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obtenu des copies entières des volumineuses compositions de Las Casas, d^Oviedo, de Veytia, de Boturini, d'Estrelia^ de Torîbio^ après fifoir lu patiemment leurs pages diffuses et destinées, suivant toute apparence^ à sommeiller éternellement dans le crépuscule des bibliothèques où se conservent leurs manuscrits inédits, Mr. Prescott s'est borné à en extraire le suc ; souvent même il laisse regretter Textréme réserve avec laquelle il dispose de matériaux , curieux à bien des titres , et dont seul proba« blement dans notre génération il s'est approprié la connaissance régulière et complète. Â mesure qu'un des écrivains qui ont traité Tbistoire de ia Nouvelle-Espagne , se rencontre sur le chemin de ses propres recherches, quels que soient le d^ré de son mérite et retendue de sa notoriété, Mr. Prescott donne au lecteur un aperçu de sa biographie, une appréciation candide de ses travaux. Les volumes qui sont sous nos yeux contiennent de la sorte un catalogue raisonné des historiens du Mexique, depuis Corlès et Bernai Diaz jusqu'à Humboldt et lord Kingsborough. Ce n'est là qu'un accessoire ; mais par le soin religieux avec lequel il est exécuté, on peut apprécier la masse des inrormations , et la valeur réfléchie dcB jugements qui se trouvent condensés dans les portions principales de Touvrage. Le mérite capital de la nouvelle histoire nous semble consister dans la critique observée par son auteur en l'écrivant : on nous permettra donc d'insister sur ce point. Une grande étendue de recherches , une haute portée de vues ne suffis saient point encore pour arriver à l'impartialité sereine^ à la discrimination fine, à la rigueur de dialectique, à la modération lumineuse dont Mr. Prescott Tait preuve en toute occasion ; il fallait encore une probité supérieure à toutes les tentations, une loyauté à l'abri de toutes les surprises, ffe wat , indeed^ honest , dit Jonson de Shakespeare , pour mettre la dernière touche au portrait de l'homme « qu il vénérait le plus en deçà de l'idolâtrie » ; et cet éloge, je ne connais aucun historien qui s'en soit rendu digne à un degré plus élevé que Mr, Prescott*
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1^8 principes de la justice uni?erselle et permanenie sont constamment devant ses yetix. Mais la connaissance exacte du siècle et des nations dont il écrit les annales , lui fournil les éléments nécessaires pour apprécier la valeur relative» la moralité conventionnelle de chaque caractère» de chaque individu. Le fait est jugé d'après les lois inflexibles qui gouvernent le monde moral. Mais V homme est jugé d'après la mesure admise dans son temps et par les siens ; il lui est tenu compte des préjugés presque invincibles qui ont pu justifier à ses yeux » glorifier même aux yeux de ses contemporains» certains actes dont l'expérience et la liberté de penser, précieuses acquisitions de notre siècle» ont fait pleinement reconnaître Timprudence ou Tiniquilé. .
Mr. Prescott consulte tous les guides qu'il rencontre sur sa route» mais il n'en suit aveuglément aucun. Jamais chex lui l'admiration ne dégénère en idolâtrie : on trouve dans son livre l'éclat que Tenihousiasme donne au langage» sans Texagération qu'il communique trop souvent à la pensée; l'historien »^ en lui, ne s'abaisse point au niveau du panégyriste » mais il évite avec autant de soin la sécheresse morale où tombent les écrivains qui penchent vers le rôle de détracteurs. Un ton de bienveillance générale domine dans l'ouvrage : la grandeur de l'œuvre divine sur la terre» la sagesse de Tceuvre providentielle dans l'enchaînement des faits historiques produisent sur l'auteur une impression profonde mêlée de respect. Mais cette émotion demeure calme » cette bienveillance est grave et virile » ce respect ne bannit point une sage liberté. Il profite de toutes les connaissances de son époque» mais il n'en accepte point les passions. La gloire elle-même se dépouille de ses prestiges, en comparaissant devant son tribunal. Sauf le langage » rien dans le récit de la conquête du Mexique ne ferait reconnaître en son auteur autre chose que l'homme et le chrétien.
