ÉVÊQUE D'AMIENS
Fils de Pierre de Sabatier et de Jeanne de Guyon, recommandables tous deux par la noblesse de leur famille et par leur grande piété, Pierre de Sabatier naquit à Valréas, dans le diocèse de Vaison, le 14 novembre 1654, et fit ses humanités, ainsi que sa philosophie au collège des Jésuites d'Avignon. Son père l'envoya ensuite à Paris pour y étudier la théologie et se disposer à recevoir les Ordres. C'est le 1er novembre 1673 que M. de Sabatier, alors âgé de dix-neuf ans et déjà tonsuré, entra au séminaire de Saint- Sulpice sous la conduite de M. Tronson. Après douze années d'études et de préparation, dont il passa une partie dans sa famille, M. de Sabatier reçut en 1688 le caractère sacerdotal, et peu de temps après, le Ti septembre de la même année, il prit le
(IV, 8, 9) : Quœcumque sunt >:era... quœcumque sancta, quœcumque amabilia... si quu viréus, si qua laus disciplinas /uvc, cogitate quse vi'h.--ri.< i,i m», et il y trouve la division de l'éloge de son héros : 1° l'attention à tous ses devoirs en a fait le modèle de la sainteté, quœcumque sancta; 2" les bons offices qu'il a rendus à l'Église en ont fait le défenseur de la vérité, quœcumque vera; 3° le mérite de ses aumônes en a fait le ministre de la miséricorde et de la charité, quaecumque amabilia.
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bonnet de Docteur en Sorbonne. A celle époque, il enseignait déjà la théologie au séminaire de Saint-Sulpice. Selon M. Gosselin, il fut « admis cette même année 1685 dans la Compagnie » (1), et envoyé à Limoges pour y être second vicaire général de M. d'Urfé. Ce prélat, qui habitait son séminaire, désirait un grand vicaire qui appartint à Saint-Sulpice, et qui eût rang parmi les directeurs. M. de Sabatier passa dix ans dans cette place et y rendit de grands services, accompagnant le prélat dans ses visites pastorales, et aidant M. Bourdon, supérieur du séminaire (2), en dirigeant, enseignant et prêchant les séminaristes.
Ayant fait un voyage en Provence aux vacances de 1692, M. de Sabatier s'occupa très activement de l'établissement du séminaire d'Avignon, dont l'évêque se proposait alors de confier la direction aux prêtres de Saint-Sulpice. En 169o, il alla à Paris et exprima son désir de quitter Limoges, bien avant la mort de M. Lascaris d'Urfé, laquelle n'arriva que le 30 juin de cette même année. Godet des Marais, évêque de Chartres, le demanda aussitôt à M. Tronson pour en faire son vicaire général; mais déjà Fénelon, récemment nommé à l'archevêché de Cambrai, lui avait proposé de l'accompagner dans son diocèse. « Si j'avais été averti plus tôt, écrivait M. Tronson à l'évêque de Chartres le 11 mai 169o, il m'aurait été facile de vous donner M. de Sabatier, car il est résolu de ne plus retourner à Limoges; mais M*r de Cambrai, qui a dessein de l'engager avec lui, lui a déjà parlé, et je ne sais si, dans leur dernière conversation, il n'y aura pas eu quelque chose de déterminé entre eux. Je crois que vous auriez bien pu vous accommoder de lui, car il est d'un esprit doux et
[ï) Notice des principaux personnages contemporains </e Fénelon, dont il est fait mention dans sa Correspondance ; ap. Correspondance de Fénelon : Paris, 1829, t. XI, p. 358. — En 1686, M. de Sabatier tut pourvu de l'abbaye de Verteuil, au diocèse de Bordeaux, mais il la résigna au bout d'un an.
■ i est par erreur ijue le P. Jean, jésuite, dit que M. de Sabath r rut supérieur du séminaire de Lim tges \ Les év rcke-
oéques de France depuis 1682 jusqu'à 1801, par le P. Armand Jean, de la compagnie de Jésus; Paris, 1891, in-8-\ p. 310
facile, et qui avec la piété a le talent de se faire aimer. Je suppose qu'après tant d'années qu'il a demeuré à Limoges, l'expérience nécessaire pour un grand vicaire ne lui manquerait pas. Vous pouvez sur cela prendre vos mesures; car, quelque désir que j'eusse de vous procurer ce secours, je ne vois pas ce que je pourrais faire après les démarches que nous avons faites auprès de ce prélat. Peut-être trouverezvous le moyen de lui faire connaître vos besoins d'une manière qui le ferait relâcher de sa prétention » (I).
