III. —s
pourtant tellement composé que tout en lui paraissait naturel. Rien d'affecté en sa personne; sa démarche, ses gestes, sa manière de parler, en un mot, tout son extérieur marquait son attention à Dieu. Nous avons eu assez souvent le plaisir de le voir dans nos récréations. C'était alors qu'il entretenait la Compagnie d'une manière si aisée et si agréable, et en même temps si utile, qu'on était charmé de l'entendre. Aussitôt que la fin de la récréation était arrivée, fidèle au silence comme le plus fervent des séminaristes, il ne disait plus mol.
» La conduite du diocèse et les autres grandes occupations de M. Champflour ne l'ont jamais empêché d'assister régulièrement à tous les offices de la Cathédrale. Il allait tous les jours à matines, quelque temps qu'il fît. La neige, la pluie, rien ne l'empêchait de s'y trouver ». Le grand séminaire où habitait M. de Champflour était alors l'ancien prieuré de Saint-Ferréol, situé hors des murs de la ville, au-dessous du quartier de la Poterne et du grand escalier. Cependant, ajoute l'anonyme, « quoique le chemin soit assez long et très mauvais pour venir à la Cathédrale, il n'a jamais manqué à aucun office, non pas même dans les saisons de l'année les plus rudes, étant toujours le premier au chœur, et avant quatre heures du matin ».
« Au sortir de matines, continue M. Cluzeau, il disait la messe ; ensuite, il se relirait au bas de l'église, où il avait une petite chambre : il y travaillait jusqu'à la grand'messe, et très souvent il ne rentrait au séminaire qu'à midi. Il dînait toujours à la seconde table, et quoi qu'on lui servît, froid ou chaud, il ne disait rien. Après qu'il avait dîné, s'il restait encore quelque temps jusqu'à la lin de la récréation, il l'arrêtait dans la salle ou dans le jardin pour s'entretenir avec le premier qu'il rencontrait ; à moins. — ce qui lui arrivait très souvent, — qu'il ne tut attendu par quelques personnes du dehors; car, pour lors, il écoutait tout le monde, et sitôt
qu'il avait pris congé, il se relirait dans sa chambre, d'où il
ne sortait que pour aller à vêpres ou pour vaquer aui affaires qu'il avait en ville, jusqu'au temps qu'on a accoutumé de les
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chanter. Ensuite, ou il revenait au séminaire, ou il allait aux endroits où il pouvait avoir quelque affaire. Il soupait toujours à la seconde table, et prenait ensuite un peu de récréation avec la Communauté jusqu'à la prière du soir, où il assistait toujours. 11 entendait le sujet d'oraison et, s'étanl retiré dans sa chambre, il ne se couchait jamais qu'à dix heures.
» Sa mortification était si grande qu'il n'avait jamais de feu dans sa chambre, même dans les hivers les plus rudes. Je l'ai vu quelquefois si saisi du froid que j'en étais touché. Comme c'était dans sa chambre qu'on faisait l'examen des ordinations, ce n'était que dans ce temps-là qu'il souffrait qu'on y fit du feu; encore n'en profitait-il pas, car c'était dans son# cabinet qu'il examinait ceux qui venaient à lui. Tout était simple, mais propre dans son extérieur. Rien au monde de plus doux et de plus affable que lui. Il était toujours prêt à écouter tout le monde, jamais empressé, mais toujours paisible et se possédant parfaitement luimême. »
Écoutons encore, sur la douceur et la bonté de M. de Champflour, l'anonyme de Clermont : « Dans la fonction de vicaire général, il s'est attiré l'approbation universelle de tous les gens de bien. Son affabilité et sa douceur sont admirables; son abord doux et accueillant et la gaîté qui parait sur son visage marquent la joie intérieure d'une bonne conscience. On ne l'a jamais vu se remparer de cette sévérité affreuse qui étonne et rebute si fort, non pas même envers ceux qui auraient mérité ses répréhensions.
» Enfin, conclut ce témoin, je ne finirais de longtemps si je voulais entrer dans le particulier des vertus de cet homme de bien. Ce peu que je vous en dis vous doit faire juger du surplus. Je n'exagère rien, et le portrait que je vous en fais n'est assurément point flatté. Je puis bien vous dire encore qu'il est d'une charité sans exemple, payant au séminaire sa pension de celle qu'il reçoit de sa famille, et donnant aux pauvres tout le produit et revenu de ses bénéfices. Quel que soit celui qui a inspiré au Roi de le nommer évêque, Sa Ma-
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jesté, au sentiment universel, ne pouvait guère faire mieux pour les pauvres, et si l'évêché de La Rochelle valait cent mille livres », — il n'en rapportait que cinquante mille, — « ce serait cent mille livres pour les pauvres et les malheureux ». Louis XIV le savait bien : quelqu'un lui ayant dit, après Félévation de M. de Champfiour à l'épiscopat, que c'était un homme obscur et inconnu : « Tant mieux, répondit le roi, les pauvres s'en trouveront mieux ». Ils s'en trouvèrent fort bien, ajoute l'historien qui raconte ce trait, car il leur distribuait tous ses revenus » (I).
Cette charité de M. de Champfiour « s'est particulièrement fait remarquer, dit M. Cluzeau, dans les deux années 1693 et 1694, qu'on peut appeler véritablement un temps de famine pour la province d'Auvergne. Le blé était monté pour lors à un si haut prix, que quantité de pauvres moururent de faim et de misère. Ceux qui étaient répandus dans les montagnes, ne trouvant plus rien chez eux pour subsister, venaient se jeter à Clermont, espérant d'y trouver de quoi se soutenir et se garantir de la mort. M. Champfiour n'épargna rien pour
(1) Éloge historique de M. de Champfiour, évoque de Mirepoix, (par l'abbé Bertrand de La Tour); Avignon, 1774, in-12, p. 129. Parmi les Vies imprimées d'évêques non canonisés, il n'en est peut-être pas de plus édifiante que celle-ci, ni qui rappelle mieux celle de l'évèque de La Rochelle. Élève du séminaire de Saint-Suipice, chanoine et grand vicaire de clermont, puis évèque, comme son oncle, Jean-Baptiste de champllour semble s'être attaché à le prendre en tout pour modèle et à reproduire ses vertus, si donc Etienne de Champflour, moins ennemi de ce qui pouvait ressembler, même de loin, à du népotisme, mit consenti à eu l'aire son coadjuteur, le diocèse <le La Rochelle aurait pu, de 1703 à 1768, simultanément ou successivement, admirer chez l'oncle et chez le neveu le même zèle pour la sanctification et l'instruction du clergé, la même docilité aux décisions iWs souverains Pontifes, la même assiduité aux offices de l'Église, la même régularité de vie, la môme application à l'étude, la même humilité, la même soif et souvent h- mêmes pratiques de mortification, enflD et surtout la même charité tendre et généreuse envers les pauvres et les indigents. D'apis ••pi ta) >i m-, rapportée par l'abbé de i.a Tour (Joe. <ir., p. i W), L'évèque de Mirepoix mourut en 1768, âgé de s;> ans, le 3 février et non le <;, comme l'ont dit les auteurs de la <.u///<t christiana < t. xin. coL 8841 erreur que m. l'abbé Braud a pria soin de\ iter.
