III
bien entretenu, et aussi raisonnable qu'en peut avoir une maison dans Paris. —
Dans la chapelle basse, il y a un autel à l'extrémité méridionale. On a fait, à l'autre extrémité, une espèce de cage, contenant quarante petites layettes de plâtre, soutenues par des bancs de fer, et dont chacune est de la mesure d'une bière : et c'est dans ces layettes qu'on coule les bières des ecclésiastiques qui meurent dans le séminaire, de sorte que, étant scellées au-devant avec une planche de plâtre, la mauvaise odeur n'en incommode nullement la chapelle.
M. de Bretonvilliers est dans sa bière auprès de l'autel, au-dessous du tombeau de M. Olier, qui est déposé dans la chapelle supérieure. Ils ne sont enterrés ni l'un ni l'autre : leurs bières sont de plomb. Celle de M. Olier est revêtue d'un coffre de bois, avec un drap mortuaire de velours sur la représentation; celle de M. de Bretonvilliers est entièrement couverte de planches en forme de représentation, peinte en noir et semée de larmes.
M. de Poussé est devant l'autel de la chapelle basse, entre deux des piliers qui soutiennent la voûte. Il est enterré, et Mademoiselle de Kothelin, pour reconnaître la charité qu'il avait eue pour elle (1), lui a fait faire une tombe de marbre noir, avec celte épitaphe en lettres d'or : D. 0. M. Hicjacet Dominus Antonius Raguier de Poussé, hujus seminarii pre.shyter, Facultatif Parisiensis doctor theologus et Sancti Sulpicii Hector. Obiit octavo iduè Julil, anno Domini millesimo sexcentesimo octogesimo , œtatis suœ sexagesimo tertio.
La chapelle a huit toises quatre pieds de longueur, sur trois toises quatre pieds el demi de largeur. Klle comprend la hauteur des -ailes el du premier étage, c'est un salon dont
(l) Par acte passé devant notaires le 22 janvier 1678, DamoLselle Magdeleine d'Orléans de Rothelin donna entre vifi au aômina Saint-Sulpice 300 Ih res de rente po r l'entretien d'un ecclésiastique, de deux an- en deux ans. Incidemment, elle y (ait mention des [ qu'elle ai ;tion de If. de
l'ell-
le plafond, en forme de voûte, contient, dans un grand cadre doré, carré long, un tableau qui est un des plus beaux ouvrages de M. Le Brun (1). Il représente l'Assomption de la Sainte-Vierge. M. Olier en avait pris l'idée du triomphe qu'elle remporta sur l'hérésie de Nestorius dans le Concile d'Éphèse. M. Le Brun, à qui il la communiqua, l'a saisie parfaitement et l'a exprimée d'une manière admirable avec son pinceau (2). Les Patriarches des églises d'Orient, et
(1) Charles le Brun, un des plus grands peintres de l'École française, né à Paris le 22 mars 1619, mort à Paris le 12 février 1690.
(2) Nous croyons devoir insérer le devis de cette ornementation de la chapelle, dont la minute existe encore dans l'étude du notaire Marreau, aujourd'hui étude Paul Girardin, à Paris. C'est une pièce intéressante pour l'histoire de l'art.
« Devis des ouvrages de peinture et dorure qu'il convient faire en la chapelle de Messieurs du Séminaire de Saint-Sulpice.
» Premièrement, au plafond de la dite chapelle sera fait un tableau de 36 pieds de long sur 14 de large, rempli de cinquante à soixante figures et plus, s'il en est besoin, tant proches qu'éloignées, représentant le triomphe delà Sainte -Vierge, laquelle sera élevée sur une nuée, portée par plusieurs anges, et quantité d'autres en action de l'honorer et de chanter ses louanges : Elle sera couronnée par le Père Éternel, qui sera en action de lui offrir une place dans un trône ; et à ses pieds sera plusieurs patriarches et évêques à genoux devant elle, lui soumettant la marque de leurs dignités et lui présentant des couronnes de laurier : tous lesquels docteurs et patriarches représenteront les Conciles et le Clergé. Le tout fait suivant le dessin qui en sera fait et montré ;
» Plus, sur la bordure qui enferme le dit tableau, sera fait des ornements sur quelques moulures, etc. toutes dorées ;
» Plus sera fait, au plafond qui est opposé aux fenêtres, de grands panneaux d'architecture de couleur de marbre blanc, dans lesquels sera fait des ornements d'or à la mosaïque, sur lesquels l'on représentera des médaillons de couleur de bronze rehaussés d'or, ou des tableaux de coloris, représentant les attributs de la Sainte-Vierge, tous dans des bordures dorées : et les dits tableaux seront attachés à des festons de fleurs au naturel : et, entre les dits panneaux et les dits médaillons, sera fait des pilastres de couleur de marbre rouge ou autre, devant lesquels sera représenté de grands chandeliers d'or fort riches, qui seront au nombre de cinq du dit côté : le tout suivant le dessin qui en sera montré ;
» Plus, sur la face au-dessus de l'autel, sera fait des festons pareils à
120 BIBLIOTHÈQUE 5ULPICŒNNB
Saint Cyrille en tète, sont dépeints au bout. Viennent ensuite Saint Céleslin et l'église latine. Ils paraissent portés sur des nuées, et rendent leurs respects profonds à la Très Sainte- Vierge dans son triomphe, et la proclament Mère de Dieu. <»n voit dans le coin, et dans un enfoncement, l'hérésiarque Nestorius saisi d'effroi, et qui parait s'opposer à ce divin concert de toute l'Église, en produisant sur un rouleau d'écriture son Christotokos, qui est l'hérésie par laquelle il voulait lui enlever la dignité de Mère de Dieu.
La Sainte-Vierge parait au milieu de ce plafond, beaucoup élevée au-dessus de ces saints patriarches. Elle est portée sur un manteau d'azur, étendu et soutenu par un groupe d'anges, dont les attitudes sont toutes différentes, mais très hardies, dégagées, naturelles et sans confusion, quoi qu'ils soient entrelacés les uns dans les autres.
