ÉVÊQUE DE STRASBOURG
Claude-Marie-Paul Tharin naquit à Besançon, d'un conseiller au Parlement de cette ville, le 24 octobre 1787. Il « fit de brillantes études dans la maison paternelle, et, après avoir remporté le premier prix en philosophie, il suivit, comme externe, pendant quatre ans, le cours de théologie au séminaire de Besançon. Quand son père fut mort, sa mère l'envoya (1806) au séminaire de Saint-Sulpice... Ordonné prêtre en 1811 par le cardinal Maury, il dut remplacer comme directeur et professeur les sulpiciens que Napoléon avait expulsés au moment de ses démêlés avec le Saint-Siège. M. Jalabert, Vicaire général de Paris, avait été nommé supérieur du séminaire... Ce vertueux ecclésiastique s'appliqua constamment à maintenir dans toute leur pureté la règle et les usages consacrés par une heureuse expérience. Mais le cardinal était tourmenté par le besoin d'innover sans cesse. Comme il ne trouvait pas l'abbé Jalabert assez souple à ses desseins, il mit à sa place l'abbé Tharin (1813), qu'il crut plus disposé à entrer dans ses vues et à adopter ses plans de réforme. Le nouveau supérieur eut le bon esprit de ne pas se plier aux caprices et aux boutades du cardinal; et plus d'une fois il sut faire entendre des vérités utiles » (Biographie universelle de Michaud, art. Tharin, par l'abbé Dassance).
Quand la Compagnie eut repris ses emplois, M. Tharin sollicita et obtint d'y être admis, et il enseigna. la Morale au séminaire de Paris, jusqu'à l'époque des Cent-Jours. Il fit alors un voyage à Borne, et fut ensuite nommé supérieur du séminaire de Bayeux en 1815. Une lettre qu'il écrivait de cette maison à M. Duclaux, le 14 novembre, finissait par ces mots : « Je n'ai pas oublié que j'ai été sous votre direction pendant neuf ans, et je vous prie de me regarder toujours tomme votre enfant. Combien je désirerais avoir la sim-
plicité, l'humilité, l'esprit d'obéissance et d'enfance spirituelle qui distinguaient les premiers sulpiciens, et dont j'ai retrouvé tant d'exemples parmi ceux qui ont été mes directeurs et mes maîtres, avant de devenir mes confrères et mes amis ». A ses travaux comme supérieur, M. Tharin, — nous le verrons plus bas, — joignait celui d'un ouvrage considérable. Au bout de trois ans, son ardeur excessive pour l'étude avait profondément altéré sa santé ; il lui fallut quitter Bayeux au mois de septembre 1818, emportant surtout les regrets de l'évêque qui perdait en lui, ainsi que l'écrivait le prélat à M. Duclaux, « un ami fidèle et un habile coopérateur ». M. Tharin enseigna cependant encore la morale à la Solitude pendant l'année 1818-1819 ; mais aux vacances suivantes, d'après l'avis formel des médecins, il dut renoncer à la Compagnie et à ses emplois.
Il se reposait encore au sein de sa famille, lorsque M. Cortois de Pressigny, archevêque de Besançon, lui donna des lettres de grand vicaire. L'habileté qu'il déploya dans l'administration de ce diocèse fit que le prince de Croy, ayant été transféré à Rouen, voulut l'avoir pour successeur à Strasbourg. L'élu fut préconisé à Rome le 24 novembre 1823, prit possession par procureur le 31 janvier 1824, et entra dans sa ville épiscopale le 23 février suivant. Mais il ne gouverna ce dernier diocèse que l'espace d'environ deux ans. Nommé précepteur du jeune duc de Bordeaux le 15 avril 1826, il entra en fonctions le 15 octobre suivant, et se démit de son évêché le 16 novembre de la même année 1826 — non en 1827, comme le dit Gams. Il quitta aussi la Cour définitivement avant la révolution de 1830, à la suite de quelques dissentiments survenus entre lui et le gouverneur du prince. « Pendant tout le règne de Louis-Philippe, il vécut dans une profonde retraite, soit en Italie, soit dans le Midi de la France, et enfin à Paris, chez Msr de Forbin Janson, où il mourut le 14 juin 1843 » (Dassance).
