‹ Bibliothèque sulpicienne ou Histoire littéraire de la compagnie de Saint-SulpiceChapitre 120 sur 134 · CHAPITRE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE DEUXIÈME

Le curé do Saint-Sulpice offre sa cure aux solitaires «le Vaugirard. — M. Olier se détermine à l'accepter, en prend possession et y établit son séminaire, — Mécontentements de sa famille et des libertins de

la paroisse. — Sédition excitée contre lui. — Concessions faites aux exigences de l'ancien curé. — Nouveaux membres associés à la Compagnie.—M. Olier commence la construction d'un séminaire. — Description de cet édifice et de son aménagement. — Le jardin. — La chapelle basse. — La chapelle supérieure et ses décorations : les peintures de Le Brun : l'Assomption de la Sainte- Vierge, la Fentecôte, la Visitation. — La Bibliothèque : dons de MM. Olier, de Cbampdieu, de Bretonvilliers, de Partage, Pinet, Heudon et Tronson. — Ce qu'a coûté le séminaire de Saint-sulpice. — La sacristie : la chasuble et l'ornement de M. Olier. — Les Reliques.

Il n'y avait pas d'apparence que la Providence permit que des ecclésiastiques d'un si grand mérite demeurassent plus

recommandables de son temps. C'est à lui que les trois solitaires de Vaugirard, qui, depuis la mort du Père de Condren, n'avaient plus de directeur, donnèrent leur confiance. M. Olier fait observer à cet égard, dans ses Mémoires, la merveilleuse bonté avec laquelle Dieu avait pourvu aux besoins de son àme dans les diverses phases de sa vie. « Je ne puis assez admirer la conduite de Dieu sur moi, voyant le soin particulier qu'il en a pris, car, lorsqu'il a voulu [n'appliquer au dehors dans l'emploi extérieur des missions, alors il m'a tenu et m'a conduit par les mains de m. Vincent, supérieur des Missionnaires. Quand, après, sa bonté a voulu m'éclairer et me donner quelque luparticulière, il m'a conduit par la voie du défunt ivre de Condren, l'homme peut-être de l'Église des plus iUuminés dans la sa-

divine, lequel était aussi grandement expérimenté dans Ui intérieure, si bien que j'ai reçu, par son moyen, mille ouvertures et facilitée pour comprendre les choses <iu»' la bonté de 1 >uu m'a voulu (aire entendre du depuis. Bref, maintenant qu'il semble me vouloir le lui et m'appeler a une vie plus retirée, il me met entre les ind personnage, tout à (ait retire et 9éparé du monde, de l'esprit duquel je prie la bonté divine me eouloii

longtemps dans un simple village, cachés comme la lumière sous le boisseau dont il est parlé dans l'Évangile. Elle fit, en effet, naître bientôt une occasion de les en tirer.

M. le curé de Saint-Sulpice du faubourg Saint-Germain, nommé de Fiesque (1), eut dessein de se défaire de sa cure pour songer à soi et vivre en repos. Cette paroisse était un abîme de désordres. L'hérésie, l'impiété, le libertinage et l'impureté y régnaient, et le peuple y était dans la dernière ignorance de nos mystères et de ses obligations. Quelques personnes de piété découvrirent le dessein de ce curé à M. Olier : on lui en parla même de la part du curé (2). 11 recommanda cette affaire à Dieu. 11 consulta tous ses amis, et principalement ceux qui étaient avec lui dans sa retraite, et tous conclurent que c'était l'ouverture la plus favorable qu'on pût désirer pour faire réussir le dessein des séminaires.

M; Olier se vit obligé d'écouter les propositions qu'on lui faisait de la part du curé, qui se contentait d'un prieuré et d'une pension viagère de dix-huit cents livres (3). Ces deux objets étaient très modiques par rapport aux revenus de la cure. On lui accorda sa demande. La procuration ad resignandum fut passée en faveur de M. Olier vers la Fêle-Dieu

(1) Julien de Fiesque avait succédé, comme curé de Saint-Sulpice, à Simon de Montereul, décédé le 1er août 1631.

(2) M. Olier raconte que M. de Fiesque lui en fit lui-même la première ouverture le 25 août 1652, à l'occasion d'une procession que la paroisse de Saint-Sulpice avait l'habitude de faire tous les ans, le jour de Saint- Marc, à l'église de Vaugirard, dont, en l'absence du curé Coppin, nos solitaires continuaient d'avoir l'administration.

(3) M. du Ferrier, dans ses Mémoires, nous fait assister à la «cène de marchandage (il faut dire le mot) dont il fut l'intermédiaire : « Vous pouvez, dit-il, m'accommoder. Je demande 1,000 écus de revenu. M. Olier a le prieuré de Clisson, en Bretagne, d'où je suis : il vaut 1,600 livres de revenu : joignez-y 1,400 livres de pension : et nous voilà d'accord ». Voir, de nouveau, sur ces pratiques passées dans les mœurs du temps, l'intéressant opuscule de M. l'abbé Sicard cité plus haut, et particulièrement le chapitre 7, Résignation en faveur, Permutations, Pensions.

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de celle année lGi2 (1), avec la réserve de celle pension.

Les provisions, tant du prieuré que de la cure, furent expédiées. On les reçut au commencement de septembre suivant (2). En attendant, M. Olier prit possession de la cure par procureur le jour de Saint-Laurent, et en personne le jour de l'Assomption. 11 y officia et y prêcha. II prit pour texte : Ego sum pastor bonus (.3), et il toucha tout son auditoire, qui bénit Dieu de lui avoir donné un si digne Pasteur.

