SES TRIBUS SAUVAGES^ KTC
tout à rbeure ^ avaient atteint l'Age où la finesse et la beauté des traits maures ont complètement disparu ; où le seul charme qui reste^ celui que possèdent génëralement toutes les femmes blanches de la Barbarie occidentale^ consiste dans les grands yeux bruns appelés yeux de gazelle. Quant à la rondeur si pri* sée chez elles dans la jeunesscj elle s'était changée en un embonpoint excessif, sous lequel disparaissaient des formes autrefois peut*étre d'une élégante symétrie ; mais ce défaut n'en était pas un sans doute aux yeux du maître, car selon les rè-^ gles du goût maure, une femme, pour être parfaite, doit peser la charge d'un chameau.
« L'une de ces dames , ai-je dit , contrastait avec toutes les autres par son âge, et je n'eus pas plutôt jeté les yeux sur elle que je compris qu'un peintre aurait pu la choi9ir pour représenter la Vénus maure. C'était une délicate jeune fille, Agée de quinze ans au plus, c'est-à-dire dans la fleur de la beauté féminine pour ce climat brûlant , où les femmes se développent de bonne heure, et perdent souvent leurs charmes avant l'âge de vingt-quatre ans. Son teint était d'une blancheur remarquable, ses yeux d'un brun foncé, entourés d'un cercle peint en noir avec du kohol, ce qui leur donnait une expression pleine d'une douce langueur ; elle avait une bouche mignonne, dont la forme circulaire, les lèvres minces et la teinte de corail rappelaient la description que fait un poète maure de ce joli trait ; ses cheveux noirs , tressés avec des cordons d'argent , tombaient en profusion sur ses épaules. Son corps souple et svelte était couvert d'un caftan vert pâle, brodé d'argent sur la poitrine; ce vêtement descendait un peu au-dessous des genoux, et par-dessus flottait une robe de gaze légère, serrée autour delà taille par une ceinture de soie de Fez. Les manches de son caftan, larges et ouvertes près du poignet, montraient , au moindre mouvement, un bras d'albâtre orné d'un large bra* celet d'or tout uni ; et ses jambes nues, que Ton découvrait audessous des bords du caftan, étaient entourées de cercles d ar-
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gent ciselé. Quant U ses pieds ^ nus aussi , parce que , dans ta précipilation à suivre ses compagnes/ la jeune fille avait oublié ses pantoufles, ils étaient, comme set mains, recourerts d*une teinte de henna qui les colorait en orange foncé. Comme elle sortait de son appartement , elle avait jeté sur sa tête une légère mousseline ; mais depuis quelques instants sa curiosité avait pris le dessus sur sa réserve habituelle, et son voile était retombé en arrière. Silencieuse d*abord au mi<lieu du tumulte et du babil excités par ma présence , la jeune fille ne tarda pas à s'alarmer de tout ce bruit , et cachant aussitôt de ses deux mains son joli visage, elle se mit à crier à demi-voix : c Taisez-vous, taisez-vous, taisez-vous ! Mon père va TOUS entendre , et alors que deviendra ce jeune chrétien ? — Que nous importe! dit une femme énorme, dont les yeux ronds et brillants ne ressemblaient pas mal à de grosses groseilles , et que je crus être la reine de ce bizarre troupeau, à en juger par la magnificence de son costume ; que nous importe ? C'est bien la faute du jeune chrétien d'avoir osé ! ... d Ici le discours de la favorite fut interrompu par la grosse roix du maître du logis, c Qu'est-ce que tout ce bruit? criait-il en approchant. Où est l'autre jeune Nazaréen?» et son pas imposant se faisait entendre de plus en plus près. En une seconde, la troupe de vieilles folles eut disparu ; noires, blanches, brunes , toutes s'enfuirent péle-niéle , à l'exception de la jeune fille qui, évidemment, jouissait de quelques privilèges et iivait moins à redouter de la colère du Maure. Ramenant alors son Toile sur son visage , et l'en couvrant tout entier, à la réserve d'un de ses jolis yeux, elle me dit rapidement , à voix basse : c Ne crains rien. Nazaréen; dis à mon père que tout ceci a eu lieu par notre faute ; il ne Cùn voudra pas, il est si bon, et tu es si jeune ! s J'avais par bonheur un bouton de rose à ma boutonnière ; pour toute réponse, je le lui présentai en h remerciant des yeux et du sourire, el, légère comme un oiseau, elle courut rejoindre ses compagnes. — - Dans un initant le seigneur maure entra