‹ Bibliothèque sulpicienne ou Histoire littéraire de la compagnie de Saint-SulpiceChapitre 18 sur 134 · III · texte numérisé non relu

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trois fils, les mieux faits qu'on sauroit voir, et dignes héritiers de la vertu de leurs père et mère. Deux sont destinés pour l'Église (1), et l'aîné des trois doit être revêtu de la charge qu'ont possédée son père, son aïeul et son bisaïeul. Ainsi, ce sera le quatrième Conseiller, de père en fils, de cette sainte famille, comme l'on dit ici.

« Celui dont il est présentement question », Etienne de Champflour, « a fait ses premières études dans le collège (des jésuites) de cette ville; après quoi il alla à Paris pour étudier en théologie et prendre ses grades en Sorbonne ». 11 entra, le 8 octobre 1664, à l'âge de dix-huit ans, au séminaire de Saint-Sulpice, et il y suivit les cours de théologie jusqu'à la Licence inclusivement. Quand il eut obtenu le grade de licencié, il demanda à entrer dans la Compagnie de Saint-Sulpice, et il y fut admis, en 167$, par le supérieur, Alexandre Le Uagois de Bretonvilliers (2).

les procureurs généraux de la même Cour des Aides, de 1762 à 1776, on trouve encore Etienne de Champflour. Cfr. Tardieu, op. cit., p. 140.

(lj L'un d'eux, nommé Jean-Baptiste, Docteur de Sorbonne, succéda à son oncle Etienne comme abbé du Chapitre cathédral de Clermont, dignité qu'il conserva jusqu'en 1737 {Gallia christiana, t. II, col. 311; Tardieu, op. cit., p. 133;. — La même année, Jean-Baptiste de Champflour fut nommé évèque de Mirepoix; il fut sacré le 23 février 173S, d'après les auteurs de la Gallia christiana (t. XIII, col. 284). — A Jean- Baptiste, abbé de la cathédrale de Clermont, succéda, en 1737, Gérard de Champflour. — Lierre de Champflour fut son successeur, de 1755 à L783. — Enfin, un autre Jean-Baptiste de champflour fut le dernier prévôt du chapitre de Clermont avant la Révolution (1750-1790). Cfr. Tardieu, op. cit., p. 133. — De nos jours, M. le comte de Champflour, naguère aide de camp du général de cissey, a, dit-on, composé un ouvrage sur 8od arrière-grand-oncle, l'êvèque de La Rochelle. Nous ignorons si cette œuvre intéressante a été mise au jour.

(2) ignorant que m. de Champflour devint membre de cette Compagnie, et (pie, comme le dit l'anonyme, « il résida toujours dans V minaire de Saint-Sulpice, Jusqu'à ce qu'il fut choisi pour être un des principaux directeurs du séminaire <u- Limoges . bod biographe dit qu' • après son ordination Baderdotale, Etienne de < oampfiour revint 'uns son diocèse pour se consacrerai] saint ministère -, etqu' • il y travaillait avec une ardeur digne d'éloges, lorsque François Lascaris d'Urfi . évêque de Limoges, l'appela pr< b de lui, en 1677, afin de l'aider,

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On le chargea d'abord d'aider, à Issy, en qualité de directeur de la Solitude, le vénérable M. Dubois, qui en était alors supérieur. Celui-ci chérissait beaucoup M. de Champtlour, lequel, d'un autre côté, n'était pas moins cher à M. Tronson, auquel il avait donné la direction de sa conscience. Le jeune directeur était aussi très estimé de ses confrères, en particulier de M. Bourbon, qui, dans son Journal manuscrit, parle à plusieurs reprises des « beaux sujets d'oraison » donnés par M. de Champtlour, et des « belles et bonnes choses qu'il a dites, d'une manière très affective, à son ordidinaire ».

Il n'était pas moins considéré des personnes qui n'appartenaient pas à la Compagnie. Un de ceux qui le connurent et l'apprécièrent davantage, soit à Paris, soit à Issy, fut Louis Lascaris d'Urfé, entré au séminaire de Saint-Sulpice en juin 1660, et sacré évêque de Limoges le 11 janvier 1677. A peine eut-il pris possession de son siège qu'il conjura instamment le supérieur de Saint-Sulpice de lui donner M. de Champtlour pour enseigner dans son séminaire, dirigé par les Sulpiciens. Mais M. Tronson trouvait M. de Champtlour « trop engagé dans ses emplois pour pouvoir les quitter » (6 avril 1678). Comment, d'ailleurs, séparer M. Dubois de son « inséparable » ? Cependant, au bout de trois ans, M. Pierre Masson (1), professeur de morale au séminaire de Limoges,

en qualité de vicaire général, dans le gouvernement de son vaste diocèse ». Cette qualité de vicaire général de Limoges, attribuée en effet, au moins implicitement, à M. de Champtlour par l'auteur de son Oraison funèbre, ne m'est prouvée par aucun document.

