III
1653 (I), puis en paralysie, qui enfin termina sa vie par une heureuse mort, le 2 avril 1657 (2). <>n le garda trois jours (3), pendant lesquels il fut exposé. Il y avait à son enterrement plus de deux cents ecclésiastiques. Les curés de Paris y assistèrent en étole. On lui lit une oraison funèbre dans l'église de Saint-Sulpice (4); et, après l'avoir embaumé, on le mit dans un eercueil de plomb, revêtu d'un autre de bois de chêne, et on le déposa ensuite dans la chapelle du séminaire, auprès du grand autel, du côté de l'Évangile (S). Son cœur fut tiré du corps et mis dans un cœur de plomb; mais depuis
quelques années, parla libéralité de (G), on l'a mis dans
un cœur de vermeil. Sa langue fut fermée dans une boite
(1) Le 23 septembre 1653, au château du Péray, près de Corbeil, appartenant à Mnit Tronson, chez qui M. Olier, pendant ses infirmités déjà nombreuses, allait parfois prendre quelque repos.
(2) saint Vincent de Paul, qui reçut Bon dernier soupir, écrivait quatre jours après : « Il a plu à Dieu de disposer de M. l'abbé olier, de qui Notre-Seigneur s'est servi pour beaucoup de bonnes œuvres : j'ai eu le bonheur de me trouver auprès de lui lorsqu'il a rendu L'esprit ». (Lettre du 6 avril 1657, citée par collet, t. II, p. 144).
(3) Contrairement à l'usage: car nous voyons, par le registre des Sépultures du Séminaire, que l'enterrement se faisait toujours le lendemain de la mort.
i ii L'oraison funèbre fut faite, non aux obsèques, qui eurent lieu le 5 avril, mais au service solennel qui fut célébré le t»r juillet suivant, dans l'église paroissiale de Saint-Sulpice. Elle fut prononcée par l'évêque du Puy, Henrj Cauchon de Maupas du Tour, transféra depuis ici) 1661) à Évreux. < 'est dan- ce discours que, pariant du désintéressement du défunt, l'orateur s'écria « qu'il avait connu un évêque (c'était lui-même] qui s'était uns à genoux devant lui pour lui faire accepter son évêehé ■■ (Grandet, éd. Letourneau, t. n. p. 893).
. il \ resta encore deux années après la rédaction de ce mémoire, jusqu'à ce que, le 13 novembre 1684, M. Tronson, en exécution du testament de m. de Bretons illiers, le lit mettre en terre au milieu de la chapelle, qui fui alors pavée tout entière de marbre blanc; et l'on grava Bur sa tombe l'inscription qu'on peut lire dan- m. i adieu, t. m, \t. de Breton\ illiers fut enterré à son côté, et, autour des deux tombes, on grava cette inscription tout liant
ut separati.
Le nom, dans les copies «pu noua restent du manuscrit, .
d'argent; el ces deux parties si considérables de ce saint corps sont entre les mains de M. le Supérieur de Saint-Sulpice. On lui fit un anniversaire l'année suivante. C'est un précis de la vie et de la mort de M. Olier. 11 était d'une taille médiocre, un peu replet : il avait le port libre, dégagé, avantageux. Sa complexion était sanguine, délicate, quoique forte et robuste, s'il ne l'eût point altérée par ses jeûnes, ses longues veilles et ses rigoureuses pénitences. Son teint était blanc, mêlé de vermeil; son visage plein; son nez aquilin; son front large et serein : il avait les yeux vifs, remplis d'un feu doux et engageant; la physionomie fine, la bouche d'une grandeur médiocre, les lèvres vermeilles; la voix belle, argentine, flexible; la prononciation libre, insinuante; le geste naturel et dévot, soutenu d'une éloquence mâle, élevée, et si heureuse que, sur-lechamp, sans étude et sans rien puiser que dans son propre fond, il ravissait les esprits et enlevait les cœurs; enfin, il avait le visage beau, agréable et bien proportionné, accompagné d'un air rempli de tant de grâce, de modestie et de majesté, qu'il était impossible de l'approcher sans en concevoir de l'estime et du respect, et sans en être élevé à Dieu.
