‹ Bibliothèque sulpicienne ou Histoire littéraire de la compagnie de Saint-Sulpice (volume 2)Chapitre 68 sur 275 · G2 BIBLIOTHÈQUE SULPICIENNE · texte numérisé non relu

G2 BIBLIOTHÈQUE SULPICIENNE

philosophie, il alla à Paris, et obtint au concours une bourse dans la petite Communauté de Saint-Sulpice, dite des Ro. bertins. Il y doubla sa philosophie, d'après l'usage de cette maison, alors renommée pour les éludes, et entra ensuite en théologie. Dès son enfance, il avoit fait paroître une inclination particulière pour l'étude des langues; et afin de seconder ses heureuses dispositions, on lui procura, aux Robertins, les moyens de joindre à la connaissance du latin et du grec qu'il possédoit déjà, celle de la langue hébraïque, dont il fit bientôt ses délices.

» M. l'abbé Lourdet, professeur au Collège de France, avoit été chargé par le Clergé de traduire la version arménienne de la Bible. Un travail de si longue haleine lui faisant craindre d'être prévenu par la mort avant de l'avoir achevé, il désira de s'associer quelqu'un de ses élèves, capable de le terminer après lui, et jeta les yeux sur M. Garnier, qui venoit d'être ordonné prêtre. C'étoit en 1788. Celui-ci s'appliqua alors à l'étude de l'arménien. M. Lourdet composa exprès pour son élève une grammaire arménienne, dont il lui remetloil chaque jour les feuilles qui dévoient servir de matière à ses leçons. Mais afin de pouvoir suffire à l'activité et à l'étonnante facilité qu'il remarquoit chez M. Garnier, il se livra à un travail si excessif, qu'il en contracta une maladie violente, et fut même quelque temps en danger de perdre la vie.

» Après cette maladie, voyant déjà dans son élève un successeur capable de le remplacer au Collège de France, il le présenta à M. de Juigné, archevêque de Paris, chez qui se trouvoient réunis plusieurs évêques de l'Assemblée du Clergé qui se lenoit alors. Sur les témoignages qu'on leur rendit de la capacité de M. Garnier, iis l'engagèrent à travailler sous M. Lourdet, lui firent espérer une pension pendant la vie de celui-ci, et sa chaire après sa mort. Déjà M. Garnier avoit traduit de l'arménien quatorze chapitres du Pentaleuque. Mais la lecture assidue des caractères de cette langue lui ayant causé un affaiblissement considérable de la vue, il crut, d'après l'avis du médecin, devoir renoncer à

cette étude. 11 quitta donc le Collège de France, et vint s'offrir à M. Émery pour entrer dans la Compagnie de Saint- Sulpice. M. Émery, tjui connoissoit déjà son mérite, le reçut avec joie, et après une année d'épreuve à Issy, il l'envoya au séminaire de Saint-Irénée, à Lyon, pour y enseigner la théologie dogmatique. Dans ce nouvel emploi, M. Garnier ne négligea pas l'étude des langues. Peu après son arrivée à Lyon, il écrivit môme à M. Lourdet une lettre de bonne année en arménien, quoiqu'il n'eût ni dictionnaire, ni aucun livre écrit en cette langue, que le Nouveau Testament : ce qui surprit fort son ancien maître, et renouvela les regrets que lui avoit causés sa sortie du Collège de France.

» Contraint, en 1791, de quitter le séminaire de Lyon par suite du refus de serment à la Constitution du Clergé, M. Garnier retourna à Paris. M. Émery l'adjoignit alors, avec deux autres de ses ecclésiastiques, à M. Nagot, qui alloît fonder le séminaire de Baltimore, en Amérique. Ils partirent de Paris le 21 mars, et s'embarquèrent à Saint- Malo le 8 avril suivant. Sur le vaisseau, M. Garnier sut mettre à profit ses loisirs, et apprit l'anglais pendant la traversée, qui fut de trois mois. Après avoir touché successivement à l'île Gracieuse dans les Açores, à Saint-Pierre de Miquelon, on arriva enfin à Baltimore. M. Carroll, évêque de cette ville, n'eut pas plus tôt connu le mérite de M. Garnier, qu'il témoigna pour lui une estime particulière, et s'applaudit d'avoir dans son diocèse un prêtre qui, par ses lumières et ses connoissances dans les langues, pouvoit y mettre le clergé catholique en honneur auprès des Protestants. M. Garnier, occupé d'abord à enseigner la théologie, fut ensuite chargé de l'administration de la paroisse de La Pointe, et remplacé au séminaire par M. Maréchal, depuis archevêque de Baltimore. Le séminaire n'avoit alors qu'un bien petit nombre de sujets qui se disposoient aux saints ordres; ce qui fut cause que, pendant la plus grande partie du temps qu'il passa en Amérique, M. Garnier crut devoir exercer le ministère extérieur...

