STATISTIQUE AGRICOLE, ETC
10*** Quantité et valeur de la viande consommée. — Calculée soigneusement par ooromunes, la Tiande consommée forme une quancîlé de 327 millions de kilog^r. estimés 260 millions de francs. Les bestiaux fournissent â cette quantité deux cinquièmes^ les moutons un huitième, les porcs presque moitié.
Les départements du nord consomment presque deux fois autant de bœufs, taches ou veaux, que ceux du midi, et moitié en sus autant de porcs ; mais leur consommation en moutons n'est que du tiers de celle des départements méridionaux.
Les animaux domestiques ajoutent à la richesse ajpricofé de la France orientale :
1^ Un revenu ûDDtiel moQtant à 350 000 000 fr.
2^ Une consommation de viande estimëe à 260 000 000
Total 610 000 000 fr.
Ainsi, dans cette moitié du territoire qui gU à Test du mé* ridien de Paris, la richesse publique reçoit annuellemeol de l'agriculture un revenu brut coiqposé :
1» De produits ruranx valant au minimum 2 500 000 000 fr. 2** De produits animaux ëyalnës à .... 610 000 000
Total da revenu brut de l'agriculture ... 3 110 000 000 fr.
Il est vraisemblable que les articles omis rapprocheraient cette somme de trois milliards et demi; mais cet accroissement ne peut être que conjecturé.
Ce vaste travail contient un si grand nombre de faits numériques dont la connaissance est essentielle à la prospérité du royaume, que je n'ai pu. Sire, les exposer avec la conciston que j'eusse désirée. J'ai Tespoir que Votre Majesté me le pardonnera, en fiiveur de la nouveauté et de Timportance des objets qu'embrasse ce rapport, et que vous accueillerez l'ouvrage qu'il résume , comme Tune des plus utiles applications de b science aux premiers intérêts de J'état.
^litOXVt.
MÉMOIEBS ET DOCUMENTS PUBLIÉS PAR LA SOCIÉTÉ d'jUS^ TOIRE ET d'archéologie DE GENÈVE, lOmet IV et 111*.
Génère, 1843 et 1844 ; 2 vol. in-8'' de 484 et de 472pp.
Au moment où les recherches bistoriques se poursuivent avec tant de zèle dans les g^rands ëlals de l'Europe^ et donnent lieu en Allemagne, en Angleterre^ en France, en Italie, etc., à la publication de documents si volumineux et si importants^ pour Timpression desquels les gouvernements allouent des sommes considérables, une louable émulation a provoqué en Suisse la formation de quelques sociétés qui, avec les faibles moyens dont elles peuvent disposer, c'est-à-dire par les contributions de leurs membres^ publient aussi des documents historiques rares ou inédits, explorent les archives cantonales ou municipales^ et dirigent l'attention vers l'élude de l'histoire de notre patrie. Au nombre de ces sociétés se distinguent particulièrement celle d'Histoire de la Suisse romande, dont le recueil contient les principaux résultats des savantes recherches de MM. de Gingins, Vulliemin, Hisely, etc.; la Société générale d'Histoire suisse, qui a fait paraître deux volumes de ses archives^ où se trouvent aussi de précieux documents, des fragments historiques intéressants, et où seront insérés les inventaire^ des chartes suisses antérieures à 152 1 ; la Société des Antiquaires de ZUrich qui publie des Annales et un recueil intitulé : Zeitschrift fiir Valerlandische Alterthumskunde ; la Société d'Histoire et d'Archéologie de Genève, dont les travaux appréciés déjà par de bons juges *, vont attirer quelques moments notre attention.
• Voir Bibl. Univ., 1842, tome XXXIX, p. 274. — BibL de t Ecole rfes Charles, X. 111, p. 589, et t. V, p. 96^ — Journal des Savants, année 1843,
260 socaÉTfi d'histoiws mr D^ABcesoLOGifi
Chaque To(junie se compose de deux parties , dont ta pre-* mière est consacrée aux mémoires proprement dils^ qui soni souvent accompagnés de pièces justificaiiTes^ la plupart inédites ; la seconde^ aux documents inédits^ tirés soit des archives de la vilie^ soft de Ja Bibliothèque publique, soit de coBecitons parliculiëres , et qui se rapportent principalement à Thisloire de Genève.