Son âme n'était pas moins belle que son corps. 11 avait l'esprit vif, bouillant, pénétrant, facile à concevoir, et d'une étendue fort vaste pour les sciences, pour lesquelles il avait beaucoup d'inclination et d'ouverture. Les vues que la lumière divine lui communiquait dans l'oraison étaient bien d'une autre élévation que celles que la nature lui avait données, et qu'il avait cultivées ou acquises par son travail. II semblait, à l'entendre parler, que ce n'était plus un homme sur la terre qui s'énonçait sur les mystères les plus relevés de notre religion, mais que c'était un saint Paul dans le Ciel ou un saint Jean évangéliste relevé dans son désert. Ses conceptions étaient hautes, puisqu'il les puisait à la même source que ces grands saints ; mais il avait le don de les exprimer, de bouche et par écrit, avec tant de lumière, de netteté et de grâce, qu'on y reconnaissait quelque chose de plus qu'humain.
452 BIBLIOTHÈQUE SULPICIENNB
On a donné au public ses sentiments sur l'Esprit chrétien, les Vertus chrétiennes, le Sacrifice, les Saints Ordres et le Sacerdoce, et même sur toutes les actions de la journée, dans le Catéchisme chrétien qu'il composa et dicta étant au lit, malade; ï Introduction aux vertus chrétiennes, les Cérémonies de la sainte messe ; le Traité des Ordres et la Journée chrétienne (1); mais tout y brille, tout y est élevé, tout y éclaire l'esprit et pénètre le cœur.
On n'a pas encore mis au jour deux de ses traités : l'un, sur les Attributs de Dieu, et l'autre sur les saints Anges (2) : mais tout ce que l'on peut concevoir des grandeurs et des beautés de Dieu et de ces Esprits bienheureux, dans la contemplation la plus élevée, c'est ce que l'on trouve divinement exposé dans ces écrits. Ses Lettres spirituelles, qui sont imprimées, renferment un abrégé de ses dispositions et de ses maximes. Il y porte tout le monde à l'oraison ; il y enseigne l'amour des croix et la patience invincible dans laquelle on doit être dans les adversités et dans les maladies; il y donne des leçons de sainteté et de détachement du monde aux princes même et aux princesses (3), et, au milieu des engagements qu'ils y contractent par leur naissance, par leur rang et par les avantages dont ils jouissent, il leur enseigne les moyens de rompre ces engagements ou de faire un saint usage de leurs grandeurs et de leurs biens.
Il porte les âmes religieuses el ecclésiastiques a la perfection de leur état, et il y discerne avec tanl de prudence les
voies (le N.-S. sur les personnes que sa Providence lui confiait,
qu'il ne règle sa conduite que selon les différentes impressions de grâce que le Saint-Espril faisail remarquer en elles.
Mi Voir, sur ces divers ouvrages, la notice bibliographique, au tome i -, i». n et Buiv.
oir ni-:, -m' cea deux traités manuscrits, ainsi que mit les * î î verses <'<i]ti<»u^ des Lettres, la môme notice bibliographique.