» Après la Bévolution française, M. Émery, empressé (!<>

rétablir la Compagnie de Saint-Sulpice, songea à le rappeler au séminaire de Paris, pour qu'il y enseignât les langues orientales. M. Garnier se plaisoit fort eti Amérique, où il étoit déjà depuis douze ans, et étoit fort goûté de M. Carroll. Néanmoins, dès qu'il connut le désir de M. Émery, il rompit tous les liens qui l'attachoient à Baltimore, et s'embarqua pour la France le 22 mai 1803. Son arrivée à Paris fut pour M. Émery le sujet d'une vive satisfaction... Aussi ne cessa-t-il de lui témoigner le plus tendre attachement, et dès l'année 1805, il lui donna part à toutes les affaires de la Compagnie de Saint-Sulpice. 11 le chargea d'enseigner aux séminaristes l'Écriture-Sainte et l'hébreu; et pour lui procurer le moyen de pénétrer plus avant dans les secrets de cette langue, il voulut qu'il acquît la connoissance de la langue arabe, qui lui étoit encore étrangère; et qu'après l'avoir apprise, il en fit lui-même des leçons. Le zèle de M. Garnier excita, dans le séminaire, une louable émulation pour l'étude de la langue sacrée; et plusieurs orientalistes de la Capitale, entre autres M. Sylvestre de Sacy, assistoient avec satisfaction aux exercices publics qui terminoient les cours de chaque année. M. Garnier donnoit encore des leçons de mathématiques et de physique à ceux des séminaristes qui suivoient les cours de philosophie, et suppléoit les professeurs de théologie dans l'occasion...

» Il s'occupa ainsi au séminaire de Saint-Sulpice jusqu'à la fin de l'année 1811, qu'il fut obligé d'en sortir, par suite d'une mesure sévère qui dispersa de nouveau la Compagnie. 11 se retira d'abord à Issy, avec M. Duclaux; puis ils revinrent à Paris, et M. Garnier continua à s'occuper de ses études favorites... Enfin, le calme ayant été rendu à la France, il rentra au séminaire, la veille de Saint Joseph, 19 avril (sic) 1814. Au mois de septembre de cette même année, il fut nommé premier directeur du séminaire de Saint-Sulpice par M. Duclaux, qui venoit d'en être élu supérieur... Enfin, M. Duclaux s'étant démis en 1826, M. Garnier fut élu lui-même pour lui succéder. Dans cette place, il n'interrompit point ses leçons de langue hébraïque, et ne cessa pas de s'appliquer

à l'étude des Livres saints, autant que pouvoient le permettre ses fonctions. Plus tard, il reprit même ses leçons d'Écrituresainte, auxquelles le séminaire assistoit, et les continua jusqu'à l'âge de 82 ans... Il rendit son âme à Dieu le 16 mars 1845, à dix heures du soir, dans sa 83e année presque accomplie. Son corps fut transporté le 18 à Issy, et inhumé auprès dès restes de M. Émery et de M. Duclaux, ses prédécesseurs » {L'Ami de la Religion, 12 avril 1845, t. CXXV, p. 101-104. L'auteur de cet article non signé est M. Fatllon).

On a gravé sur la tombe de M. Garnier et reproduit au bas de son portrait l'épitaphe suivante : Antonius Garnier, Seminarii Sancti Sulpitii Superior undecimus, vir ingenii sagacitate, animi candore eximius; avitœ disciplines constans œmulator : in consulendo sapiens, in preecipiendo modestus, Sacrarum Litterarum scientia conspticuus, easque castas totius vitœ delicias ultimo habens solatio, acerbos inter dinturni morbi angores ; Christo confixus cruci , annis fermé LXXXIII expletis, obiit die XVIâ Martii, anno R. S. MDGCCXLV.

Cfr. Notice sur M. l'abbé Garni ' ir, Supérieur du séminaire de Saint-Sulpice, par un de ses élèves (Emile Leguay); Paris, imprimerie de ve Bouchard-Huzard, 1845, in-8°. — Les Prêtres français émigrés aux Etats-Unis, par M. C. Moreau; Paris, 1856, in-12, chap. X, p. 398-431 et suiv. — Notice sur M. Garnier, onzième supérieur du séminaire et de la Compagnie de Saint-Sulpice (par M. Gamon); manuscrit grand in-8° de 131 pages (Archives de la Solitude).

1 . — Notes pour la Philosophie de Lyon, édition de 1808. V. l'article Montaigne (Jean), p. 56 de ce volume.

2. — M. Garnier ne serait-il pas l'auteur de la Notice sur M. Nagot, signée G., et insérée dans L'Ami de la Religion, t. VIII, p. 286-288, numéro du 13 juillet 1816?

