DE LA CIVILISATION
sur une terre dont ils ne recueilleront plus les fruits^ les autres dans des fabriques où^ entassés péle-méle avec des étrangers, i(s perdront toutes les habitudes et les vertus qu'entretient la vie de famille. Ils gagneront davantage, oui, jusqu'à ce que leur imprévoyance et leurs vices natifs, accrus par le sentiment même de leur dépendance, les réduisent de nouveau h ne ga« gner que le strict nécessaire, oujusqu^à ce que les crises indus*^ trielles, et les vicissitudes auxquelles les capitalistes sont exposés en tout pays, viennent supprimer le (ravati ou abaisser le salaire d'une population qui n*aura pu ni les prévoir, ni s*y préparer. Serait*ce par ramélioratton de leur état moral que les Bre^ tons seraient indemnisés pour la perte de leur nationalité provinciale? Il est possible qu^un certain nombre de familles^ parliculièremenl bien composées et fevorisées par les circonstances, adoptent en effet des mœurs plus radinées, safis se corrompre v et acquièrent des jouissances. intellectuelles, sans renoncer à leurs principes religieux. Mais, la masse! se livrera- t-elle moins à Tivrognerie, quand elle aura un peu plus d^argent pour satisfaire cette passion, et inSniment plus de motifs et d'occasions pour s'y livrer? Acquerra-t-elle un sentiment plus juste ou plus vif des devoirs domestiques et sociaux, et les remplirait* elle mieux, lorsque Tenseignemeni du prêtre et les notions traditionnelles transmises par les pères de lamiHe seront combattus et neutralisés par des journaux et des Kvres qui semblent avoir pour but d'exploiter, en les flattant et en les dévelop^ pant, tous les instinctsignobles de la nature humaine? Où sera, dans le système de la centralisation^ le contrôle, où sera la direction puissante et continue, qui imprimeront à l'instruction scolaire un caractère moral, qui Tempécheront d'être le véhicule de toutes les erreurs dangereuses, qui lui feront obtenir enfin un résultat qu'elle n'a jamais obtenu qu'exceptionnelle* ment, sous l'influence directe et personnelle d'hommes plus dévoués encore qu'éclairés?
La civilisation dont les Bretons sont menacés est une eivili^
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sation qui détruit sans rien édifier ; c'est une civilisation dissol- Tante. Voilà pourquoi nous la redouions pour eux et pour la France entière^ où elle est loin encore d'être aussi avancée qu'on le croit communément.
La civilitatien que nous voudrions voir introduite en Bretagne el ailleurs, c'est celle qui serait le. résultai d^une influence locale exercée par des bommes éclairés , puissants par leur position sociale, mais appartenant à la localité, eux, leurs parents et leur fortune, et intéressés par conséquent à conserfer intacts,. chez le peuple dont ils font partie et au miPieu duquel îb passent leur vie, les sentiments, les idées,, les habitudes qui sont pour lui des garanties de moralité et de bonheur, et pour eux les fondements les plus solides, soit dé leur influence locale, . soit du maintiea de Tordre établi et de Tobseirvation des lois générales..
Ce$t par Taction individuelle de Tbomme sur Thomme que le développement moral et intellectuel des classes laborieuses dort s'opérer. Yoiià, en deux mots, le principe dirigeant auquel nous croyons qve les sociétés humaines doivent s'attacher, et à l'application duquel seul elles devront un progrès ultérieur, vraimeqt digne du nom de progrès.