‹ Bibliothèque universelle de GenéveChapitre 32 sur 93 · VOYAGE DU DUC DB BOHAS · texte numérisé non relu

VOYAGE DU DUC DB BOHAS

font profettion et qui ont plus de loisir que moi. Il me suffit d'aroir vu et reoonnu que notre Rome n'est rien moins que l'antique^ dont elle n'a presque que le nom avec quelque peu de masures; malmenée par la barbare fureur de ceux qui, en* nemis de la grandeur romaine, ont cru pouvoir éteindre h gloire en s'animani contre des pierres, et ensevelissant tant de beaux édifices dressés pour combattre avec des siècles et con« sacrés à l'éternité. . . »

Notre voyageur emploie une vingtaine de pages à la descrip* tion de Rome et de ses monuments. Toutes ces notices, on le comprend, sont très-abrégées et le plus souvent dénuées d'in« térét. Toutefois on y remarquera plusieurs passages, entre autres celui-ci sur le Panthéon : c L'admirable masse duPantbéon, temple édifié par M. Agrippa en l'honneur de Vénus et de Mars, et puis de tous les dieux, qui pour maintenant porte le nom de Sanda-Maria^Rotunda, me fait passer par^dessus plusieurs obélisques, et simples, et gravés de lettres égyptienne». La hauteur de la voûte égale au diamètre, qui se soutient de son poids sans colonnes ; dont le milieu peroé donne jour au de* dans; les hautes portes antiques de bronae ei la beauté du portique, soutenu de grands pilastres d'étrange grosseur, où se lit le nom du fondateur, ravissent les r^rdants. », On reconnaît le bon capitaine et sa commisération pour les misères de la vie du soldat, dans cet autre passage : « Je n'ai rien vu en la région transtibérine qui soit de remarque fors la Tabema Meritoria, édifice signalé où la gratuité et humaine reconnaissance du peuple romain donna la vie (le vivre) et lieu de repos aux pauvres soldats blessés et estropiés pour le service de la république : auquel lieu a été fait depuis un temple. »

Ce chapitre de Rome se termine par un résumé qui ne manque pas de concision ; mais la politique de Constantin y est sin* gulièrement appréciée : a Le nombre infini des antiquités romaines m'eût possible emporté plus loin, si j'eusse, vaqué à les voir avec plus de temps. Ce que j*en ai dit ci-dessus me repré*^

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•ente la légère ombre de tout ce que j'y ai pu eonoeroir en une courte précipitée et un séjour hâté de huit jours interrompus^ que j'ai donné i la justice de la grande Rome chef autrefois du monde , régie premièrement par Tespaoe de 243 ana sous la puissance de sept rois ; puis 446 ans en forme de république sous 887 consuls , temps auquel par 43 batailles ils conquirent Tempire universel. Puis Jules-César,, sous titre de dictateur perpétuel, compagnon de tous d'apparence, empereur en effets laissa à ses succesaeurs la souveraine puissance et dignité' impériale jusques à Constantin ; de qui la trop grande bonté pour ses sujets et le désir de laisser en Orient une viUe de son nom^ fut cause qu'abandonnant la ville, les évéques romains supportés de lui obtinrent le gouvernement de cette viHe 1»

Après Rome viennent Capoue, Naples, Pouzzole, Cumes.... L'article de Naples commence ainsi : c II me semble que si j'ai eu de la curiosité i rechercher particulièrement l'origine, l'assiette et la beauté des lieux où j*ai passé, que l'antique P^/Aefiope, maintenant Naples la gentille, mérite cette peine sur toutes les autres, tant pour son ancienneté que pour sa beauté... »

Les colons qui fondèrent Parthénope ce la nommèrent ainsi, dit^l, d'une sirène dont ils trouvèrent là le tombeau, que Strabon, qui était du temps d'Auguste , dit encore avoir vu en pieds ; et le nom de Parthénope lui dura jusqu'à ce que ceux de Cumes y envoyèrent une seconde colonie d'habitants, qui b&tirent encore une ville tout contre l'autre qu'ils nommèrent Neapoliê , qui voulait dire en leur langage nouvelle ville : et pour la même raison la première fut nommée PalœpolU, qui signifie antique ville. Mais comme par la nouveauté s'ensevelit l'antiquité, le nom de Neapolis amortit l'autre, qui est demeuré pour tous deux jusques à cette heure, et même a donné le nom à tout un royaume, ce qui ne se voit en guère d*autres. Cette ville donc aujourd'hui se compte entre une des plus peuplées, riches et agréables qui soient au monde, tant pour la bonté et