D'autres anges s'écartent dans les extrémités du tableau, et témoignent par les Heurs qu'ils répandent, par les instru-
ceux ci-dessus mentionnés sur «les fonds à la mosaïque, et des médaillons pendant à iceux : le tout semblable à ce qui a été dit et aux a qui en seront montrés :
» Plus, au plafond, du côté <h>> fenêtres, sera fait, sur les trumeaux, des pilastres pareils à ceux du côté opposé, avec quelques bouts de panneaux à la mosaïque, sur lesquels sera fait des cbandeliers d'or environ: ands festons de fleurs au naturel, ainsi qu'il a été dit pour l'autre coté : et, aux bordures des dites fenêtres sera lait des ornements d'or sur toutes les moulures : le tout suivant le dessin qui en montré :
Plus, sur toutes les épaisseurs des dites fenêtres, sera fait des or* oements d'or, environnés de quelques moulures, par des compartiments :
Plus, Bera fait dix tableaux, tous représentant les mystères de la desquels auront de 11 à 12 pieds de haut sur 8 de et les quatre autres, de 8 a 9 'le haut sur autant de large, selon que l'on trouvera bon être : dans chacun des >us<iits tableaux Bera fait huit à dix ligures, î un équivalant l'autre, — * - i ■ » r i que le sujet querra : le tout suivant le- dessins qui en seront préalablement faits et a^:
i ■.!!* lesquels oui rages Je promet- ; >t dûment , selon les
\s qui en seront arn 6 'lit.
Noble homme ciu titre et valet de chambre ordi-
VIE DE M. OLIEB 1^1
ments dont ils jouent et par leurs manières pleines d'admiration, de joie et de respect, que le Ciel s'accorde avec la terre pour publier de concert les grandeurs de l'auguste Mère de Dieu.
Elle est couchée dans une gloire, au milieu de laquelle elle s'élève insensiblement vers le Père éternel, fort élevé luimême au-dessus d'elle, et auquel, néanmoins, le peintre a voulu donner plus de grosseur que ne le demanderait l'éloignement où il est, pour mieux exprimer par cet état la puissance et l'autorité qu'il exerce dans ce triomphe.
La Sainte-Vierge, dont le visage est éclatant de lumière, le regarde avec des yeux pleins d'amour et de douceur. Kl le lui tend les bras, pour lui marquer ses empressement-s. Sa tète est de la main seule de M. Le Brun : aussi tout y est doux, tendre et hardi, et c'est le chef-d'œuvre de ce grand peintre : une couronne d'étoiles parait sur cette tête divine.
Le Père éternel conduit la Sainte -Vierge de la main,
naire du Roi, demeurant au faubourg' Saint- Victor lès Paris, sur le fossé, paroisse Saint-Nicolas-du-Chardonnet , confesse avoir fait marché, promis, et promets par ces présentes au séminaire nouvellement établi à Saint-Germain-des-Prés lès Paris, et acceptant par messire Jean-Jacques Olier, prêtre, bachelier en théologie, supérieur du dit séminaire, à ce présent, de faire et parfaire bien et dûment, comme il appartient, au dire d'ouvriers à ce connaissants, tous les ouvrages de peintures mentionnés, et par le même déclarés au devis cidevant et sur écrit, fournir tout ce qu'il conviendra, et les rendre bien et dûment parfaits, le plus diligemment que faire se pourra : et ce, pour et moyennant la somme de 14,000 livres tournois: laquelle somme de 14,000 livres le dit sieur Olier promet et s'oblige bailler et payer au dit le Brun ou au porteur, au fur et à mesure que les ouvrages s'avanceront; et sera tenu le dit le Brun rendre parfait le tableau du grand autel de la chapelle du dit séminaire, et les peintures de la voûte de la dite chapelle dans un an prochain venant, et de peindre une ligure de prophète en chacun des trumeaux, et une figure d'enfant dans chacun des ronds de la tribune, sans augmentation de prix.
-> Fait et passé dans la chambre du dit sieur Olier, au dit séminaire de Saint-Sulpice, l'an mil six cent cinquante-quatre, i<- 7e jour de décembre, après midi.
» Et ont signé ; Olier ; le Brun ; Lefranc ; Marreau. »
122 BIBLIOTHÈQUE SULPICIENNB
comme pour la mener sur son trône. Une infinité d'anges, touchés avec la dernière délicatesse, l'environnent de tous cotes : la plupart sont perdus dans la gloire, sans néanmoins que cela empêche d'en remarquer tous les traits; de sorte qu'il est difficile de voir sur la terre une image plus vive et plus belle du paradis. M. Olier ne put s'empêcher de le témoigner lui-même à M. Le Brun, en lui disant : « Que vous êles heureux, Monsieur, de nous pouvoir donner par le moyen de votre pinceau une si belle expression de la gloire du Ciel ! »
Le reste du plafond, compris de tous les côtés entre le cadre de ce grand tableau et la corniche de la chapelle, contient différents tableaux en médaillons, qui représentent les perfections que l'Église attribue à la Sainte-Vierge dans les Litanies. Ces médaillons sont réunis les uns aux autres par des festons et guirlandes de fleurs, avec des vases, candélabres et autres ornements de dorure.
Toute la chapelle, au-dessous de la corniche, est lambrissée, hormis les vides qu'on a laissés pour douze tableaux, dont néanmoins les cadres y sont placés. Tout y est peint ou doré, H les douze tableaux doivent représenter le sacerdoce «le la Sainte-Vierge manifesté dans ses différents mystères. M. Olier avait mis par écril et avait communiqué il M. Le Brun L'idée qu'il eu avait, ainsi qu'il avait fait du plafond; et il prétendait ne rien épargner pour donner par là quelques marques de son respecl ••( de son amour envers la Mère de
Dieu.