(1) Pierre Masson est un des premiers élèves que forma M. d'Hurtevent au séminaire de Saint-Irénée, à Lyon. Sur le bon témoignage qui fut rendu de lui, M. de Bretonvilliers l'admit dans la Compagnie, et sans le retenir pendant quelque temps à Paris, il l'envoya immédiatement à Limoges, où M. Masson arriva en décembre 1670. En 1681, M. Tronson l'appela au séminaire de Saint-Sulpice, à Paris, et le chargea de la conduite du règlement, c'est-à-dire de la communauté des séminaristes. M. Masson mourut le 12 mai 1684, n'étant âgé que de quarante-cinq ans. Quelques jours après (29 mai 1084;, M. Tronson écrivait à la sœur du défunt : « La mort de M. votre frère nous a fort touchés, parce que nous perdons en sa personne un grand serviteur

|ill! BIBLIOTHEQUE SULPICIBNNE

ayant été appelé à Paris, M. de Champflour fut envoyé pour le remplacer, et surmontant courageusement la peine sensible qu'il éprouvait à se séparer (\o ses confrères, et particulièrement de M. Tronson, en qui il avait la plus entière confiance, il partit pour Limoges, où il arriva vers la fin du mois de juillet de l'année 1681.

Quelques jours après, le 16 août suivant, M. Tronson lui écrivait : « J'ai été bien aise d'apprendre par votre lettre votre heureuse arrivée à Limoges et le bon accueil qu'on vous a fait. Je crois que vous serez content de M. Bourdon, et que, de sa part, il sera satisfait de vous, et que vous vous accommoderez fort bien ensemble. Vous verrez, d'ici à quelque temps, combien le changement que nous avons fait étoit nécessaire. Il est difficile qu'il ne soit sensible à la nature dans les commencements, et je ne m'étonne pas de ces petits mouvements de tendresse qui vous donnent quelquefois envie de pleurer, puisque je les ai moi-même ressentis dans la violence qu'il a fallu faire clans mes inclinations pour obéir à Dieu. L'avantage que l'on trouve en ces rencontres est que les cœurs qu'il unit se sentent liés bien plus purement et plus étroitement, quand ce n'est que pour lui qu'on se sépare. Je l'éprouve, ce me semble, visiblement, et jamais ce que vous savez que Noire-Seigneur m'a donné pour vous ne m'a été plus présent que depuis que je pense à votre départ. J'espère que cette soumission à ses ordres de votre part et de la mienne achèvera et consommera nos cœurs en on amour ».

M. Tronson écrivait encore le 9 janvier 1682, à M. de Champflour résigné, et par conséquenl encore dans la peine . « Il me semble que je suis toujours le même à votre égard, et que mon cœur est toujours Louché de la môme manière toutes les lois que je pense à vous devant Notre-Seigneur.

Tâchons de nous tenir en lui bien unis pour l'accomplis-

<i<- Dieu, et qui faisail de grands biens dans son î glise; mais nous a\ ins de quoi nous j consoler, le voyant mourir de la mort dont meurent les maints • (V. Notes hiator Saint-

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sèment de ses desseins, et, hormis sa volonté, qui doit être tout notre attrait, soyons tout indifférents pour toutes choses. C'est la disposition où je sais qu'il vous a établi depuis longtemps, et où j'ai toujours tâché de vous entretenir, parce qu'il m'a paru que c'étoit là ce qu'il demandoit le plus de vous, ce qui vous devoit attirer plus de grâces, et ce qui vous mettroit le plus en état de travailler utilement dans l'Église... Soyons tout au divin Maître qui nous fait tant de grâces; aimons-le de toute notre âme, servons-le de tout notre cœur, et nous oublions nous-mêmes pour nous abandonner entièrement à lui. Disons-lui souvent, comme saint Bonaventure : Domine, non possum intendere tibi et mihi; intende ergo mihi et miseriœ meœ, et ego intendam tibi et tuœ bonitati ».

A Limoges, M. de Champfiour « s'acquit la réputation d'un grand homme de bien ». Ses succès furent semblables à ceux qu'il avait eus à Issy, car il y porta les mêmes talents et les mêmes vertus, que le sacrifice avait encore épurés. Il y possédait en outre l'amitié de l'évêque, « un des plus grands prélats du royaume », qui lui avait donné, dès son arrivée, des marques particulières d'estime et de confiance. « Leurs âmes, dit le chanoine d'Arger, comme celles de .)onathas et de David, étoient si intimement unies, que la seule mort a pu rompre des nœuds formés d'abord par un goût réciproque d'estime et de confiance, mais serrés et fortifiés depuis par les mêmes rapports de sagesse et de vertu, et par des traits de mérite tout semblables (1). »

Chargé d'enseigner les cas de conscience, M. de Champfiour fit quelques modifications aux cahiers de son prédécesseur, sans en avoir préalablement obtenu l'autorisation du Supérieur de Saint-Sulpice. Celui-ci demanda aussitôt une liste des propositions trouvées trop relâchées dans les écrits de M. Masson; « car il y a à craindre, ajoutait-il, que, sous prétexte d'éviter le relâchement, on ne se porte à l'autre