M. de Sabatier suivit Fénelon à Cambrai, et le seconda très utilement dans la préparation d'une ordination que le prélat fit presque aussitôt après son arrivée. Aussi Fénelon, qui, avant de confier l'emploi de grand vicaire à M. de Sabatier, avait voulu le connaître par lui-même, tint-il beau coup à le conserver quand il l'eut vu à l'œuvre. Tout autres étaient les sentiments du nouveau grand vicaire. 11 était allé à Cambrai avec joie; il y travaillait avec succès; il était très bien vu de l'archevêque et de l'abbé de Chanterac; et pourtant, dès le milieu d'octobre de cette même année 1695, il prie M. Tronson de lui donner un emploi dans une maison de Saint-Sulpice. Féuelon insiste pour le retenir : rien ne peut vaincre sa répugnance. La cause de celle-ci, d'après une lettre de Fénelon à l'abbé de Langeron, « ce n'étoit pas la grossièreté du pays, mais l'inutilité où il vivoit, contre son naturel actif et empressé » (2). Il quitta donc Cambrai et retourna à Paris. Plus tard, en 1698, Fénelon désirant et attendant toujours des prêtres de Saint-Sulpice pour diriger son séminaire, pensa de nouveau à M. de Sabatier. Mais M. Tronson lui répondit le 20 mars : « Quant à M. de Sabatier, j'ai bien de la douleur de n'avoir rien à. vous dire, Monseigneur, qui puisse répondre au désir que vous auriez de l'avoir pour votre séminaire/Il se trouve si fort lié à
(1) Correspondance rie Fénelon; Paris, 1827, t. Y, p. 198, 199.
(2) Correspondance de Fénelon, éclit. citée t. V. p. 218. Voir ibid . p. 203-205, deux lettres de M. Tronson à M. de Sabatier, datées du 18 et du 25 octobre 1695, et p. 206 une lettre de M. Tronson à Fénelon, du 17 novembre même année.
M«r d'Autun, qui a pour lui une estime et une amitié toute particulière, que je ne vois nulle apparence de réussir dans la proposition que vous souhaitez que je lui fasse. Cependant, si nous voyons dans ses dispositions ou dans celles du prélat quelque ouverture pour lui exposer votre désir, nous en profiterons volontiers, et il ne tiendra pas à nous que vous ne soyez satisfait » (1).
Dès le 22 novembre 1695, en effet, M. de Sabatier fut proposé à Gabriel de Roquette, évêque d'Autun, qui avait besoin d'un supérieur pour son séminaire. « La Providence, écrivait M. Tronson à ce prélat, a bien voulu nous donner encore aujourd'hui le moyen de satisfaire vos désirs : Mgr de Cambrai s'est enfin rendu aux instances que M. de Sabatier lui a faites, afin qu'il suivit l'attrait de sa vocation ». En même temps, le supérieur de Saint-Sulpice écrivait à M. de La Goutte, Directeur au séminaire d'Autun : « On espère que par ses manières douces et honnêtes, il se fera aimer de vos jeunes gens, qu'il agréera à Monseigneur, et que tout le monde sera content de lui ».
Durant les dix années qu'il gouverna le séminaire d'Autun, M. de Sabatier réalisa pleinement les espérances de M. Tronson. L'évêque lui offrit des lettres de grand vicaire que M. de Sabatier refusa : il donna au séminaire de très beaux ornements et fit décorer magnifiquement la chapelle; il fil construire un mur de clôture autour du séminaire, et porta d'un an à deux le séjour obligatoire avant la réception des ordres. Son neveu et successeur sur le siège d'Autun, Bernard de Senaux, ayant en mai 1703 offert à M. de Sabatier la dignité «h1 doyen du Chapitre, le supérieur la refusa comme il avait refusé précédemment celle de grand vicaire. « Dieu ne permettra pas que cette action soit ensevelie dans le silence, lui écrivait M. Leschassier. quelque envie que vous ayez de la dérober à la connaissance des hommes. Le désintéressement est de Irop grande édification dans les ecclésiastiques qui dirigenl les séminaires, pour le cacher aux séminaristes ■ (14 mai 1703).