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leur procurer quelque soulagement dans leur extrême misère. Il y employa tout ce qu'il avait de revenus, et, de concert avec M. Gay (1), notre supérieur, il en fit subsister un très grand nombre, à qui on donna pendant longtemps, et cela chaque jour, du pain et de la soupe qu'on leur faisait et qu'on leur distribuait au séminaire. On y ajoutait quelquefois quelque peu d'argent qu'on donnait à chacun. A ce sujet, je ne puis oublier la charité de M. de Vazeilles, conseiller de la Cour des Aides, homme d'une très grande piété. Ce vertueux conseiller, apprenant qu'on faisait tous les jours une aumône générale au séminaire, envoya à M. l'abbé, en deux jours, dix-huit cents livres en liards et en sous marqués, pour y être distribués aux pauvres honteux, qui seraient peut-être morts de faim sans ses charitables soins. Il n'y avait que lui seul et MM. les curés de la ville qui en eussent connaissance.
« Ce fut dans ce temps qu'y ayant plusieurs pauvres hommes et femmes attaqués de maladies incurables, et que pour cette raison, on ne pouvait recevoir dans l'IIôtel-Dieu, la charité de M. l'abbé Champflour lui inspira de les assembler dans une grange, hors des murs de la ville. Quelques demoiselles voulurent bien se charger d'avoir soin de ces pauvres abandonnés. On leur procura assez longtemps de quoi les faire subsister, en sorte que rien ne leur manqua : lit, linge, habits, remèdes, tout leur fut fourni par la charité de M. l'abbé et de plusieurs personnes, qui voulurent avoir part à un si saint établissement. On commença de respirer peu de temps après cette grande misère, et ce fut pour lors que M. l'abbé résolut de donner quelque forme à cette espèce de petit Hôtel-Dieu, et de le fonder d'une telle manière qu'il
(1) Pierre Gay, originaire du Limousin, fut admis au séminaire de saint-Sulpice, n'étant encore que clerc, le 28 novembre 1666. En 1675, M. de Bretonvilliers l'envoya à Clermont remplacer M. Dolier, qui y était mort en réputation de sainteté. C'était l'aire succéder un saint à un autre saint. Au mois d'août 1692, M. Gay fut nommé supérieur du séminaire dans lequel il dirigeait et enseignait depuis dix-sept ans, et il y mourut le 30 septembre 1707.
118 BIBLIOTHÈQUE SULIMCIENNE
put se maintenir dans la suite. Une maison fut achetée dans les environs de la grange dont il vient d'être parlé. Elle se trouva assez grande pour y faire deux salles, l'une pour les hommes, l'autre pour les femmes, et dans le fond, une chapelle qui est tellement disposée que les pauvres malades peuvent, de leur lit, entendre la sainte messe. Cette maison fut si bien accommodée par ses soins et ses libéralités, qu'en fort peu de temps elle parut dans un état tout à fait régulier. M. l'abbé lui donna le nom d'Hôpital de Saint-Joseph. Bientôt il eut assez de fonds pour pouvoir obtenir des lettres patentes afin d'assurer son établissement. Il y fit venir trois sœurs de la Charité, pour y avoir soin des pauvres : il y établit un chapelain pour y dire la sainte messe tous les jours, instruire les pauvres et leur administrer les sacrements. Enfin, il fit nommer des administrateurs qui s'y assemblent toutes les semaines et qui veillent sur le temporel, afin que les pauvres, le chapelain et les Filles de la Charité qui les servent ne manquent de rien de ce qui leur est nécessaire. »
D'autres œuvres de charité et de zèle appelèrent encore la sollicitude vraiment universelle de M. de Champflour. Ainsi, il établit dans une maison de la paroisse Saint-Bonnet dont le séminaire était curé, à Clermont, une pieuse Congrégation de filles et de veuves séculières : on y donnait, plusieurs fois l'année, des retraites publiques pour les femmes de la ville et des environs. Ainsi encore, il entreprit de réunir en une seule les trois maisons de missionnaires diocésains, qui étaient dans le diocèse. Enfin, vers l'an 1699, il dut, sous l'influence et par les ordres de l'évoque de Clermont, travailler au changement de liturgie que le prélat avait fort à cœur, et pour lequel il exigeait le concours de tous les coopérateurs de son administration. Sur ce point. M. de Chamflour ne fut pas approuvé par M. Tronson, qui écrivit à M. Gay ces paroles remarquables : « Je ne suis pua comment on pense à changer l'office romain. Vous >n>' dites que cette suppression de l'office romain dans tout !•' diocèse est une dévotion difficile à établir/" je crois qu'il seroit encore plus difficile de prouver que c'est une dévotion. Je ne sais de qui
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M. r abbé prend avis; mais je crains toujours que, dans ces changements, on ne prévoie pas assez les suites, et qu'il ne s'y mêle quelque esprit de nouveauté . »
Ces derniers mots ne pouvaient s'appliquer à M. de Champflour, depuis longtemps ennemi déclaré de la secte janséniste. Rien n'était plus connu a Clermont que l'aversion du vicaire général pour les nouvelles doctrines, et que son zèle à les combattre. Il en avait donné des preuves particulières dans une affaire dont l'issue eut un grand retentissement lorsqu'elle éclata dans le diocèse, et dont M. Cluzeau va nous raconter les détails avec la précision et l'assurance d'un témoin bien informé de tout ce qu'il dit.
« Je ne me souviens qu'avec un plaisir infini de ce qui lui arriva au sujet d'une affaire où, naturellement, il devait perdre quelque chose de sa tranquillité. II s'agissait d'un certain professeur de Riom qui avait dicté un traité sur la Grâce, où toute la doctrine de Jansénius était répandue de la manière du monde la plus subtile. Quatre ou cinq jeunes écoliers qui avaient étudié sous ce professeur se présentèrent pour être reçus au séminaire. L'habile professeur se doutant bien qu'on ne manquerait pas de les interroger sur le traité de la Grâce qu'il venait de leur expliquer, leur fit le bec, afin que, comme lui, ils sussent se déguiser si bien qu'il n'y eût rien que de juste et de catholique dans leurs réponses. Mais il se trompa : les écoliers ne furent pas si habiles que le maître, et on connut bientôt dans l'examen le levain de la mauvaise doctrine qu'il leur avait enseignée. M. l'abbé, cependant, et M. Gay les trouvant de bonne foi, les reçurent pour l'entrée du séminaire.