(1) Oraison funèbre de Monseigneur Est ienne de Champfiour ; La Rochelle, 1726 in-4", p. 10.

extrémité, et qu'on avance des propositions sévères, qui ne seroient pas approuvées ici (1). » Ou l'on ne trouva rien à reprendre, ou l'on fit bien peu de corrections au travail de M. de Champflour; car, quelques années après, M. Tronson conseillait aux directeurs du séminaire d'Autun « d'enseigner les cahiers que l'on donne à Limoges, et dont on voit les fruits considérables (2). » Plus tard encore, envoyant à M. de Champflour, alors à Clermont, des corrections pour les cahiers dictés au séminaire de cette ville, il lui disait : « Je ne sais où l'on a pris ces cahiers, et quelle est la raison pourquoi on ne se sert pas des vôtres (3). »

Dans une autre lettre écrite dix ans auparavant, le 9 janvier 1682, M. Tronson lui témoignait la « grande consolation » qu'il éprouvait à « voir la bénédiction » donnée par Dieu à ses travaux, et l'assurait qu'il pouvait « espérer de recevoir » des grâces plus grandes encore, lorsqu'il serait « appelé à de plus grands emplois ». Cette sorte de prédiction ne tarda pas à se vérifier. Déjà, en 1679, son oncle, François de Champflour, abbé du Chapitre de l'Église cathédrale de Clermont, ayant résigné son bénéfice, les chanoines avaient, d'un commun accord, élu à sa place Etienne de Champflour. Mais celui-ci, par un acte daté du 2 août et passé au séminaire de Saint-Sulpice, avait déclaré ne vouloir « accepter la nomination susdite, consentant que lesdits chanoines en disposent en faveur de qui ils aviseront ». Sa modestie croyait n'avoir plus rien à redouter de ce côté-là, lorsque son oncle mourut au commencement de ['année 1682, après avoir de nouveau, peu de temps avant sa mort, résigné sa dignité en faveur de son neveu. Le Chapitre de Clermonl confirma ce choix, et afin de prévenir un nouveau refus facile ii prévoir, le doyen, propre frère de M. deChamflour, fui chargé d'en écrire au supérieur de Saint-Sulpice, qu'on savait tout-puissant sur son esprit. ■ Je ne sais point

(l) Lettre de m. Tronson à M. Maguelonne, directeur au séminaire moges, '•!! date du i."> kui\ ier I i ettre du 19 Juillet 1088.

Lettre du 9 novembre t<

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encore, répondit M. Tronson le 2i février 1682, quels seront les sentiments de M. votre frère sur son élection. Le choix qu'en ont fait vos Messieurs doit le toucher, mais je ne puis dire s'il pourra se résoudre à quitter un emploi pour lequel il a beaucoup d'ouverture, et où Dieu lui donne une très grande bénédiction. Je crois que sa résolution dépend de vous et des dispositions que N.-S. lui donnera lorsqu'il faudra qu'il se détermine. Car, comme il ne cherche depuis longtemps qu'à faire sa très sainte et très adorable volonté, ce sera assurément le seul fondement sur lequel il se déterminera en cette occasion. » M. Tronson apprit bientôt de M. de Champflour lui-même que ses dispositions n'avaient pas changé, et il les confirma en lui écrivant, le 28 février 1682 : « L'attrait qui vous porte au refus vient d'autant plus sûrement de Dieu que la nature y a moins de part, qu'il est fondé sur les grands principes du Christianisme, et qu'il est tout à fait conforme à votre vocation ».

M. de Champflour « ne vouloit absolument point de bénéfice, dit l'auteur anonyme de Clermont : ni les instances de sa famille, ni le conseil de ses amis ne pouvoient le faire sortir de son séminaire. Enfin, par l'avis de ses directeurs, auquel il déféra, il se résolut d'envoyer sa procuration pour prendre-possession réelle de ce bénéfice, sans pourtant quitter Limoges de quelque temps ». Sur ces entrefaites, le 19 avril 1682, mourut Gilbert de Vény d'Arbouze, évêque de Clermont. Profitant de la vacance du siège, un ecclésiastique de qualité se fit pourvoir en régale de l'abbaye et du canonicat de la cathédrale; et aussitôt qu'il les eut obtenus, il en prit possession réelle et personnelle, M. de Champflour ayant pris possession réelle seulement, par procureur.