1 1 . Correspondance de Fénelon . édit. citée, t. n, p
Aux vacances de cetle année 1703, il fut question d'envoyer M. de Sabatier « restaurer le séminaire de Tulle, fort ébranlé »; puis, de le mettre à la tête du séminaire de Viviers, maison alors très considérable et très importante, en remplacement de M. Dufour, récemment décédé (février 1704). Dans toutes ces circonstances, M. de Sabatier se montra prêt à exécuter sans retard des désirs qui étaient quelquefois insinués plutôt qu'exprimés (1). Ces excellentes dispositions comblaient de joie M. Leschassier. « Vous me donnez, Monsieur, un grand sujet d'édification par la parfaite indifférence où vous êtes pour tous les lieux et les emplois, et par le désir que vous avez de ne tenir qu'à Dieu. Je ne suis pas moins consolé de votre réponse que j'en suis édifié, car vous me tirez d'un grand embarras, considérant l'état du séminaire de Viviers, où il faut un supérieur capable de maintenir l'œuvre de M. Olier, commencée par MM. de Queylus et Couderc, et consommer cette œuvre par l'union à Saint-Sulpice, si on trouve à avoir une autre maison que l'évêché, ainsi qu'on me le fait espérer; de soutenir la réputation de ce séminaire, où on a «des relations avec quantité d'évèques voisins, avec M. l'Intendant, avec ceux qui commandent les troupes; où il faut entretenir l'union dans laquelle nos Messieurs vivent entre eux. Vous avez tout ce qu'il faut pour remplir tous ces devoirs » (5 mars 1704).
Ce n'est pas sans peine que l'évêque d'Autun consentit à prêter M. de Sabatier au séminaire de Viviers. 11 devait retourner à Autun pour la Saint-Luc : néanmoins, il resta six mois à Viviers, et y eut pour élève son successeur sur le siège épiscopal d'Amiens, M. de La Motte, qui conservait précieusement le souvenir du supérieur qu'il avait espéré suivre dans sa vocation (2). S'il ne termina pas l'affaire de l'union de ce
(1) « Si nos Messieurs de Viviers pouvaient vous avoir pour supérieur, ce serait leur parfaite consolation; mais je doute que ce lieu-là vous convînt autant que vous leur conviendriez ». Lettre de M. Leschassier.
(2) Il écrivait à l'abbé Dargnies, auteur du récit de la vie et de la mort de M. de Sabatier : « J'ai lu ce que vous avez écrit au &ujet de
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séminaire à celui de Saint-Sulpice, cela tint sans doute au peu de temps qu'il passa dans ce pays. 11 y travailla cependant avec zèle et intelligence, et il est permis de croire qu'il en hâta la conclusion, qui eut lieu le 24 mai 1706.
Rentré au séminaire d'Autun dans les premiers jours de février 1705, M. de Sabatier s'y dévouait silencieusement et tout entier au service des Ordinands, lorsque, le 15 août 1706, il fut nommé à l'évêché d'Amiens, vacant depuis deux mois seulement, et demandé par et pour des personnes de première qualité. Quand il alla remercier le roi, Louis XIV lui fit cette flatteuse réponse : « Je ne vous connaissais pas, Monsieur, mais tout le bien qu'on m'a dit de vous m'a fait connaître que je pouvais vous confier l'Église d'Amiens, espérant que vous y ferez aussi bien que vous avez fait partout ailleurs » (1).
M. de Sabatier. Je vous sais un gré infini de l'honneur que vous avez lait à sa mémoire. C'était un prélat qui m'avait lui-même formé de sa main à l'état ecclésiastique, au séminaire de Viviers, dont il fut quelque temps le supérieur, et où il avait pour moi des bontés si distinguées, que je me destinais d'abord à le suivre, si mes parents l'eussent voulu, car il le souhaitait beaucoup. Je tâcherai de marcher sur les traces de ce saint évèque, si Dieu m'appelle à lui succéder » (Histoire de M. de La Motte, évêque d'Amiens, par l'abbé Delgove; Paris, 1872, in-8", p. 133.