La tribune esl toute peinte ou dorée en dehors. Le dessous du plancher est un beau plafond, où l'on a pratiqué trois en« foncements remplis de trois tableaux, l. 'autel de cette tribune esl dans un enfoncement qui saille en dehors, eu forme de toui- demi-ronde, jusque Bur le cadre du grand tableau du plafond de la chapelle ce qui y l'ait un très bel effet.
i.e grand autel de la chapelle il) esl accompagné d'un
mm • autel et l'objet d'un nouveau traite conclu
te le 6 novembre 1656 Le devis en esl tra é eu détail; et, ouf l'ornementa leux statue- dont il ?a être parlé,
retable doré, formé de quatre colonnes cannelées d'ordre composite, posées sur un double socle et portant un entablement complet, dont la frise et la corniche se recourbent pour former un fronton demi -circulaire surmonté d'une croix. Les cannelures des colonnes sont remplies par des épis de blé et des branches de vigne chargées de raisin. Les entre-colonnements sont occupés par deux niches garnies des statues de Saint Jean l'Éva*ngéliste du côté de l'Épître, et de Saint-Joseph du côté opposé. Le tableau de l'autel, dont le cadre suit par le haut le contour du fronton, est une Pentecôte, ou descente du Saint-Esprit, qui fond en plénitude; sur la Sainte-Vierge, comme étant la source du Sacerdoce ; puis il se répand de la Sainte-Vierge sur tous les Apôtres et sur l'assemblée qui se trouva avec eux au Cénacle.
Comme les hommes y étaient séparés des femmes, la Sainte-Vierge y paraît élevée sur un lieu éminent et les femmes sont auprès d'elle. Les Apôtres sont au bas et l'environnent. Elle est à genoux et comme accoudée sur une table. Il n'y a rien de plus doux et de plus dévot que son visage; mais il est plein du feu de l'amour divin qui l'anime. Les Apôtres sont dans des attitudes différentes, mais hardies, et qui marquent leur étonnement. Leurs têtes y sont achevées et expriment naïvement la surprise, l'admiration, le respect et les autres mouvements de leurs cœurs. Un bras étendu d'un apôtre opposé au jour, et qui fait ombre sur le manteau blanc de Saint Jean, y parait en relief et fait un effet merveilleux.
Les draperies y sont du dernier fini ; entre autres, un rideau qui pend au haut du Cénacle. En un mot, M. Le Brun, de son propre aveu, s'étant surpassé lui-même dans ce ta-
« saint Jean avec l'aigle, lequel aigle sera tout doré, et saint Joseph avec le petit Jésus», et de deux anges qui doivent ressortir au fronton, le travail devra être conduit avec une telle diligence, qu'il puisse être livré pour la fête de la Présentai ion (la dernière que M. < Hier devait célébrer sur la terre), et « que l'on se puisse ser\ irdu 'lit autel pour la célébration du divin ser\ ire qui se Célébrera le dit jour . Le prix de ce nouveau travail est fixé à 2,200 livres tournois.
421 BIBLIOTHÈQUE SDLPICIBNNE
bleau, il demanda à M. Olier la permission de s'y peindre. Il l'obtint, el s'y peignit en effet en apôtre, mais sur le bord seulemenl du tableau el regardant les spectateurs. Ce qu'il fit, afin que, en même temps qu'on y jetterait les yeux, on reconnût I»' peintre, et qu'on donnât à l'auteur les louanges et l'estime que méritait son ouvrage.
On le lui avait demandé pour un jour déterminé (1) : il l'envoya, et il fut payé sur-le-champ, selon les termes du marché qu'il avait fait avec M. Olier. Mais il prétendit que, comme il avait surpassé l'idée qu'on en avait et ce qu'on eu attendait, on devait aussi ajouter de bonne grâce quelque chose à ce dont on était convenu. Comme, néanmoins, une gratification dans un premier tableau pouvait tirer à conséquence pour les autres qui restaient à faire, M. de Iiretonvilliers, qui lui envoya son argent, ne crut pas, quelque généreux qu'il fût, devoir préférer la libéralité aux conventions du contrat, dans une occasion où l'exactitude à s'y tenir lui paraissait nécessaire. Il lui envoya donc les 900 livres donl on (;lait convenu pour le prix de chaque tableau. M. Le Brun témoigna que le tableau méritait bien un sac de 100 pisloles, et cette exactitude ne lui plut pas.
Il arriva même qu'après la mort de M. Olier, il voulut taire son portrait sur la seule idée qu'il avait de ce grand homme, cr qu'il exécuta en effet. MM. de I.rctonvilliers et Tronson l'étant allé voir, el M. Le Brun ne s'y trouvant pas, on leur montra par rareté !<• portrait prétendu de M. olier. Comme ils n'y en reconnurent aucun trait, ce qu'ils témoignèrenl innocemment, s;ms néanmoins vouloir rien diminuer
de l'estime qu'ils avaient pour M. Le lïnin. leur sincérité,
qui lui tut rapportée, le piqua m vivement, qu'il se lit un point d'honneur de m- vouloir plus avoir de commerce avec iminaire.
it li I effet d'une délicatesse a laquelle beaucoup de grands hommes sont sujets. Comme l<- plafond de Samt-
avoni vu, dans l'acte que nous a^ ma transcrit plus haut, que oe tableau de la Pentecôte devait Btre ii\ ré dans le délai d'un an, ambre 16
VIE DE M. OLIER 42o
Sulpice, qu'il avait fait, l'avait mis en vogue et qu'il était devenu l'intendant des peintures que M. Fouquel faisait faire à Vaux, il se regardait pour lors sur un autre pied qu'il n'avait été au séminaire. Il prévoyait déjà qu'il ne manquerait pas d'être employé par Sa Majesté, comme il l'a été dans la suite; et qu'ainsi, il ferait mieux pour ses intérêts d'employer son temps à des ouvrages qui lui procuraient l'avancement de sa fortune que de le continuer à vil prix et à l'ornement d'une chapelle particulière.
De là vient qu'il n'a jamais voulu donner une Visitation qu'il avait faite suivant l'idée qu'en avait M. Olier d'y représenter l'apostolat de la Sainte-Vierge en exercice sur Saint Jean et Sainte Elisabeth. Il y a vingt-quatre ans que ce tableau est achevé, sans que depuis ce temps on l'ait pu obtenir de M. Le Brun (1).