S'il avait suivi son inclination, il n'eût certainement pas disputé au prétendu régaliste le bénéfice qu'il avait eu tant de peine à accepter : mais l'abbé par la grâce du roi étant peu digne du bénéfice à lui conféré, M. de Champflour n'hésita pas à revendiquer les droits qui lui étaient contestés. Chose étonnante ! on vit alors ceux des chanoines qui l'avaient le plus fortement pressé de consentir à être leur abbé re-

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gretter sa détermination ! « Si la fortune veut rendre un homme estimable, dit Joubert, elle lui donne des vertus; si elle veut le rendre estimé, elle lui donne des succès » (1). Les succès de l'abbé régalien, sans le rendre plus estimable, le firent estimer davantage de quelques chanoines de Clermonl, et l'un d'eux, M. Dufraisse (2), écrivit même à M. Tronson pour qu'il déterminât M. de Champflour à résigner son bénéfice. Il en reçut cette réponse, datée du 20 mai 1682 : « Je ne manquerai pas de faire connaître à M. Champflour ce que vous avez pris la peine de me mander. S'il peut être convaincu que le bien de cette Église demande qu'il résigne, et que ceux qui sont bien intentionnés dans votre corps lui en témoignent quelque chose, je crois qu'il n'aura pas de peine à s'y déterminer. Sans cela, j'ai de la peine à croire qu'il change, car, pour moi, je n'estime pas pouvoir ni devoir faire autre chose que de suivre son attrait, après lui avoir exposé l'état des choses. »

Une réponse si sage, et qui ne manque pas de finesse, fit sans doute que « les bien intentionnés » du Chapitre de Clermont ne demandèrent pas à M. de Champflour la renonciation à ses droits légitimement acquis : il les garda donc, et les défendit contre son compétiteur. L'affaire traîna jusqu'au mois de juillet 1686. Enfin, le frère de M. de Champflour, assisté de M. de Ribeyre, son cousin, alla sollicitera Paris et obtint de la Grand'Chambre un arrêt qui déboutait le régaliste de

(1) Pensées de Joubert; 4e édit., Paris, 1864, t. II, p. 33.

(2) Jean-Baptiste Dufraisse, né à Clermont en 1628, mourut dans cette ville en 1715. On a de lui plusieurs ouvrages dont on peut voir la liste dans la Biographie Universelle. Le plus important a pour titre : L'origine des h';// /ses de France prouvée par la succession de ses évêgueSj arec la vie de saint Austremoinej premier apôtre et prélat des Aquitaines; Paris, Etienne Michallet, L688, in-8° de x22 pages. L'ouvrage est anonyme, mais l'auteur est nommé dans les approbations. Il soutienl le système de saint r.réjroire de Tours, qui place sous l'empire de Dèce la mission de u<<± premiers >'\ êques, contre !" i'. Bonaventure de Saint-Amable, qui la rapporte au temps >i»' saint Pierre, dans le premier volume, imprimé a Clermont-Ferranden ictc,

:i Histoire de saint Martial.

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ses prétentions, et maintenait Etienne de Champflour dans tous ses droits par rapport au bénéfice qui lui avait été résigné, et dont il ne tarda pas à prendre possession réelle et personnelle, cette fois. Content d'avoir réussi à écarter Tindigne, il lui fit généreusement remise des frais du procès, et songea aussitôt à résigner le bénéfice dont il avait si chèrerement acheté la possession paisible et assurée. Il se résolut cependant à le conserver encore quelque temps, sur l'avis de M. Tronson, qui appréhendait que le Roi ne fût offensé d'une résignation donnée presque au lendemain de la sentence obtenue contre un régalien; mais pour faciliter au nouvel abbé l'accomplissement des devoirs de sa charge, aux vacances de

1686, M. Tronson le transféra du séminaire de Limoges à celui de Clermont. •

Dans cette dernière maison, la seconde place lui fut assignée, et un domestique attaché spécialement à sa personne. M. de Ghampflour assistait aux Assemblées des Directeurs et aux exercices de la Communauté, autant que ses occupations le lui permettaient, dirigeait les séminaristes, et faisait des conférences sur les Sacrements. En même temps, il assistait chaque jour assidûment à l'office du Chapitre, ainsi qu'à toutes les réunions de ce corps. De plus, il fut élu vicaire capitulaire pendant la vacance du siège; titre qui fut changé contre celui de vicaire général lorsque François Bochart de Sarron de Champigny, nommé au siège de Clermont en mai

1687, put enfin, quand furent terminés les dissentiments qui régnaient alors entre la Cour de Rome et celle de la France, être sacré, le 31 août de l'année 1692 (1). Le prélat « donna

(1) On trouve sur cet évêque, qui mourut à Clermont le 11 du mois d'août 1715, d'intéressants détails généalogiques dans la Lettre à Monseigneur Messire François Bochart Saron, évoque de Clermont, Conseiller ordinaire du Roy en ses conseils, sur son sacre, contenant des choses remarquables touchant l'épiscopat, glorieuses au sacerdoce , et autres observations considérables; épitre Theologique, Généalogique , Historique, Pathétique et Géographique conglobatim, ajoutée au III'- to)ne du Cabinet des Grands, indépendant des deux premiers, et plus instructif et moral (in-12 de 88 pages, sans lieu ni date d'impression, pages 58-61).

même le principal soin des affaires spirituelles » à M. de Champflour, lequel gouverna ainsi le diocèse l'espace d'environ seize ans, c'est-à-dire à peu près depuis le temps où il vint y résider, en 1680, jusqu'à celui où il fut lui-même élevé à l'épiscopat, le 31 décembre de l'an 1702.

