VII
Des Droits, Picrogatii^es et Privilèges des Ahbcs.
1 ". Les abbés étaient placés par les canonistes immédiatement
ABBÉ. 37 nu (îvèque ; il la rendait veuve par droit de porter la mître ou le basa mort, ton paî^^oral ou la crosse) dans 2". .Plusieurs abbés , par pri- leurs propres églises , après les vilége du Saint-Siège , avaient , vêpres , la messe et les Platines, comme les évèques , le droit de à moins que le Saint-Siège ne leur porter les gants , la mîtrc et le bà- eût spécialement permis de don-
ton pastoral. D. MabiUon,sec. 6, Dened. , part, i , dit que le premier abbé à qui il ait été permis de se servir de la mître est Egel-
ner cette bénédiction , de porter la mître et la crosse ailleurs et dans un autre temps , comme en des processions hors l'enceinte de
sin , abbé d'un monastère près de leurs églises , ce qui fut accordé
Cantorbie , à qui Alexandre n ac- par le pape Urbain ni à l'abbé de
corda ce privilège l'an loSg. Ur- l'église de Latran à Rome. C. Ab-
bain n le donna aux abbés de baies , de privilegiis , in 6. Los
Mont-Cassin et de Cluni. Mais abbés ne pouvaient encore don-
comme il y a plusieurs sortes de ner cette bénétliction en présence
mitres, suivant les distinctions de quelque évèque, ou autre pré-
qu'on en fait à Rome , et qu'on lat supérieur , s'ils n'en avaient
peut voir au mot Mître , les ab- une permission particulière du
bés ne devaient se servir que de pape. Ils ne pouvaient non plus
l'espèce de mître qui leur avait été désignée par le privilège du Saint-Siège ; et ils étaient censés plus ou moins élevés en dignité, selon qu'ils portaient une de ces mitres plus ou moins riche. Il y a seulement cela à obsener , par rapport à l'usage que pouvaient faire les abbés de ces différentes mîtres ; qu'aux conciles synodaux ou provinciaux où ils assistaient , quoiqu'exempts , ils ne pouvaient jamais porter la mître précieuse , par respect pour les évoques. Barbosa , de jur. Eccl. , lib. I ,c. i7,n°54. Il y a toutefois des abbés en Italie et en Espagne qui ont le droit d'user de ce pri-
donner cette bénédiction en particulier , dans les rues et hors de leur église , comme les évêques ; cela leur était défendu par un décret de la sacrée congrégation , du 24 août 1609. Barbosa , loc.
cit. , n° 48 et seq.
4°. Il y avait des abbés à qui les papes avaient accordé le privilège de porter les habits distinctifs des évèques , comme le rochet , le camail , en conseiTant la couleur des habits de leur Ordre. Barbosa , loc. cit. , n° 56.
Les abbés qui jouissaient de ces différens privilèges avaient la préséance sur ceux qui n'en jouissaient pas ; mais régulièrement ils
vilége , en présence même des n'en pouvaient user hors de leurs
eveques.
3°. Les abbés avaient aussi le droit de bénir solennellement , mais seulement ( et cette restriction doit aussi s'entendre du
monastères qu'avccla permission des évèques , à moins qu'ils n'eussent à ce sujet ime permission particulière du Saint-Siège.
Les abbés ne pouvaient , sans.
privilt^gc spécial , user du baldaquin , ni avoir , coimne les évèques , un siège di'essé et élevé proche de l'autel ; cela ne leur était permis qu'aux trois ou quatre fêtes de l'année où ils olficiaientsolennellement. Ilsne pouvaient non plus , Sans un privilège bien spécial du Saint-Siège, bénir ou consacrer les vases et les autels de leurs églises , et tout ce qui demande l'onction.