3. — Quérard (France littéraire, t. XI, p. 151) attribue à M. Garnier la Bible publiée par l'abbé de Genoude. Dans la nouvelle édition des Supercheries littéraires dévoilées (t. 11, p. 154), on se borne à dire, touchant cette publication du célèbre rédacteur de la Gazette de France, que « les Discours

préliminaires de chacun des livres de la Bible ont été pris, en partie, dans les cahiers de M. l'abbé Garnier, de Saint- Sulpice ». De son côté, l'abbé Glaire, auteur de Y Introduction historique et critique aux livres de l'Ancien et du Nouveau Testament, déclare avoir eu « communication des travaux sur l'Écriture-sainte du savant professeur du séminaire de Saint-Sulpice », c'est-à-dire de M. Garnier.

A. — Recueil de différents traits relatifs à la vie de M. Émery ; manuscrit autographe {Archives delà Solitude).

D. — Traits historiques relatifs aux Supérieurs généraux de Saint-Sulpice, depuis M. Tronson jusqu'à M. Duclaux, successeur immédiat de M. Émery; manuscrit de 50 pages in-4° d'une écriture très serrée {Archives de la Solitude).

Ces deux écrits ont servi en partie à la composition de la Vie de M. Emery (Paris, 1861, 2 in-8°) et de Y Introduction qu'on lit en tête de cet ouvrage.

C — Introductions aux différentes parties de la Bible, avec traductions de certains morceaux et des notes {Bibliothèque du séminaire de Saint-Sulpice ; Manuscrits).

D. — De l'éloquence et de la poésie de V Ecriture- Sainte (lbid.).

E. — Dissertation sur les temples des Hébreux (lbid.).

F. — Instructions sur la vocation, in-4°. — Sujets d'oraisons, 2 in-4° (lbid.).

G. — Dissertation sur l'institution canonique des évêques (lbid.).

H. — Éléments d'herméneutique. — Dissertation sur la langue première. — Éléments des langues anciennes. — Éléments de grammaire rabbinique. — Éléments de grammaire samaritaine. — Éléments de grammaire syriaque. — Éléments de grammaire arabe. — Radiées arabicœ. — Grammatica eptaglotta (lbid.). — Toutes ces grammaires ayant appartenu à M. Garnier sont classées dans la catégorie de ses manuscrits; ce qui n'implique pas qu'il en soit l'auteur.

I. — Explication du Catéchisme de la Vie intérieure par M. Olier.

JL — Analyse explicative de /'Introduction à la vie et aux vertus chrétiennes par M. Olier.

K. — Analyse du Traité des saints Ordres de M. Olier.

L. — Explication des cérémonies de la grand'messe, par M. Olier.

M. — De la Dévotion à la Très Sainte- Vierge, d'après M. Olier.

IV. — Analyse du chapitre de /'Esprit de M. Olier sur l'amour du prêtre pour l'Eglise.

O. — On conserve au séminaire de Baltimore copie d'un recueil considérable de lettres adressées, pour la plupart, à M. Harent, économe du séminaire, qui contribua plus que tout autre à relever l'état des finances de la maison, qui avait un peu souffert sous l'administration de M. Dubourg.

P. — Circulaire de la 39e Congrégation générale de la Compagnie de Saint-Sulpice, délibérée dans la 17° séance de ladite Assemblée, tenue le 16 septembre 1824, à Issy. — Lettres circulaires : du 13 septembre 1826; — 8 octobre 1827;

— 15 janvier 1828 (adressée à Messieurs de Baltimore); — 23 août 1830; — 27 août 1836.

Circulaires nécrologiques pour la mort de MM. : Augier — Bédard — Berthelot — Boix — Bonnet — Boussin — Bouyer

— Boyer — Caillé — Cartal — Chalamel — Chameroy — Chanut — Dalga — David — Desparin — Dorveau — Duclaux

— Ducré — Florant — Frémont — Giraud — De Gournay — Granier — Haimfray — Hoskins — Hubert ( Louis- Amable)

— Humbert — Joubert — Lafaurie — Lasausse — Lefèvre de Bellefeuille — Malard — Maréchal — Parisot — Peillon

— Richard (Gabriel) — R.oque — Roux (Jean-Henri-Auguste)

— Royer — Ruben — De Saint-Félix — Sattin — Le Saulnier (Candide-Michel) — Sauvage — Ségala — Tartonne — Tessier

— Toutin — Vernet — Whéeler.

« J'ai eu, écrivait M. Garnier, le dessein d'écrire une histoire de la Compagnie de Saint-Sulpice. Mais il me faudrait compulser toutes nos Assemblées générales et particulières, tous les procès- verbaux des visites, toutes les lettres de M. Tronson, tous les papiers qui peuvent se trouver dans les

différents séminaires, afin de ramasser tous les matériaux nécessaires; ce dont je me sens incapable. J'espère néanmoins que cette histoire, si propre à attacher les sujets à la Compagnie, sera un jour écrite ».

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