Le second volume que nous avons sous les jeux s'ouvre par un mémoire de Mr. l'archiviste Sordet <mi* les Lettres de Pierre de La Baume, dernier èvéque de Genève. Ces lettres^ au nombre de deux cent deux, ont été écrites de 152t à 1534 ; elles sont pour la plupart adressées aux Syndics» au Conseil et ù la Communauté. Mr. Galiffe en avait déjà transcrit environ soixante-dix des plus importantes ^ cependant les autres méritaient aussi d'être étudiées, car elles servent à faire bien connaître le caractère faible et la fausse position de ce prélat , flattant ses sujets lorsqu'il désire obtenir d'eux quelque avantage pécuniaire ou quelque concession, et faisant succéder les menaces aux flatteries, lorsqu'il se sent appuyé par le duo de Savoie, ou lorsque celui-ci l'oblige à seconder ses vues ambitieuses ^ On ne saurait se refuser à mettre au nombre des principales causes qui favorisèrent la Réforme à Genève, le mépris qu'inspira aux citoyens un évéque si étranger aux soins spirituels de son troupeau y un souverain vendu à leur plus redoutable ennemi ^
Le mémoire intitulé : De f Institution des ouvriers monnoyers du Saint'Empire romain et de leurs parlements , par Mr. le docteur Chaponnière, mérite l'attention des antiquaires. L*auleur y donne la solution d'un problème qui a beaucoup occupé les savants numismates du siècle dernier, et qui est relatif à un sceau du moyen âge doiît Torigine et la destination étaient restées incertaines. La conjecture du savant Léonard
• On assure que le proverbe genevois : Je ne m'en soucie pas plus que de Baume, doit soû origine au mépris des citoyens pour leur évéque.
Beaalacrej bîUiothécaire k Génère, qm tvah reoohmi que oe seeaa âail edui de rattembUe des roonnoyeni du Sain^Empirc ronain^ anemblée qui prenait le nom de Partonenl«^néral> ietroofecoiiâmiée par les ta vantes rccberobes de Mr. Chapon* nière, et par la ddeonrerte de deux sceaux semblables aeconi^ pagnant les actes de deux de ces assendlrfées, trouvis dans les afcbires de Génère. Muni de ces pièces et d'un manuscrit de la Bibliothèque publique, qui contient les registres de ce Par* lement-giéoéral , l'auteur du mémoire, suiranC une marcbe prudente et roétbodique, et s'ensourant de preures et de témoignages authentiques pubës à de nombreuses sources, par* vient à établir avec évidence, selon nous, l'origine et la nature de eelte institution; il nous fait connaître les droits, les privilèges, les attributions et les obligations de ceux qui en fai* aaieni partie, leur manière de délibérer et le mode usité poinr leur réception ; et il a comblé ainsi d'une manière aussi com* plète qu'on pouvait le désirer^ une lacune de Tbistotre des institutions du moyen ige.
Dans im arlîcfe intitulé : Aperçu sur VHùioiré ds Gemève, Mr. George Mallet regrette qu'on n'ait pas encore eu la pensée d'écrire Thistoire dé notre pays en suivant ses développements religieux, moraux et scientifiques, et qu'on ne se soit pas attaché k étudier le réie qu*a joué ce petit état sous le rapport înteUeotuel. Il invite ses collègues de la Société d'Histoire à diriger letirs recherches de ce c4té , en leur rappelant qu'ils vmnt è une époque dont il importe de conserver les souvenirs tandis qu'ils sont encore dans leur fraîcheur. Le |>lan que trace Mr. George Mallet est beaucoup plus complet et plus varié, que celui de VHistoire littéraire de Senebier. En eflet, cet ouvrage, estimable k beaucoup d'égards, n^einbrasse pas le sujet d'une manière assez étendue et surtout ne l'envisage pas d'asses haut. Les théologiens, les savants, les littérateurs, les artistes y sont trop isolés de leurs contemporains, en sorte qu'on ne peut ni juger la place ipj*ils Ont occupée au milieu
262 soaBTs d'histous rr d'abchbolooie
de la tocîélé , ni eomprendre leur influence et celle que les bonimeft el let choses ont eiercée sur eux. Il est dés époques dans notre histoire littéraire qui doÎTent être représentées avec soin, surtout celle de la fin du siède dernier, sur laquelle Sene- Uer s'est exprimé avec beaucoup de réserve. D^ailleurs il s'est arrêté au moinent de b réunion de G«iève ï b France, et de* puis lors bicsi des noms, bien des Taits qui devraient être consignés dans - nos fastes littéraires, ont passé sur b scène et attendent leur historien* Nous nous joignons donc ik l'invitation de Mr. George Mallet, et nous appelons de tous nos vœux ua tableau fidèle et vivant de notre existence iutellectuelle et morale.