» Quand on eut commencé les exercices, et que ces jeunes messieurs parurent tout disposés à quitter les mauvais principes que le professeur en question leur avait inspirés sur la matière de la Grâce, MM. les Directeurs, sous la conduite desquels on les mit d'abord, les prièrent de leur remet Ire le traité qu'on leur avait expliqué. Ils le firent tous de la meilleure grâce du monde. M. l'abbé commença par faire un extrait de tout ce qu'il y avait de mauvais dans ce traité, et
il envoya son travail à Paris, afin de le faire examiner par MM. de la maison de Sorbonne. Ceux qui voulurent bien s'en charger furent MM. Pirot, Fromageau et Boucher; je ne sais si M. l'abbé de Précelles et M. l'abbé Dumas n'en furent point. Ils donnèrent leur avis, disant que cet extrait renfermait la pure doctrine de Jansénius, et qu'ils ne croyaient pas qu'on pût en conscience admettre aux saints ordres de jeunes ecclésiastiques qu'on avait infectés d'une si mauvaise doctrine, à moins qu'on ne les en eût désabusés auparavant, et qu'on ne fût bien assuré qu'ils y renonçaient de tout leur cœur. Tout ceci demeura secret, et personne ne fut informé du dessein que M. l'abbé Champflour avait d'en faire informer le Roi, afin qu'il obligeât le professeur de sortir du diocèse de Glermont. Lorsqu'il eut donc reçu la réponse de MM. les Docteurs, telle que je viens de la marquer, il écrivit au R. P. de La Chaise et lui envoya l'extrait. Ce R. P. en parla au Roi, qui répondit qu'il fallait le faire voir à quelqu'un de MM. de la maison de Sorbonne. Le R. P. de La Chaise choisit M. de Lestocq (1), et lui donna l'extrait pour l'examiner. Il le lut, et en rendit compte à sa révérence. Il lui dit que l'extrait contenait le pur jansénisme, mais que, pour porter un jugement qui fût assuré, il fallait absolument avoir le traité du professeur en son entier. Le P. de La Chaise en donna avis à M. Champflour, qui ne fut pas longtemps à le satisfaire. 11 lui envoya donc le traité par la voie de la poste. Après que M. de Lestocq l'eut reçu, suivant l'avis du P. de La Chaise, il l'examina avec quelques autres docteurs de la même maison de Sorbonne. Il en rendit compte an I'. de La Chaise, et lui dit que son sentiment et celui de ses confrères était que ce traité était écrit avec tant
Guillaume de Lestocq, Bis 'le Nicolas et 'i<' Marie <ii- Villerssaint-Pol, né à Amiens le 28 janvier k.jt, docteur de la maison et société 'le sorbonne le m janvier 1654, lut nommé professeur royal à la place de Sainte-Beuve, le ; mars 1655, et en exerça les fonctions pendant quarante-huit ans. détail aumônier du roi, prieur de Domarl
'i «ii.i l'Amiens, n mourul Bônieur 'le Sorbonne, le 19 Juillet
1704 (Note <ie l'éditeur «les Mémoires du /'. Rapin . t. 1 1 , ]>. lu
M. DE CHAMPFLOUR 121
de finesse, que le professeur paraissait tantôt janséniste et tantôt catholique; mais que, dans le fond, il ne valait rien, et que le jansénisme qui y était couvert et déguisé était capable de faire plus de mal que s'il était nettement déclaré.
« Le P. de La Chaise informa de tout cela Sa Majesté, qui, pour arrêter le mal que pouvait faire un professeur si corrompu dans la doctrine, ordonna qu'il sortirait du collège de Riom, et que désormais on n'y enseignerait plus le traité de la Grâce qu'il n'eût été vu et approuvé par M^1 l'évêque de Clermont, ou par les théologiens qu'il commettrait pour cette cause. Les Supérieurs du professeur, qui jusqu'alors avaient ignoré ce qui se passait, en furent bientôt informés. Ils allèrent chez M§r l'évêque de Clermont, qui était alors à Paris. Ils lui firent de grandes plaintes contre M. l'abbé Champflour, qui leur avait, disaient-ils, rendu un si mauvais service. Ils le supplièrent, avec toutes les instances possibles, de vouloir bien leur accorder, pour sauver en quelque manière l'honneur de leur confrère, que le professeur achevât son année; qu'il ne lui restait plus qu'environ deux mois pour finir le traité qu'il dictait; et qu'ensuite, ils l'enverraient dans une autre maison. Msr de Clermont se laissa fléchir; mais comme l'ordre du Roi était précis, il fallut aller au P. de La Chaise, pour l'engager de prier Sa Majesté de vouloir bien confirmer la grâce que M°r de Clermont accordait au professeur. Le Roi y consentit, sur le rapport que lui fit le P. de La Chaise.
» La nouvelle sur tout ce qui s'était passé si secrètement fut bientôt publique à Clermont, et il n'est pas possible de vous marquer tout ce qu'on dit, et en public et en particulier, contre M. l'abbé Champflour. Comme les jansénistes sont très accrédités à Riom et à Clermont, ils n'oublièrent rien pour déchirer ce saint abbé. Je sais qu'on écrivit contre lui quantité de lettres, surtout certains officiers de Riom, tout dévoués à la Communauté où demeurait le professeur. Je ne l'ai jamais vu, mais je sais bien qu'il y avait la réputation d'un saint, surtout parmi les dames dont il était le directeur, et qui étaient en grand nombre. Au milieu de tout
ce bruit, M. de Ghampflour fut toujours le même, et quoique la conduite que M«r l'évêque tint à son égard dans cette occasion, où il sembla l'abandonner un peu trop aux traits de ses ennemis, dût lui être infiniment sensible, néanmoins il n'en témoigna rien. Il continua ses soins et son travail ordinaires pour le diocèse, dont il était grand vicaire, avec plus de zèle et de ferveur que jamais. »
Par un sentiment de discrétion qui semblera peut-être excessif, puisque sa lettre était destinée à demeurer secrète, M. Cluzeau ne nous fait connaître ni le temps précis dans lequel se passèrent toutes ces choses, ni le nom du professeur suspecté pour sa doctrine, ni même la Congrégation à laquelle il appartenait. Mais nous savons aujourd'hui que ce professeur était le P. Jean Galipaud, né à Nantes en 1660, entré à l'Oratoire le 20 octobre 1679, lequel enseigna la théologie de 1693 à 16'.)o, c'est-k-dire l'espace de deux années scolaires, dans le collège que sa Congrégation possédait à Riom; et qui, après cette affaire, alla enseigner la théologie à Nevers.
M. de Champflour ne montra pas moins de zèle ni moins d'habileté dans l'affaire du Cas de conscience . Sur ce point important de l'histoire du jansénisme, M. Cluzeau nous fournit encore des détails fort curieux et qui ont été révélés par nous aux historiens. D'abord, il nous fait connaître la première et véritable origine de ce Cas, vraiment fameux, « car il en résulta bien du bruit » (1). Le curé de Notre-Dame du Port à Clermont, nommé Fréhel, confessait l'abbé Louis
(1) Sainte-Reuve, Port-Royal; Paris, 1878, 4° édit., t. VI, p. 168. L'abbé Legendre et d'autres après lui ont conjecturé avec quelque vraisemblance que le Cas était « né à l'archevêché île Paris •>, et que l'abbé Boileau, appelé Boileau de l'Archevêché, en avait été « le père » (Mémoires (h- l'abbé Legendre, chanoine 'le Notre-Dame, secrétaire Hé m. .ic Harlay, archevêque de Pans, abbé <i<> oairfontaine; publiés d'après un manuscrit authentique, avec des notes historiques, biographiques el autres, par M. Roux; Paris, i barpentier, is<'.:. m*. sur cette affaire, ainsi une but celle des évoques 'le Luçon et '!'• i.a Rochelle avec le cardinal de Noailles, voir encore le même auteur, i>. 255 261 et 878
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Périer, neveu de Pascal, « parfait honnête homme et sur les mœurs duquel il n'y avait rien à reprendre », mais connu dans toute la ville pour « un franc janséniste ». De son côté, le même curé se confessait à M. Gay, supérieur du séminaire, et celui-ci, voyant qu' « il ne faisait pas son devoir à l'égard de l'abbé Périer, dont il était le directeur », avait fini par refuser de l'entendre en confession. Fréhel, qui était « homme d'esprit, mais entêté pour le parti, comme tout le monde l'a connu », s'avisa de proposer aux docteurs de la secte le Cas de conscience sur le silence respectueux. On voit par là que ce Cas était bien historique et réel, et non pas supposé et imaginaire, comme l'ont dit ou insinué la plupart des historiens (1); il faut donc prendre à la lettre ce que rapporte l'exposé, qu'il y a d'autres ecclésiastiques qui inquiètent le confesseur embarrassé.
