comme
SER la demeure et le temple du Seigneur sur la terre. Et encore, que de précautions terribles en défendaient l'entrée I une enceinte extérieure et fort éloignée l'environnait; et là seule* ment les gentils et les étrangers qui voulaient s'instruire de la loi pouvaient aborder. Secondement, une autre enceinte encore fort éloignée le cachait encore; et là les seuls Israélites avaient droit d'entrer; encore fallait-il qu'ils ne fussent souillés d'aucune tache , et qu'ils eussent pris soin de se purifier par la vertu des jeûnes et des ablutions prescrites, avant que d'oser approcher d'un lieu si loin encore du saint des saints.
Troisièmement, une autre enceinte plus avancée le séparait encore du reste du temple ; et là les seuls prêtres entraient chaque jour pour offrir des sacrifices, et renouveler les pains sacrés exposés sur l'autel. Tout autre Israélite qui eût osé en approcher, la loi voulait qu'où le lapidât comme un profanateur et un sacrilège; et un roi même d'Israël , le téméraire Osias , qui crut pouvoir, à la faveur de sa dignité royale, y venir offrir de l'encens, fut à l'instant couvert de lèpie, dégradé de sa royauté, et séparé pour le reste de ses jours de toute société et de tout commerce avec les hommes. Enfin, après tant de barrières et de séparations, se présentait le saint des saints; ce lieu si terrible et si caché, couvert d'un voile im-
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pénétrable , inaccessible à tout mortel, à tout juste , à tout prophète, à tout ministre même du Seigneur, excepté au seul souverain pontife; encore n'avait-il droit de s'y présenter qu'une fois dans l'année, après mille précautions sévères et religieuses, et portant dans ses mains le sang de la victime, qui seule lui ouvrait les portes de ce lieu sacré. Et cependant, que renfermait ce saint des saints, ce lieu si formidable et si inaccessible? les tables de la loi, la manne, la verge d'Aaron, des figures vides, et les ombres de l'avenir. Le Dieu saint lui-même, qui y rendait quelque foissesoracles, n'y résidait pas encore comme dans le sanctuaire des chrétiens, dont les portes s'ouvrent indifféremment à tout fidèle.
Or, mes frères , si la bonté de Dieu, dans une loi d'amour et de grâce , n'a plus mis ces barrières terribles entre lui et nous; s'il a détruit ce mur de séparation qui l'éloigné si fort de l'homme, et permis à tout fidèle d'approcher du saint des saints, où il habite maintenant lui-même, ce n'est pas que sa sainteté exige moins de pureté et d'innocence de ceux qui viennent se présenter devant lui.
Son dessein a été seulement de nous rendre plus purs , plus saints, plus fidèles, et nous faire sentir quelle doit être la sainteté des chrétiens; puisqu'il est obligé de soutenir tous les jours aux pieds de l'autel et du sanctuaire terrible, la présence du
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Dieu qu'il invoque et qu'il adore. Et voilà pourquoi un apôtre appelle tous les chrétiens, une nation sainte , gens sancta ; parce qu'ils ont tous droit de venir se présenter à l'autel saint : une race choisie; parce qu'ils sont tous séparés du inonde et de tout usage profane , consacrés au Seigneur, et uniquement destinés à son culte et à son service , genits electum : et enfin , un sacerdoce royal ; parce qu'ils participent tous en un sens au sacerdoce de son fils, le grand-prêtre de la loi nouvelle; et que le privilège accordé autrefois au seul souverain pontife d'entrer dans le saint des saints, est devenu comme le droit commun et journalier de chaque fidèle , régale sacerdotium. C'est donc la ïainteté seule de notre baptême et de notre consécration qui nous ouvre ces portes sacrées. Si nous sommes des c!irétiens impurs, nous sommes en quelque sorte déchus de ce droit; nous n'avons plus de part à l'autel, tious ne sommes plus dignes de l'asseiiihlée des saints, et le temple de Dieu n'est plus pur pour nous.