Le cardinal Querini , dans la dernière de ses quatre lettres latines , imprimées in-4° à Bresse , en I ^48 , félicite dom Eugelbert de Ain Sergestein , abbé régulier de Kempten et prince du Saint- Empire , à qui cette quatrième lettre est adi'essée , de ce que le pape Benoît xiv lui a enfin accordé la permission de consacrer l'église de son monastère. Ce savant cardinal trouve cette permission d'autant plus glorieuse pour cet abbé , et pour tout l'ordre de St-Benoit , qu'il soutient qu'elle est absolument sans exemple. Il cite à cette occasion deux célèbres canonistes qui , en traitant des droits des abbés , remarquent qu'à la vérité il s'en trouve quelques uns qui , soit jwr la coutume, ou par une concession particulière , sont dans l'usage de faire des bénédictions ou consécrations , dans lesquelles on emploie l'onction sacrée , comme celle des cloches , des calices, des autels , principalement de ceux qui sont portatifs , et de conférer le soudiaconat. Mais du reste il assure qu'ils ne font absolument aucune mention du droit de con-
sacrer les églises. Il ajoute que comme il resteia quinze chapelles à consacrer dans l'église de Kemp ten , il va présenter une requête au pape pour le prier d'accorder encore à l'aljbé le pouvoir d'en faire la cérémonie , et cela à l'imitation des abbés de la congrégation duMont-Cassin, qui jouissent de ce droit.
5°. Les différens droits et prérogatives dont on vient de faire mention , pouvaient appartenir aux abbés du royaume de France sans en Ijlesser les maximes. Les privilèges , mais plus , la possession et l'usage semblaient avoir réduit parmi nous en droit commun la disposition du chapitre Abbates deprivilegiis. On ne contestait pas à un abbé qui n'avait que la possession pour lui , sans privilège , le droit d'user des marques èpiscopales , quoique Joannes Andréas dise que ces marques èpiscopales ne se pouvaient prescrire par les prélats inférieurs.
Mais on ne souffrait point en France les privilèges exorbitans et contraires au droit commun , par l'exercice desquels l'ordre et la juridiction des èvèques étaient entièrement confondus.
6". M. Dubois a mis entre les maximes canoniques de France , que les abbés avaient la préséance dans les conciles et ailleurs sur tous les prélats inférieurs. Cette maxime est conforme à la réponse du pape Grégoire xiii aux Pères du concile de Rouen, de l'an i58i , qui lui avaient proposé plusieurs questions touchant la préséance des
AB abbés couuucûdataircs , et la voix qu'ils avaient dans les conciles. Voici la décision du pape.
Commendatarios inter Abhates , recipi'endos esse. . . Canonicos cathedralium ecclesiaruin prœferendos esse quando capitulariLer procedunt. Abbates benedictos et quiusum mitrce habent prcecedere commendatarios : post hos locum obtinere dignilates , et post dignitates collocandos esse procuratores . . . . Abbates commendatarios capitulorum députâtes , vocem duntaxat consul— tatii'am habere. Cette maxime n'a pas laissé d'être contestée , et cette question agitée plusieurs fois dans les assemblées générales du clergé. Elle fut décidée par provision dans celle de iSgS en faveur du doyen de l'Église de Paris , contre l'abbé de Saint- Marien d'Auxcrre. La même question de la préséance entre les abbés et les doyens des églises cathédrales fut encore amplc^ ment agitée dans la chambre ecclésiastique des États de i6i4- L'abbé de Bourgueil , qui porta en cette occasion la parole pour tous les abbés , dit que les abbés sont prélats , et qu'en cette qualité ils sont nommés par le Roi et pourvus parle pape ; qu'ils usent des ornemens pontificaux ; qu'ils sont bénis solennellement ; que dans les rescrits des papes qui leur sont adressés, même dans ceux qui sont insérés dans le droit canonique, ils sont nommés après les évèqucs et avant les dignités des églises cathédrales ; qn'au concile de Tolède ,
tenu en 653 , les abbés souscrivirent immédiatement après les évêques et avant les grandsvicaires des évêques absens; qu'aux conciles de Lati'an , en 1 064 et en 1 2 1 5 , et au concile de Trente, ils étaient immédiatement après les évêques ; que le pape Grégoire xni, consulté sur un pareil différent qui s'était é- Icvé dans le concile de Rouen en 1 58i , le décida en faveur des abbés ; que ces derniers sont nommés avant les dignités des églises cathédrales dans un acte fait par les députés du clergé aux États de Blois , et que plusieurs canonistes décident que cette préséance leur est due. L'abbé de Bourgueil soutenait que ce qu'il avait avancé pour les abbés en général , devait avoir lieu pour les abbés commendataires , parce que les commendes sont des titres canoniques , et que les abbés commendataires succédaient aux prééminences dont jouissaient les abbés bénits.