Il est arrivé même quelque chose de plus surprenant : c'est que le tableau du mailre-autel n'est pas fini. Il fallait seulement deux ou trois jours de travail pour l'achever. M. Le Brun en écrivit obligeamment à M. de Bretonvilliers et le pria de le lui renvoyer pour peu de jours, afin de donner les derniers traits à un tableau qu'il regardait comme le meilleur de ses ouvrages. M. de Bretonvilliers, sur son billet, lui permit de l'emporter. Il y a néanmoins dix ans qu'il est entre les mains de M. Le Brun, sans qu'il pense seulement à le rendre (2). On ne sait s'il croit que le séminaire doit être
(1) On ne l'obtint jamais. Mus, de guerre lasse, M. Tronson, en 1697, en fit exécuter une copie par Verdier, élève de le Brun, qui excellait à reproduire les originaux de ce grand peintre. En 1718, M. Leschassier, successeur de M. Tronson, compléta, au moins en partie, l'exécution du plan qu'avait tracé M. Olier en faisant peindre pour la clapelle trois autres mystères de la Très Sainte-Vierge, la Présentation par Marot, la Nativité de N.-S, par le Clerc, la Purification par le sueur.
(2)LetalileaudelaPentec6tetinit par rentrer au séminaire. M. Paillon a raconté (t. III, p. 102) par quelle série d'événements, après en être sorti de nouveau à la Révolution, il y a été réintégré en 1843, et occupe aujourd'hui la place. d'honneur dans la chapelle du nouveau séminaire.
126 BIBLIOTHÈQUE SDLPIGIENNE
content du plafond qu'il «i fait, et qui lui demeure, quoique M. Le Brun en ait touché près de 4,000 livres, sans les 900 livres de la Descente du Saint-Esprit; ou bien, s'il ne retient pas ce tableau, ainsi que plusieurs autres de sa main, qu'il a retires de beaucoup d'endroits, pour en enrichir le cabinet de Sa Majesté. Quoique son art, où il excelle, lui ait mérité les bonnes grâces de ce grand prince et la noblesse qu'il lui a accordée, il ne pouvait néanmoins rien faire de plus grand, pour sa propre gloire devant Dieu et devant les hommes, que d'achever la chapelle de Saint-Sulpice, conformément au dessein de M. Olicr: car il n'y aurait rien à Rome de plus beau, d'un dessein plus extraordinaire, et d'un mieux entendu et exécuté que cette chapelle.
La bibliothèque est au-dessus de la chapelle. Elle est de la même grandeur, et. pour la hauteur, elle renferme les deux derniers étages, séparés l'un de l'autre par une balustrade qui règne tout autour les tablettes sur lesquelles sont les livres. Elles sont faites de chêne, et sont partagées en plusieurs corps par des pilastres ornés de fleurons et de festons. On voit à l'extrémité une niche fort élevée, destinée pour y placer une figure de la Sagesse éternelle, qui est la lumière des docteurs et le livre des livres. Il n'y a point de croisées du côté du levant ni du nord, et il n'y en a que deux au midi et trois au couchant : tellement que c'est un vaisseau raisonnablement grand, et qui peut contenir beaucoup de livres.
Il y en a pour 500 pisloles qui viennent de M. Olier, et qui ne faisaient qu'une partie (le sa bibliothèque 1 1 ). Ils sont tous
rares, précieux et bien choisis; tels que sont presque tous les Pères grecs et latins, qui, pour le papier et l'édition, sont aussi beaux qu'ils puissent l'être : le Saint Thomas entier.
i 1 1 Nous ci ton s, ;t la fin de ce volume, les deux testaments par lesquels il léguait au séminaire toute Ba bibliothèque \w » atalogue des Manuscrits de la Bibliothèque du Séminaire de Saint-Sulpice avant la Révolution figurait un Catalog 'um i»i». Ollier, I
d'impression de Rome (1); la grande Bible de Philippe II, d'impression de Planlin (2); le Baronius d'Anvers (3); le Tostal entier (4); les Erasmes de Froben entiers; le Salmeron (5); le Ciaconius de Rome (6); l'Eusèbe, d'impression de Venise (7); les Conciles du P. Sirmond (8); quelques Bibles hébraïques, dont il y en a une de Vatable, de l'impression de Robert Etienne (9); le Talmud, et quantité d'autres livres de toute grandeur, qui marquent et l'érudition et le bon goût de celui qui en avait fait un choix si singulier. La plupart sont marqués du chiffre de M. Olier, qui sont deux 0 entrelacés et traversés (10).
(1) S. Thomx Aquinatis Opéra omnia; Romae, apud haeredes Ant. Bladi, 1570-1571, 17 t. en 18 vol. in-fol. Cfr. Quétif, Scriptores Ordinis Prxdicatorum, t. I, p. 283 et s.
(2) Biblia sacra, hebraïcè, chaldaïcè, grxcè et latine, Philippin, Hispaniarum régis, jussu édita; Antuerpiae, C. Plantinus, 1569-1572, 8 vol. in-fol.
(3) Annales ecclesiastici à Christo nato ad annum 1198; Antuerpiae, ex oflîcina Plantiniana, 1670, 12 in-fol.
(4) Tostati Optera omnia quotquot in Scripturx sacrx expositionem, et alla adhùc extare inventa sunt ; Colonial Agrippinse, 1613, 13 in-fol.
(5) Alfonsi Salmeronis Toletani, è Societate Jesu Theologi Prxclarissimi, Comtnentarii in Evangelicam Historiam et in Acta Apostolorum... in ovines Epistolas B. Pauli et in canonicas... et in Apocalypsim... Colonise Agrippinae, 1002-1604, 16 in-fol.
(6) Vitx et Res gestœ Pontificu/n Romanorum et S. R. E. Cardinalhun... auct. Ciaconio... ab Augustino Oldoino rccognitx ; Romae, 1677, 4 vol. in-fol.
(7) Eusebii Demonstratio evangelica; Venetiis, 1498, in-fol.
(8) Concilia antiqua Gallix très in tomos ordine digesta... opéra et studio Jacobi Sirmondi Societatis Jesu presbyteri ; Lutetiae Parisiorum, 1629, 3 in-fol.
(9) Biblia sacra hebraïca, cum punctis, et commentariis David Rimai à Franc. Yatablo emendatis ; Lutetia^-Parisiorum, Robertus steplianus, 1539-1544, 4 vol. in-4°.