Le Mémoire historique de Mr. Edouard Mallet sur VElsctioK des évéques de Genève se recommande pr une marche pru<^ dente et assurée, appuyée sur des pièces authentiques ou sur des faits bien constatés; l'auteur a fait usage de tous les documents déjà connus et publiés, il en a mis au jour de nouveaux non moins importants, et il s'est entouré des travaux les plus récents qui peuvent éclairer ce sujet dilBcile. La conehmon de ce mémoire fera connaître h nos lecteurs les résultats de ses savantes recherches : « J'ai raconté tout ce que les documents que j'ai pu découvrir nous apprennent sur l'élection des évê* ques de Genève, jusqu'en 1428. Je crois avoir démontré que cette élection suivit, dans ses diverses phases ,. les transforma* tions du droit ecclésiastique catholique; que les laïques cessé* renl d'y intervenir sur la fin du douzième siècle ou au coiiiman>> cernent du treizième, et que le droit du Chapitre, demeuré seul électeur h la place du clergé et du peuple, s'effaça d'a^ bord petit à petit devant le droit de réserve apostolique, pour venir échouer devant l'acte illégal par lequel Martin V foub aux pieds ses propres engagements. Mais si Rome avait dépouillé le diocèse de toute intervention dans le choix de son puteur, ce n'avait été jusqu'ici que pour dispenser à son gré les béné* fices ecclésiastiques. Dans b période qui va suivre, nous ver-r
DR eahm. 263
roiH répiscopat de Génère accordé cooiroe une faveur polilique, et dereoir une espèce d'apanage tenu en réserve pour les cadets ou les protégés de la maison de Savoie. >
ttr. Frédéric Soret continue ses trarvaux sur les médailles oriemalcs et genevoises et en a consigné les résultats dans diverses lettres aecompagnées de planckes.
La première partie de ce second volume est enrichie du texte autboncique, récemment découvert dans nos archives^ des Franchises de Tévéque Adbémar Fabri. Ce curieux recueil, précédé d'une savante introduction composée par Mr. Edouard Mallet , est accompagné de la traduction française (aite par le notaire Michel Montyon en 1455, et imprimée en 1507 par Jean Belot; il est suivi de pièces antérieures à 1387, constatant les droits que possédaient les citoyens avant la promulgation des Franchises, et de ceU^ qui postérieurement ont eu pour objet de confirmer lesdites Franchises ; enfin il est enrichi du fac-similé delà signature des deux notaires, et delà représentation du sceau de l'évéque.
Trente-cinq pièces inédites, tirées des archives, forment la deuxième partie du volume, sous le titre de Doôitmenis. Ces pièces, qui appartiennent presque toutes aux dixiètne, douzième et treisième siècles» ont pour objets des donations , des transactions, des achats, etc. ; elles ont été collationnées avec soin sur les originaux par l'éditeur, Mr. le juge Edouard Mallet, a qui sont dues aussi les notes savantes dont elles sont accompagnées, et Tintroduction qui les précède.
Le tome troisième, qui a paru il y a quelques mois, contient deux mémoires importants. Le premier 6s t intitulé : Relation dm procèê criminel intenté à Genèue, en 1553, contre Michel Servel,' On y voit clairement que cet infortuné fut la victime d'une lutte entre les Libertins d'une part, et le Réformateur de Tautre. Les premiers, saisissant cette occasion d'humilier on * de contrecarrer Calvin, avaient engagé le réfugié espagnol à soutenir ses opinions et à résister hardiment à Calvin ; tandis
264 soarri d'hiswim et d'archbolooib
que lei parttsMW que eompltii ce grand bémme, non^^eulement ii Genève^ mM encore en Stritte^ n'éUMM pa» moins alarmés que lui de Taudace des opinions de Senret et de l'appoi qu'on leor prélait. Mr. le AiiniMe Riltiet , aoteor de ee mémoire^ a eu entre les mains les pièces avtbentiqnes * du procès qu'il raconte, et dont il bit bien connaître b marche et les incidents ; il a consulté aussi tous les documems d^ employés et publiés par le ministre De la Rocbe, par lloslieim, et par MM. Galiffe, Trecbsel, Bretsdmeider, deValayre, etc.; il a joint à son.l>ean travail des pièces justificatives contenant^ 1 "^ des extraits des Registres du Petit-Conseil de Génère, 2' des extraits des Registres de la Compagnie des Pasteurs, 3* la plainte portée contre Senret par Nicolas de la Fontaine et rédigée par CaWin , 4"" d'autres pièces du dossier, comme les lettres aux magistrats de Yienne en Dauphiné, aux Eglises snisses, âtec les réponses, etc., etc.
