‹ Bibliothèque sacréeChapitre 57 sur 174 · CONCLUSION · texte numérisé non relu

CONCLUSION

Il n'y a point d'acte indifférent quant à l'individu ; mais tout acte humain , considéré en ce

UMAINS.

sens , est Iwn ou mauvais moralement.

PREUVE

1°. Saint Augustin s'exprime en ces termes dans sa lettre 82 , aliàs ig; Cavcndum est ne, sicut philosophi , facta quœdam lio^ ininwn média dicamus inter rectè factum etpeccalum , quœ neque in recte faclis , neque inpec- ' catis mimerentur .\S.^?cc\ç, de même , lib. 2 de peccat. meritis , c. î8 ; et lib. deiitililate creden- <//,cap. 12. Selon saint Augustiniln'ya pasd'action mitoyenne entre la bonne et la mauvaise ; il n'y en a donc point d'indifférente qui ne soit, ni ]x)nne , ni mauvaise.

2". Toute action in individuo , a une fin qui la spécifie ; elle est donc telle que cette fin même qu'elle se propose. Or il ne peut y avoir de fin indifférente ; car il n'y en a pas d'autre que Dieu et la créature. Si l'action se propose Dieu pour fin , cette fin est bonne , et l'action par conséquent»

Si l'action se propose la créature pour fin , cette fin est mauvaise, et l'action aussi , parce qu'il n'est point permis à l'homme de se proposer la créature et de s'y reposer comme dans sa fin. La fin unique à laquelle l'homme est obligé de rapporter toutes ses , actions , c'est Dieu , selon ces paroles de saint Paul , dans le dixième chapitre de sa première EpUre aux Corinthiens : Soit que vous buviez , soit que iwus mangiez , soit que vous fassiez quelque autre chose , faites tout pour

igo

ACTES HUMAINS

la gloire de Dieu. Toutes les actions qu'on ne rapporte point à Dieu sont donc mauvaises, puisqu'on doit les lui rapporter toutes <:oinmeàla fin dernière. Deus est iiltimus Jînis hominis. Est aittem debitum ut ad finem ulti— mum omnes actiis referantur.

( Saint Thomas, 1,2, quest. 21 , art. 4. )

3°. Une parole inutile n'est pas indifférente ; elle est mauvaise , puisqu'on en rendra compte au jour du jugement , non-seulement par manière de discussion, comme^quelques auteurs l'ont avancé témérairement, mais par voie de condamnation ; c'est-cà-dire pour qu'elle reçoive le châtiment f[u'elle mérite , selon que Jésus-Christ même l'a déclaré en ces termes au T. 37, douzième chapitre de saint Matthieu : Ex verbis tuis justificaberis , et ex verbis tuis con— demnaberis. Une action inutile est donc mauvaise à plus forte raison , puisqu'elle est d'une plus grande importance qu'une simple parole ; ce qui a fait dire àsaint Jérôme, sur le psaume 16, Si de verbis otiosis redditiir ratio, quanta magis de operibus.

OBJECTION PREMIÈRE

Saint Jérôme parle ainsi dans le cinquième chapitre de sa lettre c[uatre - vingt — neuvième :

Bonum est continenlia , inalum est luxiiria , iiiter ulrmnque indijO'erens ambulare. . . Hoc non est bonum nec malum, sive enim feceris, sivenonfeceris , necjustitinmhabebis, nec injustitiam.

REPONSE

Saint Jérôme ne parle en cet endroit ([ue des actions par rapport à leur objet , malgré ces paroles , sive feceris sive non feceris., qui marquent l'exercice:

et l'individu de ces actions , selon Vasquez ; car le sens de ces paroles est , qu'il y a des choses qui ne sont , ni commandées, ni défendues , et qu'on peut faire , ou omettre en les considérant précisément en elles-mêmes et par rapport à leur objet , sans mériter, ni démériter ; ce qui est vrai. Mais le sens de ces paroles n'est pas que ces actions considérées par rapport à la fin et aux autres circonstances qui les accompagnent dans l'exercice actuel ne soient, ni bonnes, ni mauvaises , puisqu'elles sont mauvaises dès qu'elles sont inutiles, de l'aveu même de saint Jérôme, et ([u'elles sont inutiles dès qu'elles ne se rapportent point à l'unique fin légitime qui n'est autre que Dieu. Si de verbis otiosis reddilur ratio , quanlb magis de operibus. ( Saint Jérôme , loct. cit. )

OBJECTION II

n y a un grand nombre d'actions qui sont indifférentes par rapport à leur objet , à leur fin et à leurs circonstances , et par conséquent indifférentes in indii'iduo. Telles sont toutes les actions qui ont pour but de soulager la nature , comme cracher , moucher , se promener, se chauffer, etc.