(10) Parmi les livres qui ont appartenu à M. Olier, la Bibliothèque du séminaire de Saint-Sulpice possède aujourd'hui une Biblia hebraïca éditée par Arias Montanus, Genève, Pierre île la Rovière, 1619, in-fol. A l'intérieur du volume, sur le plat, on lit ces mot-;, qui ont été très probablement écrits par le possesseur au temps de ses études : « Ce livre est à Monsieur Olier, abbé ».
rJS BIBLIOTHÈQUE BULPICIBNME
Mais il n'y a rien <l«' plus riche qu'une Bible latine in-folio,
d(> l'édition de !!« le 1592(1), la plus belle que .M. "lier
a pu trouver, ci qui a coûté 50 pistoles. Elle est reliée «mi maroquin rouge «lu Levant, parsemée de cœurs ci de flammes en or. dorée sur tranches, a fermoirs d'argent, garnie aux quatre «■oins <lc fortes plaques d'argenl représentant eu relief des Chérubins eu adoration de la Parole éternelle; et. dans I.- milieu, d'un grand médaillon d'argenl ovale, avec nue
banderole au-dessus el une autre aU-deSSOUS. Le médaillon, d'un enté porte en relief un livre OUVeii plongé dans les
flammes; celui de l'autre esl la représentation de la Sainte Eucharistie par un agneau immolé, entouré des rayons du
soleil. Dans la banderole d'en haut sont écrits les nuits.
moitié d'un côté de la Bible, et moitié de l'autre : Adora et comede volumen istud ; sur celle d'en bas sont gravés ceux-ci : Par cultus et amor utrique. Pour conserver cette reliure si riche, il y a une couverture de velours en broderie doublée de satin; ce qui démontre le respect et la religion de M. Olier à l'égard de la parole de Dieu. M. l'abbé de Champdieu, oncle de M. Tronson (2), et qui
vendit à bon compte au séminaire la maison qu'il axait a
Issj (3), donna a la bibliothèque de Saint-Sulpice, en faveur
d) Bibtia sacra, vulgatss editionis, Sixti Vjussu recognitaet édita, démentis VIII auctoritate récusa; Rom», ex typographia apoetolica Vaticana,1592,in-fol.V.FaUlon,Vx'ede M. Olier, i édition, t. m. :
Intoine de Sève, abbé de Notre- Dame de l'Isle-en-Barrois, prieur d'Ulnoy «'t de Champdieu, et aumônier du Roi, était le tri \i i laude d.- Sève, veuve de M. Tronson, secrétaire du cabinet ■ la i; h. el mère des trois abbés tatoine, Alexandre '•'. Louis.
t de la maison une la compagnie de Saint-sulpiee pos encore .i [asy, el qu'elle vient de rebâtir. \nt linede Sève j attirait de
grand 0O3Ur -a S09UT, S68 Q6V6UX et \1 (Hier llli-Illeine, i|Ul S'j Ht
transporter dans ses derniers tours pour se préparer a la mort. ■ M. de Breti nvilliers que l'abbé de i hampdieu la vendit, le it novembre l'intention qu'elle passât un jour au séminaire Pour
:■ irmer A ce désir, le nouveau propriétaire, dans si a testament, donna au séminaire le choix de recevoir cette maison ou le prix i|U'elk lût! Le souvenir <le M. (Mut «len-la >e.» enfant.- a
: ci la ma
de M. Tronson (1), tous les livres ecclésiastiques qu'il avait dans la sienne, qui était fort belle, laissant le reste à M«r l'Évêque d'Arras, aussi son neveu (2). Gomme on avait presque tous les Pères, on les laissa à M»' d'Arras, et l'on prit en échange plusieurs scolastiques, historiens et les hérétiques qui nous manquaient. C'est de cette bibliothèque que nous sont venus la plupart de nos historiens, le Suarez, le Calvin, le de Dominis, le Crotius, l'Epitome de Charnier, le Saumaise, et plusieurs autres qui sont aisés à reconnaître, puisqu'ils portent les armes de cet illustre et savant abbé.
M. de Bretonvilliers en a donné quelques-uns, comme les Conciles du Louvre (3) et la grande Bible de Lejay en sept langues (4), avec la bibliothèque qu'il a faite pour le supérieur de Saint- Sulpice, laquelle est dans la chambre de M. Tronson, et est composée, pour la plupart, de Pères triés et choisis (5), et qui lui ont bien coûté 2,000 écus. M. Tronson y en a mis quelques-uns, comme la Bible de Vitré, le Missel gothique en vélin avec des miniatures, qui était un présent que lui avait fait M. l'abbé de Champdieu.
M. de Parlage, docteur de Sorbonne, donna encore les siens au séminaire, qu'il tit son héritier. 11 y avait beaucoup de scolastiques, et, entre autres, des Thomistes, comme Nazarius(6),
(1) L'abbé de Champdieu avait une affection particulière pour son neveu Louis Tronson, qu'il avait longtemps retenu avec lui, dans sa maison d'Issy, pour le faire étudier sous la direction d'un précepteur, homme de mérite.
(2) Gui de Sève de Rochechouart, fils d'Alexandre de Sève et de Marguerite de Rochechouart, fut sacré évêque d'Arras le 30 novembre 1070.
(3) Conciliorum omnium gênerai in m etprovincialium collectio renia; Parisiis, è typographia regia, 1644, 37 vol. in-fol.
{A) Biblia sacra, hehraïca, samaritana, chaldaïca, grava, syriaca, latina et arahica; Parisiis, A.Vitré, 1628-1645, i<> vol. in-fol.
(5; M. Tronson en a largement usé pour les citations dont ses œuvres sont remplies.
(G) Jean-Paul Nazarius, de l'Ordre des Frères-Prêcheurs, naquit à Crémone en 1550 et mourut à Bologne en 1645 ou 1646. ses ouvrages philosophiques et théologiques forment 8 volumes in-folio. V. Kchanl, Scriptores ordinis PrsBdicatorum, t. II, p. 544-545.