Le doyen de Xaintes qui portait la parole pour les chanoines, disait que ceux des églises cathédrales étaient , suivant l'expression des anciens Pères , les assesseurs et le sénat de l'évêque ; que les abbés qui n'étaient d'abord que laïcs , n'étaient point appelés aux conciles ; qu'ils n'y avaient été admis dans la suite qu'en qualité de prêtres, et qu'ils devaient par conséquent céder le pas aux chefs du chapitre de la cathédrale , qui étaient les premiers prêtres du diocèse. Le doyen de Xaintes, en réponse
4o AB
aux moyens proposas par les abbés , que les dignités des églises cathédrales étaient quelquefois nommées prélaturesdans le corps du droit canonique, disait que la j ur idiction des abbés ne s'étendait pas au-delà du monastère et de leurs moines ; que dans plusieurs conciles les prêtres sont nommés avant les abbés. On ajoutait, pour les dignités des églises cathédrales , que les abbés commea— dataires devaient d'autant moins prétendre la préséance sur ces dignités, que ne remplissant point les fonctions spirituelles attachées à la dignité d'abbé , ils n'eu devaient avoir , ni le rang , ni les honneurs.
L'assemblée, ayant entendu les raisons des parties, ne voulut point décider, et ordonna qu'elles se rangeraient et qu'elles opineraient confusément et indistinctement, sans préjudice de leurs droits et de leurs prétentions respectives. Elle en excepta les abbés de Cîteaux et de Claii-vaux , qui étaient en possession , comme chefs d'ordre , de précéder les dignités des églises cathédrales. La même question s'étant encore présentée au parlement de Paris , le 20 décembre 1689 , entre l'abbé commendataire de l'abbaye de Saint-Denis et le prévôt de la cathédrale de Saint- Denis de Reims , M. l'avocat-général Talon conclut en faveur de l'abbé, et la Cour appointa la cause.
En France , les évêques ont voulu quelquefois s'opposer à ce que les abbés commendataires
portassent la croix pectorale , la crosse , la mître , et le camail sur le rochet ; ce qui est un signe de juridiction purement épiscopale ; mais seulement le rochet sous le mantelet ou le manteau.
Le clergé assemblé en 1 645 fit un règlement à ce sujet ; mais il n'a point eu son exécution ; et tous les abbés commendataires indistinctement étaient en possession, de porter le rochetsousle camail.
§ Vin.
De la Déposition des Abbés.
Les abbés, sujets immédiats du Saint-Siège , ne pouvaient être déposés que par le pape.
Les abbés non exempts pouvaient l'être par l'évêque , et les abbés réguliers par leurs supérieurs majeurs ou leurs chapitres généraux. Il en était de même des abbesses. Pour ce qui est des causes de la déposition des abbés , il y en a deux principales exprimées dans le droit ; savoir , l'obstination dans le concubinage public , et la dissipation.
Gibert, Instit. eccles., pag. 368.
ABBÉ (Etienne), né à Païenne le i*"' juillet 1661 , prit le degré de docteur en l'un et l'autre droit. Il fut successivement bénéficier de la cathédrale de Palerme , et maître des cérémonies de Ferdinand Bazan , archevêque de cette ville ; puis chanoine de la cathédrale de Catane; examinateur et juge synodal; assesseur , vicaire et visiteur général , et supérieur du séminaire.
Il vivait encore et brillait à Ca-
AUB taue , en 1734 , par la pureté de ses mœurs et par sa science trèsétendue de la théologie scolastique et morale , et du droit civil et canonique. Ses ouvrages sont , 1° Theologns principis , seu Politi'ca moralis Principuni , diicum. comitum, marchioniim. Catanae , ex typograpliia Bisagni , l'^oo , in-fol. 7." Pax altritionistanmi et cotitnlionistariim , seu ad eosdem Epistola pro concordi'a ;ihid apudeumdem, 1703, in-B". 3° Gladius utraque parte ocutiis. Cet ouvrage a pour but de 4^fendre la fidélité des Siciliens envers leurs princes, spécialement envers le roi Philippe v, et leur respect envers le siège apostolique. Tout l'ouvrage , dont l'auteur fut obligé d'interrompre l'édition qu'il en faisait faire in-4° à Palerme , est renfermé dans -ces deux propositions : La première , que les devoirs des sujets envers les princes sont si graves et si importans , qu'ils ne souffrent aucune légèreté de matière ; la seconde , que le pape ne peut être déposé même par un concile œcuménique, pour quelque cause ou quelque événement que ce puisse être. 4° L'Anno sagro ripartito in dodeci esercitii spiritiiali per agni primo mercordi di chiascuni mese , ad honore délia gloriosissima virgine et martire santa Agatha. A Catane , chez Bisagni , i6og. Mongitore , Biblioth. sic. , tome 2 , page 207 .