Le second mémoire, qui a pour objet les hôpitaux^ de 6enève aidant la Réformation, présente le recueil de tous les faits relatifs h ces établissements de ctuirité, que les savants auteurs, Mr. le D^ Chaponnière et Mr. l'archivisie Sordet, ont puisés aux sources les plus sAres, et qu^ls se sont attachés à justifier en les accompagnant soit des preotes fournies par les écrits du temps fidèlement cités en note, soit des actes concernant ces divers hépitaux, leur fondation, leur administration, lenrs privilèges, etc., etc. Ces actes, au nombre de vingt-cinq, dont les vingt premiers sont atuérieurs au quinzième siècle, servent d'appendice au mémoire.
On comprend qu'un td ouvrage n'est pas susceptible d'analyse, mais il doit être considéré comme un riche dép^t de matériaux qui sera consulté avec fruit, non-seulement par ceux qui s'occupent de recherches relatives !i l'histoire de Genève,
* Oo a cru ces pièces égarées au détruites, mais elles ont élë retrouvées dans les archires de Geoéye réunies daus un volume ÎD-folio do plus de 200 pages, sous le titre : Procès de Michel Servetus» 1553.
Ds omàn. 26Ô
par kft pcpipaim €ffi «ottdroot éimiper r«i^ftitt» sation et l'adminittraiion des secours publics de charité vers la fin du moyen Age.
MM. Cbaponnière et Sordet établissent clairement que c'étaient des citoyens de Genève et la communauté genevoise qui avaient dolé leur pays de ces étobTisseaents , i Texception d'un seul dont Porigtoe est ineonoue, et d'un second qui compte plusieurs bienfiriteurs; ils démontrent atnti la bu»elé des assertions de Léti, qui attribuait toutes ces fondations cbaritables à des personnages étrangers. Les biens de ces bôpitaux étaient pen considérables, et letivs revenus s'amoindrissaient d'amiée en année par la dmiinution graduelle de la va* leur de rargent et l'cKfaausMment du prix des cbntées. Les renies éa pl«s ridie devaient s'élever i 150 florins, ce qui représente, pour notre époque, un reveno de 1600 h 1800 francs.
* Lft courte indication que nous venons de donner des travaux de h Société d'Histoire et d'Arobéologie montre qu'eUe ei* ploite avec succès une mine encore bien riche» quoiqu'db ait été déjà soumise aux recherches d'Abauxit, de Gautier, de- SeneUer, de Gali£fe^ de Grenus, etc.,. et nous pouvons espérer que les résultats de ces travaux sur rhistoire d'une ville teUe qne Genève, ne seront pas inutiles pour éclairer la poU^ tispie des étals voisins, et surtonlpour avancer l'histoire des tentatives faites depuis la Béforme afin de conquérir la liberté, politique et religiense, en même temps que Tindépendanee des opinions.
LA BARBAAIB OGGIDBNTALE , SES TRIBUS SAUTA GBSj ET CBS AiriMAUX FÉEOGES QU'ELLE BENFEEMB , par J.-H. Drummoad-Hay. (Jthenœum, n"^ 666 et 867.)
- Voici un charmanl ourrage^ tout plein de cfaotet piquantes et nouyellef ; mérite auquel il faut en ajouter un autre , odui d'être bon marché^ puisqu'il fonse le neuvième rolume de la collection publiée par Mr. Murray, sous le titre de Bibliolhè^ que coloniale et nationale. Ce livre se jcompose de notes re« cueillies par Mr. Drummond-Hay , fils du consul-général an* glais h Tanger, pendant un voyage entrepris dans l'intérieur de la Barbarie avec fintention d'y acheter pour sa ro^e maltresse la reine Victoria, un cheval barbe, pur sang. Mr. Drummond-Hay échoua dans sa mission ; mais il réussit à rassembler les matériaux d'un livre fort amusant, comme nous espé» rons le faire voir à nos lecteurs. Qu'il nous soit permis d'ajouter cependant que le correctif au plaisir que cause sa lecture , se trouve dans le style perpétuellement brillant et fleuri de FaiH teur; style excusable jusqu'à un certain point quand il s^agit de peindre une contrée où les devins, les conteurs, les magiciens et les saints derviches abondent , ainsi qu'aux jours du Maugraby et du prince Camaralzaman, mais dont l'excès continu finit par fatiguer Tesprit. Uarabitme moderne est un défaut dont il faut se garder avec soin , et dont trop d'ouvrages récents sont entachés.