C'est ce qui explique pourquoi M. de Champflour, bien que capable de remplir les premières charges dans la Compagnie de Saint-Sulpice, ne put cependant, malgré son mérite reconnu, être appelé à l'exercice d'aucune. Ainsi, en 1686, l'Assemblée des Assistants ayant à combler les vides que la mort avait faits parmi ses membres, songea un instant à se l'adjoindre, quoiqu'il n'eût alors que quarante ans; mais elle dut l'écarter comme non éligible, à cause des obligations que lui imposaient ses devoirs de chanoine récemment installé! Ainsi encore, lorsque, quatre ans après, il fut question de donner un successeur à M. Bardon, obligé, pour cause de santé, à résigner les fonctions de supérieur du grand séminaire de Clermont, le nom de M. de Champflour vint naturellement à l'esprit du supérieur de Saint-Sulpice : « Il est propre à cette charge, écrivait M. Tronson; mais, ajoute-t-il, la chose n'a pas été jugée possible ». D'une part, en effet, M. de Champflour ne pouvait être à la fois supérieur

Elle est signée G. Pontier, protonotaire du Saint-Siège Apostolique, et datée, « à Paris, le 7 janvier 1693 ». Entre les membres de la famille Boehart, qui a donné deux premiers présidents au Parlement de Paris, le plus illustre, non pas selon le monde mais aux yeux de la foi, est le Bienheureux Honoré Bochart de Champigny, capucin, né à Paris le 7. janvier 1567, mort le 26 septembre 1624, dont la Vie publiée en 1048, par le P. Henry de Calais, a été réimprimée à Paris eu 1864, sous ce titre : Histoire de la vie, de le mort ci des miracles </" /,'. /'. Honoré de Champigny, capucin (in-12 de xv-432 pages). Le père de l'êvêque de Clermont était Conseiller d'État, et fut pendant plus de trente années intendant de la ville de Lyon, où H mourut, i.'aïné des frères de lut conseiller àlaGrand'Chambre; un

autre mérita par ses sen - blessures cru'on lui confiât le gou-

vernement de la ville de Béthune; un troisième, chevalier de Malte, fut tué a Gigeri en se signalant contre les Infidèles. L'abbé de < nain . leur oncle, mourut en odeur de Bain été, m imbre du < bapitro e Par i afin, Guillaume Bo bart de i bampigny, i réé par li

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du séminaire, chanoine assistant à tous les offices du chœur, si nombreux et si longs dans ce temps-là, vicaire général administrant un vaste diocèse; d'autre part, les circonstances étaient telles qu'il ne lui était moralement pas possible de n'être ni chanoine, ni vicaire général. M. Tronson lui-même était bien forcé de le reconnaitre; car, à son disciple gémissant de l'impossibilité dans laquelle il se trouvait de rompre ses chaînes pour redevenir ce qu'il avait toujours espéré et voulu être uniquement et exclusivement, un simple directeur de séminaire, le sage et prudent supérieur ne pouvait que répondre ces paroles : « Du moins, soyez toujours prêt à rentrer dans votre vocation : vous y ferez plus du bien que partout ailleurs ».

Comment le vicaire général de Clermont, qui était en même temps chanoine-abbé de la cathédrale, remplissait-il des fonctions à la fois si multiples, si variées, si assujettissantes? Nous le laisserons raconter par un témoin oculaire qui le connut et vécut avec lui l'espace de dix ans (1692- 1702), par M. Cluzeau, lequel, envoyé, en 1G92, comme directeur au grand séminaire de Clermont, s'y mit sous la direction de M. de Champflour, auquel il s'attacha si étroitement qu'il conçut plus tard le désir de le suivre à La Ro-

évêque de Valence en Dauphiné, la même année que l'évêque de Clermont (4 novembre 1687), était son cousin germain. Comme lui, il dut attendre ses bulles, et ne put être sacré que le 30 novembre 1693 (Cfr. Gallia christiana, t. XVI, col. 340). La publication des Lettres de Madame de Sévigné a rendu célèbre l'excellence de son appétit. Le mercredi 31 août 1689, la spirituelle marquise écrivait à sa fille : « Vous me faites souvenir de notre pauvre » (Pierre Camus) « abbé de Pontcarré » (mort au mois de mai 1684), « en me parlant de ce Champigny ; c'étoit son parent, ce me semble, hormis qu'il ne mangeoit pas tant. Je disois autrefois de feu M. de Rennes » (Charles-François de La Vieuville, mort le 29 janvier 1676) « qu'il marquoit les feuilles de son bréviaire avec des tranches de jambon : votre Valence » (Guillaume <k> champigny) « ne mépriseroit pas cette sorte de signet; aussi son visage ôtoit une vraie lumière de l'Église, et des que midi étoit sonné, Monseigneur ne faisoit plus aucune affaire » {Lettres de Madame de Sévigné; édit. de la collection des Grands Écrivains de la France, Paris, Hachette, 1862, t. IX, p. 182).

chelle. Quelques mois après la mort du prélat, en 1725, M. Gluzeau écrivit au supérieur du séminaire de Saint- Sulpice, à Paris, une longue lettre où il trace, des occupations cl des vertus de son saint directeur, un tableau aussi édifiant que fidèle.