Dans le temps , c'est-à-dire l'an 1714, que Mongitore publiait le :ccond vol. de sa Bibliothèque
Sicilienne , Etienne Abbé se disposait à publier deux autres ouvrages ; le premier intitulé :
llieologice moralis Tractalus ; le second , Compendiwn theatri vilœ humanœ , partagé en trois tomes. ]\Iagna Bibliotheca ecclesiastica , pag. 8.
ABBESSE , Ahbaiissa. Religieuse qui était supérieure d'une abbaye. Selcm le concile de Trente , l'abbesse devait être élue par les suffrages secrets des religieuses , reçus à la grille par le supérieur. Elle devait être , autant que possible , du corps du monastère où elle était élue , âgée de quarante ou au moins de trente ans , en avoir huit , ou au moins cinq de profession. Si elle était du nombre de celles qui se faisaient bénir , elle devait recevoir la bénédiction dans l'an , sous peine de perdre le droit d'élection , et cette bénédiction pouvait se faire tous les jours de la semaine , à la différence--><ie celle de l'abbé , qui devait se faire un jour de fête ou de dimanche. Auti'efois cette bénédiction ne consistait que dans une seule oraison , qui pouvait se réciter à la grille ; .jmais depuis elle se faisait par l'évèque , à peu près comme celle des abbés. L'abbesse avait aussi à peu près les mêmes privilèges et les mêmes devoirs que l'abbé, si l'on en excepte les fonctions vraiment ecclésiastiques et spirituelles dont elle était incapable par son sexe. Ainsi elle devait gouverner son monastère , tant pour le spirituel que pour le temporel,
4a ABB
selon la règle , iustruiie ses lelifïieuses en particulier, les punir de leurs fautes, même par la privation de leurs offices. Elle pouvait aussi suspendre de leurs offices et de leurs bénéfices les clercs qui lui étaient soumis; mais en ce cas cette peine n'avait point force de censure , et ceux qui la violaient n'encouraient point l'irrégularité. Elle ne pouvait ni bénir solennellement , ni voiler ses religieuses , ni prêcher ou enseigner publiquement , ni se choisir un confesseur sans la permission de son supérieur , parce qu'elle n'était pas du nomlire des prélats , auxquels seuls ce droit appartenait. (Sess. 2.5 , de Regul.,c.'^.)
C'est ce qu'enseigne saint Thomas, in 4, dis t. ig, q. i, art. i, questiunc. "6 , ad ^. Mulier , secunduni apostolum , et in statu subjectionis : et ideà ipsa non ]JOtest habere aliquam jiirisdictioneni spiritualem wide mulier non habet , neque claveni oi'dinis., neque cla\>ern jurisdictionis. Pontas, et Sylvius , dans sou Supplcm. de saint Thomas, q. 8, art. 5 , q. 2 , concl. 2 , enseignent la même chose , après Paludanus, qui s'exprime ainsi :
Apud Sylvestrum, v. Confessor ï , q. 8 , e:r his autem patet , quod hoc privilegium (eligendi Confessorum) non habent : primo exempli, nonprœlati. ..Secundo, necAbbatissa ulla quamvis exet^ cent jura episcopalia , ponendo ojficiales et quantnmcumque exempta ; quia non est prœlatus , ciim non habcai claves.
Aim
I^s abbcsses , quoiqu'cxcmptes, ne pouvaient donc ni se choisir des confesseurs non approuvés par l'ordinaire , ni en donner à leurs religieuses, ni enfin exercer aucune juridiction vraiment spirituelle , parce qu'elles n'avaient aucune puissance des clefs. Que s'il y en avait quelques unes qui clioisissent pour elles , ou pour leurs communautés , des confesseurs non approuvés d'ailleurs par l'ordinaire , il fallait dire qu'elles le faisaient par un privilège spécial du pape ou de l'ordinaire. ( Vojez Pontas , verb.
Abbesse , cas JII et IV. )
Le Pioi nommait presque toutes les abbesses en France , non en vertu du concordat , qui ne parlait point d'elles, mais par des induits que les papes avaieut accordés à François i*' et à Henri ii.
