‹ Bibliothèque universelle de GenéveChapitre 29 sur 93 · BS TRIBUS SAUVAGES^ ETC · texte numérisé non relu

BS TRIBUS SAUVAGES^ ETC

dim la dKUnbre en criant : c Elit haramy I HoHij jeune drôle ! » et me saisit à la gorge ^ si bien que je commençai à craindre cpie ma tête ne fbt pas très-assurée sur mes épaules. — <k Ab ! ah ! ab ! dit-il -alors en riant au point d'ébranler sa grande et massive personne ; tu as voulu te fourrer parmi mes femmes , mon petit ! (J'étais encore imberbe.) Eb! eb! eb ! ne sais-tu pas que tu mérites la mort pour ce crime?» En parlant ainsi^ il faisait avec l'autre main le geste de me couper le. cou. a Ab! ab! ab! tu essayais d'emmener mes gaydles; n'est-^l pas vrai, fripon de Nazaréen ? i» La frayeur me glaçait, et j'eus peine à articuler d'un ton suppliant : — cO Seigneur, si j'ai fait quelque cbose qui ait pu vous déplaire, ne Pattribuez qu'à l'ignorance où je suis de vos coutumes. Dans mon pays l'usage veut que l'on présente d'abord ses respects aux dames de la maison , et j*ai voulu remplir ce devoir.*— Ab, petit trompeur, reprit le Maure, s'il en est ainsi parmi vous autres Nazaréens, vous devez paséer joliment votre temps. Ab ! ah ! ah ! on a bien raison de dire que vous avez votre paradis sur la terre ; cela est bien vrai. Allons, suismoi, jeune drôle, je te mènerai à la cuisine où j'ai à mon service une grosse cuisinière noire : tu pourras lui pimenter tes respects à la mode de ton pays, si tu en as envie. Ab ! ab l ab ! »

Mais nous nous apercevons qu'entraînés malgré nous par le charme des récits de Mr. Drummond, nous le suivrions volontiers pas i pas, ce qui nous empêcherait, vu les limites assignées i nos extraits, de faire connaître à nos lecteurs les sujets variés qu'il passe en revue, et conséquemment de rendre à son livre toute la justice qu'il Aiérite. Nous transcrirons maintenant quelques exemples de supei*stition barbaresque ; le premier rappelle un voyageur malheureux dont le souvenir est loin d'être effacé parmi ses compatriotes.

€ La vue d'un chameau conduit dans les rues d'une petite ville d'Europe n'y cause pas une surprise aussi grande que celle dont nous fûmes l'occasion, mon ami l'Espagnol et moi, quand nous fîmes notre entrée dans le rtllage rustique où nous con-

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daisait notre route. Devant la porte de chaque maiton accourait la famille entière, donnant des signes du plus profond étonnement, tandis que les enfants les plus jeunes tremblaient d' effroi à notre aspect comme s'ils avaient vu des fantômes. Un jeune garçon , plus hardi que les autres « s'étant approché de nous^ demanda au Hadj quelle sorte de créatures nous étions ; le Hadj lui répondit de Tair le plus grave que nous étions des djint ou mauvais esprits qu'il avait réussi à prendre, et qu'il conduisait à Laraiche pour les. y embarquer et les envoyer au pays des Nazaréens ; sur quoi l'enfant se mit à courir à toutes jambes vers la butte de ses parents, en poussant des cris aigus. Je me souviens d avoir entendu parler au pauvre Davidson de la croyance, établie parmi tous les Arabes de cette portion de l'Afrique septentrionale, beaucoup moins fréquentée que les autres par les voyageurs, que les Francs sont en liaison intime avec le diable, les sorciers et les êtres surnaturels. Il me raconta même comment il avait mis cette erreur à profit dans plus d'une occasion, où sa vie courait des dangers de la part des tribus sauvages parmi lesquelles il s'aventurait. Davidson était chauve et portait un faux toupet. Un jour il se vil environné par un corps d'Arabes, qui se mirent à piller ses effets, et qui menaçaient même de le tuer. Tout à coup Davidson s'adresse à eux d*un ton imposant, les avertit qu'ils ne savent pas à quoi ils s'exposent en provoquant la colère des esprits protecteurs des chrétiens ; puis, arrachant son faux toupet^ il le lance à leurs pieds en disant : c Voyez ma chevelure l Eh bien, dans quelques instants ce seront vos barbes qui joncheront la terre ! » Les Arabes s'enfuirent en abandonnant tout ce qu'ils avaient pris,