(t) Lettre contenant un récit abrégé de la vie sainte et de la mort édifiante de Révérend issime père en Dieu Monseigneur Pierre de Sabatier, évèque d'Amiens, décédé à Amiens le 20 janvier 1733 (par Louis-Michel d'Argnies»; Amiens, Charles Caron-Hubault, 1783, in-P, p. 0. Louis-Michel Dargnies — ou d'Argnies, — né dans le diocèse d'Amiens, était neveu «l'Antoine Dargnies, mort en it«i;i supérieur de la Communauté de la paroisse Saint-Sulpice, à Paris. Il entra tonsuré au séminaire de saint-sulpice le 19 oct >l>re 1701, et il était bachelier de Sorbonne lorsque, le 11 mars 17<>8, on l'envoya au séminaire d'i irlôans pour y enseigner le chant et tes cérémonies. Dans les
premiers mois de 1709, il retourna au séminaire «le Saint-Sulpice, lit
sa licence, et fut reçu docteur de sorbonne le 6 Juin i7i:>. Nous ignorant s'il un fut ensuite donné mission pour tnielqu'un de nos semii On sait néanmoins qu'il était curé d'Abbeville au mois de septembre 1784; qu'il fut nommé chanoine de la cathédrale d'Amiens le ."« décembre de la même année, et pénitencier le 27 août 1725. Les
M. Leschassier ne fut nullement surpris de cette élévation, qu'il prévoyait depuis longtemps. Le 14 janvier 1703, il écrivait à M. de Sabatier : « Que dites-vous de l'élection de M. de Champflour à l'évêché de La Rochelle ? Cela ne vous fait-il pas trembler, vous qui avez été grand vicaire de tant d'autres? M. Bourbon se plaint qu'on dégarnit Saint-Sulpice, et quelques-uns craignent qu'il ne se remplisse trop : il me paraît que l'un et l'autre sont à craindre ». — Et le la août 1704, un an jour pour jour avant la nomination de M. de Sabatier, M. Leschassier lui écrit à Lyon, où il devait passer : « En ce jour de l'Assomption, je ne prends la plume que pour vous remercier de la charité que vous avez pour le séminaire de Viviers, où vous serez reçu avec joie, et où je souhaiterais que vous eussiez le temps de mettre les choses en aussi bon état pour le temporel et pour le spirituel que
Nouvelles ecclésiastiques le qualifient « d'esprit brouillon, superficiel et léger », parce qu'il « avoit toute la confiance de M. de Sabatier, évèque d'Amiens », et qu'il <• secondoit merveilleusement son zèle pour la ConstitutiDn (Unigenïtus) et pour les opinions ultramontaines » {Nouvelles ecclésiastiques, 25 juillet 1730, p. 18, et 21 février 1735, p. 26). Pour témoigner sa reconnaissance à ce prélat, M. Dargnies lui fit élever en 1748 un mausolée, œuvre du sieur Dupuis, sculpteur habile et membre de l'Académie d'Amiens. « L'abbé Dargnies, dit M. Delgove, originaire du diocèse, avait eu pour père Louis Dargnies, greffier en chef du bailliage de Crécy, et pour mère Jeanne Hourdel, fille du procureur du roi au même bailliage. Son mérite, développé par de fortes études ecclésiastiques, lui avait concilié de bonne heure l'estime de ses supérieurs hiérarchiques. A des vertus réelles rehaussant des talents incontestables, il joignit surtout une filiale soumission aux décisions de l'Église, qui n'avait d'égale que sa constance à en défendre l'autorité. Il était de ceux qui, selon la recommandation de l'Apôtre, restaient forts dans la toi ; et cette vigueur de sa croyance, il l'avait accentuée, soit par son attachement avoué à la bulle Unigenïtus, soit par les luttes qu'il avait soutenues pour elle. C'est à tous ces titres qu'il dut l'hcnneur d'avoir été choisi pour vicaire général, d'abord par M. de Sabatier, puis par M. de La Motte, qui fit de lui l'homme de sa confiance » (Histoire de M. de La Motte, évèque d'Amiens, par l'abbé Delgove, Curé-doyen de Poix, Chanoine honoraire d'Amiens; Paris, Bray et Retaux, 1872, in-8a, Préface, \\ vin.
vous l'avez mis à Autun ; mais on ne vous en donnera pas le loisir, selon toutes les apparences. Je ne sais pas encore de nouvelles de la Domination aux évêchés vacants, parce qu'elle ne se doit faire que ce soir. Je ne vous souhaiterais pas Oloron, quelque bien qu'il y ait à faire ».
M. de Sabatier attendit ses bulles d'institution à Autun en continuant ses modestes fonctions. 11 fut sacré à Paris dans la chapelle du séminaire de Saint-Sulpice, le lo mai 17U7, par son métropolitain Charles-Maurice Le Tellier, archevêque de Reims, assisié de Jacques de Matignon, ci-devanl évèque de Condom, et de François «le Poudenx, évêque de Tarbes. Le 11 du même mois, il prit possession de son siège par procureur, et en personne le 9 juin suivant. Statimque, ajoutent les auteurs de la G allia Christiana, e.rultavit ut gigas ad currendam apostolorum clam; verbo enim f)otens et exemplo pastoris optimi munia omnia implevit (l). 11 mourut le 20 janvier 1733, âgé de 78 ans 2 mois et G jours, et fut solennellement inhumé le 22 dans la chapelle de sa cathédrale, dédiée à Saint Jean-Baptiste.
