‹ Bibliothèque sacréeChapitre 56 sur 174 · EFFETS DE LA FIN · texte numérisé non relu

EFFETS DE LA FIN

On compte huit elFets de la fin :

Savoir, l'amour , l'intention , le conseil , le consentement , l'élection , le commandement, l'usage des moyens et la jouissance. Trois de ces effets regardent la fin ; savoir, l'amour , l'intention , la jouissance ; les autres regardent les moyens.

1 °. L'amour ou la complaisance dans la fin considérée comme possible , est le premier clTct qu'elle produit.

2". De cet amour de la fin , suit naturellenientl'intention ou le désir efficace de l'acquérir par les moyens propres.

3". Ce désir efficace d'acquérir la fin excite à choisir les moyens les plus convenables à cette acquisition ; ce qui se fait par le conseil, oula délibération.

4°. La volonté acquiesce aux moyens qui lui sont proposéspar le conseil de la raison , et c'est ce qui s'appelle consentement.

5". Elle choisit par l'élection le moyen qui est jugé plus propre à obtenir la fin.

6°. L'entendement ordonne de se servir des moyens les plus propres pour acquérir la fin ; ce qui s'appelle commandement.

7". La volonté s'applique avec les autres puissances à se servir des moyens ; c'est l'usage.

8". La volonté se repose dans la fin proposée lorsc^u'elle s'en

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est mise en possession par l'usage rapport de conformité ou de dif-

des moyens ; c'est la jouissance.

■ Ces effets sont comme les premiers c^émens des mœurs, puisqu'il n'y a point de bonne action qui ne vienne de l'amour d'une fin honnête , d'une intention droite et efficace, d'un conseil prudent , d'un choix sage et judicieux, d'un usage légitime des moyens , et de la jouissance réglée delà fin qui empêchent de mettre la fin à la place des moyens , et les moyens àla place de la fin ; en quoi consiste toute la perversité de la vie humaine :

Non est alla vita lioviinis vitiosa atque culpabilis , quam maie utens et maVe frueiis. Saint Augustin , 1. lo de Ttinit. jC. lo.

Des propriétés des actes humains.

Nous entendons par les propriétés des actes humains certains attributs qui les spécifient, comme la bonté et la malice , avec ce qui suit de l'un et de l'autre , comme le mérite et la coulpe. T^oy. Mérite , Coulpe , Péché.

De la honte et de la malice morale des actes humains.

Il y a deux êtres dans l'acte liumain, l'être physique et le moral. L'être physique ou naturel de l'acte humain , c'est la substance même de l'action considérée précisément en elle-même, en tant qu'elle est ou qu'elle peut être hors du néant. L'être jnoral, ou \a. jiwralitc , c'est le

formilé, qu'a l'acte humain avec certaines règles. Quand l'acte humain est conforme à ces règles , il est bon moralement ; et quand il n'y est pas conforme, il est mauvais moralement. La règle à laquelle l'acte humain doit être conforme pour qu'il soit bon , c'est la droite raison qu'on peut considérer en Dieu, ou dans l'homme. La droite raison considérée en Dieu , c'est cette raison souveraine et incréée qui existe en Dieu de toute éternité, et qu'on appelle la loi éternelle.

La droite raison considérée dans l'homme , c'est la lumière que Dieu a donné à la créature raisonnable , qui n'est autre chose que la connaissance de la loi éternelle qui montre ce qu'il faut faire, ou éviter, ou simplement ce qui est bon , sans que l'on soit obligé de le faire , comme les conseils. Ces deux raisons, l'incrée et la créée , sont les règles des actes humains , avec cette différence que la raison incréée er. est la première , et la raison créée en est la seconde , et seulement en tant qu'elle est conforme à la l'aison incréée. On demande ici si tout acte humain est bon ou mauvais m orale ment, ou bien s'il yen a d'indifférens.

Des actes humains indijférens.

I". Un acte indifférent est celui qui n'est, ni bon, ni mauvais moralement , ni conforme , ni contraire aux règles des mœurs.

2". On peut considérer l'acte humain dans son espèce, in spc-

ACTES H

cic , et dans son individu , in intfn'iduo. L'acte humain considéré dans son espèce seulement, c'est l'acte envisagé par rapport à son seul objet , en faisant abstraction de sa fin et des autres circonstances qui [)euvent l'accompagner , comme prier Dieu, mentir, se promener. Le prcmierde ces actes, considéré dans son espèce ou par rapport à son objet , est bon ; le second est mauvais ; le troisième est indifférent , et peut être bon ou mauvais. L'acte humain considéré dans son individu , est l'acte envisagé , à parte rei , par rapport à son objet , sa fin , et toutes les circonstances dans lesquelles il est exécuté , comme la trahison de Judas , le renoncement de saint Pierre , etc.

3". Tout le monde convient qu'il y a des actes humains indifférens quant à l'espèce, comme se promener , lever une paille, etc. , parce que l'objet de ces actions est indifférent et n'appartient pas aux mœurs. On est seulement partagé sur les actes humains quant cà l'individu, considérés par rajjpprt à l'objet, à la fin , à toutes les circonstances. Scot , saint Bonaventure , Vasquez et d'autres théologiens prétendent qu'il y a en effet des actes humains indifférens quant à l'individu. Saint Thomas le nie avec les autres théologiens.

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