« Dans une autre occasion^ comme Davidson était occupé a faire quelques observations astronomiques ^ il se vit entouré et pressé de si près par une troupe dHnsolents Arabes, qu'il lui devenait impossible de poursuivre ses expériences. 11 se leva alors et se tournant vers la foule> il leur dit : — c 0 fous que vous êtes, qui cherchez votre propre destruction ! Apprenez i coa-

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nftltre la puissance du Nazaréen. » Faisant signe alors à Tun des plus Ages de la troupe de s'approcher, il lui dit de regarder à tra* Tcrs le sextant qui servait i ses observations , et pendant que lui-même imprimait à Pindex de Tinstrument un l^r mouvement , il avertit le barbare qu'il allait lui faire voir le soieil quittant sa route accoutumée pour se rapprocher de la terre. Après avoir jeté un regard timide et furtif sur la machine , le pauvre Arabe, pAle d'effroi, se jeta la face contre terre en criant merci ; puis il supplia Davidson à mains jointes de quitter la contrée, ou du moins de prendre compassion de leurs mois* sons, de leurs troupeaux, qu'il lui croyait le pouvoir de frapper à son gré de rouille et de mortalité. »

Nous ne saurions, en vérité, donner notre approbation a cette manière de traiter les peuples sauvages , même lorsque le pays où l'on se trouve fourmille de sorciers et de devins, comme nous le montre la merveilleiise histoire d'un exorciseur de ser* pents, racontée par Mr. Drummond page 61 de son livre. Quelles que puissent être les erreurs et les superstitions actuelles de ces barbares, il nous semble que , dans Tinlérêt de Pa-r venir, le miroir de la vérité est le seul talisman l la magie duquel on doive avoir recours. Du reste, il faut que le touriste qui se propose de visiter le royaume de Maroc, ou l'homme qui veut y résider, se sente doué naturellement d'une grande force de nerfs, car il est exposé dans cette contrée à d'étranges rencontres pendant ses promenades du matin.

tt Peu après avoir dépassé l'arsenal du sultan, tmus fûmes ar* rêtés par un spectacle repoussant qui ne se voit que trop fré« quemment dans l'état de Maroc : c'était un saint maniaque, nu comme au jour de sa naissance, i lexception d'un morceau de toile grossière qui lui couvrait le dos et les épaules ; ses cheveux étaient longs et nattés ; sa barbe lui descendait jusqu'au milieu de la poitrine ; il avait à la main une courte épée , ornée de plaques de laiton et de morceaux de drap écarlate. En approchant de cet homme, nos domestiques mirent pied à terre;