Nos temples, mes frères, ne devraient donc être que la maison des justes; tout ce qui s'y pas^'è suppose la justice et la sainteté dans les spectateurs; les mystères que nous y célébrons, sont des mystères saints et redoutables, et qui demandent des yeux purs; l'iiostie qu'on y offre, est la réconciliation des pénitens ou le pain des forts et
des parfaits; les cantiques sacrés qu'on y entend , sont les gémissemensd'un cœur touché ou les soupirs d'une ame chaste et fidèle. Et voilà pourquoi l'Église prend soin de purifier même tout ce qui doit paraître sur l'autel : elle consacre par des paroles de bénédiction les pierres mêmes de ces édifices saints, comme pour les rendre dignes de soutenir la présence et les regards duDieu qui les habite : elle expose aux portes de nos temples une eau sanctifiée par ses piières, et recommande aux fidèles d'en répandre sur leurs têtes avant d'entrer dans ce lieu saint, comme pour achever de les purifier de quelques légères souillures qui j)ourraient leur rester encore, de peur que la sainteté du Dieu devant qui ils viennent paraître, n'en soit blessée.
Autrefois même l'Église n'accordait point dans l'enceinte de ses murs sacrés, des tombeaux aux corps des fidèles; elle ne recevait ])oinl dans ce lieu saint les dépouilles de leur mortalité:
les seuls redites précieux des martyrs avaient droit d'y être placés ; et elle ne croyait pas que le temple de Dieu, que ce nouveau ciel qu'il remplit de sa présence et de sa gloire, dût servir d'asile aux cendres de ceux qu'elle ne comptait pas encore au nombre des bienheureux.
Les pénitens publics euxmêmes étaient exclus durant long-temps de l'assistance aux saints mystères. Prosternés aux portes du temple, couverts de
SER ctndre et de cilice, l'assemblée même des fidèles leur était d'abord interdite comme à des ana tlièmes : ce n'étaient que Iturs larmes et leurs macérations qui leur ouvraieutenfin ces porlessacrées. Aussi, quelle joie, lorsque, après avoir long- temps jjémi et demandé leur réconciliation, ils se retrouvaient dans le temple parmi leurs frères; ils revoyaient ces autels , ce sanctuaire, ces mémoires des martyrs, ces ministres occupés avec tant de recueillement aux mystères redoutables; il» entendaient leurs noms prononcés à l'autel avec ceux des fidèles, et chantaient avec eux des hymnes et des cantiques! quelles larmes de joie et de religion ne répandaient-ils pas alors I c(uel regret de s'être privés si long-temps d'une si douce consolation! un seul jour, ô mon Dieu! passé dans votre maison sainte, s'écriaient-ils sans doute avec le jirophète, console plus le cœur que les années entières passées dans les plaisirs et dans les tentes des pécheurs! Telsétaient autrefois les tem;:les des chrétiens.
Loin de ces murs sacrés, disait alors à haute voix le ministre, du haut de l'autel à toute l'asseniblée des fidèles, loin de ces murs sacrés, les immondes, les impurs, les sectateurs des démons, lésâmes cent fois revenues à leur vomisî-ement, les partisans du mensonge et de la vanité! Forïs canes cAvenejici., et impLidici, et homicitiœ, el idolis servienlcsy et omnis qui ainat
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etfacit niendacium. L'Église, il est vrai , ne fait plus ce discernement sévère : la multitude àes fidèles et la dépravation dos mœurs l'ayant rendu impossible, elle ouvre indifféremment les portes de nos temples aux justes et aux pécheurs; elle tire le voile de son sanctuaire devant même des yeux {irofanes; et les ministres n'attendent plus que les pécheurs et les immondes soient sortis pour commencer les mystères redoutables. Mais l'Eglise suppose , que si vous n'êtes pas justes en venant ici paraître devant la majesté d'un Dieu saint , vous y portez du moins des désirs de justice et de pénitence : elle suppose, que si vous n'êtes pas encore tout-à-fait purifiés de vos crimes, vous en êtes du moins touchés, et que vous venez en gémir aux pieds des autels; et que votre confusion et le respect sincère de vos fautes vont commencer ici votre justification et votre innocence^ Ce sont donc vos désirs d'une vie plus chrétienne , si vous êtes j.écheurs , qui seuls peuvent vous autoriser et vous donner droit de venir paraître ici dans le lit^u saint ; et si vous n'y venez j.as gémir sur vos crimes , et que vous en portiez la volonté et l'affection actuelle et déterminée jusqu'aux pieds de l'autel, l'Église, à la vérité, qui ne voit pas les cœurs et qui n'en juge pas, ne vous ferme pas ses portes sacrées , mais Dieu vous rejette invisiblement : vous êtes à ses yeux un anathème et
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un excommunié , qui n avez plas de droit à l'autel et aux sacrifices, qui venez souiller par votre seule présence la sainteté des mystères terribles , prendre votre place dans un lieu f(ui ne vous appartient plus, et d'où l'ange du Seigneur, qui veille à la porte du temple , vous chasse invisiblement , comme il chassa autrefois le premier pécheur de ce lieu d'innocence et de sainteté, que le Seigneur sanctifiait par sa présence.