On peut affirmer sans exagération que chacune des pages de ce joli volume, imprimé, il est vrai , à doubles colonnes, comme toute la collection de Mr. Murray, présente au lecteur
LA BARBARIB OCCIDSSTALB, BTC 26T
quelque Ubieau iiilére«anl. Le départ des voyageait de Tanger pour rin teneur du pays, par lequeKiiouf srftoni oonmenoer nos eitrails, pourrait Tort bien servir plus tard de début au premier chapitre d*un roman .
« Au moment où nous trareasâons la petite place du marché appelée Sok-Srare , nous vîmes des groupes nombreux d'ouvriers de la campagne, enveloppés de leurs harks , espèce de graiid manteau i capuchon , la tête nue et entièrement rasée, a Tesception d'une longue mèche de cheveux qui voltigeait pittoresquement sur Pépaule , et portant le poignard étroit et allongé du montagnard suspendu h leur cAté: ces hommes, presque tous d'une taille élevée, s'appuyaient sur leurs agar^ zeen, ou bêches mauresques, et attendaient là que des cultiva^ teurs vinssent les engager. A peu de distance, dans Tespace réservé aux passants, circulaient de temps à autre quelques talebs, ou écrivains publics maures, qui revenaient de faire leurs prières du matin dans la grande mosquée, et dont l'allure et le costume rappelaient vivement i l'imagination ceux que dé^ peignent nos Livres Saints é Bientôt nous passâmes devant la fon* taine supérieure, autour de laquelle une troupe d'esclaves noirs criaient et se querellaient ii qui remplirait le premier les vases de forme antique dont ils se servaient pour puiser Peau ; tandis que quelques Juifs , ces très-humbles esclaves des esclaves eux-mêmes, attendaient humblement le bon plaisir de leurs supérieurs mahométans , pour se satisfaire à leur tour. Quand nous atteignîmes les portes de la^ ville, le vieux Haraed Ben KhaTjo, le portier, se présenta h nous. D'une main il portait un énorme trousseau de lourdes et antiques clefs; de Tautre, il tenait un rosaire dont il faisait filer les grains tout en marchant, et murmurait tantôt Tune, tantdt l'autre des quatre-vingt-dixneuf épithètes consacrées à la Divinité : t— 0 donneur de tous biens aux hommes ! disait-il, et il laissait courir une perle de chapelet. —0 Créateur ! une autre perle ; puis il interrompait tout h coup ce pieux exercice pour vomir des malédictions
sur lei aocécret les pku reculët de cette fiHtIe qui le preiteit de loote port et interroivpeit set dérotiom. Les portei atitiqfvet et vemioaluef^ è nieitié Mcoinrertet de peau de duNneaUi dont une partie avait été enlevée pour en blmqaer des efaaniies et des amuletlei è Tustge des vrais Croyaau^ tournèrent enCn sur leurs gonds, et nous sortîmes de Tan^. »
Après cette introduction rient b peinlure des divers person* nages engagea dans l'expédition. Le soldat d'abord, qui h M seul compose t'escorte , se nonraie Mallem^Abfned ; il monte un Tort cbevai bai sur tes flancs duquel s'étalent les plis de son vaste manteau de drap bleu ; il porte te bonnet mauresque , de couleur écarbte et de forme élevée, et ses pieds sont durasses d'élégantes bottines jaunes, armées d'éperons aigus. Hadj^Abdallab vient ensuite , vêtu de noir, et le tong poignard refien suspendu à sa ceinture. Hadj estim babillard, un conteur mh^ ttgable, mais c'est un vrai slieikb pour la probité, et il possède une habileté merrcilletise dans TaH du cavdier. Après lui, nous voyons ^larky qui cumufe les divers offices de cuisimer, de sommelier et de bbnchtsseuse ; puis enfin Don José Eseaaena, dessinateur habile de croquis et b perle des compagnons de voyage. Im roirte suivie par cette petite caravane passait sur la colline de Baharein ou dei Deux mert ; et cette route était rude et fatigante, aussi Mr. Drtminwnd jugea-t-il nécessaire d'en accourcir l'emiui par de longues et continuelles histoires. A peine arrivé au sommet de b montagne, d*oû VmW embrasse è b (bis b Méditerranée et l'Atbntique, ce qui lui a ralu le nom des Deux mers, notre auteur, pendant une halte, partage avec Hadî-Abdalbh un bol de lais, et tous deux, sans plus attendre, s'attaquent par le Te tounent^tu obligé do premier acte des anciennes tragédies. Mais que ce début n'alarme point nos lee* teure ; quelque animés, quelque piquants qtie soient ces réciss épisodiques, nous ne songeons point è les transcrire ici ; nous préférons choisir dans ce qui est réel et vrai , laissant h ceux qui liront l'ouvrage lor-méme le plaisir que peuvent donner
SES TRIBUS SAUVAGES j^ ETC. 269
ces comei merveilleux tels que rbisloire d*Ali Bourrabi , brigand fameux dans la Barbarie, racontée par Ha.dj , et nous air Ions suivre Mr. Drummond dans la narration de son voyage.