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et inclinant le front avec respect^ ils se saisirent d'une de ses niains^ et la baisèrent. Mon tour Tint ensuite; mais comme je ne me souciais pas de ce degré d'intimité^ je jetai au maniaque une petite pièce de monnaie ; sur quoi le pauvre misérable , après avoir balbutié quelques paroles de remerciements^ s'avança jusqu'à moi d'un air de dignité qui aurait Tait honneur à un paoba , et saisissant d'un ^este protecteur le collet de mon babit^ il me cracha sur les deux yeux. Je connaissais assez les habitudes de ce peuple pour savoir que ce jqui , en Europe , eût été regardé comme une mortelle injure, est considéré ici comme une marque d'honneur; cependant, je l'avoue, je ne pus retenir un mouvement de dégoût, et je tirais mon mouchoir de poche pour m'essujer le visage, quand l'un des hommes présents s'écria : ce 0 heureux Nazaréen! ce que Dieu donne l'homme ne doit pas l'effacer. Tu seras béni , puisque Sid y Momoh 9 Finspiré^ a Craché sur toi ! Oui, tu seras heureux et béni à jamais ! » Rien n'est plus inutile que de vouloir combattre corps à corps avec la superstition ; je n'eus donc rien de mieux à faire qu'à me résigner, et je laissai la salive sacrée sécher d'elle-même sur mon visage.

« Dans toute la Barbarie occidentale , la fdie et l'idiotisme assurent à ceux qui en sont atteints le plus profond respect. Les Maures sont convaincus que le fou est une créature dont Dieu a gardé la raison dans le ciel, pendant qu'il laisse errer son corps sur la terre ; ils assurent que lorsqu'on entend parler les idiots et les aliénés, il faut écouter ce qu'ils disent et se le rappeler religieusement, parce que leurs paroles sont dictées par la raison que Dieu leur renvoie momentanément pour les inspirer et nous instruire. Ces malheureux, nus et en désordre, er* rent en pleine liberté le long des rues , et il n'est pas rare de voir les Européens sans expérience victimes de cette étrange coutume. Un consul-général de France faillit être tué , il y a quelques années, par un de ces saints maniaques, et moi-même, en 1 830, je courus le même risi]ue, auquel je n'échappai que

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par un grand hasard. Je me promenais un soir avec ma sœur sur le bord de la mer, immëdialement au pied des murs de la ville de Tanger, lorsque j'aperçus au-dessus de nos létcs, à quatre-vingts pas de dislance tout au plus , un vieillard de la plus étrange figure^ les cheveux crépus et en désordre^ ce qui ne se voit ioi que chez les fous, et tout occupé à diriger contre nous le canon d*une longue carabine, qu'il appuyait sur la muraille. Heureusement nous étions alors à quelques pas d'un rocher; nous nous réfugiâmes derrière ce rempart, et nous y restâmes longtemps, dans l'espoir que la patience du maniaque finirait par se lasser ; mais il ne bougea pas, et les prières que j'adressai successivement à quelques passants pour qu'ils voulussent bien éloigner le vieillard , n'obtinrent d'autre réponse qu'un mouvement de tête accompagné du nom de Sidy Tayeb, qui était celui de ce saint frénétique. Cependant la marée montait rapidement , dans peu elle allait nous atteindre , et nous nous trouvions dans la fâcheuse alternative d'être noyés ou frappés d'une balle. Nous pensâmes qu il valait mieux s'exposer h cette dernière chance ; je dis à ma soeur de se mettre à courir dans une direction opposée à celle où j'étais ; puis je m'avançai sur la grève et me présentai tranquillement aux regards de Taliéné, qui oublia ma sceur pour ne songer qu'à moi : il ajusta sa carabine, le coup partit, et j'entendis la balle siffler dans l'eau derrière moi. Je me sentis transporté de colère, et dans mon indignation je m'élançai à la poursuite de ce misérable par un sentier qui m'aurait amené dans la ville vers la partie des murs d'où il avait tiré ; mais en me retournant, je le vis tranquillement occupé i recharger sa carabine ; je compris que la partie ne serait pas ^le.entre nous, et que ce que j'a* vais de mieux à- faire pour esquiver une seconde balle, était de prendre mes jambes à mon cou et de rejoindre ma sœur, v

Nos voyageurs cependant arrivent à Laraiche, et leur petite caravane entre -a cheval dans cette ville, où elle est suivie par une populace nombreuse. D'abord Mr. Drummond supporte