Selon cet exposé, « un confesseur a entendu plusieurs années dans une ville éloignée les confessions d'un ecclésiastique et lui a donné l'absolution sans scrupule pour ce qui
(1) « Daguesseau, dit Sainte-Beuve, paraît y avoir vu un piège des ennemis du Jansénisme; et en effet, un ennemi qui aurait voulu réveiller les querelles et pousser les gens à se compromettre n'aurait pas mieux inventé. Par malheur, on a des preuves que ce Cas de conscience, digne d'avoir été forgé par un agent provocateur, avait été proposé bonnement, naïvement, par M. Eustace, confesseur des religieuses de Port-Royal et très peu théologien, soit qu'il en eût dressé lui-même l'exposé, soit qu'il ne l'eût proposé que de vive voix... Il est encore certain que ce fut M. Eustace qui se donna tous les mouvements pour inviter les docteurs à signer » (Port-Royal, édit. citée, t. VI, p. 169, 170). Sainte-Beuve n'est ici que l'écho du Supplément au Nécrologe de l'abbaye de Port-Royal (p. 623, 624, art. Eustace); mais ne peut-on pas supposer que le curé de Notre-Dame du Port a pu envoyer le Cas à Eustace, qui, d'accord avec l'abbé Besson, curé de Magny, autre janséniste, en aurait « arrangé les articles les plus fâcheux » (Sainte-Beuve, loc. cit., p. 173), l'aurait ensuite <« proposé de vive voix » sans en dire l'origine, et aurait « invité les docteurs à signer » la réponse qui fut donnée ? — J'ajoute que M. l'abbé Braud commet une légère erreur en attribuant à M. de Champflour, dans l'origine du Cas de conscience, le rôle qui appartient à M. Gay, le seul « contre » qui, à proprement parler, « fut dirigé le problème en question » (p. 10).
124 BIBLIOTHÈQUE SU1PICŒNNE
regarde sa doctrine et ses sentiments, le croyant homme de Dieu. Depuis quelque temps, il a commencé à avoir quelque peine sur son sujet, parce que d'autres ecclésiastiques lui ont dit que son pénitent est un homme qui a des sentiments nouveaux et singuliers. Ce confesseur l'a vu hors le confessionnal, et lui a déclaré les peines de ces ecclésiastiques sur lesquelles il a dit ses sentiments avec sincérité... A l'égard des cinq propositions de Jansénius condamnées par Innocent X et Alexandre Vil, il m'a protesté qu'il les condamne et qu'il les a toujours condamnées purement et sans restriction dans tous les sens que l'Église les a condamnées et même dans le sens de Jansénius... 11 a signé le Formulaire en cette manière, quand on l'a exigé de lui... Quant au fait de Jansénius... il dit qu'il n'a pas la même créance pour cette décision que pour la décision du droit, dans la condamnation des propositions; mais il croit qu'il lui suffit d'avoir une soumission de respect et de silence à ce que l'Eglise a décidé sur ce fait, et que tant qu'on ne le pourra convaincre juridiquement d'avoir soutenu aucune des propositions condamnées, on ne doit point l'inquiéter, ni tenir sa foi pour suspecte » (1). 11 se trouva quarante Docteurs pour répondre « que les sentiments de l'ecclésiastique dont il s'agit ne sont ni nouveaux, ni singuliers, ni condamnés par L'Église, ni tris enfin que son confesseur doive exiger de lui qu'il les abandonne pour lui donner l'absolution » : et cela fut « délibéré en Sorbonne, le 20 juillet 1702 » (2).
ci; D'Argentré, collectif) judiciorum de novis erroribus; lutetiae Parisiorum, 1755, t. in, p. 413, n i.
(2) La plupart des auteurs, copiant sans doute une faute d'impression de y Histoire du Cas de conscience (t. i, p. 36), placent cette délibération en l'année i t<m ; mais comme elle ne fll du bruit que verla Un de 1702 et au commencemenl de 1 703, après avoir «lit qu'on la nt circuler dans le monde ecclésiastique pendant l'été de itim (sainte- Beuve, loc, cit., i>. 168), ils sont obliges d'ajouter qu'elle demeura secrète pendant plusieurs mois, el que « toul d'un coup, une année environ après la signature, cette consultation restée manuscrite, el donl "H ne 8'occupail plus, parut imprimée avec une préface agressive et provoquante, sans qu'on sût trop d'où venait l'indiscrétion (Sainte-
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Il était naturel et bien juste que le curé de Notre-Dame du Port fût « le premier » à recevoir la décision des quarante Docteurs, et il est probable qu'on ne tarda pas beaucoup à la lui envoyer. « Ce curé, dit M. Cluzeau, qui était bien placé pour être informé exactement, ce curé l'envoya par son vicaire au séminaire, non pas à M. l'abbé Champilour ou à M. Gay, qu'il ne voulait pas tout à fait insulter, mais à un jeune séminariste qui avait fait ses études à Riom avec le vicaire. II était bien persuadé que, par le séminariste, la solution du Cas viendrait bientôt à la connaissance de ces Messieurs. Il ne se trompa pas. M. Gay fut le premier qui vit le Cas : il en fit aussitôt tirer une copie, car il fallait rendre au plus tôt l'original imprimé qu'on avait prêté au séminariste. M. l'abbé l'examina avec M. Gay, et voyant qu'il était de la dernière conséquence d'empêcher le mal que pouvait faire une décision si opposée à celle de l'Église, qui n'exige pas moins la condamnation du fait que du droit, dans la censure qu'elle a portée contre les cinq propositions de Jansénius, il résolut d'en écrire au P. de La Ghaise et à M&r l'évêque de Meaux ».
M. de Champflour écrivit aussi à l'évêque de Chartres, Godet des Marais, et à l'abbé Dumas, comme nous le voyons par sa lettre à Bossuet, qu'on peut lire dans la Correspondance inédite de Massillon, publiée par l'abbé Blampignon; Bar-le-Duc, 1869, in-12, p. 017-620.
Bossuet « reçut comme il convient à un évêque catholique les plaintes de M. l'abbé de Champflour, lui offrit son secours avec beaucoup de bonté, et agit efficacement dans
Beuve, loc. cit., p. 170). Mais d'abord, une pareille retenue de la part des jansénistes, dans une affaire évidemment favorable à leur cause et qui avait plus que l'approbation tacite du cardinal de Noailles, serait une chose bien étonnante. Ensuite, d'Aryentré, dans le recueil cité, classe la consultation des quarante parmi les pièces de l'année 1702. Enfin, on verra que cette date est la seule qui s'harmonise bien avec les faits que nous allons raconter, lesquels sont tous de 1702, et durent suivre de bien prés la délibération du 20 juillet.