430 ninUOTHÈQUE sulpiciennb
Bannes (i); des casuistes comme Sanchez, Layman, et plusieurs livres de la Discipline de l'Église j quelques Bibles, dont on a vendu une partie pour avoir le Biblia maxima du Père de La Haye (2). Le nom de M. de Parlage est écrit sur ces livres.
M. Pinet (3) laissa pareillement à Saint-Sulpice une provision de fort bons livres ; le Droit canon avec les Gloses, et plusieurs autres de science et de piété : son nom est sur la plupart.
M. de Bausset (4) laissa encore ceux qu'il avait dans sa chambre, mais en fort petit nombre.
Pour M. Heudon, dont la bibliothèque est choisie pour toute sorte de livres, mais principalement pour le Droit, et qui seule peut faire une bibliothèque complète, il la destine pour la bibliothèque de Saint-Sulpice (S); aussi bien que plusieurs autres qui sont dans la maison, tels que : M. Tronson, qui a une collection des livres et des matières du temps qui
(1) Sur Dominique Bannez, autre dominicain, v. Echard, ibid., p. 3:2,
(2) Biblia maxima versionum... ciim annotationilms Nie. de Lyra et aliorum; authore J. De La Haye ; Parisiis, 1660, 19 vol. in-fol.
(ft)Josepb Pinet, entré au séminaire le 5 octobre 1047, était originaire du diocèse de N'evers, où il mourut, après y avoir exercé le saint ministère, le 2 juin 1657. M. Olier, dans une lettre qu'il écrivait de Bourbon le 2 octobre 1652, le mentionne en des termes qui montrent la joie qu'il éprouvait, dans Bes voyages, à voir ses neiem élèves fidèles aux principes qu'ils avaient reçus de lui. «c'est une merveille de voir un bon prêtre en des piw inces entières, comme je l'apprends dan- nos petits voyages. le vous puis dire ne recevoir de dans la désolation que je souffre partout, Qu'au rencontre des
prêtres de Saiot-SUlpice. M. Pinet m'a ravi de joie en le voyant dans la solidité de ses vertus et la prudence de son zèle fervent ■ {Lettré 226, t. il. p. 45).
• t. originaire de Marseille, entra simple dero au séminaire, le ES septembre 1648. Voir sa notice, page it:> du l* volume.
ne tardèrent pi User .- m. Heudon mourut
Binaire, i.. | mai- 1683, peu de ten. DJU6 l'auteur écrivait
ces lignes.
lui revient bien à 200 pistoles; M. Leschassier (1), dont la bibliothèque est fort raisonnable, etc., etc. Ainsi, avec le temps et par la libéralité de plusieurs ecclésiastiques de la maison, il se pourra faire une bibliothèque fort belle dans Saint-Sulpice (2).
La cuisine, l'infirmerie, les écuries et les remises de carrosses sont hors du grand bâtiment, sur le côté du couchant. La cour où ces logements sont placés est fort raisonnable, et carrée, et elle sert de décharge pour la maison. Les deux ailes et le corps de logis, avec les pavillons sur le jardin, ont été bâtis, depuis les fondements jusqu'au comble, en moins d'une année (3) : et, ce qui est presque incroyable, c'est que ce fut pendant la guerre de Paris. Les ouvriers et les matériaux y étaient à grand marché.: ainsi, et les pauvres et le séminaire y trouvèrent leur compte (4) : tous les samedis, il fallait trouver 200 livres pour les ouvriers.
(1) François Leschassier, entré au séminaire le 15 octobre 1660, fut le quatrième supérieur de Saint-Sulpice. Voir son article, tome I, p. 24^'.
(2) On peut se faire une idée de ce qu'était la Bibliothèque du Séminaire de Saint-Sulpice avant la Révolution, en parcourant, à la Bibliothèque Mazarine (n. 4179-4183 du Catalogue de ses Manuscrits), le Catalogus bibliothecx Seminarii S*« Sulpitii matcriarum ordine dispos itus tomis quinque (in-fol.). Le tome 1er comprend l'Écriture- Sainte et les SS. Pères; le tome 2° les auteurs de Morale, les prédicateurs, les ascétiques et les liturgistes; le 3e comprend le Droit ecclésiastique, le Droit civil, la géographie, la chronologie ; le 4e, l'histoire, l'histoire naturelle, la philosophie ; le 5e, enfin, les mathématiques, la médecine, la grammaire, la rhétorique, la poésie, la philologie, les livres hérétiques et les manuscrits. Parmi ces derniers, 72 ont passé à la Bibliothèque Mazarine d'après le catalogue imprimé (Table, v° Séminaire Saint-Sulpice), sans compter ceux de Dubuisson-Aubenay dont nous avons parlé à l'article Jacques Le Breton.
(3) Nous avons vu plus haut que ces travaux, commencés dans l'octave de la Nativité, en septembre 1(548, puis suspendus de la fête de la Conception à celle de la Puriiication, furent achevés, moins la toiture, à la fête de l'Assomption, 15 août 1649.
< n M. de Bretonvilliers en fait la remarque dans la Vie de M. Olier, t. II, p. 80 : « Si l'on eût attendu plus longtemps, on n'eût pas pu faire cet édifice, soit à cause de la dépense, qui eût été trop grande, soit à cause des ouvriers, desquels l'on n'eût pas pu jouir facilement, et que
'l32 IiWLIOTHKQUE SULPICIENXE
M. de Bretonvilliers y prit une peine extraordinaire. 11 ne . se contentait pas de fournir aux plus grandes dépenses, mais il y appliquait tous ses soins. II examinait le sable et le faisait charger devant lui, pour voir s'il n'était pas trop fin. Il mania tous les carreaux et toutes les tuiles employés dans la maison, qui peuvent monter à plus de cent milliers; et il les loucha toutes avec le doigt, les unes après les autres, pour voir si elles n'élaient pas fêlées ou écornées. C'est ce qu'on aurait peine à se figurer; mais c'est ce qu'il m'a dit lui-même. Il lit sonder devant lui toutes les poutres : il n'y en a que deux qu'il n'a point sondées, parce qu'elles furent posées pendant son absence, et qui aussi se sont trouvées défectueuses, et qui ont. manqué : une dans la grande salle au-dessus du réfectoire, l'autre dans la Dépense. Toutes ces peines étaient extrêmes; mais elles lui étaient fort agréables, lorsqu'il considérait qu'elles servaient à bâtir solidement une maison qu'il souhaitait faire répondre au zèle et à l'amour dont il brûlait pour la Très Sainte-Vierge.