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patieiBiiient Tobsestioii de la foule, et lui permet de maugréer k «on aifé contre les Nazaréens , & condition que ce soit. & une certaine distance ; mais ces criailleurs devenant i|cbaque instant plus hardis et plus incommodes, il se voit forcé de les menacer plus d'une fois de toute la colère du pacba, dans le cas où la moindre injure serait faite h l'une des per« sonnes de sa troupe. Il dépeint les habitants de cette ville comme fort laids et très-différents de la race maure en général ; on reconnatt aisément en eux le mélange du sang nègre avec le sang maure, et de plus leur constitution est altérée par le retour fréquent des fièvres intermittentes , qui font de grands ravages dans toute la contrée. Mr. Druramond établit sa résidence au Palacio de Tagent consulaire dans cette ville ; car on y donne impudemment le nom de palais aux misérables habitations occupées par les Juils dont les ancêtres furent barbarement chassés de la péninsule, il y a trois cents ans.

« LéC diner étant annoncé, dit Mr. Drummond, nous. fûmes Joints par notre hôte ; et comme il était rabbin, il nous fallut avaler bon nombre de cérémonies et de prières faites tout en coupant le pain, en versant les vins, en se mettant i table, en quittant la table, cérémonies qui paraissaient assez étranges à Ae% païens tels que nous. On était* au soir du sabbat, et dans ce saint jour il n'était pas permis au rabbin de toucher i du feu, ni même de tenir dans ses mains une chandelle allumée. Cette superstition est portée si loin par ces aveugles enfants d'Isra^ , qu'une pauvre jeune femme faillit en perdre la vie : ses habits avaient pris feu un samedi, pendant qu'elle était au milieu de sa famille, dont plusieurs hommes d'âge faisaient partie ; mais aucun n'osant l'assister, la malheureuse se vit forcée de courir dans la rue, où le prompt secours de quelques mahométans qui se trouvaient là, réussit à la sauver. — - Pendant que nous étions à table , notre repas et notre conversation furent interroropus par un bruit étrange : c'était le son des cymbales mêlé aux cris aigus de voix féminines et aux clameurs nasales

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d'une foule d'Hébreux qui menaient une jeune fiancée ii son rfpoux. La prooesfiion s'arrêta quelque temps sous nos Tenétres^ pour donner aux étrangers logés ches le rabbin le loisir d^examiner la toilette de mariée de cette heureuse personne. Elle était par elle-*méme d'une beauté remarquable p et son teint ayait la Uaneheur de la cire ; elle tenait ses beaux yeux fermés , mais ses sourcils et ses longues paupières étaient admirables. Une foule de torches allumées éclairaient sa marche^ et elle s'appuyait sur deux hommes de sa famille. Tous les muscles de sa physionomie avaient pris l'immobilité du marbre pour obéir aux observances rigides de la loi juive ; et cette pauvre jeune fille ressemblait plus à un automate qui marche^ qu'à une jolie fiancée. pleine de vie allant joindre son époux à l'autel. Sa coiffure consistait en une tiare enrichie de perles et d'autres joyaux. Son vêtement était de drap écarlateet de drap d'or; un collier^ des bracelets, des ornements pour le bas de la jambe, le tout de forme très-antique, surchargeaient ses membres minces et élégants. Ses pieds nus avaient pour chaussure des souliers de maroquin dorés. >

Mr. Drummond raconte ensuite l'anecdote que nous allons transcrire ; elle donnera une idée de Teifroi superstitieux avec lequel le peuple de ces contrées voit les Juifs ou les chrétiens mettre le pied dans une mosquée.