120 bibliothèque sclpicienne
une affaire qui inléressoit également tous les évêques » (1). « Il en parla au Roi, dit M. Cluzeau, et il lui montra les lettres de M. Champflour avec la copie manuscrite de la résolution du Cas de conscience. Sa Majesté parut très satisfaite de ces lettres, et loua beaucoup le zèle de M. l'abbé Champflour. On fut bientôt informé à Clermont de ce qu'il venait de faire contre ce fameux Cas qui aurait fait des maux infinis, si on n'en avait pas condamné la résolution. Comme le curé du Port était fort estimé dans la ville, quantité de personnes qui ne pouvaient souffrir le refus que lui avait fait le supérieur du séminaire de continuer à le confesser prirent ouvertement son parti contre M. l'abbé Champflour, qu'ils regardaient comme principal auteur de tout ce qu'on faisait actuellement pour avoir du Saint-Siège la condamnation du Cas de conscience. Mais on eut beau dire et crier contre M. l'abbé, il fut toujours aussi tranquille qu'à son ordinaire.
» Je ne dois pas oublier de vous dire, continue M. Cluzeau, que M. l'abbé de Saint-Genès de Clermont (François de Combes), docteur de la maison de Sorbonne, lequel avait eu le malheur de signer le Cas avant de quitter Paris pour venir prendre possession de son bénéfice, fut infiniment mortifié à ce sujet. M^r l'évêque lui révoqua tous ses pouvoirs. On fit encore tomber ce coup sur M. l'abbé Champflour, sans lequel, disait-on, M«r l'évêque n'en serait jamais venu à cet excès de rigueur contre ce pauvre abbé. Quoi qu'il en soit, il demeura interdit des fonctions de prêcher et de confesser, qu'il avait
(1) Mémoire historique de tout ce qui s'est passé sur le sujet aes contestations survenues entre M. h- cardinal île Noailles, arche' de Parie, et mm. les évêques de Luçon et de l.n Rochelle* présenté à Notre Saint-Père le pape Clément XI, par cee deux évêques, pour rendre compte île leur conduite à s'" Sainteté; ap. Œuvres de Fénelon, Correspondance, Paris, 1827, t. iv. p. ?»>). Ce Mémoire est de l'abbé Chalmette, archidiacre <ie La Rochelle, que m. de champflour et L'évoque de Luçon envoyèrent à Rome comme agent auprès du Saint-Siège, dans leur différend avec le cardinal de N< aillt-s [Op, rit., t. m. p. 296).
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commencé d'exercer avec applaudissement dans la paroisse de Saint-Genès. »
On doit donc considérer comme acquis désormais à l'histoire les faits suivants : 1° c'est un membre de la Compagnie de Saint-Sulpice, M. Gay, supérieur du séminaire de Clermont, qui, par sa conduite pleine de fermeté à l'égard du curé de Notre-Dame du Port, donna lieu à poser le Cas de conscience ; 2° c'est un membre de la Compagnie de Sainl- Sulpice encore, M. l'abbé de Champflour, qui « se souleva le premier du clergé de France » (1) contre la décision des quarante Docteurs, et qui provoqua la condamnation qu'en lit le Pape Clément XI par son bref Cum nuper du 12 février 1703, de même que plus tard, ce fut encore ce même abbé de Champflour qui, devenu évêque de La Rochelle, prépara,
(1) Mémoire cité, p. 260. L'abbé d'Arger dit la même chose : « M. de Champflour n'étant alors qu'abbé de Clermont, mais dans tous les temps inviolablement attaché à la saine doctrine et ennemi des nouveautés suspectes, fut le premier à élever la voix contre l'erreur déguisée » (Oraison funèbre de NteT Estienne de Champflour ; La Rochelle (1726, in-4°, p. 27;. — Ces témoins méritent un peu plus de conflance que les jansénistes, lesquels affectent toujours de faire passer les évêques opposés à leurs erreurs, et M. de Champflour en particulier, pour des instruments aveugles et passifs entre les mains des Jésuites. « Le fameux Cas de conscience, dit un écrivain de la secte, était venu fort à propos pour donner moyen aux Jésuites de jetter de nouveau l'Église de France dans le trouble. Pour profiter d'une si belle occasion, ils crurent que pour faire croire au Roi que la résolution de ce Cas faisait grand ravage dans les provinces, il fallait faire venir de bien loin des lettres, qui donnassent l'alarme au zèle do S. M. pour la religion. Ils choisirent pour cela un M. de Champflour, ecclésiastique natif de Clermont en Auvergne. Il ne leur fut pas difficile de l'engager dans leur dessein. Il a un frère jésuite, c'est déjà beaucoup. Mais de plus, il avait été élevé à Paris dans le séminaire de Saint-Sulpice; et c'est là, après le noviciat des Jésuites, que se hume le zèle le plus amer contre le prétendu jansénisme... Od n'eut donc pas beaucoup de peine à porter M. de Champflour à écrire une lettre ardente au P. de La Chaise ; et il y a sujet de croire qu'on lui épargna pour le moins la moitié de la peine » (L'intrigue découverte, ou Réflexions sur la Lettre de M. l'abbé Bochart de Saron à M, l'évoque de Clermont; s. 1., 1-711, in-12, p. 4, 5).
de concert avec l'évêque de Luçon, les voies à la célèbre bulle Unigenitus, où sont condamnées cent et une propositions extraites des Réflexions morales du P. Quesnel.
Pas plus que le jansénisme, le gallicanisme de 1082 n'eut le don de plaire à M. de Ghampflour, ni l'honneur de le compter parmi ses partisans. Jamais il n'eût signé les fameux quatre articles; il leur était même formellement opposé, franchement et ouvertement, selon son habitude. J'en ai la preuve dans une pièce écrite à Paris le 15 janvier 1683, alors que M. de Champtlour était directeur au séminaire de Limoges. D'après ce document digne de toute créance, il allait jusqu'à attribuer à « la fréquentation des gens de cour » la conduite, trop molle à son avis, que tinrent quelques Docteurs de la Faculté de Paris, le jour où on lui proposa d'enregistrer la célèbre Déclaration. Ainsi, le duc de Saint-Simon ne fait qu'exprimer une vérité qu'il cherche vainement à rendre ridicule en l'exagérant, parce qu'elle lui est désagréable, et à laquelle il mêle, à son ordinaire, plusieurs inexactitudes, quand il dit de M. de Champtlour qu'il « ne savoit qu'être follement ultramontain; qu'il avoit été exilé jjour cela lors des propositions du Clergé de 1682, et que Saint-Sulpice et les Jésuites, réunis en faveur de ce martyr de leur cause favorite, l'avoient à la tin bombardé à La Rochelle » (1).
« Pour cela » encore, l'évêque de La Rochelle, selon le même critique, « étoil l'ignorance et la grossièreté même. s;ub esprit, sans savoir et sans aucune sorte de lumière, sans monde encore moins, un homme de rien, et un véritable excrément île séminaire • -
Ali ! qu'en termes galants ces choses-là sont mises >• !
Plus équitable, la postérité n'a pas ratifié ces appréciations
haineuses. Comme les contemporains «le M. de Champllour.
Saint-Simon, Mémoires complets et authentiques, éilit. <inruel . Paris, 1856, t. V, p. 413.
5aint-Sim< a, Additions au Journal '/" Marquis de Dangeaut publié par \i. Feuillet '!<■ < onenes; Paris, 1857, t. i\, p
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elle a vu en lui, non l'homme que décrit Saint-Simon, mais « un pré al plein de zèle et de lumière, qui vouloit le bien et savoil le discerner sûrement; un saint et savant évêque; un des plus grands ornements de l'épiscopat en France, et qui passoit, avec raison, pour un des plus savants prélats du royaume » (1).
