LIVRES POUR LES ENFANTS
(Extrail du Quariertx Review, n" 147.)
Dans Tuo de nos articles de Tatinée précédente^ nous aron* appelé l'attention de nos lecteurs sur un sujet dont Tiniporlance semble grandir à mesure qu'on s'en occupe ^^ celui des publications destinées à la jeunesse; publications qui, soit par leur nombre , soit par leur nature , forment Tun des tr^ts les. plus frappants de notre littérature moderne.
La première règle que doit se tracer Técrivain qui travaille pour Tamusement^i pour Tinstruction des enfants, le principe, fondamental qu'il nq doit jamais perdre de me, c'est que son. lirre i^e s'adresse i|i i^ de jeunes prx>diges^ ni 3i déjeunes idiots ; qu'il nq doit parler^ s'il Teut être entendu de tous^ ni apx intel«liçences précoces, ni à celles qui testent qn arrière; çu un mot. que s% t4cbe esl d'éqrire pour cette moyenne de capacité et de développement que présentent en général les enfants bien constitués , moyenne parmi laquelle les supériorités et les infériorités qui se manifestent plus tard dans le cours de la vie, sont dues beaucoup moins à la différence des fapultés qu'à la manière dont on les a, dirigées. Dans nplre article de l'année dernièrq, les réflexions que ce sujet nous suggérait, ayaii^t pour but spécial une série d'ouvrages dans lesquels ce principe essentiel, çt bien d'autres encore, étaient violés d'une manière si, complète, si absurde, que la seule consolation qui nous restât après les avoir parcourus, était de pouvoir nous dire que si la. passion de la nouveauté, ou quelque autre circonstance leur
• Voyex aussi Bibl, Unw , février 1843 (tome XLIll), p. 263.
IilVR£S POUa LES £tfFANT8. 25
«Tati donné de la vogue en Asigleterrç , du moins iU n'étaient point anglais. Nou^ nous proposons aujourd'hui de jeter un coup d'cBÎI sur une légion de livr^ modernes destinés aux enfants « écrits et publiés dans la Grande-Bretagne » et qui^ par conséquent^ nous imposent une sorte de responsabtiilé nationale ; mais nous devons d'abord chercher à nous faire une idée juste du but que se proposent leurs auteurs , et des moyens qu'ils emploient pour y paryenir : deux circonstances considérées par bon nond>re d'entre eux sous un point de vue absolu-* çienx feuxi ei dont ils attendent; faute d'avoir observé la jeucesse, des résultats tout à fait illusoires.
Le siècle présent se fiiit gloire d'avoir produit, dans cette branche de la littérature, plus d'ouvrages qu'aucun de ceux qui l'ont précédé ; et l'usage s'est établi, beaucoup plus par habitude d'un certain langage conventionnel que par un sentiment de conviction^ dç féliciiler la jeunesse du nond^re d'écrivains qui se dévouent à son service. Il y a cq>endant telles oirco»tfances, résultant de ce prétendu dévouement, qui nous inspirent quelques doutes sur le degré de véritable philanthropie des personnes qui le pratiquent. En effet, si Ton considère la quantité de Hvres qm sont employés par les pensionnats, les écoles, les maîtres \ domicile , le nombre incalculable de ces mêmes livres qui s'achètent tous les ans pour être doimés comme présents ; en un mot, si l'on réfléchit au profit presque assuré que nos habitudes modernes d'éducation promettent aux spéculateurs dans cette branche de la littérature , on ne s'étonnera plus de la voir cul* tjvée avec tant d'empressement , et trop souvent d'une manière peu consciencieuse. A dater de Tépoque où Goldsmitb a vécu , écrire et publier des livres pour la jeunesse a été un sûr moyen de Taire de l'argent, sans que la mise en avant de l'entrepreneur courre de grandes chances ; d'où il résulte que cette classe de travaux littéraires est devenue, plus que toute autre , le domaine de ceux qui travaillent en fabrique et qui qsettent le métier à la place de l'art.