« Dans la conduite du diocèse, dit-il, conduite dont M. Champflour supportait presque seul le fardeau, quelque pénible qu'il soit, il répondait exactement à toutes les lettres qu'il recevait. C'étaient des curés, des chanoines, des vicaires, quelquefois des seigneurs de paroisse; et il satisfaisait à tout, de sorte que je n'ai jamais appris qu'aucun se soit plaint de lui. Comme on le consultait souvent dans des cas difficiles, quelque habile qu'il fût dans toutes les matières qu'on pouvait lui proposer, je l'ai vu souvent venir consulter M. le Supérieur du séminaire, avec lequel il était intimement uni, et puis s'en retourner à sa chambre, écrire et répondre comme ils en étaient convenus.

» C'est lui qui a soutenu l'usage des conférences du diocèse, qui se tenaient régulièrement tous les mois entre MM. les curés, vicaires et communalistes des paroisses. Chaque conférence avait, sous le curé que M. l'abbé avait choisi pour y présider, un secrétaire qui ne manquait pas d'envoyer les résultats de ces réunions. M. Champflour les lisait exactement, et lorsqu'on y avait donné quelque décision qui n'était pas juste, il en donnait avis au secrétaire, qui, dans l'assemblée suivante, avertissait ses confrères.

» On ne saurait exprimer quel était son amour pour tous les ecclésiastiques qui travaillaient au salut des âmes dans le diocèse : il les portail tous dans son cœur. <•! sa joie paraissait visiblement sur son visage quand ils le vouaient voir, .le l'ai vu plusieurs fois 1<'> embrasser ci leur parler avec tant de tendresse el d'amitié, qu'un père n'en saurait témoigner davantage ;i un lils quand il a été longtemps sans le voir. Il portail toujours sur lui un petit livre où ions leurs noms étaient écrits, avec des noies qui marquaient le caractère ■ •! la capacité de chacun. Il soutenait leurs intérêts eu toute non, ce qui Faisait qu'on recourait a lui avec une entière

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liberté. Je me souviens là-dessus qu'un gentilhomme de la province, qui avait accoutumé d'en agir très mal avec le curé de la paroisse dont il était seigneur, le vint voir un jour pour se plaindre de ce curé. II lui dit sur son compte tout ce qu'on peut dire de pius désagréable. M. l'abbé Champflour, qui connaissait la piété du curé, laissa le gentilhomme jeter tout son feu; mais il lui parla ensuite si vivement sur ses mauvaises manières envers son curé, que ce seigneur fut obligé de se retirer branlant la tête et comme hors de lui-même. J'étais présent quand cela se passa, et j'admirai la fermeté avec laquelle M. l'abbé Champflour soutint ce pauvre curé contre ce gentilhomme, qui était l'homme du monde le plus violent et le plus emporté...

« S'il était obligé de faire quelque correction aux ecclésiastiques, c'était avec une force accompagnée d'une si grande douceur, qu'il n'y en avait aucun qui ne se rendit à tout ce qu'il demandait de lui pour corriger ce qu'il pensait y avoir d'irrégulier dans sa conduite. Un prêtre, — je ne me souviens pas s'il était curé ou simplement vicaire dans un canton du diocèse, — fut interdit de ses fonctions à cause de sa mauvaise conduite. Ce pauvre malheureux s'imagina que M. l'abbé Champflour en était la cause, et, autant que je puisse m'en ressouvenir, il ne se trompait pas. Pour se venger de l'outrage qu'il croyait en avoir reçu, il vint à Clermont, et n'ayant pas trouvé M. Champflour au séminaire, il s'en alla le chercher à la Cathédrale. 11 y était, en effet, et il n'y avait pas longtemps qu'il était descendu de l'autel. Il était occupé actuellement dans sa petite chambre, qui était au bas de l'église, à écrire des lettres, en attendant l'entrée du chœur pour aller à la grand'messe. Ce misérable (prêtre), résolu à l'obliger à le relever de son interdit ou à le tuer, entre dans sa chambre. M. l'abbé le reçut avec toutes les marques de bonté qu'il ne refusait jamais à personne : ils s'expliquèrent ensemble sur le sujet dont il était question; mais comme cet emporté n'écoutait plus que sa passion, et qu'il n'avait rien à espérer de ce qu'il prétendait, tout à coup, il prit le canif qui était sur la table, et se mit à menacer