Le vicaire général de Clermont fut en effet élevé à une dignité plus haute encore. Toute sa vie avait été, sans qu'il en eût conscience, une préparation à l'épiscopat, et ce qu'il venait de faire, en 1702, pour la cause de la foi dans la ques lion du Cas de conscience, le désignait naturellement au choix du Souverain sur qui pesait la lourde responsabilité de la nomination desévêques. Celui de La Rochelle, Charles- Magdeleine Frezeau de la Frezelière, étant décédé Je 4 novembre 1702, la nouvelle de sa mort dut arriver à la Cour dans le temps même où l'abbé de Champflour y travaillait, par l'intermédiaire des évêques de Meaux et de Chartres, et du R. P. de La Chaise, à obtenir des mesures contre le Cas de conscience. Le jésuite confesseur de Louis XIV proposa à Sa Majesté M. de Champflour pour remplir le siège vacant, et lui dit tout ce qu'il venait de faire pour les intérêts de l'Église et la défense des Constitutions des Papes 'contre le jansénisme. Le Roi demanda alors si ce n'était pas là cet abbé qui, quinze ans auparavant, lui avait résisté, et qui avait été exilé pour avoir refusé d'élire un candidat de son choix. — C'est lui-même, répondit le P. de La Chaise. — Eh bien! reprit le Roi, c'est ce qu'il faut pour La Rochelle : on peut compter sur la fermeté et le désintéressement d'un homme de ce caractère. Relie parole, qui honore le panégyriste, peut-être encore plus que le héros même auquel est décerné un si bel éloge.
Le contemporain qui nous a conservé ce beau trait, M. Cluzeau, ajoute dans sa lettre que je ne me lasse pas de citer : « Quand M. l'abbé Champflour apprit la nouvelle de l'hon-
(1) La Vie de M. Louis-Marie Grignion de Mont fort ; Pari*, 1783, in-12, p. 229, 2.)7, 344, 415.
neur que le Roi venait de lui faire, il alla voir M«r l'évêque de Clermont pour lui en faire part. Le prélat venait de l'apprendre par le même ordinaire. M. l'abbé me fit l'honneur de me prendre avec lui pour l'accompagner dans cette visite, et dans celle qu'il rendit à M. l'Intendant pour le même sujet. J'eus le plaisir de remarquer en lui la même tranquillité que si c'eût été pour lui la chose du monde la plus indifférente. Il reçut les compliments de toute la ville, qui vint l'en féliciter. II parut si peu touché de tout ce qu'on lui dit d'obligeant sur ce sujet, non pas par compliment, mais dans une véritable et sincère effusion du cœur, qu'on crut d'abord qu'il remercierait le Roi. Tous Messieurs ses parents, qui l'aimaient et le respectaient infiniment, quoiqu'ils fussent très sensibles à l'honneur que lui faisait un pareil choix, paraissaient néanmoins affligés et souhaitaient de tout leur cœur qu'il ne quittât point le diocèse qu'il gouvernait sous Mgr l'évêque avec tant de succès, pour en aller prendre un autre d'où il ne reviendrait jamais pour les voir. Mais après avoir consulté Dieu dans la retraite, il se détermina avec le conseil de feu M. Gourriou, qui avait toute sa confiance, de partir pour Paris et de se soumettre aux ordres de la divine Providence qui l'appelait à La Rochelle.
» Je passe bien des petites choses que je pourrais vous marquer; mais ce que je ne puis oublier, c'est la manière avec laquelle il agit à notre égard après qu'il fut nommé à l'évêché. Je me souviens qu'il avait toutes les peines du monde quand nous l'appelions Monseigneur. Il ne voulut jamais souffrir qu'on lui servit rien d'extraordinaire au réfectoire, et il ne manqua pas de se trouver avec nous à la prière du soir, comme il avait toujours fait auparavant. Un eut auprès de lui le môme accès, et tout le monde avait recours à lui comme à l'ordinaire. Toujours même douceur en lui, môme simplicité, môme affabilité. »
M. Cluzeau ne dit pas, niais nous savons par la eorrespondance de M. Leschassier, que l'humble et obéissant Sulpicien consulta son supérieur sur ce qu'il devait Faire dans cette
importante circonstance. Espérait-il qu'on le détournerait
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d'accepter l'épiscopat? C'est plus que probable; mais le supérieur de Saint-Sulpice, qui voyait réunies en lui la piété et la doctrine, n'osa pas lui donner le conseil de refuser. Cette décision, évidemment postérieure à la nomination de M. de Champflour, laquelle est du 31 décembre 1702, est tout ce que fit Saint-Sulpice pour le « bombarder », suivant l'expression de Saint-Simon, sur le siège de La Rochelle. M. de Champflour accepta donc en gémissant, fut préconisé le 14 mai 1703, sacré le 10 juin suivant, date de son premier mandement, et prit possession du siège de La Rochelle le 26 ou le 27 juillet de la même année (1).
Devenu évêque, M. de Champflour resta ce qu'il avait été grand vicaire et directeur de séminaire. « J'ai eu, dit M. CIuzeau, deux fois l'honneur de le voir à La Rochelle, c'est-àdire en 1707 et en 1716, et je l'y ai trouvé toujours le même. » Le même, signifie ici un saint, car immédiatement avant ces paroles, M. Cluzeau avait écrit cette phrase qui résume tout ce qu'il pensait de M. de Champflour : « Je l'ai toujours cru un saint, et je ne pense point m'être trompé ».
Tel il fut et tel il se montra toujours durant les vingt-deux années qu'il gouverna l'Église de La RocheLe. Dès les premiers mois qui suivirent sa prise de possession, il condamna le Cas de conscience par une instruction pastorale (2) qui répondit, nous en avons la confiance, aux espérances et à l'estime que l'illustre archevêque de Cambrai avait conçues
(1) Quoique séparé de la Compagnie de Saint-Sulpice par ses hautes fonctions, Etienne de Champflour lui conserva néanmoins toute sa vie un tendre attachement. Le 13 septembre 1714, il fit avec M. Leschassier et ses assistants un contrat par lequel il donnait six mille livres à la maison de Saint-Sulpice de Paris, à condition qu'on paierait annuellement trois cents livres au R. P. Antoine Champflour, de la Compagnie de Jésus, et qu'après la mort de ce religieux, on donnerait annuellement pareille somme au séminaire de Clermont, ou plutôt à quelques séminaristes pauvres qui y seraient élevés.
(2) Elle a été insérée intégralement dans l'Histoire du Cas de conscience signé par quarante docteurs de Sorbonne , contenant les Brefs du Pape, les Ordonnances épiscopales , Censures, Lettres et autres pièces pour et contre ce Cas, avec des Réflexions sur plusieurs Ordonnances ; Nancy, 1705, t. II, p. 302-326.
pour son nouveau collègue dans l'épiscopat (1). En 1710, l'évêque de La Rochelle et celui de bacon, Jean-François de Lescure, son intime ami (2), condamnèrent dans un man-
(1) Fénelon écrivait de sa ville archiépiscopale, le 24 mai 1703, à l'abbé du Langeron : « Je croirois très important que vous eussiez une conférence secrète avec M. l'évêque de La Rochelle. M. Chalmette lui écrit pour la lui proposer... Je ne vois aucun inconvénient à ce que vous vous ouvriez très simplement à ce bon prélat, non seulement sur la doctrine, mais encore sur l'importance extrême qu'on parle avec uniformité, et (pie nous puissions dire précisément les mômes choses que M. de Chartres... Témoignez à M. de La Hochelle combien je révère sa personne, s'il est bientôt sacré, il faudra qu'il se prépare à faire un bon Mandement » {Cu rrespondance de Fénelon; Paris, 1827, 1. 1, p. 509-510.)