M. Baudeau (1), qui a porté depuis 40 ans le poids de l'économie, fut chargé du soin de cette construction. Il entendait assez le bâtiment, parce qu'il avait fait bâtir une maison lorsqu'il était dans le monde; ce qui lui servit extrêmement pour faire diligenter les ouvriers, et pour conduire en si peu de temps ce bâtiment à sa perfection sous les ordres de M. Mercier.
l'on avait alors à commandement et à beaucoup moindre prix que l'on a donné du depuis; comme au^si les matériaux, à cause que personne iif bâtissait pour lors, à Bavoir peu après la première guerre de Pans. Ce fut aussi une providence très particulière à Dieu pour BUbvenir à une grande quantité de paui res oui riers, qui eussent « • t « - obliges de souffrir beaucoup et d'être réduits ;i l'aumône, ainsi qu'on en \<>yait plusieurs autres. Ce nu une Joie extrême à m. Olier, rumine il l'a souvent l'ait voir, «l'avoir celle occasion, eu établissant une maison I Notre-Seigneur, de nourrir et «le donner du pain à ses membres, «pu -ut été dans une extrême nécessité i Mathurin Baudeau, «lu diocèse de Paris, était déjà Agé «le si ans quand il entra .m séminaire de Saint-Sulpice, le 19 mai 164S. n j remplit jusqu'à sa mort, arrivée le :i mars 1691, les fonctions d'è< ononte, lies il déploya beaucoup de Bêle et d'intelligence.
La place a coûté 25,000 écus. Le bois qui est entré dans ce bâtiment, qui est extrêmement beau, net et bien choisi, et qui fut tiré d'une forêt qu'on acheta, revient aussi à plus de 25,000 écus : ce sont là seulement deux articles. Les ouvriers, les autres matériaux et mille dépenses qui sont inévitables dans ces grandes constructions, et principalement la dépense qu'il fallut faire en 1658, où tout se trouva fort cher, pour élever le corps de logis du devant, démontre évidemment que cette maison a coûté plus de 400,000 livres. Ce qui fait voir qu'on a bien eu raison d'y mettre pour inscription : Fundavit eam Altissimus, puisqu'il n'y a eu que les trésors de la seule puissance de Dieu qui aient été capables de fournir un si grand fonds que celui qu'on a employé dans le bâtiment, et que l'on a destiné pour la fondation de cette maison. Elle n'est pas riche, mais elle subsiste. Son bien consiste dans quelques contrats de constitution, dans quelques maisons qu'elle a dans Paris, dans l'enclos et la maison d'issy, qui vient de la libéralité de M. de Bretonvilliers, et qui sert pour les promenades, pour les vacances et pour y faire une espèce de probation (1).
On n'a point encore parlé de la sacristie : il est à propos d'en dire deux mots. Le vaisseau en est petit, et on n'y a rien fait qui réponde à la magnificence de la chapelle : mais, pour les ornements qui servent au culte des autels, elle est raisonnablement bien fournie. Ceux des fêtes solennelles ne peuvent être plus riches, et ce sont, pour les ornements blancs, les plus magnifiques de Paris. Aussi Sa Majesté les fît- Elle demandera M. Tronson, et Elle les fit porter à Fontainebleau pour servir, en 1(379, au mariage de la reine d'Espagne (2).
(1) Probation, soit pour les aspirants à la Compagnie de Saint-Sulpice, dont le noviciat, ou séminaire intérieur, établi d'abord à Avron, venait, en 107G, d'être transféré à Issy; soit pour les séminaristes dont la vocation avait besoin d'être préalablement soumise à un examen plus sérieux.
(i) Il s'agit du mariage de Marie-Louise, fille du duc d'Orléans et nièce de Louis XIV, avec Charles II, roi d'Espagne. La cérémonie se lit très solennellement à Fontainebleau, le 31 août 1079 : le prince de Conti y représentait par procuration le roi d'Espagne.
La chasuble et le voile du calice viennent de la libéralité de M. Olier. 11 les fit faire pour célébrer sa première niasse (1), et ils coulent plus de 1,200 écus. L'ouvrier était un étranger qui passait en France et qui entreprit cet ouvrage. Ce sont des fleurs sur un fond de satin blanc, mais si belles, si vives et si naturelles, qu'on ne peut rien voir de plus achevé. La broderie esl riche et relevée en bosse, mais si délicate et si fine, que tous ceux qui la voient la trouvent admirable. Au derrière de la chasuble est une Assomption (2), et au milieu du voile un portrait de la Sainte-Vierge, que l'on prendrait plutôt pour des miniatures que pour un ouvrage fait à l'aiguille; enfin, ce sont deux pièces sans prix.
Pour les accompagner et faire un ornement complet, M. de Brelonvilliers donna ordre de faire une tunique, une dalmatique, trois chapes, un devant d'autel et une crédence dans le même goût, où le brodeur, des plus habiles de Paris, a tâché d'imiter et la broderie et les fleurs de la chasuble et du voile de M. Olier (3). Les mystères de la Sainte- Vierge sont sur les orfrois, dans le milieu du devant d'autel et sur la crédence; le tout délicatement travaillé, fort riche, et qui parait conforme à la chasuble et au voile, lorsqu'on les considère de loin; mais, si on les regarde de près, on y
(1) M. Olier remarque, dans ses Mémoires, qu'il ne put pas s'en servir pour sa première messe. « Quelque diligence », dit-il, « que missent les personnes qui me t'apportaient . je ne la pus avoir a temps pour m'en servir, je ne la mis que le lendemain, à Notre-Dame, qui était un jour OÙ je «levais dire la sainte messe en l'honneur de la Sain te- Vierge, par l'ordre de l'évêque, comme si cette divine Mai; eut voulu s'en réserver le premier usag
i Pas seulement une Assomption. Le haut de la croix est formé par médaillons représentant, au milieu Dieu le Père, à sa droite
Notre-Seigneur, et, à sa gauche, la 1res sainte-Vierge ntant au
Ciel, t.e i>as<ie la croix est orné de deux autres médaillons représentant Sainl Pierre et sainte Madeleine, que M. Olier honorait comme les patrons et les ni" l< les des \ rais pénitents.
scupa lui-même, el m rronson y donna ses soins
particuliers, Dans une lettre que m. Olier écrivait a la pieuse veuve, mto - - h v(. trahit d'une façon
aperçoit une très grande différence, et l'on estime plus la chasuble et le voile seuls que tout le reste de l'ornement.