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M. l'abbé de l'en percer, s'il ne lui accordait pas la grâce qu'il lui demandait. Alors, M. Champllour se leva et lui prenant la main : « A quoi pensez-vous, mon pauvre frère, lui dit-il, de vouloir me tuer, moi qui ne vous ai jamais fait de mal ? Vous allez vous perdre, et que vous en reviendra-t-il ? Croyez-moi; changez de vie, et vos affaires se raccommoderont ». En lui parlant ainsi, il l'embrassa; et cet homme, qui était hors de lui-même, changeant tout d'un coup, se mit à fondre en larmes, et lui promit, en se retirant, qu'il réglerait si bien sa conduite, que désormais on n'aurait plus sujet de se plaindre de lui. Ce fait est singulier, mais il n'est pas pour cela moins véritable : je crois l'avoir appris du valet de M. Champllour, qui ne le quittait guère lorsqu'il était à la Cathédrale. Peut-être l'ecclésiastique l'a-t-il lui-même raconté... Ce saint abbé ne nous en dit rien; car quoiqu'il fût ouvert et d'un commerce des plus aisés et des plus faciles, il ne parlait jamais de rien de ce qui aurait pu lui attirer quelque estime; et d'ailleurs, il était l'homme du monde le plus réservé quand il s'agissait de quelque affaire où la réputation du prochain pouvait être intéressée. »

L'anonyme de Clermont célèbre aussi la sérénité et l'inaltérable tranquillité de M. de Champllour, et il en rapporte un trait admirable, qui montre en même temps ce qu'il y avait de générosité et de grandeur d'âme dans celui que le Chapitre de Clermont avait placé a sa tète. « Jamais, dit le témoin que nous citons, jamais on n'a vu une pareille égalité d'âme, et on ne s'est jamais aperçu que les contretemps et les contrariétés qui arrivent dans la vie l'aient altérée, il suivoit toujours les mouvements de sa conscience sans se mettre en peine des suites. Cela paru! principalement au mois d'octobre K>.s7, an temps que la Régale étoil ouverte, i o canonical étant venu a vaquer, un homme de condition, qui étoil SOlf parent, obtint le suffrage <ln Itoi pour ce

bénéfice. M. (Jean-Baptiste Desmaretz) «le Vaubourg, alors intendant de la province d'Auvergne îr.NT-iii.u . tit < "moquer le Chapitre afin de proposer, on plutôt de nommer celui

• pu SVOil en le suffrage du Roi. >• D'un antre cote, le (.lia-

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pitre, qui prétendait avoir le droit et le devoir de voler comme bon lui semblerait et selon sa conscience, jeta les yeux sur un sujet plus digne, « docteur de la Faculté de Paris ». Quand on alla aux voix, M. de Ghampflour, qui opina le premier, lui donna résolument la sienne. Le chanoine qui opina le second lit de même. Alors, sans attendre le vote d'un troisième, M. de Vaubourg dit « qu'il voyoit bien qu'il y avoit une cabale formée dans le Chapitre pour s'opposer à l'intention de Sa Majesté, mais qu'il en écriroit incessamment au Roi, ce qu'il fit; et, en moins de quinze jours, M. l'abbé Champflour reçut une lettre de cachet qui le reléguoit en Normandie, en un lieu appelé Pontorson », aujourd'hui chef-lieu de canton de l'arrondissement d'Avranches, dans le département de la Manche (1). « Le chanoine qui avoit opiné comme M. de Champflour eut le même sort. Ils demeurèrent l'un et l'autre six mois dans leur exil ; après lequel temps ils furent rappelés et reprirent leurs fonctions à l'ordinaire, M. de Champflour faisant toujours l'admiration de tout le monde par la régularité de sa conduite. »

L'exil, on le voit, ne fit qu'ajouter un nouveau lustre à son mérite. Il y eut pourtant des habiles et des prudents, qui critiquèrent son noble courage. Selon leur manière de voir, au lieu d'exclure positivement le candidat officiel, — il y en avait déjà dans ce temps-là, — M. de Champflour devait ou le nommer s'il était digne, ou s'abstenir de prendre part à l'élection s'il était indigne. On reconnaît là cette politique

(1) Ce fait est sans rapport aucun avec les quatre articles du gallicanisme, et n'est arrivé qu'en l'année 1687; nous verrons cependant bientôt le duc de Saint-Simon dire, dans ses Mémoires, que M. de Champflour' fut « exilé pour son ultraniontanisme, lors des propositions du Clergé de 1682 ». Le P. Bliard dit, avec raison, que « c'est une erreur » {Les Mémoires de Saint-Simon et le P. Le Tellier ; Paris, 1891, in-8', p. 115) ; mais lui-même paraît ignorer la vraie cause de cet exil, bien qu'il écrive six ans après la publication de nos Mélanges de biographie et d'histoire (Bordeaux, 1883, in-8°, p. 155). Il se borne à dire : « Entré dans la Société de Saint-sulpice en 1672, il fut dès lors envoyé comme directeur au séminaire de Limoges, puis à celui de Clermont » (Ibid.).