Ce pieux prélat fut un adversaire zélé du jansénisme et des jansénistes : aussi ne l'ont-ils pas épargné dans leurs écrits. Voici le portrait qu'en tracent les Nouvelles ecclésiastiques, et quelques-unes des assertions... monstrueuses 0) que le savant docteur de Sorbonne osait avancer et soutenir : « Né sujet du Pape, élevé a Saint-Sulpice, dévoué aux prétentions ultramontaines, ennemi déclaré de nos libertés, imbu de la doctrine des jésuites, la Bulle est un décret selon son cœur. 11 tolère a regret la doctrine de la prédestination gratuite ei de la grâce efficace, il est zélé défenseur
(\)Gallia Ch t. x, col. L214. - m. Leschassier lui écri-
vait le 26 janvier 1708 : • il me revient de bien des endroits que \ous avez gagné le cœur de vos diocésains et surtout de vos tiques. Votre conduite peut servir <ie modèle, et apprendre à ceui qui ont à gouverner par "ù il faut c immeneer, qui est d'établir sa chaire dans les cœurs . Un peu plus tard, il le félicitait encore d'une ordonnance que le savant et zélé prélat venait de publier • contre la mauvaise doctrine, qu'on tache de répandre dans le clergé et dai
M. DE SABATIBB 14")
de la suffisance de l'attrition. Établir l'obligation de rapporter à Dieu toutes ses actions par un principe de charité, c'est ce qu'il appelle anéantir toutes les vertus pour ne laisser subsister que la seule charité. La conversion des pécheurs n'est, selon lui, ni rare ni difficile. Il est charmé quand il voit dans ses visites une multitude de communians, qu'il suppose volontiers tous convertis, quoiqu'il soit presque assuré qu'ils retomberont le lendemain. Sur la lecture de l'Écriture-Sainte, l'Excommunication, le pouvoir des Clefs, la Hiérarchie, il est ultramontain. C'est sur ces principes qu'il entend et qu'il explique ce qu'il appelle Richerisme, Baianisme, Jansénisme , Quesnellisme, uniques objets de la grande vivacité de son zèle » (2). Aux attaques multipliées
(2) Nouvelles ecclésiastiques, numéro du 8 avril 1729, p. 70. — Le lieu oU s'imprimait cette célèbre gazette a longtemps été et aujourd'hui encore est peut -être un problème. On a dit qu'elle était imprimée à Paris, rue de la Parcbeminerie, ou dans un bateau sur la Seine (Picot, Mémoires pour servir à l'histoire ecclésiastique pendant le XVIIIe siècle ; Paris, 1853, t. II, p. 337). Mais il parait certain que les presses de ce journal étaient établies dans les caves du presbytère de Givry-sur-Aisne, canton d'Attigny (Ardennes). Pierre Thullier, curé de cette paroisse pendant 58 ans, né à Reims le 25 février 1683, mort à Givry le 1er février 1768, était en effet un ardent janséniste, auquel les Nouvelles ont consacré une notice, fort élogieuse, cela va sans dire, dans le numéro du 2 août 1769, p. 126-128. Le fait qu'il prêta ses caves au gazetier de la secte est attesté par de graves autorités. M. Renault, longtemps curé de Givry, écrivait, le 1er janvier 1856, à M. Lassaigne, directeur au grand séminaire de Reims : « Qu'il y ait eu dans les caves du presbytère de M. Thullier une imprimerie occulte, je n'en doute nullement. Le fait m'a été attesté par plusieurs vieillards de la localité. Quant à l'impression de la Gazette ecclésiastique, je puis citer le témoignage d'un homme très au courant de l'histoire de notre pays, dont il s'était particulièrement occupé, de M. Hulot, vicaire général de Reims et ancien curé d'Attigny. Voici ce que nous avons trouvé dans ses papiers : « M. Thullier, an- » cien curé de Givry, était archi-janséniste ; dans les caves de son pres- » bytère, on imprimait la fameuse Gazette ecclésiastique ». M. Hulot, curé d'Attigny de 1803 à 1819, avait en effet compost-' sur Attigny et ses dépendances un ouvrage qui devait former deux volumes in-88, mais dont il ne parut que quelques feuilles, l'auteur ayant reculé devant la dépense. V. L'Ami de la Religion , 16 avril 1823, t. XXXV,