«J'interrompis en cet endroU le récit de notre conteur^ pour montrer à mon ami l'Espagnol quelques Maures occupés h battre du blé. Cette opération se fait au moyen de juments et de poulains attacbés de front par la tête ou par le cou^ et accoutumés à ce service. Un bomme est debout au milieu de Taire tenant les rénes^ tandis qu'un second manie le fouet ou applique l'aiguillon^ s'il en est besoin ; des mules et des Anes transportent les gerbes, à l'endroit où elles doivent être battues ou plutôt foulées. Les paysans de ces localités sont vêtus de chemises de laine très* légères, avec les jambes et les bras nus ; leur coiffure consiste tantôt en un bpnnet rouge, tantôt en un petit turban ; quant à leurs babouches, ils les déposent religieii* sèment à l'entrée de l'aire avant d'y mettre le pied, car cet en<* droit est considéré comme un lieu saint par tous les enfants de l'Orient. J'ai remarqué aussi qu'ils évitent avec soin de fairç aucune espèce de calcul sur le produit de leurs moissons, qu'ils s'offensent même si on les questionne sur leurs espérances à ce sujet, et répondent gravement : Comme il plaira à Dieu.
« Il existe dans ces contrées un singulier usage, qui poiirrait bien avoir été légué i ces peuples par leurs anciens maîtres paVens, car les diverses régions du nord de l'Afrique étaient autrefois le grenier de Rome ; voici en quoi consiste cette cou^ Lume. Dès que le jeune blé commence à pousser, ce qui a lieu d'ordinaire vers le milieu de février, les femmes de chaque viU lage fabriquent avec des chiffons une figure de femme de la taille, d'une grande poupée, qu'elles babillent des étoffes les plus éclatantes qu'elles puissent se procurer; puis elles la couvrent d'ornements de toute espèce dont les habitants du village fourqissent chacun leur part, et elles la coiffent d'un bonnet poiptu irè#*élevé. Elles promènent cette image en procession autour de leurs champs en criant, et eii chantant, une certaine mélodie^ LUI 18
^70 LA BABBARIE OCaDBMTALB^
particulière. La figure est portée par la première feirnne du cortège ; mait celle-ci doit la céder h celle de ses compagnes qui court asseï vite pour la dcTancer , ce qui ne s'exécute pas sans beaucoup de courses et de disputes. Les hommes ont aussi une cérémonie du même genre, qui s'accomplit i cberaL LMmage , dans l'un et l'autre cas, se nomme maia. » La coutume que nous Tenons de rapporter se retrouve cer* tainement avec -plus ou moins de modifications dans d*autres pays : elle nous rappelle entre autres l'espèce de procession burlesque exécutée à Anvers pendant la kermesse du mois d'août, et dans laquelle les petits garçons portent et font dan« ser dans les rues une espèce de mannequin.
En continuant sa route^ Mr. Dr. rencontre bientôt un beau jeune cheval de trois ans qui paissait à cdlé de sa mère dans un champ, et dont la tête d'une finesse et d*une petitesse extrême excite l'admiration de nos voyageurs. Pendant qu'ils considèrent le charmant animal, un jeune Arabe demi-nu s'élance de derrière un tas de paille, leur raconte avec enthousiasme les mérites et la généalogie du jeune coursier, et finit en leur assurant sérieu<sement que le seul inconvénient qui accompagne tant de perfections, c'est que la rapidité inimaginable de sa course ne saurait manquer de rehdre sourd le cavalier qui le montera. Un peu plus loin, la petite caravane rencontre une troupe de chasseurs au sangBer, vêtus d'une soHe dé gros tablier de cuir destiné i préserver leur corps contre les épines des taillis , et les jambes recouvertes de brodequins de palmier, tout i fait semblables à ceux que portaient les anciens Grecs. Ces hommes étaient h la poursuite d'un sanglier, et les paroles d'encouragement qu'ils adressaient à leurs chiens pour les exciter, traduites par Mr. Drummond, formeraient un curieux supplément à nos dictionnaires db vénerie.