ABEON dit de Paris , ainsi nommé , parce qu'il était moine de l'aljbaye de Saint-Germaindes-Prés, est auteur d'un poëme divisé en deux livres , contenant V Histoire du Siège de Paris, que les Normands formèrent en 886 et 887. Cet ouvrage est dédîé à Gozlin, qui n'est pas l'évèque de Paris, mais un diacre de ce même nom, et a été imprimé plusieurs fois dans les collections des historiens de France. Il y avait un troisième livre qui n'a point encore été imprimé. M. Pithou le confond souvent avec Abbon de Fleury. Ce même auteur a fait quelques Sermons qui se trouvent dans un manuscrit de Saint- Germain-des-Prés, cntix" lesquels
ABB le P. Dachei'i en a choisiciaq qu'il a fait imprimer dans le neuvième tome du Spicilégc,en avertissant le lecteur qu'il a fait ces Sermons à la prière de Frotarius , évêcjue de Poitiers , et de Fulrade , évèque de Paris , afin que les ecclésiastiques s'en se rvissentpour instruire les simples fidèles. Il y a quatre de ces Sermons sur les cérémonies du jeudi-saint. Abbon y fait remarquer qu'on ce jour , qui était celui auquel Jésus- Christ avait célébré la Pàque avec ses disciples , et donné les sacrés mystères de son corps et de son sang , les évêques consacraient le saint-crème ; qu'on lavait les autels et le pavé des églises , qu'on purifiait les vases sacrés, et qu'on réconciliait les pénitens qui avaient été chassés de l'Église , au commencement du jeune du Carême. Il prend de là occasion de consoler les pénitens qu'on ne réconcilie pas sur-le-champ : il leur remontre que l'évèque ne peut donner l'absolution qu'à ceux qui ont fait pénitence et satisfait pour leurs péchés ; il les exhorte à bien jeûner le Carême.
Le quatrième est adressé aux pénitens réconciliés. Il compare l'état où ils étaient avant la réconciliation avec celui dans lequel ils sont à présent , et les exhorte à ne pas rendre inutile leur pénitence en retombant dans le péché. Le dernier est sur la religion chrétienne dont il relève l'excellence , par le prix qu'elle a coûté à Jésus-Christ. (Dupin, 9* siècle. )
ABI^N (saint) J/> de Fleury,
que (quelques uns nomment par erreur Albon , naquit dans le territoire d'Orléans , de parons de condition lil)re et craignant Dieu. Son père , qui se nommait Lœtus , et sa mère Ermongarde , l'offrirent dès l'enfance à l'abbaye de Fleury , suivant la règle de saint Benoît. C'était vers l'an 958. Wulfade , depuis évèque de Chartres , on était alors abbé.
En donnait l'habit monastique à l'enfant , il découvrit en lui un si riche caractère , qu'il prédit alors ce qu'il serait un jour.
On le mit aux écoles , où il fit de grands progrès dans lesbeauxarts et la piété. Sa mémoire était si heureuse , qu'il n'oubliait rien des leçons de ses maîtres. Lorsqu'il eut achevé son cours d'étude , on jeta les yeux sur lui pour enseigner aux autres ce qu'il avait appris , la grammaire , l'arithmétique , la dialectique et la musique ; puis , pour seconder ses désirs , on lui permit d'aller apprendre les autres arts libéraux , la philosophie et l'astronomie , dans les écoles de Paris et de Reims. Il revint ensuite à Orléans , où il se perfectionna dans la musique. Sans autre secours que celui des livres , il apprit de la rhétorique , de la géométrie et de l'astronomie , ce qu'il n'en avait pu apprendre dans les écoles étrangères. Les études étant tellement tombées en Angleterre, qu'à peine y trouvait-on quelques prêtres qui entendissent le latin, saint Oswald, archevêque d'Yorcli , qui avait autrefois étudié à Fleury, y en-