Que conclure de là , mes frères? qu'il faut se bannir de nos temples et des saints mystères , lorsqu'on est pécheur? A Dieu ne plaise.... Ah I c'estalors qu'il faut venir chercher sa délivrance dans ce lieu saint : c'est alors qu'il faut y venir solliciter aux pieds des autels les miséricordes du Seigneur , toujours prêt à y exaucer les pécheurs : c'est alors qu'il faut se faire un secours de toutceque la religion offre ici à sa foi , pour exciter en nous quelques sentimens de piété et de repentir; et où irions-nous , mes frères, lorsque nous avons été assez malheureux que de tomberdausla disgrâcede Dieu ?
et quelle autre ressource pourrait-il nous rester ? Ce n'est qu'ici où les pécheurs peuvent encore trouver un asile : ici coulent les eaux vivifiantes des sacremens, qui seules ont la force de purifier leurs consciences ; ici sont élevés des tribunaux de miséricorde , aux pieds desquels on remet leurs péchés, et on les délivre de leurs chaînes : ici
SÊR s'offre pour eUx le sacrifice de propiliatiou , seul capable d'apaiser la justice de Dieu , que leurs crimes ont irritée : ici les vérités du salut , portées dans leur cœur , leur inspirent la haine du péché, et jamais de la justice : ici leur ignorance est éclairée , leurs erreurs dissipées, leur faiblesse soutenue , leurs bons désirs fortifiés : ici , en uu mot, à tous leurs maux , la religion offre des remèdes. Ce sont donc les pécheurs qui doivent fréquenter plus souvent ces temples saints ; et plus leurs plaies sont envieillies et désespérées, plus ils doivent s'empresser d'en venir chercher ici la guérison.
Telle est la première disposition d'innocence et de pureté que demande ici de nous, comme bienheureux dans le ciel , la présence d'un Dieu saint : Sine tnacidâ etiini sunt aille ihronuni Dfi.
Mais si le seul état de crime s.ins remords, sans aucun désir de changement , et avec une volonté actuelle de persévérer , est une manière d'irrévérence , c{ui profane la sainteté de nos temples et de nos mystères; que sera-ce , grand Dieu I de choisir ces lieux saints et l'heure des mystères terribles , pour venir y inspirer des passions honteuses , pour s'y permettre des regards impurs , pour y chercher des occasions que la bienséance toute seule empêche de chercher ailleurs , pour y retrouver peutêtre des objets que la vigilance
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de ceux qui nous éclairent éloigne de tous les autres lieux?
Que sera-ce de faire servir ce que la religion a de plus saint , de facilité au crime ; de choisir votre présence, grand Dieu! pour couvrir le secret d'une passion impure , et de faire de votre temple saint un rendez -vous d'iniquité , et un lieu plus dangereux que ces assemblées de péché, d'où la religion bannit les fidèles? Quel crime de venir crucifier de nouveau Jésus-Christ dans le lieu même où il s'offre tous les jours pour nous à son Père! quel crime d'employer, pourfaciliternotre perte, l'heure même où s'opèrent les mystères du salut et de la rédemption de tous les hommes ! quelle fureur de venir choisir les yeux de son juge pour le rendre témoin de nos crimes, et faire de sa présence le sujet le plus affreux de uotrecondamnation ! quelabandon de Dieu, et quel caractère de réprobation , de changer les asiles sacrés de notre sanctification eu des occasions de dérèglement et de licence !