ilemenl !<•- lettres à La Reine mère Anne d'Autriche >!.>•!!■ el 216 '!'• l'édition Gamon . el celles adressées a la prin-
• !"'•. 107, 1 15, u • le la môme
VIE DE M. OLIEB 453
On ne peut trop s'étonner de ce qu'il a pu tant écrire au milieu des occupations si multipliées et si différentes que lui fournissait son zèle. Car la plupart de ces ouvrages, et de plusieurs autres qui n'ont pas encore été imprimés, ont été les fruits de ses veilles pendant qu'il était chargé de la cure et du séminaire de Saint-Sulpice. Aussi, il écrivait avec une rapidité incroyable, et, quoiqu'il soit difficile d'écrire d'un style plus juste et plus net, sur toutes sortes de matières et sur les plus grandes vérités de notre religion, ainsi qu'il a fait, on lira néanmoins des 1,000 et 1,200 pages dans ses écrits sans y trouver une seule rature (1). Sa plume suivait l'impétuosité de l'Esprit de Dieu qui l'éclairait, et traçait sûrement sur papier ces vérités divines, que les dons de sagesse et d'intelligence dont il était rempli lui découvraient en foule et tout d'un coup; de sorte que ceux qui jettent les yeux sur des ruisseaux si beaux et si rapides, ne peuvent juger que très avantageusement des richesses et de la fécondité de leurs sources.
Son cœur était naturellement tendre et engageant, mais grand, libéral et magnifique. Dans le temps de sa paralysie, il alla rendre visite au supérieur des Chartreux (2). Il fallut le porter de son carrosse dans la chambre de ce Père. Un passant se présenta pour lui rendre ce bon office conjointement avec son cocher. M. Olier, qui ne portait jamais d'argent, demanda à M. Heudon, qui l'accompagnait, s'il n'avait rien sur lui. M. Heudon lui ayant dit qu'il avait un écu d'or,
(1) Cela est vrai (comme l'on peut s'en convaincre par l'inspection des autographes) de ses lettres, et surtout de ses Mémoires spirituels, qui ne devaient être lus que par ses directeurs, et qu'il écrivait à genoux, souvent pendant cinq ou six heures de suite, au sortir de l'oraison. Naturellement, les ouvrages qu'il donnait au public étaient travaillés avec plus de soin.
(2) Le couvent des Chartreux, avec lesquels M. Olier entretenait des rapports de bon voisinage, était situé à l'extrémité du jardin du Luxembourg, et occupait à peu près l'emplacement occupé aujourd'hui par le Lycée Montaigne et l'École de Pharmacie jusqu'à l'église de Notre-Dame-des-Champs. Il n'en reste plus que la maison des hôtes, qui se trouve englobée dans les bâtiments de l'École des Mines.
il le prit et le donna à celui de qui il avait reçu ce petit service. Il s'informa encore de M. Heudon s'il ne lui restait plus rien; et, ayant appris qu'il avait encore quelques écus d'or, M. Olier lui en demanda un, lui disant : « Mon cocher aurait sujet de murmurer, si, ayant eu part au même travail, il était privé de la même récompense »; et là-dessus, il appela son cocher et lui donna cet écu d'or.
Lorsqu'il s'agissait du culte de Dieu et de la Sainte-Vierge, rien n'était ni trop beau, ni trop magnifique. Le bâtiment du séminaire, la chapelle avec les peintures et les dorures qu'il y fit faire, le tabernacle de Saint-Sulpice (1), les sept lampes d'argent qui brident jour et nuit dans la paroisse en présence du Saint-Sacrement, dont il en donna une, et dont les autres furent le fruit d'une de. ses prédications (2); les ornements
(1) Qu'il lit refaire magnifiquement, après que l'ancien eut été violé dans le vol sacrilège du 28 juillet 1648.