« L'horloge de la Djamaa Kebtr , la grande mosquée de Tanger, étant détraquée , il s'agissait de trouver un ouvrier habile, capable de la réparer. Malheureusement, pas un homme parmi \e% fidèles n'était en état de se charger de cette besogne, ni même d'indiquer quelle partie de la machine était dérangée ; plusieurs ne laissèrent pas cependant de donner leur avis sur ce point avec beaucoup d'importance, jusqu'à ce qu'enfin l'un d'eux assura gravement qu'uni/;V;f, ou mauvais esprit, avait sans aucun doute choisi l'horloge pour y faire sa résidence. On se mit bien vite à l'œuvre ; on essaya toute sorte d*exorcismes capables, selon les vrais croyants^ d'expulser de la machine une

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légion de diables; mais tout fut ioutilej et Tborioge contioua h demeurer muette. Enfin , il lallut se résoudre à employer une dernière ressource^ c'est-à-dire^ à consulter un horloger cbré» tien, un Nazaréen maudit , qui Tort heureusement se troutait établi à Tanger même, dans cette cité particulièrement protégée du Seigneur. Cet industriel, natif de Gènes , était im sélé chrétien : à quelles conditions les fidèles serviteurs du Pror pbèle allaient-ils traiter avec lui ? c'était là une difficulté plut grande qu'on ne pense. La mécanique de l'horloge se trouvait fixée dans l'intérieur de. la tour ; or, il était absolument impos* siblede permettre à l'infidèle de souiller la. maison de Dieu, le temple de la prière, de son pied sacrilège. Quelqu'un proposa de renoncer à l'horloge ; un autre voulait que l'on garnit de planches tout l'espace que Tborloger aurait à parcourir dana l'intérieur de la mosquée , de sorte que ses pieds ne touchassent point le sol consacré ; mais cette précaution ne fut pas regardée comme suffisante , et après bien des pourparlers , oo résolut, une fois l'horloge réparée, de changer toute la partie du parquet de marbre qu'il aufaft foulée , et de reblanchir les murs près desquels il aurait passé. Cette décision prise , on fit venir le chrétien, et quand on lui eut expliqué ce qu'on attendail de lui, on lui signifia qu'il eût à poser ses bas et $e$ souliers avant d'entrer dans la djamaa. c Certes je ne le ferai point, répliqua résolument l'horloger génois : je n'ai jamais quitté ma chaussure pour entrer dans les chapelles de notre très-sainte Vierge (ici il. se signa dévotement) ; je ne la quitterai certainement pas pour traverser la demeure de votre prophète. > Les sages Ulémas, cependant, s'étaient assemblés dès le point du jour ; il était déjà près de midi , et la difficulté, bien loin d'être tranchée, se trouvait exactement au même point où elle était la veille, lorsqu'enfin un vieux Mueddin à barbe grise, qui jus* qu'alors avait gardé le silence, demanda la permission de par* 1er. Le kald et le cadi lui firent un signe dissentiment, et le vieillard s'exprima ainsi : ec Quand la mosquée a besoin de ré-»

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parafions , et qn'il défient nécessaire d*y apporter de la chaux et des briques pour le travail des maçons^ ce transport ne se fait-il pas par des tnes ou des mulets, et ces animaux n*enlrentils pas alors dans le temple avec les sabots de Ter qu'on a cou-* tumedeleur mettre aux pieds? — Sans doute, lui répondirent Jes assistants. — - L'âne et le mulet, réprit le Mueddin, croientils que Dieu est Dieu , et que Mahomet est son prophète ?-— Non, certainement. — Bb bien alors , conclut le vieillard , pourquoi ne laisseriez-vous pas entrer dans la mosquée TouTrier chrétien avec sa chaussure? vous n'avez qu*h le considérer comme un âne ou un mulet, et le laisser aller et venir comme id. » L'argument du Mueddin Tut considéré comme sans réplique et admis à runanimité : on introduisit Tborloger chrétien dans le temple mahométan, comme s'il eût été une sorte de bdie de somme, et on lui laissa fouler le parquet sacré avec sa chaussure, de même qu'on Taurait fait pour un âne ou un mulet. ]»

A Laraiehe, nos voyageurs virent le seul carrosse à roues qui eût frappé leurs regards depuis qu'ils habitaient le royaume de Maroc.