Grand Dieu ! lorsqu'on vous outragea sur le calvair,c oii vous étiez encore un Dieu soufirant , les tombeaux s'ouvrirent autour de Jérusalem ; les morts ressuscitèrent comme pour venir reprocher à leurs neveux riiorreur de leurs sacrilèges.
Ah ! ranimez doue les cendres de nos pères qui attendent dans ce temple saint la bienheureuse immortalité î faites sortir leurs cadavres de ces tombeaux pom-
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peux que notre vanité leur a élevés, et qu'cnflamniés d'une sainte indignation contre des ir-.
révérences qui vous crucifient de nouveau , et qui profanent l'a-; sile sacré des dépouilles de leur mortalité, ils paraissent sur ces monumens; et puisque nos instructions et nos menaces sont inutiles , qu'ils viennent euxmêmes reprocher à leurs successeurs leur irréligion et leurs saT criléges. Mais si la terreur de votre présence, ô mon Dieu!
n'est pas capable de les contenir dans le respect , quand les morts ressusciteraient , comme vous le disiez vous-même , ils n'en se-:
raient ni plus religieux ni plu^fidèles.
Mais si la présence d'un Die]i|, saint demande ici, comme <\es bienheureux dans le ciel , une disposition de pureté et d'inno»
cence , la présence d'un Dieu terrible et plein de majesté eu demande une de frayeur et d^ recueillement. Seconde disposition marquée par le profond anéantissement des bienheureux dans le temple céleste ; Et cecïderunt in conspectu ihroni in faciès suas.
SECONDE PARTIE
Dieu est esprit et vérité ; et c'est en esprit et en vérité qu'il veut principalement qu'on l'honore. Celte disposition d'anéantissementprofond que nous lui devons dans nos tempies > ne consiste donc passeulementdans la posture extérieure de nos corps ; elle renferpe encore ,
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comme celle des bienheureux dans le ciel, un esprit d'adoration, de louange, de prière, d'actions de grâces : Beinediclio^ et claritas , et graliai tini actio ; et c'est là cet esprit de religion et d'anéantissement que Dieu demande de nous dans le temple céleste : Et ceciderimt in Conspectii ihroni in faciès suas.
Je dis , un esi)rit d'adoration ; en- comme c'est ici où Dieu maniieste ses merveilles et sa grandeur suprême , et où il descend du ciel pour recevoir nos hominarres , lepi'emiersentimenlqui doit se former en nous lorsque nous entrons dans ce lieu saint, est un sentiment de terreur , de silence et de recueillement profond, d'anéantissement intérieur à la vue fie la majesté du Très- Haut , et de notre propre ijassésse ; n'être occupés que du Dieu qui se montre à nous ; sentir tous le poids de sa gloire et de sa présence; recueillir toute notre attention , toutes nos pensées , tous nos désirs , toute notre âme pour en faire hommafi;e , et la mettre toute entière aux pieds du Dieu que nous adorons ; oublier toutes les grandeurs de la terre, ne voir plus que lui , n'être occupés que de lui , ne reconnaître plus rien de grand que lui , et par notre propre anéantissement, avouer, comme les bienheureux dans le ciel , que lui seul est puissant , seul immortel , seul grand, seul digne de tout notre amour et de nos hommages.
Cette disposition d'anéantis.
6ER sèment reuferme encore un esprit de prière : car plus nous sommes frappés ici de la grandeur et de la puissance du Dieu que nous adorons , plus nos besoins infinis nous avertissent de recourir à celui de qui seul nous pouvons en obtenir la délivrance et le remède. Aussi le temple est la maison de prière où chacun doit venir exposer au Seigneur ses plus secrètes misères, où on l'apaise sur les calamités publiques par des vœux communs , où les ministres assemblés lèvent les mains pour les péchés du peuple , et où les yeux du Seigneur sont toujours ouverts à nos besoins, et ses oreilles attentives à nos cris.