Cfr. Geschichte des Bisthums Strasburg, von L. G. Glôckler, pfarret in Stotzheim; Strasburg, Leroux, 1880, t. II, p. 121-131.
i. . — Exposé des motifs qui doivent déterminer le Cha-
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pitre de Paris à révoquer les pouvoirs qu'il a donnés à M. le cardinal Maury ; sans nom d'auteur ni d'imprimeur, comme aussi sans date (1814), in-4°. pp. 3. Cet écrit fut mystérieusement déposé chez chaque chanoine de Notre-Dame de Paris après la chute du premier Empire. M. Poujoulat en a donné une analyse succincte (Le cardinal Maury ; Sa vie, ses œuvres; deuxième édition, revue et corrigée; Paris, 1859, in-12, p. 370, 371). — Le cardinal Maury essaya de justifier sa conduite par son Mémoire pour le cardinal Maury ; A Paris, chez J. J. Biaise, libraire, quai des Augustins, n° 61, près le Pont-Neuf, 1814, in-8°, pp. 30. 11 est reproduit intégralement dans : « Correspondance diplomatique et Mémoires inédits du cardinal Maury, annotés et publiés par M9r Ricard »; Lille, 1891, t. II, p. 444-468. — M. Tharin y répondit par un Mémoire sur les administrations capitulaires des évêques nommés, en réponse au Mémoire pour M. le cardinal Maury ; Paris, Adrien Le Clere, 1814, in-8°, pp. 61. — L'Ami de la Religion, t. II, p. 81-83, et t. XXV, p. 144, numéro du 9 septembre 1820.
2. — Défense des droits sacrés du trône, ou Louis XVIII roi de France, avant d'avoir adopté les bases de la Constitution de 1814. en réponse à M. le sénateur Grégoire et autres publicistes; Paris (sans nom d'imprimeur), 1814, in-8°, pp. 52. L'ouvrage, ou du moins quelques exemplaires parurent sous le pseudonyme De Beaupré, terme que le bibliographe Quérard a pris pour le nom propre de l'auteur (t. I, p. 244 de La France littéraire). — La brochure de l'abbé Grégoire, qui motiva celle de M. Tharin, avait pour titre : De la Constitution française de l'an 1814; Paris, 1814, in-8°. Dans cette brochure, réimprimée jusqu'à quatre fois dans l'espace de quelques semaines, l'auteur s'élève avec force contre cette Constitution, et proclame hautement le principe de la Souveraineté du peuple.
3. — Nouvelles Considérations philosophiques et critiques sur la Société des jésuites, sur les causes et les suites de leur destruction; A Versailles, de l'imprimerie de J.-A. Lebel, imprimeur du Roi, 1817, in-8°, pp. 284. L'Ami
de la Religion, 11 février 1818, t. XIV, p. 417-423. — Après avoir relu la Bibliothèque historique de la Compagnie de Jésus du P. Carayon, il nous paraît à peu près certain que, en dehors de la Compagnie de Saint-Sulpice, aucune autre société religieuse, même faisant des vœux, n'a composé de livre ex professo pour répondre aux détracteurs de la Compagnie de Jésus. Dans sa préface, M. Tharin « proteste avec vérité » qu'il n'est « ni jésuite, ni élève des jésuites » : il dit ce qu'il n'est pas, sans dire ce qu'il est. Or, nous savons qu'en 1817, il était supérieur du grand séminaire de Baveux, dont Saint-Sulpice avait alors et a depuis toujours conservé la direction. Le 22 janvier 1818, M. Duclaux lui écrivait : « Je présenterai moi-même un exemplaire de vot^re ouvrage à Msr Pradelle : il ne m'a pas encore été possible d'en lire une seule ligne. M. Frayssinous m'en a beaucoup parlé : il a trouvé que les parties principales et les plus importantes avaient été bien traitées et discutées : il vous en dira son avis ». « Cet ouvrage, dit l'abbé Dassance, produisit un grand émoi, et », quoiqu'il fût anonyme, « suscita contre l'auteur, devenu précepteur du duc de Bordeaux, des haines violentes ». On peut s'en former quelque idée en lisant l'ouvrage suivant : L'Antidote de Montrouge, ou Six questions adressées à Monseigneur l'évêque d'Hermopolis, sur le projet de rétablir ou de tolérer les jésuites, et suivies de l'Examen de leurs modernes apologistes, MM. Tharin, de Bonald, etc., etc., par M. J.-B. Salgues, ancien professeur de l'Université; Paris, Moutardier, 1827, in-8°, pp. 382, surtout à partir de la p. 250.
L'abbé Simonin {Biographie universelle... par Feller, art. Tharin) dit qu'après avoir reçu les Ordres, M. Tharin « se livra à la prédication, et obtint des succès dus surtout à une éloquence persuasive qui pénétrait les cœurs; et que, à la même époque, il publia un ouvrage sur Y Eloquence de la chaire, plein d'aperçus neufs et ingénieux, et qui jouit encore d'une grande estime ». Nous ne connaissons pas cet ouvrage, et nous ne le voyons signalé par aucun bibliographe ou biographe de M. Tharin.
A. — Tractatus de Pœnitentiâ, professore D. Tharin, in-4°, pp. 197. Bibliothèque du séminaire de Saint-Sulpice; Cabinet des Manuscrits, n. 308.