Il nous reste à parler du style. Mr. Prescott a visiblement mis un soin extraordinaire à cette partie essentielle du travail
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imposé II tout historien. Chez lui la narration est vi?e^ souvent familière^ sans tomber dans la vulgarilë; les caractères sont peints avec une vérité dramatique. Beaucoup de détails^ du genre de ceux qiie^ malheureusement pour nous, les écrivains classiques de Tantiquité jugeaient au-dessous de la dignité de rbistoire, tandis qu'ils sont néeessaires à sa vérité > trouvent leur place dans les pages que nous avons devant les yeux ; on regrette seulement qu^au lieu d'être fondus dans \e texte du récit, quelques-uns des plus importants soient disséminés dans les notes. Il nous aurait pareillement semblé préférable d'insérer dans le premier livre, au lieu de placer dans Vappendix, la sub* stance de rexcellent chapitre qui traite de l'origine de la civilisation chez les peuples mexicains S chapitre qui, du reste » peut être offert comme un modèle de lucidité dans la discussion, de modération dans les conjectures, et d'habileté dans l'arrangement des termes de comparaison.
C'est par ce dernier objet que nous commencerons Panalyse rapide du travail dont il faut étudier le développement dans les volumes de Mr. Prescott. La Nouvelle-Espagne avait été partagée par ses conquérants en trois contrées, dont la plus considérable en richesses et en population se trouve au centre de Taneienne vice-rayaiité : o*est le Mexique proprement dit, VJnahuao, ou « pays entre les mers » des nations indiennes. Celles-ci y d'après leur tradition générale et constante, étaient ▼enues^, à différentes époques, d'une région située fort loin vers le nord ; le nom d'Jztlan , qui désignait cette ancienne patrie, peut signifier également « pays des Cerfs » et « pays des Eaux » ; l'une et l'autre de ces particularités conviendrait à la Sibérie orientale , remplie de grands troupeaux de rennes , et
* Nahualtèques semble ayoir été la moins impropre des dénomina* tioiis indigènes employées pour désigner l'ensemble de ces nations. Le nom à* Aztèques doit être réseryé à la tribu seule qui occupait Mexico, et dont la prépondérance politique sur VAnahuac était de date toute ré^ ceole, quand les Espagnols abordèrent aux côtes de cette région.
séparée de rAmérique par des mers éiroiles à travers lesquelles les ancêtres des Toltëques et des Cbicbiroèques auraient été forcés dépasser. Mr. Prescott se joint h l'opinion, doDiinante parmi les critiques , qui assigne pour berceau aux aborigènes du nouveau monde le continent asiatique, au nord de la Chine. Des observateurs judicieux ont été frappés de la ressemblance pbysique qui existe entre les tribus américaines et les peuplades de la race Mongole, particulièrement celles qui occupent les bassins du Sakbalien, de l'Anadyr et de la Lena. Des coïncidences remarquables se présentent entre quelques détails des usa* ges domestiques, et plus encore, entre les acquisitions scien-» tifiques des deux familles de nations. « Le système chronologique des Aztèques , qui distribuaient les années en cycles et comptaient par le moyen de séries périodiques au lieu de nombres , ce système subsiste, avec de faibles différences , chei les Mongols proprement dits et les Mandchoux. n Maison se tromperait si Ton croyait pouvoir ajouter l'analogie du langage h celles du savoir et des institutions. « Les idiomes répandus sur le continent occidental surpassent beaucoup en nombre ceux qui, dans une masse égale de population, se sont conservés dans l'ancien monde. Les idiomes américains présentent cette reroarq.uable anomalie qu'ils diffèrent l'un de l'autre par leurs vocabulaires, autant qu*ils se rapprochent par leur organisation grammaticale ;'d'un autre côté, si l'on peut citer quelque affir nité superficielle sur le premier point entre les langages des deux continents , sur le second point , la dissemblance est radicale'». Cependant Votomie, celui des idiomes de la Nouvelle-Espagne qui couvre, après Taztèque ou mexicain, la surface la plus considérable, offre par sa composition monosyllabique, et même, dit*on, par son étymologie , des affinités multipliées avec le chinois^. Mais Totomieest une langue absolument isolée au cœur du continent américain ; et par consé-
* Volume lit, pages 390 et suivantes.
• Najera, Dissertation sur le lanfçage des Othomites,
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queot 4on eiistence complique les difficultéii du problème, au lieu d'en ayaneer la solution.