Ce n'est pas qu'on ne puisse le prier en tout lieu , comme dit l'apôtre ; mais ce temple est l'endroit où il se rend plus propice , et où il nous a promis d'être toujours présent , pour exaucer nos vœux et recevoir nos hommages. Oui , mes frères, c'est ici où nous devons venir gémir avec l'Église sur les scandales qui VafBigent, sur les divisions qui la déchirent , sur les périls qui l'environnent , sur l'endurcissement des pécheurs , sur le refroidissement de la charité parmi les fidèles : nous y venons solliciter avec elle les miséricordes du Seigneur sur son peuple , sa protection sur cette monarchie où le titre auguste de la foi honore les souverains, et sur le prince qui en est le prolecteur et le modèle ; lui demander la cessation des
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guerres et des fléaux publics; foi au Seigneur; on y conserve
l'extinction des schismes et des encore sous l'autel vos promes-
erreurs ; la connaissance et l'a- ses écrites : ici est le livre de
mour de la justice et de la vé- l'alliance que vous avez contrac-
rité pour les pécheurs, la per- tée avec le Dieu de vos pères :
sévérance pour les justes. Vous vous ne devez donc plus y pa-
devez donc y venir avec un es- raître que pour ratifier les en-
prit attentif et recueilli, un gagemens de votre baptême, et
cœur préparé , et qui n'offre pour remercier le Seigneur du
rien aux veux de Dieu qui puisse bienfait inestimable qui vous a
éloigner les grâces que l'Église associé à son peuple, et honoré
sollicite pour vous, et y paraî- du nom de chrétien : vous de-
tre avec un extérieur de sur- vez conserver une tendresse et
pliant, et dont le seul spectacle un respect d'enfant pour le sein
prie et adore. heureux où vous êtes né en Jé-
Mais non - seulement , mes sus-Christ; et la gloire de celte frères, vous devez paraître ici maison doit être la vôtre. comme des supplianset dans un Ce n'est pas tout : c'est dans esprit de prière, puisque c'est ce lieu saint, en second lieu, ici où le Sauveur répand ses fa- où sont élevés de toutes parts veurset ses grâces, comme c'est d.es tribunaux de réconciliation encore ici où tout vous renou- et de miséricorde, où vous avez velle le souvenir de celles que mis si souvent le dépôt honvous avez reçues, vous devez teux de tant d'infidélités dont encore y porter un esprit de re- vous avez souillé la grâce de voconnaissance et d'actions de grâ- tre baptême , et baissé humbleces , puisque de quelque côté ment la tète sous la main sacrée que vous jetiez les yeux , tout qui vous a justifié par la vertu vous y rappelle le souvenir des du saint ministère. C'est ici où bienfaits de Dieu, et le specta- Jésus-Christ vous a dit mille cle de ses miséricordes éternelles fois par la bouche de ses misur votre âme. nistres : Mon fils, vos péchés
Et premièrem.ent , c'est ici vous sont remis, allez, et ne où , sans le sacrement qui nous péchez plus désormais, de peur régénère , vous êtes devenus fi- qu'il ne vous arrive pis. C'est dèles : c'est ici où la bonté de ici, où fondant en larmes, vous Dieu, en vous associant par le lui avez dit souvent : Mon père, baptême à l'espérance de Jésus- j'ai péché contre le ciel et de- Christ, vous a discerné de tant vant vous. Or, mes frères , là de barbares qui ne le connais- même où vous avez trouvé tant sent pas, de tant d'hérétiques de foisla grâce du pardon , nonqni, le connaissant, ne le glo- seulement vous oubliez le bieurifient pas comme il faut : c'est fait, mais vous venez y recomjci où vous avez engagé votre mencer de nouvelles offenses :
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là même où vous avez détesté tant de regards funestes à votre innocence , vous venez les renouveler : là même, enfin, où vous avez paru tant de fois pénitent , vous paraissez encore mondain et profane. Ah ! loin d'y venir relire sur ces tribunaux sacrés les désordres de votre vie , loin d'y venir renouveler à leur aspect ces promesses de pénitence, ces senlimeus de componction , ces mouvemens de honte et de confusion , dont ils ont étésisouvent dépositaires, vous y venez la tête levée , les yeux errans çà et là , pleins peutêtre de crimes et d'adultère , comme j)arle un apôtre , renouveler en leur présence les mêmes infidélités que vos larmes y avaient expiées, et les rendre spectateurs publics des mêmes prévaricateurs dont ils avaient été les confidens secrets et les heureux renièdes.