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d'abstention, aujourd'hui malheureusement trop commune, qui souvent ne garantit son bien particulier qu'au détriment du bien général, et qui plus souvent encore perd l'un et l'autre. L'abbé de Champflour s'y montra toujours fortement opposé, et on verra que, même à ne considérer la chose qu'au point de vue purement- humain, il n'eut pas lieu de regretter l'énergie qu'il osa déployer en cette grave circonstance. Lui, cependant, ne savait pas alors que sa gloire devait sortir de son humiliation, ni que la première devait lui arriver par les mêmes voies que la seconde : il ne prévoyait pas, il ne pouvait pas prévoir qu'un jour, Louis XIV aurait aussi l'âme assez grande pour lui rendre justice, et pour puiser dans cette fière résistance à sa volonté le motif déterminant de placer sur le siège épiscopal de La Rochelle un homme qui avait mis l'accomplissement de son devoir audessus de la faveur du Prince; et le courageux abbé supporta le blâme de ses amis comme il endura les privations de l'exil, avec une patience digne et sans aucun trouble, parce que son âme profondément chrétienne, c'est-à-dire profondément humble et mortifiée, était par là même aussi une âme profondément tranquille (1).

(l) Voici comment le panégyriste de M. de Champflour raconte ce trait de la vie de son héros : « Pendant la vacance du siège, l'église de Clermont.jouissoit des mêmes privilèges accordés à d'autres églises. Les droits du sacerdoce et de la couronne étoient alors balancés, et cette double autorité prétendoit concourir à la nomination des sujets qui dévoient remplir les titres de la Cathédrale. M. de Champ* flour en étoit alors abbé. Un homme plus complaisant et moins ferme auroit molli, dissimulé, pris îles tempéramena et des détours, sans lien perdre par tous ces mênagemens du mérite de la prudence. D'ailleurs, le sujet destiné à remplir la place vacante lui étoit uni par les liens les plus intimes et les plus forts : la voix de la nature

parlOit pour lui et réclamoit en sa faveur les droits du sang. Mais

notre pieux abbé ne ['écouta pas: trop rigide observateur des saints < anons pour souffrir cpie, sous son ministère, leur vigueur primitive reçût la plus légère atteinte, et qu'une préférence qui lui paroissoit injuste fût appuyée de son suffrage, il crut que la Religion devoit parler, ou ta prudence (\u siècle pouvoit se taire. Ainsi, dans io concours de deux sujets, dont l'un avoit plus de faveur et l'autre plus

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« Cette égalité d'esprit, dit encore M. Cluzeau, et cette tranquillité admirables que j'ai remarquées en M. l'abbé Champflour en toute sorte d'occasions, ne pouvaient venir que de son application continuelle à la présence de Dieu. Je l'ai vu une infinité de fois aller et venir dans le séminaire, et je l'ai quelquefois rencontré dans la ville, mais tellement recueilli et occupé au dedans de lui-même, qu'il semblait ne rien voir et ne faire attention à rien de tout ce qui se passait auprès de lui. Qu'il fût seul ou en compagnie, on le trouvait toujours le même, partout il paraissait en lui une modestie d'ange. Je l'ai vu quelquefois officier aux principales fêtes de la maison; à l'autel et au chœur, il suffisait de jeter les yeux sur lui pour se sentir porté au recueillement. Son air était

de capacité acquise, avec une liberté toute sacerdotale, sans avoir égard au plus heureux, il sut opiner pour le plus digne. — La politique, l'amitié, la chair et le sang, tout se soulève contre une démarche qui, à en juger selon les vues humaines, paroit précipitée et hors de mesure. Déjà de malignes impressions élèvent des nuages sombres et noirs, qui annoncent une furieuse tempête, et presque en même temps l'orage se forme, la foudre gronde et le coup éclate. L'abbé seul n'en est point ému, et n'ayant en vue que l'honneur de l'Église, il demeure ferme dans le parti qu'il a pris, résolu de tout risquer, de tout abandonner, de tout sacrifier plutôt que de faire lâchement céder aune foible condescendance les intérêts de la vérité. Mais bientôt après, les vues et les motifs de sa conduite, qui n'eut pour objet que le zèle de la discipline, se développèrent. On jugea de la pureté de ses sentimens par la douceur de sa patience ; la droiture de ses intentions fut la preuve de son innocence, et la même fermeté qui sembloit d'abord avoir obscurci sa gloire en releva l'éclat et servit de matière à son triomphe. Tel fut le sentiment de celui qui en devoit être le juge, c'est-à-dire du plus grand des Rois, qui non seulement le jugea digne de son estime, mais le combla de ses grâces ; et qui, pour faire mieux connoître le mérite de sa vertu, dont il parut touché voulut encore ajouter aux éloges publics qu'il en lit les marques éclatantes de sa royale bienveillance » (Oraison funèbre, p. 14, 15;. Cette fin est faible : l'orateur parait n'avoir connu ni l'exil de M. de Champflour, ni le beau mot de Louis XIV que je rapporterai plus loin ; mais cette ignorance, nullement imputable à l'habile panégyriste, prouve la profonde humilité de l'évèque de La Rochelle, qui, durant ses vingt-deux années d'épiscopat, ne parla jamais à personne de son glorieux exil.

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