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gissait de procurer la gloire de Dieu, le soulagement du prochain et le salul des âmes.
Son oraison était continuelle. Les jours étaient trop courts pour ce doux exercice : il y passait la plupart des nuits. Il s'enfermait derrière le maître-autel pour se délasser des^travaux du jour en présence du Saint-Sacrement, et, comme un autre saint Jean, dans le cœur de son Maître. C'était là qu'il puisait toutes ces lumières si vives et ces expressions si ardentes dont ses discours et ses écrits étaient remplis: et que, s'abîmanl dans le sein de Dieu, dans le cœur de Jésus et de sa sainte Mère, pendant que le monde était enseveli dans le sommeil, il jouissait déjà sur la terre du repos que les saints possèdent éternellement dans le Ciel. Comme son corps était trop faible pour soutenir les communications intimes qu'il avait avec Dieu, on fut obligé, dans les dernières années de sa vie, de lui donner quelques ecclésiastiques pour lui tenir compagnie et divertir son esprit d'une application si continuelle et si nuisible à sa santé. Il faisait ce qu'il pouvait pour leur obéir et se distraire: mais le poids de son cœur vers Celui qui était et son centre et son tout, était trop véhémenl pour souffrir longtemps celte suspension : elle ne durait que quelques moments e1 laissait insensiblement ce cœur languissant d'amour reprendre son premier vol vers son bienaimé. Ces transports ont continué jusqu'à sa mort, et c'esl dans ces mouvements tendres et extatiques que son âme s'est séparée de son corps, pour se perdre dans le sein de Dieu.
.le ne dis rien des effets de son zèle : nous eu avons produit quelques-uns dans ce mémoire. Il ('Mail si vaste que. la France n'étant pas assez étendue pour le contenir (i), M. Olier se transportail en esprit jusqu'aui dernières extrémités «lu monde, B'étant offert plusieurs Fois au Révérend l'ère de
(il i .ic voudra riait-il dans Bes Mémoires, •■ avoir des bras
qui pussent embrasser le inonde entier, pour te porter à Dieu et te remplir d'amour < > mon Tout : que vous êtes peu connu, que voua
VIE DE M. OLIER 'i")7
Rhodes, Apôtre de la Cochinchine (1), pour aller prêcher la foi dans la Chine et le Tonquin, et enfin, à son refus, dans l'Angleterre (2), comme il parait par ses lettres oo, ob' et 57.
Son zèle a paru principalement contre les nouveautés de ce temps. 11 fil faire pour cet effet des conférences entre le Père Desmares (3) et le Père Feuillant, en présence de
(1) Le P. Alexandre de Rhodes, né à Avignon le 15 mars 1591, fut admis en 1612 chez les Jésuites de Rome. Il passa toute sa vie dans les missions de l'Extrême-Orient. Y ayant été condamné à mort, sa peine fut commuée en celle du bannissement perpétuel. Cela lui donna l'occasion de revenir en France organiser une nouvelle mission. C'est pendant ce voyage que M. Olier s'offrit à lui, tout particulièrement en février 1653, comme cela ressort des lettres auxquelles l'auteur va nous renvoyer {Lettres 245, 246, 247 de l'édition Gamon) et qui sont adressées toutes trois à M. de la Dauversière, à la Flèche. Le P. de Rhodes mourut en Perse, le 5 novembre 1660.
(2) C'est à M. de la Dauversière qu'il en fait la confidence dans la lettre 247 : « Si dans le néant, oii la grâce me retire et me renferme, j'osais encore aspirer et regarder quelque chose de la solide gloire qu'on peut trouver dans le service du bon Maître, en donnant sa vie et répandant son sang pour lui, je regarderais l'Angleterre comme mon espérance. Et, comme ce grand apôtre dont je vous parle (le P. de Rhodes) me dit que toutes ses intentions avaient toujours été, dès sa jeunesse, d'aller, ou du côté de la Chine, ou, s'il ne le pouvait obtenir, d'aller au moins en Angleterre, je m'offris à lui, pour accomplir son zèle en ce royaume, par tous les services que je pourrais lui procurer. » Au moment où M. Olier exprimait ce désir de se dévouer à la conversion de l'Angleterre, il y travaillait efficacement dans les conférences qu'il avait avec Charles II.