(2j Jean-François salgues de Valderies de Lescure, un des plus pieux évèques de son temps, naquit au château de Lescure, près la ville d'Alby, le 5 janvier 1044. Il entra au séminaire de Saint-Sulpice le 15 décembre 1000, à l'âge de seize ans, fut reçu docteur de Sorbonne le 17 mai 1075, s'attacha à la Communauté de la paroisse en 1078, puis devint successivement supérieur de la Communauté du Mont-Yalérien, et chef d'une mission pour la conversion des Protestants des Cévennes. Cette œuvre terminée, il fut appelé à Alby par son évèque, qui le fit tout à la fois théologal, pénitencier et grand vicaire. Il assista comme député du second ordre à l'Assemblée de 1082. Nommé évèque de Luçon le 7 juin 1099, il fut sacré le 8 novembre de la même année par le cardinal de Noailles dans la grande chapelle du palais archiépiscopal, et fut envoyé en possession le 7 décembre suivant. Il mourut à chàteauroux, dans sa maison de campagne, le 23 mai 1723. On a de lui : — 1. Lettre circulaire de Monseigneur l'évêque de Luçon publiant la Constitution Unigenitus (28 mars 1? 14; ; insérée dans le « Recueil île Mandements et Instructions pastorales de m«™ les archevêques et èvêques de France pour l'acceptation de la < onstitution de N. S. -P. le Pape Clément XI, du s septembre 1713, contre le livre intitulé : Le Nouveau Testament en françois, avec iU>* Réflexions murales sur chaque verset > ; Paris, v« Muguet, itiô, in-i-, p. 66, 67. — 2. Lettre à Bo&suet sur <U's erreurs avancées par M. Du Puy, théologal de l'Église de Luçon; 20 février 1701. Dans [es Œuvres complètes de Bossuet. L'évêque de Meaux répondit à l'évêque de Luçon, ainsi qu'a m. Du Puy, qui lui écrivit également sur cette affaire.—- Lettre à m. de Champflour, évèque de La Rochelle, du 13 décembre 1711. Dans la ' orrespondance de Fénelon; Paris, 1827, t. m, p. 470, 471.— ( fr. Histoire des moines et des èvêques de Luçon, par l'abbé Du i ressaj , i hanoine honoraire de Luçon; deuxième édition; Paris, sans
•laie, t. m, p. [38-215.
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dément collectif le livre des Réflexions morales de Quesnel ; ce qui amena entre les deux prélats et le cardinal de Noailles, qui avait approuvé cet ouvrage, un long différend heureusement terminé par la bulle Unigenitus (1).
(1) Ordonnance et instruction pastorale de Messeigneurs les évoques de Luçon et de La Rochelle, au clergé et au peuple de leurs diocèses, portant condamnation d'un livre intitulé : Le Nouveau Testament en françois, avec des réflexions morales sur chaque verset; où l'on montre la conformité de la doctrine de l'auteur des Réflexions avec la doctrine des cinq propositions et du livre de Jansénius, et où l'on fait voir ensuite l'opposition qui se trouve entre la doctrine de ces deux auteurs et la doctrine de Saint Augustin; La Rochelle, Pierre Mesnier, 1710, in-12 de 542 pages sans les liminaires et la table. Cet ouvrage fut traduit en latin, avec ce titre : Decretum et documentum pastorale episcoporum Lucionensis et Rupellensis, quo damnatur liber gallicè scriptus : Le Nouveau Testament etc., è gallico latine reddition ; Rupellae, apud Petrum Mesnier, in-4° de 295 pages, avec quelques autres pièces émanées des mêmes évèques. Pour connaître exactement cette longue et importante affaire, on ne doit pas se borner à lire les historiens qui l'ont racontée : il faut encore voir dans la Correspondance de Fénelon (t. III et IV de l'édition citée) les nombreuses lettres et mémoires des deux prélats, ainsi que les lettres à eux adressées dans cette circonstance. M. l'abbé Braud a publié parmi ses Pièces justificatives (p. 51-66) quatorze lettres inédites, dont treize ont rapport à ce triste démêlé. Il ne faudrait pas négliger non plus de consulter les écrits composés à cette occasion, bien que la plupart aient pour auteurs des écrivains jansénistes. J'indiquerai ici, parmi ceux que j'ai vus, ceux dans lesquels il est parlé des évèques de Luçon et de La Rochelle. — Réflexions sur les ordonnances et instructions pastorales jjubliées sous le nom de Messeigneurs les évèques de Luçon, de La Rochelle et de Gap ; 1712, in-12 de 288 pages. — Explication apologétique des sentimens du P. Quesnel dans ses Réflexions sur le Nouveau Testament par rapport à l'ordonnance de Messeigneurs les évèques de Luçon et de La Rochelle, du 15 juillet 1710; in-12 de 184 pages pour la première partie, et de 304 pour la seconde. — Renversement de la doctrine de Saint Augustin sur la Grâce, par l'instruction pastorale de MM. les évèques de Luçon et de La Rochelle (par Jacques Fouillou); 1713, in-12 de 732 pages. — Relation du différend entre M. le cardinal de Xoail/cs, archevêque <Ie Paris, et MM. les évèques de Luçon, de la Rochelle et de Gap ; avec un recueil d'écrits sur ce sujet et sur ce qui s'est pusse entre Son Émincnce et les Jésuites; 1712, in-12. — Lettre de M. l'ê-
13't BIBLIOTHÈQUE SULPICIENNB
L'année suivante 1711, M. de Champflour publia ses Ordonnances et Reglemens sinodaux, pour le diocèse de La Rochelle (1). En 171 S, il donna une Lettre et Instruction pastorale au clergé séculier et régulier de son diocèse, tou-
vêque d'Agen à MM. les évêques de Luçon et de La Rochelle, sur une lettre écrite au Roy contre M. le cardinal de Noai lies ;in-12.
— Lettre de Monseigneur l'évêque d'Agen à Monsieur le comte de Pontchar train; 1712, in-12 de 82 pages : datée du 15 octobre 1711.