Le calice de M. Olier n'est que d'argent, mais la ciselure et les figures ne peuvent être ni plus finies ni plus délicates.
M1"" la Duchesse d'Aiguillon fit présent à M. de Poussé d'un canon d'autel très riche, qui avait servi au grand cardinal de Richelieu; et M. de Poussé le donna au séminaire. L'écriture est sur du vélin. La garniture et le tour sont un travail d'argent à jour, dont le fonds et le corps sont d'écaillé de tortue, avec des filets d'argent. La boîte pour le serrer est de chagrin, revêtue d'une couverture de tabis rouge, garnie d'une dentelle d'argent pour la conserver. Ce canon est estimé 500 écus.
M. Tronson y a donné sa chasuble de brocards d'or.
11 y a encore des ornements de toutes les couleurs, qui, pour être moindres que les précédents, ne laissent pas d'être fort riches.
M. de Bretonvilliers avait eu dessein de faire faire six chandeliers, une croix, un calice, un bassin et des burettes d'or; mais il a cru qu'il emploierait plus utilement au soulagement des pauvres l'argent qu'il voulait destiner pour une chapelle si ^magnifique, et que sa religion devait en ce point le céder à sa charité.
Parmi les reliques qui sont au séminaire, il y en a une de Saint Denis, et une de ses compagnons martyrs, données à M. Olier par l'abbesse (1) et les religieuses de Montmartre,
touchante l'attention minutieuse qu'il apportait à toutes les choses du culte : « Madame, je vous prie de mander aux brodeurs qu'ils n'avancent point leur dessin, mais qu'ils travaillent au devis. Je vous prie de voir le satin, pour voir si c'est celui que vous avez vu chez le marchand. Il serait bon de faire faire un devis par un autre chasublier, car ceuxci mettront tout à l'épargne et au plus léger » {Lettre 172, t. I, p. rsi\). L'ornement complet fut inauguré le 21 novembre 1650, lorsque le Nonce ollicia pontilicalement dans la nouvelle chapelle, et que l'on y célébra pour la première fois la fête de la Présentation avec la cérémonie du renouvellement des promesses cléricales.
ci) Marie de Beauvilliers, née en 1574, fit profession dans l'ordre de Saint Benoît en 1590, et fut nommée abbesse de Montmartre le 7 fé-
436 BIBLIOTHÈQUE SULPICIENNB
avec association du séminaire de Saint-Sulpice aux prières et bonnes œuvres de leurs monastères; un os entier de la cuisse de Sainte Émilienne martyre; une côte de Saint Just martyr, et un doigt de Sainte Victoire, Vierge et martyre, donné par M-' Pallu (1), évêque d'Héliopolis et Vicaire apostolique du Tonquin. Le corps de Sainte Euphémie, martyre, a été donné à M",e la Duchesse d'Aiguillon par M. le cardinal de Chigi (2), légat à latere en France; et par Mm0 d'Aiguillon au séminaire. Comme ce saint corps était déposé chez Mme d'Aiguillon, on fut l'y chercher avec tout le clergé de Saint-Sulpice pour en faire la translation au séminaire. La plupart des ecclésiastiques étaient revêtus de chapes ou de tuniques; les reliques étaient portées sous un dais sur les
vrier 1598. Elle trouva cette abbaye dans le plus grand désordre pour le spirituel et le temporel. Elle parvint, pendant son long gouvernement, à y établir la réforme, et mourut le 21 avril 1657, 19 jours après M. Olier.
(1) François Pallu, né à Tours en 1625, était ebanoine de Tours, quand le Père Alexandre de Rhodes n int en France; chercher des missionnaires pour les Indes. Il s'offrit à lui, en même temps que M. Olier, vers 1653, et le Nonce Bagni le désigna pour être vicaire apostolique. Ce projet ne put pas se réaliser. Mais il fut repris après la mort de M. (Hier: et M. Pallu, sacré à Rome en 1660, sous le titre d'évêque d'Héliopolis, partit pour l'Orient le 3 janvier 1662, comme vicaire apostolique du Tonquin. En passant à Siam, il y établit un séminaire, dont il eut la pensée de confier la conduite à Saint-Sulpice. Mais MM. de Bretonvilliers et Tronson ne crurent pas devoir céder à ses instances, que ses voyages en Europe lui donnèrent plusieurs fois l'occasion de réitérer, il se trouvait à Paris quand m. Baudrand écrh il sa no1 ice : car nous te voyons repartir pour r< nient le 6 avril et c'est probablement alors! qu'il offrit au séminaire la relique dont h est parlé ici. m. Pallu mourut peu de temps après, i<- tobre 1684, a Magany, dans la pro\ ince <u- Fokien, en (lune.
(2)Flavio Chigi, neveu d'Alexandre VU, fut créé cardinal le 9 avril 1 e (Ut lui ipii, en exécution du traité de pise <i\\ rier 1664 . par le fuel un cône >mmèe l'humiliation d' Alexandre \ n dans l'affaire de la • Corse, dut venir en France, comme légat à latere, pour présenter a Louis xi\ les excuses du souverain Pontife. C'est au cours de cette mission si p snible «pie le cardinal-légat, par lettres patentes du :i août 1664, approuva et confirma rétablissement du séminaire de Saint-Sulp
épaules de MM. de Bretonvilliers et de Poussé (1), qui firent paraître, ainsi que tout le Clergé, une religion, une modestie et une piété qui charmèrent tous les spectateurs.