(3) Toussaint-Guy- Joseph Desmares, né à Vire en 1599, fut reçu dans l'Oratoire étant déjà prêtre. Dès 1638, il avait commencé à prêcher les doctrines jansénistes avec succès et scandale. La conférence que M. Olier provoqua entre le P. Desmares et le. p. dom Pierre de Saint- Joseph, religieux de Tordre des Feuillants, avait pour but de désabuser le duc et la duchesse de Liancourt, ses paroissiens, qui s'étaient laissé séduire par les nouvelles doctrines. Cette conférence, qui lit éclat dans le public, eut lieu à la lin du mois de mai 1652. Comme il fallait s'\ attendre, le l'. Desmares ne se tint pas pour battu, et la conférence même donna lieu, de par! et d'autre, aune ardente polémique.
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M. et de Mme de Liancourl (i), et de M. de Schomberg (2), dans le Presbytère, pour les tirer, par celte voie, de l'engagement où ils venaient d'entrer avec le Port-Royal. Il y a encore une conférence entre M. le Moine, docteur de Sorbonne, et M. l'abbé de Bourzeis (3). 11 contribua, lui et M. de Bretonvilliers, à la meilleure partie de l'argent qui fut nécessaire pour l'entretien de MM. Ilallier, Joysel et Lagaull (4). députés du Clergé de France à Rome, pour la condamnation des Jansénistes. Enfin, la dernière prédication qu'il ait faite de sa vie fut celle qu'il fit contre ces novateurs, le jour
(1) Roger du Plessis, marquis de Liancourt, duc de la Rocheguyon et pair de France, né en 1598, avait épousé, le 24 février 1620, Jeanne de Schomberg, tille de Henri, maréchal de France. L'hôtel de Liancourt, situé rue de Seine, assez près de l'église de Saint-Sulpice, était l'un des plus considérables et des plus fréquentés du faubourg Saint- Germain.
(2)Charles de Schomberg, dur d'Hallwin, pair et maréchal de France comme son père, était le frère de la duchesse de Liancourt. Il étail très opposé au parti janséniste et faisait tous ses efforts pour eu dégager sa sœur.
(3) Nous connaissons déjà le docteur Alphonse le Moyne(voir p. Quant à son contradicteur, l'abbé Amable de Bourzeis, il était né à Riom en 1606, et avait été un des premiers membres de l'A i demie française. Attaché au parti janséniste, dont il était un de- écrivains les plus goûtés, il y avait attiré la duchesse de Liancourt, qui accueillait volontiers les gens de lettres dans son hôtel. La conférence que m. Olier ménagea entre le docteur le Moyne et le brillant académicien avail pour but d'arriver, en le ramenant, à ramener en même temps le duc et ta duchesse, i ette conférence n'eut alors aucun résultat, comme c'est l'ordinaire dans ces sortes de disputes.
i. François ilallier, né à Chartres vers 1595, Fut d'abord théologal de cette église, puis docteur de sorbonne et syndic de ta Faculté de théologie, il tut, dans la suite, évêque de < a\ aiihui et mourut te 23 juillet François Joysel, ne a Paris en L619, mourut docteur de la Faculté de Paris le 26 niai 1708. Jérôme Lagault, ne a l'an-, docteur de la on <"L Société de sorbonne, mourut en suisse, a son retour de
Rome, au mois d'octobre 1653 i a m — : le ces trois docteurs avail
pour bul d'obtenir la condamnation des cinq fameuses propositions, qui fut, en effet, prononcée par !<• Pape innocent \, dans sa nulle ■■, le ;;i mai 16
de Saint-Sulpice, en 1653 (1), en présence de la Reine, de plusieurs Évêques et Généraux d'Ordres, où il dit sur ce sujet tout ce que son zèle et son éloquence naturelle lui purent inspirer pour donner de l'horreur de ce parti. Il a refusé sept ou huit évêchés (2) : mais il souhaitait
(1) Le 19 janvier 1653. Dans ce sermon, que nous possédons encore parmi les manuscrits de M. Olier, l'orateur s'élevait contre les sévérités outrées de la morale janséniste et réfutait particulièrement deux erreurs, qui faisaient en ce moment beaucoup de mal parmi les fidèles : la nécessité de la pénitence publique pour tous les pécheurs, et l'inutilité de l'absolution lorsqu'elle n'est point précédée de l'absolution et de la contrition parfaite. Ce discours irrita violemment les Jansénistes et donna occasion au Père Desmares de faire paraître, sous le titre de Remontrance chrétienne et charitable à M. l'abbé Olier , un écrit plein d'aigreur dont il inonda tout Paris.