(2) Ce fut le notaire Jean Marreau, marguillier de l'église, qui, eu décembre 1644, offrit la première de ces lampes, du prix de 60 écus. son exemple excita l'émulation d'un de ses collègues, M. Morel, maître d'hôtel ordinaire du Roi et secrétaire de ses finances, qui eu donna deux «le ooo écus chacune, et eu fonda l'entretien, sur quoi, M. Olier lit observer aux dames de la paroisse que, puisqu'il y avait sept lampes allumées devant l'Arche d'alliance, et sept esprits devant le trône de Dieu, il serait à souhaiter qu'il y eût aussi sept lampes qui brûlassent jour et nuit devant le trône qu'il S'était choisi dans l'église. Il l'ut pris au mot. La princesse de Condé en offrit immédiatement uni' de 1,000 écus. Trois autres dames, dont l'une était M' Tronson, >!• réunirent pour en offrir deux de 600 écus chacune; et, pour parfaire le nombre symbolique, M. Olier lui-même en donna une d'en-
\ iron 5 icus, qu'il lit exécuter à Richard Barbedor, maître nriV\ re,
a l'enseigne '//' Bénitier, comme il conste du contrat passé, le ; mai 1647, devant le notaire Jean Marreau. Enfin, m. du Ferrier nous raconte que lorsque ces sept lampes brillaient devant l'autel, ■ le vertueux m. Marreau (le notaire même dont aoi > venons de parler et qui était le premier donateur), considérant la disproportion de la sienne, poussé d'un mouvement de piété, demanda permission de la retirer et d'en mettre une autre de 600 écus à la place de celle qui, comme le grain de sénevé ou le petit levain de l'Évangile, avait produit les autres ■ i Mém. . p. 284). En même temps, d en fonda l'entre-
omme d conste d'un contrat passé le ;; r,\ pier 1647, par-devant le notaire Muret, son collègue (aujourd'hui étude Démonta, a p
de brocard d'or qu'il fit faire à la Confrérie du Saint-Sacrement, auxquels il contribua; le dessein de la nouvelle église dont il fit jeter les fondements (I); les pauvres dont il était le père, et pour lesquels, après avoir donné tout ce qu'il avait, comme un bon pasteur, il exposa sa vie pendant la guerre de Paris, passant à pied, la neige jusqu'aux genoux, a travers les armées, pour aller demander leurs besoins à la reine et aux personnes de la Cour qui étaient à Saint-Cermainen-Laye (2); les ecclésiastiques qu'il a élevés à ses dépens; les Missions qu'il a entretenues dans le Velay, les Cévennes et le Canada, sont quelque chose de ce qu'a fait ce grand cœur rempli de magnificence et de profusion, lorsqu'il s'a-
(1) Une des premières sollicitudes de M. Olier, en entrant dans la paroisse de Saint-Sulpice, fut la reconstruction de l'église, depuis longtemps reconnue insuffisante. Nous pouvons, pendant les premières années de son administration, le suivre pas à pas dans ses efforts pour la réalisation de ce grand projet : le 26 décembre 1642, réunion des fabriciens pour leur proposer l'idée de cette reconstruction ; le 10 mars 1643, assemblée générale de la paroisse, dans la nef de l'église, où ce dessein est adopté d'une voix unanime, et Christophe Gamard, célèbre architecte de l'époque, chargé de dresser les plans; juillet 1643, placet présenté à la Reine mère pour l'intéresser à la construction et de l'église et du séminaire; 2 novembre 1643, délibération des notables de la paroisse pour l'achat de neuf maisons en vue de l'œuvre projetée; 31 mars 1644, le jeune Louis XIV accorde libéralement une partie des pierres nécessaires aux fondements et signe de sa propre main l'acte de cette donation; 15 août 1645, nouvelle assemblée des fabriciens pour adopter un des plans dressés par Gamard; ?S août 1645, tracé des P nidations de la nouvelle église ; 20 février 1646, la Reine mère en pose solennellement la première pierre; 8 avril 1646, délibération des marguilliers pour l'achat et la démolition de plusieurs autres maisons, etc., etc. Commencés par la construction de la chapelle de la Très sainte-Vierge, les travaux furent ralentis par les troubles politiques qui marquèrent les années suivantes, el aussi par la construction du séminaire, qui parut au serviteur de Dieu une œuvre plus importante encore cpie celle de l'église. Il eut pourtant la consolation de voir, avant sa mort, les murs de la nouvelle chapelle de la Très Sainte- \ ierge élevés à la hauteur qu'ils mil aujourd'hui.
(2) Pendant le blocus de Paris, qui commença le ? janvier 1649, et ne se termina que par la paix de Rueil, le il mars suivant.