ACTES HUMAINS. igi

RÉPONSE. temps de lui rapporter toutes

nos actions, puisqu'il est impossible ([ue nous l'aimions avec cette plénitude et cette universalité , sans lui rapporter en eflet toutes nos actions.

Ces actions , et d'autres semblables qui tendent au soulagement de la nature , ne sont ])as indifférentes par rapportàla fin ; car, ou elles se bornent au soulagement de la nature et au plaisir qui s'y rencontre , ou elles passent plus loin en usant de ce soulagement comme d'un moyeu pour s'acquitter des devoirs de l'État en vue de Dieu. Si ces actions se bornent au seul soulagement de la nature sans aucun rapport à Dieu , elles sont mauvaises , parce que la seule créature raisonnable ne peut jamais se proposer le plaisir , même léger et nécessaire , comme sa fin dernière, ce serait agir en bète, et qu'elle est obligée de rapporter à Dieu, au moins virtuellement, toutes ses actions délibérées ; ce qui est très-possible et même très-facile , et pratiqué par tous les vrais chrétiens qui ne manc[uent pas d'offrir à Dieu tous les jours leurs pensées , leurs actions et leurs affections. Cette obligation de rapporter ainsi à Dieu toutes ses actions , est également fondée sur la loi naturelle et sur la positive. La loi naturelle ordonne que nous rapportions tout à Dieu, puisque nous avons tout reçu de lui , et qu'il est le premier principe et la dernière fin de toutes choses.

La loi positive qui nous ordonne d'aimer Dieu de tout notre esprit , de tout notre cœur , de toute notre âme , de toutes nos forces, nous ordonne en même

OBJECTION IV

Si l'on était obligé de rapporter à Dieu toutes ses actions , toutes les œuvres des infidèles seraient des péchés ; ce qui est faux.

RÉPONSE

Quoiqu'on soit obligé de rapporter toutes ses actions à Dieu, il ne s'ensuit pas que toutes les œuvres des infidèles soient autant de péchés, parce que les infidèles peuvent rapporter , au moins implicitement , leurs actions à Dieu , comme auteur de la nature. Un infidèle honore ses parens , paye ses dettes , rend la justice, soulage les misérables, parce fjiue la droite raison lui dicte fj^u'il faut le faire ; ces actions sont bonnes moralement et dans l'ordre naturel ; elles sont même rapportées à Dieu implicitement , en ce qu'elles sont faites pour obéir à la droite raison c[ui vient de Dieu, et qui montre la raison éternelle et incréée qui existe en Dieu. Il se peut même très-bien faire qu'un infidèle cpii connaît Dieu par la lumière de la raison , lui rapporte explicitement et directement ses actions. Qui empêche , par exemple , qu'un infidèle éclairé qui fait l'aumône , ne puisse dire intérieurement, ou

extérieurement eu Seigneur , je soulage cet indigent en reconnaissance des biens dont vous m'avez comblé. Cette action en ce cas , qui n'est certainement pas impossible , sera rapportée cà Dieu directement et explicitement. De ce qu'on est obligé de rapporter à Dieu toutes ses actions, il n'en résulte donc pas que toutes les œuvres des infidèles soient des péchés , puisqu'ils peuvent les rapporter à Dieu comme auteur de la nature , au moins implicitement.

OBJECTION m.

Le concile de Constance a condamné cette proposition de Jean IIus : Nulla sunt opéra indiJJ'erentia , sed hœc est divisio immediata humanorum operum, qubd sintvelvirtuosa, velvitiosa. Il faut donc admettre la contradictoire de cette proposition, qui est : il y a quelques actions indifférentes., quaîdam sunt opéra indifferentia.

RÉPONSE

La proposition de Jean Hus a été condamnée dans un sens liérétique tout différent du nôtre.

Cet hérésiarque prétendait que toutes les actions d'un homme en état de grâce étaient bonnes , et que toutes celles d'un homme en état de péché étaient mauvaises , parce que , disait-il , le péché mortel infecte toutes les actions du pécheur , elquelavertu vivifie toutes les actions du juste. 11 s'ensuivait de là que le juste ne pouvait pas même pé-

ACTES HUMAINS

le faisant : cher véniellement , ni le péclieur faire aucune bonne action , même avec le secours de la grâce actuelle; ce qui est hérétique sans doute et tout-à-fait éloigné de notre sentiment.

Des affections de la moralité.

Par les affections de la moralité , nous entendons ses principes , sa multiplication et son augmentation.

Des principes de la moralité.

Les principes de la moralité sont toutes les choses cjui font qu'une action est bonne ou mauvaise ou indifférente ; et ces choses sont l'objet , la fin et les circonstances.

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