€ Le ton de voix des chiens fit comprendre h nos chasseurs que la bête était aux abois. Aussitôt toute la chasse s^élança è sa poursuite, en poussant de grand^cris pour engager les chiens
gXS TRIBOS SAUVAGES, BTC. 271
è se tenir i Tabri des coups du sanglier^ et les accompagoanC
des suppfications les plus tendres, telles que : Mes enfants
tnesbien-aimjs.... prenez garde, il vaus Toit — c'est un infidèle, un Nazaréen! il voudra se venger.. .. il n'y a que le ?rai Dieu qui soit Dieu ! etc.
Im chasse terminée, Mr. Dnimmond refusa sa part du san« glier qui lui était généreusement offerte par les chasseurs, et en retour H les invita au souper de sa petite troupe , souper un peu maigre pour des hommes qui avaient chassé tout le jour, puisqu'il ne se composait que de pain et de fruits. Dans cette $pnpo$ie demi-africaine, demi«européenne, nos deux Messieurs, PAnglais et l'Espagnol, parurent aux yeux de leurs hâtes dans une toilette de négligé assez bizarre : ils étaient tous deux en robe de chambre et en pantoufles, et coiffés chacun d'un cha« peau de paille en forme de capote^ avec un voile attaché des* sus : le meilleur moyen, assurent-ils, de se préserver des moustiques. Du reste, il faut le dire, les Barbares semblent être devenus de nos jours aussi polis que Tétaient autrefois les Fran«çais; les hâtes de Mr. Drummond ne témoignèrent aucune surprise i la vue de cet étrange costume \ et quelques jours plus tard, Mr. Drummond et Don José ayant dû sortir de leur tente dans la même toilette pour traiter avec le Saheb Alarby de Tachât d'un cheval, la seule observation à laquelle leur coif» fure donna lieu de la part des Arabes , c'est «c qu'une machine semblable devait être bien commode pour voler une rtiche d'à* beilles et l'emporter sans être aperçu. 9
Nous nous figurons volontiers une tente comme un logement assez incommode; mais en lisant Touvrage de Mr. Drummond , on reoonnait bientôt que ces demeures portatives ne sont point si dépourvues de meuUes et de conforts qu'on se l'imagine. Les tentes des officiers maures sont faites quelquefois d'une étoffe de soie très-forte ou de beau damas ; l'intérieur eo est garni de^iattes, de tapis, de coussins, comme Test celui des habitations de ville. Celles des Arabes sont plus humbles
272 LA BABBARIB OCCIDBIITALB,
d'apparence, il est vrai, mais leur tissu est plus durable, parce qu'il se compose des fibres du palmier tordues avec du poil de chèvre ou de la laine de chaitieau. Elles contiennent d'ail<* leurs beaucoup de meubles utiles : le moulin à bras dont parle rScriture, les pierres plaies pour cuire le pain, le rouet, la quenouille, le coffre antique h sculptures grotesques, les vases de terre, la selle et la carabine qui complètent le ménage arabe, sans en excepter, la plupart du temps , une couvée de poulets qui s'élève et se transporte avec le reste. Pour les bommes riches , ces tentes , il ne faut pas l'oublier, sont des espèces de maisons de campagne. Leurs habitations d'hiver, dans les villes, sont des bâtiments Taits de briques sëchées au soleil , construits avec soin et sur de plus grandes dimen-^ sions. Ecoutons Mr. Drummond nous dépeindre Tintérieur d'une de ces maisons opulentes, où quelques Européens privi<* légiés, et recommandés comme Tétait notre voyageur, sont admis occasionnellement.