voya cn<)85 dcmautlcr qiKk[uc'S moines habiles pour instruire ceux de l'abbaye de Ramsey , qu'il venait de fonder. Abbon fut député. Il n'était encore que diacre. L'archevêque l'oidonna prêtre , et le retint à Ramsey pendant deux ans. Abbon revint à Fleury sur la fin de l'an 987 , rappelé par son abbé , nommé Oylbold. Cet abijé étant mort quelque temps après , la communauté choisit Abbon pour lui succéder. Son élection fut confirmée par le roi Hugues , et il commença à gouverner son monastère dès 988 , sans que les occupations de sa charge l'empêchassent de s'appliquer à l'étude, surtout de l'Ecrituie-Sainte et des Pères , dont il fit plusieurs extraits. Il fut souvent interrompu dans ce genre d'occupations , soit par l'obligation de défendre les droits de son abbaye , soit parce qu'on l'invita à plusieurs assemljlées d'évèques. En 991 , il assista au concile de Saint' Basle ; en 995 , à celui des Mouzon ; et la même année à celui de Saint-Denis. Il fit même plus d'un voyage à Rome ; le premier , dans le dessein défaire confirmer les privilèges de Son monastère ; mais le pape Jean xf , qui occupait alors le saint-siége, ne lui fut pas favorable. Il trouva dans un second voyage plus d'accès auprès de Grégoire v. Comme il y était allé en qualité d'ambassadeur du roi Robert , pour des affaires importantes, ce pape lui accorda ses demandes , et le chargea de remettre le pallium à Arnoul, cpi'il
ABB avait ordonné de rétablir sur le siège archiépiscopal de Reims , dont il avait été déposé dans le concile de Saint-Basle , malgré ,
l'éloquence avec laquelle Abbon , Rainulfe , abbé à Sens, et Jean Sco- . lastique , de l'église d'Auxerre , avaient plaidé sa cause. Abbon persuada aussi au roi Robert de ]
renvoyer Berthe , sa proche pa- j rente , qu'il avait épousée contre 1 les règles ; événement dont ua écrivain de ce temps-là prit occa- j sion de comparer Abbon au pro— i phète Nathan. Cet illustre abbé était si généralement estimé pour son savoir et sa vertu, qu'on avait recours de toutes parts à ses lumières , surtout lorsqu'il s'agissait de la discipline monastique.
On l'engagea d'apaiser les troubles élevés dans les abbayes de jMarmoutier, de Mici, et de Saint- Père de Chartres. Les moines de, l'abbaye de la Réole en Gascogne, soumise à celle de Fleury, s'étant relâchés de leur observance , il y fit deux voyages dans le des-, sein de rétablir leur discipline i mais le second lui fut fatal ; son arrivée excita un tumulte , pendant lequel un Gascon lui porta un coup de lance dont il mourut, le i3 de novembre l'an 1004 , après avoir été seize ans abbé de:
Fleury. Sigebert place sa mort dès ioo3 , en quoi il a été suivi de Vossius , et de quelcjues autres modernes ; mais c'est une faute visilîle. On l'honora comme martyr ; et on voit , par les actes du concile de Limoges, en io3i , que dès-lors on lui rendait ui^ culte public en plusieurs églises ;
ABB Celles fie Flcury et de la Réolo en font une fête solennelle. LesPères du concile de Liniof^es l'appellent un philosophe tiès-célèl^re , et dirent qu'il s'acquit dans toute la France une très-grande réputation en l'instruisant de toutes les sciences divines et humaines. 11 fut lié d'amitié avec les plus gi'ands hommes de lettres de son temps , tels que Fulbert , depuis évêque de Chartres ; saint Dilon, abbé de Cluni ; Letald , moine de Saint -Mesmin , et autres. Ademar de Chabonois , contemporain d'Abbon, nous le représente comme un défenseur de la- foi catholique , un zélé partisan de la piété chrétienne , en qui la sagesse paraissait résider d'une manière si visible , c£ue les savans de spn siècle s'en tenaient à ses décisions. Abbon devint par là, continue Ademar , l'oracle de la France , de l'Allemagne et de l'Angleterre , la lumière et l'organe des conciles , l'ornement de l'église entière. Quoique Français de nation , il possédait si bien la langue latine , c£u'il passait pour le Cicéron de son temps.
L'Ecriture-Sainte lui était si familière, qu'il la faisait entrer dans tous ses discours. 11 fut d'un grand secours à l'Angleterre pour le renouvellement des études , et pour le rétablissement de la discipline monastique ; et l'école de Fleur y fut brillante et célèbre sous son gouvernement, et la direction de Constantin , son disciple , C[ui lui succéda dans l'emploi de scolast ique du monastère .
Aimoin, auteur de la vie d'Ab-