(2) Nous en connaissons sept.
En 1634, nous l'avons déjà vu (voir p. 378, n. 2) refuser le siège de Rodez, dont l'évèque, Bernardin de Corneillan, voulait se démettre en sa faveur ; et, en 1639, la coadjutorerie de Chàlons, dont il avait reçu le brevet.
En 1641, les chanoines du Puy, qui avaient été ses collaborateurs dans ses missions d'Auvergne, désirent lui obtenir la succession de Juste de Serres, leur évèque, mort le 28 août 1641. C'est à cette occasion que N.-S. lui dit dans son oraison : « Je te veux donner pour évèché beaucoup d'amour » {Mém., t. I, p. 58).
Au milieu des troubles qui, en 1645, agitèrent sa paroisse, nous l'avons vu refuser encore une fois le siège de Rodez, qui lui était offert par François de Corneillan , neveu et successeur de Bernardin.
Vers 1649, le nonce Bagny lui offre la succession de l'évèque de Babylone, obligé par ses infirmités de renoncer à sa mission lointaine.
En novembre 1652, M. de Maupas, évèque du Puy (c'est lui-même qui vient de nous le raconter), se jette à ses pieds pour le prier d'agréer sa succession.
Enfin, en 1654, Pierre Scarron, évèque de Grenoble, fait intervenir Saint Vincent de Paul pour obtenir que, malgré ses infirmités, il accepte de devenir son coadjuteur. Citons cette lettre, qui exprime bien l'idée qu'on se faisait des vertus du saint prêtre. « Il y a longtemps, Monsieur, que Sa Majesté, pleine de confiance en votre sagesse et votre prudence, vous a rendu l'arbitre des mérites de tous les ecclésiastiques de son royaume. Ce motif m'a donné le mouvement de vous communiquer un dessein que Dieu m'a inspiré sur le déclin de mon âge, de partager les soins de mon diocèse avec M. l'abbé Olier. ses
d'aller mourir curé de Montréal, en Canada (1). Il avait eu pour 10,000 livres de rentes en bénéfices, avant d'entrer dans la cure de Saint-Sulpice; mais il s'en défit successivement; il les avait tous quittés longtemps avant sa mort (2), et il ne s'était réservé que le titre de curé de Saint-Georges (3), a cause de la dévotion qu'il portait à ce grand saint, Apôtre du Puy, et parce qu'il avait été revêtu de ce titre, lorsque M-' l'Évêque du Puy fonda son séminaire dans cette paroisse de sa ville épiscopale.
Ses pénitences avaient été excessives, et, comme il est arrivé a la plupart des saints, elles avaient tellement épuisé la force de sa complexion qu'il fut paralytique les cinq ou six dernières années de sa vie, et mourut à 48 ans. Il avait pris de si rudes et si fréquentes disciplines, que, la gangrène s'é-
actions sont autant au-dessus de l'envie que l'estime et la réputation dont il jouit sont au-dessous de la vérité. C'est pourquoi, dans la crainte que j'ai eue qu'il n'opposât sa modestie à ma prière, j'ai recherché le commandement de la Reine, pour fortifier la pureté de mon intention, qui a pour objet l'honneur de l'Église et le bien de mon diocèse. Je vous conjure de l'appuyer de votre crédit. »
(1) Lui-même nous en fait la confidence dans ses Mémoires. « Étant instruit », écrit-il en 1652, « des biens qui se font en Canada, peuples gentils, et nie trouvant lié de société comme miraculeuse à celui (M. de la Dauversière) à qui Notre-Seigneur a inspiré le mouvement et commis le dessein et l'entreprise de la Ville-Marie , ville qui se \ a bâtir en Canada, dans l'île de Montréal, je me suis senti toujours porté d'aller finir mes jours en ces quartiers, avec un zèle continuel d'y mourir pour mon Maître. Dieu m'en fasse la grâce, s'il lui plaît : je continuerai tous les jours de ma vie de l'en solliciter » {Mêm., t. I, p. 14).