«Quand le prince Frédéric de Hesse-Darmstadt, dit Mr. Drummond, arriva en 1839 à Tanger, où il comptait s exiler quelqaes mois. Son Altesse avait amené deux grandes voitures qui ne ressemblaient pas mal aux anciens carrosses du temps de nos aïeux. Apprenant que les autorités locales répugnaient à permettre dans la ville l'usage d'un véhicule à roues, ce prince écrivit au sultan de Maroc pour lui offrir de paver à ses frais la principale rue de Tanger, si on lui accordait la liberté de se servir de ses carrosses. L'empereur obtempéra h la demande le plus gracieusement du mon/de , en y mettant toutefois une certaine condition, celle de priver de leurs quatre roues les voilures du prince, attendu qile sans cette précaution le protecteur des fidèles éprouverait les craintes les plus vives pour la sûreté et la conservation de ses loyaux sujets. Chose LUI 19 ^

Z%S BA BARBARIS OCClimilYALB,

iiTMge, k prince 8ui?U rUijaiielion k la lettre : il fit Atcr lei roueâ d'un de tes carroif€«, ei le corp» de eeite voilure, plaetf connue une litière entre deui fortei raules^ sertit & tranâporler journelleinent le prince à travers la ville de Tai^er. »

Nous soumettons le morceau suivant i nos lecteurs féminins, qui jugeront mieux que nous si la couluaie dont il y esl question doit être rangée parmi les plus barbares de celte contrée.

€ Dans le district de Bemin-Souar, pays montagneux balwlé uniquement par les tribus des Berbères, il est un endroit où a lieuj pendant la durée de la foire, une sorte de marché d'é* change d'une nature très-biiarre. Cette foire ne se tient qu'une fois par année j ceux qui la fréquentent sont principalemeni dea célibataires qui cherchent femme, des hommes mariés qui veu« lent ajouter h leurs joies matrimoniales en faisant usage de la loi turque qui autorise plusieurs épouses, comme aussi des veuves et 4e j/eunes filles qiii vienne m pour s'y procurer des maris ; en un mot, toute Taifaire se réduit à ce que, dans ce lieu^là, le» femmes se vendent elles-mêmes. Mais pour sauver l'odieux d'un semblable usage, voici comment les choses se passent: cha* cune des dames ou demoiselles qui désirent se marier, fait la toilette qu'elle juge lui être le plus favorable ; puis elle vient sans yoile s'asseoir sur la place du marché, et étale devant elle une pièce d'étoffp tissée de ses propre^ mains. Les hommes^ soit vieux, soit jeunes, qui songent è choisir une femme, se promènent en long et en large dans le marché, examinent le travail des étoffes offertes par les marchandes , et scrutent en même temps leur physionomie et leiurs manières. Si l'un de CCS messieurs vient i être séduit par l'une de ces belles, il s'informe du prix qu*elie met à sa pièce d'étoffe ; elle répond en indiqu^mt la somme qu'elle veut avoir pour douaire, somme qu'elle augmente Qu diminue selon l'eBet que le candidat a su produire sur son ccewr ; d*où il résulte qu'elle ne manque pas de relever à une valeur etorbilante, si le chaland hû déplatt et qu'elle, veuille l'éljpigner. Pendant que durent cette sorte de mar-