« Après avoir franchi le seuil de la demeure du riehe maure, et traversé une sorte d'arcade basse en forme de fer à cheval, notre petite troupe fut introduite dans un joli jardin de peu d'étendue où la verveine, le jasmin et les roses croissaient h l'envi avec une admirable richesse de végétation. Le sentier où nous marchions était abrité, contre les brûlants rayons d'un soleil de septembre, par un épais berceau de vigne élevé sur des treillis de canne d'une forme élégante, d'où- s'échappaient h la portée de la main de belles et appétissantes grappes de raisib blanc et rouge^ d'autres d'un gris cendré, d'autres d'une espèce particulière, i grains allongés, qui portent dans le langage poétique des anciens Arabes le nom de doigis de la jeune vierge* Nous montâmes quelques degrés pour arriver à une sorte d'alcôve ou de pavillon; une fontaine jaillissante, placée devant l'entrée, y envoyait incessamment, par le mouvement de ses eaux, un air frais et chargé du parfum des fleurs. C'est dans ce lieu que nous trouvâmes notre hôte accroupi à la manière
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des Orientaux sur un ricbe tapis de rabat , et entouré de plusieurs coussins brodés arec luxe. A une petite distance du mat^ Ire, assex près cependant pour saisir au toI et exécuter promptement le moindre de ses désirs « se tenait un jeune esdave. couleur de brome , dont les beaux yeux noirs exprimaient la plus vive surprise à la vue des visiteurs nazaréens. Trois chaises avaient été apportées pour notre usage: ces meubles, curieusement sculptés, remontaient évidemment à deux siècles en arrière, et leur forme, leurs ornements nous les firent considérer comme quelque ancien présent offert jadis aux ancêtres du Kafd maure par un gouverneur de Tanger, sous le r^e de notre souverain Charles 11 de joyeuse mémoire. »
Le riche maure reçut les voyageurs avec force compliments 2k Torientale ; puis il leur fit apporter du thé exquis, servi dans de la porcelaine admirable , et accompagné de gâteaux et de confitures. Le seigneur était lui-même, à ce qu'il parait, un amateur passionné du breuvage chinois, et le buvait avec une énorme quantité de sucre. Après le thé, vint pour nos curieux le régal par excellence. Le cœur de leur hâte s'était si bien réehauflé en leur faveur pendant la conversation, qu'il finit par détacher de sa ceinture la grosse clef qui feimait son harem, et ouvrant la porte de ce lieu redoutable, il les invita i l'y suivre-. Nous ne pouvons transcrire ici , à cause de sa longueur, la description de tous les objets aperçus dans cet appartement par lecoupd*OBil prompt et observateur de Mr. Drummond; nous nous contenterons d'en signaler quelques-uns, tels que la collection d*armes du Kald maure, le coffre contenant le trousseau de sa favorite^ un luth i huit cordes posé en sautoir sur le eouTcrcle de ce meuble, puis le bruyant tam-tam destiné à lui servir d'accompagnement , enfin des miroirs qui enlaidissaient ceux qui s'y regardaient ( étrange sorte de galanterie dans une chambre de dame) , et des girandoles de bronze disposées de manière à figurer ensemble le cachet de Salomon. Reprenons maintenant le récit de l'auteur.
274 h^ BARBARIE 0CC1DENTAI.B,
ce Pendant que notre bâte indiquait h mes compagnons les noms de tous les villages que Ton découvrait depuis la croisée i jalousie d'où il nous faisait admirer le paysage environnanlj, je commençais à m'impatienler de celle nomenclature que je savais par cœur, et, me glissant hors de la chambre, je menus à errer curieusement à travers le dédale de passages , de coins et de recoins que. forme la distribution bizarre d'un palais maure. A la fin, cependant, je m'effrayai de ma propre hardiesse, et je me mis en devoir de rejoindre le maître de la maison ; mais au même instant une porte , a travers les fentes de laquelle on avait sans doute observé tous mes mouvements , s'ouvrit soudain, et je me vis entouré par le troupeau des housîs de mon hôte, tant noires que blanches ou bronzées, maigres et grasses, jeunes et vieilles. M'écbapper était désormais impo^ibie, et si dans cet instant j'avais hasardé le moindre mou* yenient, je me serais exposé aux plus dangereux soupçons ; je demeurai donc immobile. Alors une beauté de la couleur du jais ayant mis sa puissante main sur moi pour m'arréter, le plus minutieux examen de ma personne commença parmi ces da* mes. « Voyez, dit Tune; je savais bien moi que le Nazaréen avait un nez, une bouche et des oreilles tout comme les Mahométans ! •— Là , disait une aulre en prenant ma maia : un, deuxij trois, quatre, cinq doigts.... exactement le même nombre que nous l — Mais qu*est ceci? dit une troisième en se saisissant des pans de mon habit ; que cache-t-il là-dedans ? Il rit, voyez, il rit, s'écrièrent-elles.» En effet, je n'avais pu retenir un éclat de rire en écoutant leurs propos, quelle que lût Tinquiétude sérieuse que j'éprouvais d'ailleurs à l'idée que le Maure s'apercevrait de mon absence, et me découvrirait peut-être an milieu de ce fruit si sévèrement défendu, mais, il faut le dire, si inférieur à Tidée que ma fertile imagination s'en était formée. 4e doute qu'il iftt possible de rassembler une légion de femmes moins attrayantes que celles que j'avais sous les yeux; car toutes ces dames> à l'exception d'uae jeune fiUe dont je parlerai