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température de VsAr, comme pOur la beauté d'icelle , la oon-*versaiion de la noblesse qui y demeure, et toutes sortes d'exercices vertueux qui y Beurissent , et les grands personnagtn qu'elle a enrantës et nourris. »

PouÈzaie, a Le contentement que je reçus en ce petit voyage de Puzzole, entre les admirables effets de la nature qui f sont, les ruines des maisons de plaisance des anciens Romains, leurs sépulcres, leurs temples et autres œuTres ëmerveillables faites par eux, qui me servent de témoignage et me remémorent les histoiresque j'en ai lues autrefois, méritent bien que je ne la mette pas en oubli* Pour cet effet, j'en ferai ce petit soulage'^ ment à ma mémoire avec le même ordre que je les vis. Pour commencer, je dis que, sortant de Naples pour aller i Puzzole, nous passâmes une grotte d'un mille de long, œuvre , à la vérité , admirable et taillée avec grand labeur et dépense. L'on tient pour l'opinion la plus certaine que Cocceius Nerva l'a fait faire ; mais qu'elle a été élargie, haussée et rendue plus claire par Alphonse I, roi de Naples, puis par Cbarles-Quint. Au*dessus «e voit le sépulcre du grand Virgile, au haut duquel est crû un ^rand laurier, pou^r montrer que lui est seul digne de la couronne de cet arbre: les lieux de là alentour, qui retiennent encore les noms qu'il leur a donnés, témoignent asset la vérité de sa longue demeure là. Plus bas, à ms^in gauche, se voit encore une petite église fondée de Sanaz.iro, grand poète italien, où est son tombeau. A)ant passé celte grotte, laissant le cfae<inin de Puzzole un peu à main gauche, à un mille de Naples, nous vîmes le lac Aquano , au bord duquel est la grotte des Chiens, fort petite, où nous expérimentâmes que quelque béte vivante qui y demeure un petit quart d'heure meurt ; mais, fi on l'en retire devant , encore qu'elle semble morte , la jetant dedans ce lac elle revit. La raison pourquoi cela se fait, je la laisserai chercher aux philosophes : il me suffit d'en avoir vu rexpérience.. .

a Là auprès , nous vîmes la miraculeuse Montagne Neuve

Eir riALlEy ALLBBIAGVB^ BTC. 311

(Ménlc Nuovo), laquelle» l'an 153S, s'ëtant senti en tout le lerniotre de Puzzole par plusieurs jours un grand tremblement de terre, la nuit du 2U septeiûbre, il soriit; de la Solfatare, par ses bouches de feu» si grande abondance de cendres et de pier«res brûlées» poussées de telle véhémence par un extrêmement (p*and vent, qu^il se transporta de ce dit lieu une montagne de trois milles de tour jusques stu lac Lucrin (duquel ît est tant parlé par les histoires romaines)» et le couvrit presque tout» comme aussi le château de Tybergolë et plus de soixante baink chauds. J'ai parlé à un vieux bonhomme qui était de ce temps-» la» lequel encore tout effrayé me conta que cet extrêmement grand tremblement fut accompagné de cette horrible ouverture de la Solfatare , d'où sortait telle abondance de cendres emreméléc^s de feu» qu^outre le mal que cela fit, les paysans de là croyaient que le jour du jugement fût venu » et qu'à phis d'un mois de là il n'y avait aucun qui se sentit bien assuré...»

Le duc consacre (Uusieurs pages à Bayes et à ses antiquités ; puis il termine par ces réflexions d'une verve toilte juvénile:

a Si j'avais du contentement d*un côté d'y voir les restes de ces superbes bâtiments des anciens Romains» j'avais du déplaisir» de l'autre^ de ce que la barbare fureur des hommes avait été plus cruelle que le temps. Que pour le moins 8*ih n'avaient la considération de laisser ces marques de grands personnages qui» avec tant de curiosité et de dépense les avaient bâties» les unes pour leurs contentements présents» les autres pour mémoire perpétuelle d'eux ; que n'avaieni-ils Tesprit de s'en servir, et non comme bétes brutes se venger sur des pierres ! Certes» je ponse que ces gens«là avaient l'ambition d'éterniser leurs noms par autant de faits indignes de l'humanité » que les autres» en la surpassant» ont rendu les leurs immortels. »

On devine que » dans cette course de Rome à Naples , le docte jeune homme n*oublie pas le lac Averne, TAchéron , les Champs Elysées» les villa des illustres Romains qu'il appelle métairies : « Allant le long de la mer, nous vîmes la métairie de

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