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ébé et les discuMions auxquelles il donne lieti^ Kacbeieur a le temps de bire ses conjectures sur le caractère et les habitudes de la femme ii laquelle il parle. Si les deux parties se conriennent et finissent par s'accorder, on appelle les parents de 1t jeune personne^ qui ont le droit de donner ou de refuser leur consentement « selon qu'ils le ju{];ent à propos; dans le cas où ils se montrent farorables, on se rend avec eux chez un notaire public qui dresse aussitdt le contrat, après quoi la mariée suit son époux dans sa demeure. Eh général, dans celte sorte de trafic, les veures sont à bas prix, et hs fem* mes dirorcées demandent peu d'argent de leur pièce d'étoffe. Quand une fois Taflaire est conclue et l'acte de mariage passé , ta femme nouvellement acquise ne saurait être reven* due; quelque regret que Tachcteur puisse aroir de son marché, elle est $» femme légale, et elle a droit à la somme stipulée comme étant sa dot , son douaire. Il est évident qtra ce singulier systènte d'échange a été inventé par ces rusés montai gnards mahométans, comme un moyen d'élndcr la loi du pr<^« pbète qui interdit toute espèce decotir et dé relation entre les hommes et les femmes avant le mariage. »

L'auteur conduit ensuite ses lecteurs sotis la teste d'un Arabe, et les foit assister avec lui i un repas du désert.

ce Nous atteignîmes^ au coucher du soleil, Atn^el'^Kader otr là Fontaine Verte, lieu de campement d'une partie de h tribu dlbdor. Ce fut en cet endroit que nous établîmes notre tente, et nous ne tardâmes pas à y recevoir la visite de l'tm des fils du cheik arabe de la tribu ; ce jeune homme était chargé par son père de nous inviter ^ dtner chez lui et de nous amener sans délai, parce que le repas était prêt et que Ton n'attendait que nous. L'invitation acceptée, nous suivîmes le jeune Arabe sous la tente du cheik , que nous trouvâmes assis sur un carreau recouvert de la peau d'un lynx earaoal, fourrure douée, à ce qu'on assure, d'une propriété inestimable dans un pays tel que celui où nous étiorrs, savoir que jamais une puce n'en

approche : près de ce siège d'autres carreaux, 9ur lesquels on aTatt étendu de superbes peaux de mouton y étaient préparés pour nous recevoir, ce Soyez les bienvenus, soyez les bienvenus, » nous dit la cheik ; puis, lorsque nous fûmes assis, il reprit: c Vos sièges sont-ils à votre goût ? n'avéz-vous besoin de rien ? étes-vous satisfaits ? » questions auxquelles je répondis par un torrent de bénédictions à Torieptale, sur lui,^ sur sa lamHIe, sur toute sa race, mais surtout sur son grandpère, sur son bisaYeul et sur ses ancêtres les plus reculés. Bientôt cependant la conversation fut interrompue par l'arrivée d'un de ses esclaves, Abd-el-Hablb , qui apportait une table mauresque admirablement sculptée et peinte en arabesques. Cette table était de forme circulaire; elle avait environ deux pieds de diamètre et seulement six pouces de hauteur, c'est-à-dire l'élévation suffisante pour que nous pussions manger commodément, assis comme nous Tétions sur des carreaux et les jambes croisées. On plaça bientôt sur cette table un large bassin de forme mauresque, rempli d'une soupe fort épaisse, composée de différentes sortes de vermicelle et fortement assaisonnée avec du poivre rouge. Dans cette savoureuse gamelle étaient plantées quatre cuillers de bois de forme assez grotesque , au moyen desquelles nous nous mîmes à ToDuvre, de fort bon cœur. Le second plat fut un quartier de bceuf bouilli, accompagné de tranches de melon pour stimuler Tappetit des convives ; et le repas se termina par l'invariable plat de Xesksou, c'est-à-dire de riz mélangé de viande dont on forme une sorte de c6ne élevé. Pendant toute la durée du dtoer régna un profond silence, interrompu de la part du cheik par mille exclamations : Bism-lllah (au nom de Dieu), M'Handou-billah (grâces soient rendues à Dieu), ou plus rarement. Saffy-Allali (que Dieu me pardonne). Cependant notre appétit commençait à se ralentir, et nous fûmes obligés, l'Espagnol et moi, d'abandonner la montagne de Kesksou, au grand étonnement de nos hôtes qui continuèrent longtemps

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