— Lettre d'un évêque de la province de Bordeaux à M. l'évêque d'Agen, au sujet d'une lettre écrite au Roy par MM. les évêques de Luçon et de La Rochelle; Liège, Pierre Marteau, 1712, in-12. — Les Lettres de M. l'abbé Bochart à M. l'évêque de Clermont, son oncle, et au R. P. Le Tellier, avec les remarques sur les deux Lettres; 1711, in-12 de 32 pages. — L'intrigue découverte, ou Réflexions sur la Lettre de M. l'abbé Bochart de Saron à M. l'évêque de Clermont, et sur un modèle de Lettre au Roy, avec quelques jjièces concernant le différend d'entre M. le cardinal de Noailles, archevêque de Paris, et les évêques de Luçon et de La Rochelle ; 1711, in-12 de 128 pages. Parmi ces pièces, on trouve la Lettre de MM. les évêques de Luçon et de La Rochelle au Roy, contre M. le cardinal de Noailles, archevêque de Paris (p. 104-111). — Lettre à Son Éminence Monseigneur le cardinal de Noailles; 1711, in-12 de 69 pages. — Mandement (en vers français) de Monseigneur l'évêque de Bethléem, revu, corrigé, augmenté de plus des deux tiers, accompagné de Notes instructives et agréables, et publié de nouveau par ledit prélat, à l'occasion de la Lettre de M. l'abbé Bochard de Saron à M. l'évêque de Clermont, son oncle; 1712, in-12 de 47 pages. — Vains efforts des Jésuites contre la Justification des Réflexions sur le Nouveau Testament, composée par J.-B. Bossuet, où l'on examine plusieurs faits publiés sur ce sujet par les évêques de Luçon et de La Rochelle, et par le sieur Oui I lande (par P. Quesnel); 1713, in-12 de 278 pages. — Enfin, le Mandement (daté du 10 avril 1714) et Instruction pastorale de .v«r l'évêque de Lu Rochelle; publiant la Constitution Unigenitus et la lettre d'acceptation du Clergé de France en date <iu 23 Janvier 1714, est dans le Recueil des Mandemens et Instructions pastorales de Messei' gneurs les archevêques et évêques de France finit r l'acceptation de la Constitution de v. s. p. le Pape Clément XI du s septembre 1713... Paria, veuve Muguet, 1715, in- 1 . p. 114-117.
tu La Rochelle, chez Pierre Meanier, 1711, in-12 <ic :wo pages sans les liminaire! <-t la table. Le Mandement placé on tèto est daté du 20 novembre 1710.
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chant la manière dont ils doivent travailler à V instruction des personnes qui ont été élevées dans la religion protestante (1) : « ouvrage, dit le chanoine d'Arger, qui est le fruit d'une étude mûrie par une expérience consommée, et qui, dans une méthode facile et abrégée, renferme une instruction complète et un corps de controverse des plus suivis. Avec quelle précision et quelle netteté leur met-il devant les yeux la nécessité d'une providence perpétuelle sur l'Église, la singularité de ses prérogatives, le pouvoir de ses clefs, la primauté de son Chef, l'autorité de ses lois, l'infaillibilité de ses jugements, la perpétuité de sa foi, l'uniformité de son culte, l'excellence de ses sacrements, la majesté de ses cérémonies » ! (2). En 1716, il substitua au catéchisme janséniste, enseigné jusque-là à ses diocésains, un autre catéchisme plus orthodoxe (3). On a encore, éparses çà et là, plusieurs lettres du saint évêque de La Rochelle. Quelques-unes ont été publiées dans le tome III de la Correspondance de Fénelon (édition citée) : p. 360 et 389, au P. Le Tellier; p. 439 et 526, à M. de Bissy, évêque de Meaux; p. 482, au P. Martineau, jésuite; p. 512-515, à Fénelon; la réponse de ce dernier est à la suite, p. 515-520. — On trouvera aussi quelques billets de M. de Champflour dans Y Abrégé de la vie et des vertus de la sœur Marie-Louise de Jésus, supérieure des Filles de la Sagesse (par Allaire); Poitiers, 1768, in-I2; p. 64, 123, 140, 148, 155. Le P. Bliard a reproduit la lettre des évêques de*
(1) La Rochelle, chez Pierre Mesnier, 1715, in-8° de 9 feuillets pour la Lettre pastorale, et de 390 pages pour l'Instruction familière, rédigée en forme de catéchisme pour les personnes élevées dans la religion protestante. M. l'abbé Braud n'aura sans doute pas vu cet ouvrage important de M. de Champflour, car il n'en fait pas mention dans sa notice.
(2) Oraison funèbre, p. 25.
(3) Catéchisme du diocèse de La Rochelle; La Rochelle, chez Pierre Mesnier, in-12 de 424 pages. L'ouvrage est précédé d'une Ordonnance dans laquelle il est défendu d'enseigner le catéchisme usité jusqu'alors. C'était le catéchisme dit des trois Henri, savoir : Henri de Laval de Bois-Dauphin, évêque de La Rochelle, Henri Arnauld, évêque d'Angers, et Henri de Barillon, évêque de Luçon.
136 BIBLIOTHÈQUE SULPICtENNE
Luçon et de La Rochelle à Louis XIV, du mois d'avril 1711 {Les Mémoires de Saint-Simon et le P. Le Tellier, p. 153- 158). — L'abbé Pauvert cite également une lettre adressée par M. de Champflour à deux religieuses de la Congrégation des Filles de la Sagesse : Vie du Vénérable Louis-Marie Grignion de Mont fort; Poitiers et Paris,. 1876, in-8°, p. 435. — La Bibliothèque municipale de Clermont possède une lettre autographe de M. de Champflour, datée de « La Rochelle, 31 août 1709 », et adressée « A Monsieur Champflour, lieutenant particulier au présidial de Clermont, Auvergne ». V. Catalogue des Mamiscrits de la Bibliothèque de Clermont-Ferrand; Paris, 1890, p. 191, f. 78, 79 du Recueil d'autographes inscrit sous le n° 718. Enfin, parmi les manuscrits de la Bibliothèque de l'Arsenal, à Paris, on trouve dans le recueil n° 2051 une lettre (copie) sans date, adressée à M. de Cordeaux par les évoques de Luçon et de La Rochelle, ainsi qu'une autre lettre (original) des mêmes prélats à M. de Gap (François Berger de Malissoles, auquel ce recueil a appartenu), et datée de Chàteauroux, 7 juin 1712. V. Catalogue des Manuscrits de la Bibliothèque de l'Arsenal, t. II, p. 385, 386, n° 2051. Sur ce recueil coté 2051, voir l'article Coustuiuer, t. II, p. 352.
M. de Champflour mourut le 26 novembre 172'i, et conformément au désir qu'il avait témoigné, par « amour pour les pauvres et pour la sainte pauvreté, il fut enterré dans la chapelle de l'Hôpital Saint-Louis » (1). Le 17 janvier de l'année suivante, Léon d'Arger, chanoine do la cathédrale de La Rochelle, prononça son oraison funèbre, eu présence de Léon de Beaumont, évêque «le seules (2). Le panégyriste avait été
(i) Abrégé cit.'. p. 187.
(2) Oraison funèbre de Monseigneur l'Illustrissime et Révéren-
dissime Etienne de Champflourj évêqûe de I>> Rochelle, pro-
noncée 'in us l'Église de La Rochelle le i ? janvier 1 725, /<-"• Mes-
Léon d'Argert chanoine de ladite église, La Rochelle, chez
Michel Salvin, libraire an canton des Flamands; 1726, in-4«de4 feuil-
■'• '!<• 60 pages. Le discours est dédié à Jean-Baptiste-Antoine de
Brancas, successeur de M»' de < bampflour Bur le siège de La Rochelle.
iteur prend pour texte ces paroles de sainl Paul aux Philippiens
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précédé dans l'éloge de l'illustre prélat par le Régent, qui, apprenant sa mort, dit à ceux qui l'entouraient : « La France vient de perdre un grand évêque ». Etienne de Champflour fut, en effet, un grand évêque; et ce titre, il le doit principalement et avant tout à ce qui seul constitue la véritable grandeur, à sa sainteté personnelle, à son zèle pour la gloire de Dieu, à son dévouement sans bornes pour ses ouailles, à la noble, constante et courageuse fermeté avec laquelle il ne cessa durant toute sa vie de combattre l'erreur.