Que dirai - je encore , mes frères? Le temple est, en troisième lieu , la maison de la doctrine et de la vérité; et c'est ici où , parla bouche des pasteurs, riiglise vous annonce les maximes du salut et les mystères du royaume des cieux , cachés à tant de nations infidèles : nouveau motif de reconnaissance pour vous; mais hélas ! c'est plutôt un nouveau sujet de condamnation, et ici même, où, du haut des chaires chrétiennes, nous vous disons tous les jours, de la part de Jésus-Christ, que les impurs ne posséderont pas le royaume de Dieu , vous ve-
SER nez y former des désirs profanes ; ici même où l'on vous avertit que vous rendrez compte d'une parole oiseuse, vous vous en permettez de criminelles ; ici même, enfin , où nous ne vous annonçons que malheur à celui qui scandalise , vous y devenez vous - même une pierre d'achoppement et de scandale.
Mais enfin, un dernier motif qui rend encore vos irrévérences plus criminelles et plus honteuses à la religion , c'est dans le temple , où vous venez offrir , en un sens, avec le prêtre, le sacrifice redoutable , renouveler l'oblation de la croix , et présenter à Dieu le sang de son Fils comme le prix de vos péchés.
Or , mes frères , pendant que des mystères si augustes se célèbrent , durant ces momens redoutables où le ciel s'ouvre sur nos autels, dans un temps où se traite l'affaire de votre salut entre Jésus-Christ et son Père , pendant que le sang de l'agneau coule sur l'autel pour vous laver de vos souillures; que les anges du ciel tremblent et adorent ; que la gravité des ministres, la majesté des cérémonies, la piété même des vrais fidèles, que tout inspire la terreur, la reconnaissance et le respect ; à peine fléchissez-vous le genou ; à peine regardez -vous l'autel saint , où des mystères si heureux pour vous se consomment :
vous n'êtes même dans le temple qu'avec contrainte ; vous mesurez la durée et la longueur du sacrifice salutaire ; vous
SER comptez les mouiens d'un temps si précieux à la terre, et si plein de merveilles et de grâces pour les liommes. Vous qui êtes si embarrassés de votre temps, qui le perdez en une inutilité éternelle, et qui ne savez presque quel usage en faire, vous vous plaignez de la sainte gravité du ministre , et de la circonspection avec laquelle il traite les choses saintes. Eh ! vous exigez que vos esclaves vous servent avec tant de respect et de précaution , et vous voudriez qu'un prêtre revêtu de toute sa dignité , qu'un prêtre représentant Jésus-Christ, et faisant son office de médiateur et de pontife auprès de son Père, traitât les mystères saints avec piécipitation , et déshonorât la présence du Dieu qu'il sert et qu'il immole par une célérité scandaleuse? Dans quel temps , ô mon Dieu , sommesnous venus? et fallait-il s'attendre que vos bienfaits les plus précieux , les plus signalés , deviendraient à charge aux chrétiens de nos siècles?
HélasI lespremiersfidèlesqui, aux différentes heures de la journée , s'assemblaient dans le temple saint sous les yeux du pasteur, pour y célébrer les louanges du Seigneur dans des hymnes et des cantiques , et qui ne sortaient presque pas de ces demeures sacrées , ne s'en éloignaient qu'à regret, pour vaquer aux affaires du siècle et aux devoirs de leur état. Qu'il était beau, mes frères, de voir dans ces temps heureux l'assem-
f.ni^