(2) Quand il lit son acte de renonciation du Vendredi-Sainl 1649, il ne lui restait plus que Cercanceau, Clisson et Bazainville. La renonciation s'exécuta sur-le-champ pour Cercanceau. Nous avons \u pluhaut (pie Clisson fut résigné le 4 juin 1049 en faveur de \i. de Lantages, et, sur le refus de celui-ci, cédé l'année suivante à M. Houmaini;a/ain\ die, <'iiiin, le premier bénéfice qu'il avait possédé, fut compris purement et simplement dans son acte de démission de la paroisse de Saint-Sulpice, ]<■ 20 juin 1652.
(3)11 n'en prit possession queleôaoûl 1656, dans le dernier voyage qu'il lit au Puy.
tant mise aux plaies cruelles qu'il s'était faites, il avait fallu y mettre le fer et le feu.
Son humilité n'était pas seulement fondée sur les bas sentiments qu'il avait de lui-même, mais encore sur son incapacité expérimentale à tout bien qu'il avait éprouvée dans ses états de peine, qui durèrent deux ans, et qui le réduisaient presque dans le néant; de sorte que les croix intérieures, les rebuts et les affronts auxquels il a été souvent exposé pendant sa vie, et principalement dans les premières années qu'il fut curé de Saint-Sulpice, n'étaient que les traitements qu'il croyait et confessait mériter justement et devant Dieu, et qui n'apportaient aucun trouble à la paix inaltérable de son âme. Dans les voyages qu'il faisait quelquefois avec ses ecclésiastiques, il montait le moindre cheval et portait la valise. Le cheval d'un de ses ecclésiastiques étant déferré, M. Olier descendit pour le faire monter sur le sien, et, pour lui, il prit le parti d'aller à pied, ce qu'il continua jusqu'à ce qu'ils furent arrivés à Saint-Claude, qui était le lieu de leur pèlerinage, qui était encore éloigné de demilieue. 11 leur tirait leurs bottes lorsqu'ils étaient arrivés à l'Hôtellerie; enfin, il n'y avait rien de trop bas et de trop humiliant pour lui, afin d'imiter, par son abaissement, les humiliations et les anéantissements que le Fils de Dieu, son Maître, avait voulu souffrir pour son amour.
Il était comblé de grâces extraordinaires, et il ne s'en est point vu de plus fréquentes, ni de plus singulières dans les saints personnages de son temps. Mais il les recevait avec tant de pureté, d'élévation, de dégagement et d'humilité qu'il ne vivait uniquement que de la vie et de la pureté de la Foi.
Il faudrait des volumes entiers pour exposer sec sentiments, ses maximes, ses dispositions, ses vertus, ses actions héroïques et ses grâces. Il en a marqué quelques-unes par l'ordre de ses directeurs (1). Il les a représentées lui-même, sans y penser, dans ses lettres et ses autres écrits, où la
(1) Dans ses Mémoires spirituels, dont nous avons parlé plus haut. Après sa mort, le Père Bataille, son directeur, « en donna à M. de Bretonvilliers, Supérieur du séminaire de Saint-Sulpice, quatre-vingts
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charité qu'il avait pour le prochain nous a laissé une vive expression de son intérieur et des vertus qu'il y tenait cachées.
M. de Bretonvilliers a eu le soin d'en ramasser tout ce qu'il a pu recueillir et de le joindre à ce qu'il avait lui-même vu et entendu pendant quatorze années qu'il a couché dans sa chambre (1), dont il a fait le corps de la Vie, ou plutôt Y Esprit de ce grand homme (2). 11 y en a plusieurs traités prêts à imprimer, qui ont eu leur dernière perfection de la main de M. Tronson Oh. Mais il y en a encore plusieurs que la multitude de ses emplois l'empêche de pouvoir mettre en ordre et achever. On attend le tout depuis longtemps. Il faut espérer que la Providence ne permettra pas que les trésors de grâce qui s'y trouvent renfermés demeurent cachés; et ils seront mis en lumière pour l'instruction des âmes fidèles et pour l'édification de l'Église.
cahiers écrits de la main du serviteur 'i«- Dieu • (Grandet, éd. LeL, t. il, i»
(i) Nous trouvons ce détail marqué aussi dans un recueil auquel nous avons déjà renvoyé plusieurs Cois : < m. < Hier, pour veiller particuliérenv ni but sa conduite] le faisait coucher dans sa chambi qu'il lui a permis pendant quatorze ans ■■ | Rem. hist.s t. i, p. B83). Sur cette \ ie manuscrite de M. Olier, par m. de Bretons Llliers,
\uir t. I, p,
ucii manuscrit, intitulé: Esprit de M. Olier. voirt I,