Il n'en était pas de même de sa famille Elle croyait qu'il se dégradait d'avoir quitté un évêché qui lui donnait la qualité de Comte et Pair de France, pour prendre la cure d'un faubourg de Paris, qu'on regardait pour lors comme une cure de village. Mais M. Olier, qui ne se conduisait pas selon les maximes corrompues du monde et les vues intéressées de ses parents, méprisa leurs plaintes et vint se loger dans le

(1) Le 25 juin, mercredi dans l'octave de la Fête-Dieu, M. Olier se félicitait, dans ses Mémoires, que le contrat eût été ainsi conclu sous les auspices du Très Saint-Sacrement.

(2) Elles arrivèrent le mardi dans l'octave de la Nativité, 9 septembre. M. Olier note avec joie cette nouvelle coïncidence. « .le suis tout joyeux », écrit-il dans ses Mémoires, « que mes provisions soient arrivées pendant l'octave de notre divine Maîtresse, comme je l'avais prédit à mon directeur, il y a deux mois et plus, agissant en cela selon la providence ordinaire de Dieu, qui fait toujours quelque renouvellement en moi dans cette sainte fête ».

est ce que nous lisons aussi dans les Remarques historiques, Mais ces deux témoignages Boni en désaccord avec celui de m. OUer lui-même. • Ce même seigneur ■ i -■ . écrit-il dans ses u<es, m'a donné ce que je ■levai- «lire à la prédication par deux fois, à cause qu'à la première i fois), je craignais beaucoup -i'a\ • d'esprit. Beati pauperes spiritu, quoniam ipsorum est rc* cselovum.Je m'estime heureux de commencer les premières paroles •lu premier sermon que je tais ;i cette «^lise par les premières paroles du premier Bermon que N.-S l .-« . fait dans - >n Évangile, parlant a son Église en la personne de ses disciples qui y étaient présenta : Beat est regnum csslt

< 'est une prophétie de mon seigneur Jésus, qui se vérifie puissamment en ce jour, voyant élevée dans les cieux celle <i"i était la pins humiliée Bur la terre, < 'est dans le cours du sermon que i<' nouveau pasteur dut commenter i<' texte : I

presbytère de Saint-Sulpice. 11 y appela une partie des ecclésiastiques qui étaient à Vaugirard (l), où l'on s'était accommodé d'une maison proche de celle où ils s'étaient placés d'abord, et qui du depuis est demeurée au séminaire de Saint-Sulpice (2); et, entre la Toussaint et l'Avent, il les fit venir tous pour le seconder dans son travail; et il en fit transporter tous les meubles dans la cure, où il établit son

(1) C'est la fondation du séminaire de Saint-Sulpice, que le catalogue des Entrées mentionne en ces termes : « Die 15a Augusti annï 164.?, suit ausîJiciis B. Mariée in cœlos A^.ncinptH'j seminarium Sancti Suipicii cepit exordium Parisiis, opéra et labore Joannis Jacobi Olier, ejusdem Sancti Sulpicii pastoris vigilantissimi et supradicti seminarii fundatoris ».

(2> Elle lui appartient encore aujourd'hui et se trouve enclavée dans le collège des PP. Jésuites, à Vaugirard. On y voit la chambre que M. Olier y occupait, et qui, depuis sa mort, fut transformée en chapelle domestique. Voici comment M. du Ferrier nous décrit cette maison et nous en raconte l'acquisition : « Il y avait un grand jardin, de murailles neuves, qui aboutissait au cimetière, et une assez grande maison où personne ne logeait. Nous sûmes que M. Arnolphini la tenait à louage, et n'y venait jamais. M. de Foix, qui le connaissait, fut le prier de vouloir nous subroger. Il s'en excusa et nous obligea de l'habiter étant toute meublée, nous priant d'agréer qu'il y vînt quelquefois dire son chapelet dans les allées du jardin Cette maison appartenait à M. de la Roche » (il faudrait lire M. Godefroi de Roche fort de Souplainville), « qui demeurait dans le diocèse d'Auch, homme de beaucoup de piété. Nous lui limes proposer que nous l'achèterions, s'il voulait nous en accommoder. Il dit qu'il ne voulait pas la vendre, mais qu'il nous priait de l'accepter en don. Nous refusâmes son présent ; et, enhn, il condescendit à la vendre pour la somme de 2,000 écus, mettant dans le contrat, afin d'empêcher le retrait lignager, qu'attendu qu'elle valait beaucoup davantage, c'était à condition que, sa vie durant, il y aurait une chambre, pour y demeurer tant qu'il lui plairait. Lorsqu'on lui voulut donner les 2,000 écus, il ne voulut pas les prendre, et pria qu'on les gardât sans rente ni intérêt. Son intention était de nous les donner en mourant; mais, comme il ne ht point de testament, nous payâmes son héritier. » {Mém., p. 154 et 155.)

Nous voyons par le contrat de la vente que M. Godefroi de Rochefort était protonotaire apostolique et vicaire général de l'archevêque d'Auch. Ce contrat, passé dans le pays même, au château de Gondrin, le 4 juillet 1043, et signé, au nom de M. Olier et de ses compagnons, par M. Louis-Henri de Pardaillan de Gondrin, dont il a été parlé plus

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