Les iradiiioDs conservées par les Astëques el les Cbicbimèques ëlabiissaient que les peuplades parties d*J»tlan ne gagnarent le plateau d'Jnahuac qu'après une longue migration , interrompue à bien des reprises par diss séjours de durées inégales, excédant quelquefois vingt ans. La seconde moitié de leur ' in'néraire semble marquée par les ruines de grands édifices, . trouvées des deux côtés mais principalement au couchant des Montagnes Rocbeuses , sur le Rio Gila, vers les sources de la Rivière Rouge, à travers la nouvelle Californie, et jusqu'aux limites actuelles du Texas. La chaîne de ces monuments d'une civilisation entreprenante et laborieuse se continue, comme on sait, par delà les provinces d'Yucatan et de Guatemala, jusqu'aux savanes des Poyais et aux lacs du Nicaragua. Malheureusement, les signes hiéroglyphiques que ces constructions portent en assez grand nombre^ n'ont pu s'interpréter jusqu'à présent par aucun rapprochement, par aucune induction. C'est aux manuscrits aztèques et aux annales rédigées , bientôt après la conquête, sur un grand nombre de documents de ce genre, détruits maintenant, qu'il faut avoir recours pour dresser une chronologie, au moins approximative^ des peuples de VJnahuac. Nous serions tentés de considérer les Majras de la presqu'île d*Yucatan^ et les Olomites du plateau mexicain^ comme descendus des premiers bans des populations asiatiques auxquelles le nouveau monde doit sa colonisation primitive. Mais l'histoire se tait sur l'époque de leur arrivée ; et c*est par les Toilèques que commence la série des dates positives : la plus ancienne se rapporte probablement i la fondation de Tula, métropole de cette nation , dont la civilisation importée dans la Nouvelle- Espagne ne fut égalée par aucun des peuples qui vinrent après. D*après le comput auquel Mr. Prescott parait donner la préférence, Tula * aurait été bâtie Tan 648 de notre ère. La do-
Aii nord de la vallée de Mexico.
inination des Tollëques dura quatre siècles, au bout desquels d'aulres Iribus, sur lesquelles on n'est pas d*a€Cord, ruinèrent leur empire, et repoussèrent dans les régions méridionales qui forment aujourd*bui Tétat de Guatemala, les débris de ces fils aînés de la civilisation indienne. Les Chichimèqnes , venus à leur tour du nord-ouest, occupèrent, yers 1170, la plus grande portion du Mexique. Trente ans après, vinrent les Jcol^ huas, les Tecpanèques et les Jztèques , trois peuplades étroitement liées par une communauté d'origine, de langage et d'institutions. Les premiers s'assimilèrent les Cbîcbimèques , dont la rudesse ignorante reconnut volontiers la supériorité des nouveaux colons. Tezcuco devint la capitale du peuple mélangé qui résulta de cette fusion. Sur la rive opposée du lac salé auquel Tezcuco avait communiqué son nom , les Tecpanèques construisirent la ville de Tiacopan. Enfin, Tan 1325, les Aztèques qui, depuis 1196 , erraient autour des mines de Tula, fondèrent, dans les t'es de cette même lagune, la ville de 7Vnochtillan^ ^ dont la population, deux siècles après, égalait au moins celle de Venise, à laquelle les conquérants du nouveau monde la comparèrent tout d'une voix. Les territoires des trois nations convergeaient vers un seul point , et leurs capitales respectives se trouvaient en vue l'une de l'autre. Cet arrangement singulier produisit des luttes acharnées, auxquelles un pacte fédératif non moins remarquable mit fin dans la première moitié du quinzième siècle, ce II fut convenu que les étals de Ténochlitlan, de Tezcuco et de TIacopan formeraient une ligue offensive et défensive, dont la direction appartiendrait au chef particulier de l'un des deux premiers royaumes. Dans la division des conquêtes opérées et du butin enlevé par les confédérés, les Tecpanèques devaient obtenir un cinquième seulement > Il est probable qu'entre les deux étals principaux le partage se faisait avec égalité. Dans « cet empire régi par trois têtes, Ts> suivant l'expression du poète le plus éloquent auquel
* Appelée parles Espagnols Mexico.
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il ait donné naissance S d^ux rois de Tezcuco exercèrent successivement le commandement suprême ; il fut enleyé au second de ces princes, un peu après Tan 1 502, par les Aztèques^ dont le roi , Montezuma , se trouyait à l'ëpoque de la conquête en possession non disputée du titre^ du rang et du pouvoir d'empereur ' •
Mr. Prescott adopte an sujet de retendue, de la population et des richesses de Tempire mexicain, des données qui restrei* gnent sino^ulièreroent les exagérations, bu plutôt qui ramènent à des termes vraisemblables les expressions vagues et pompeuses des premiers historiens de la conquête. Malgré Textension toute récente que la domination des Aztèques et des Chichi* mèques avait g'^gnée, surtout vers l'orient et le midi, Tensemble des possessions dont Montezuma se disait le maître n'avait pas tout à fait 16000 lieues carrées de superficie'; mais il Taut reconnaître que les autres acquisitions procurées à la couronne d'Espagne par Certes lui-mémo^ autorisaient, au moins par leur étendue, Tasserlion orgueilleuse que la tradition met dans la bouche du conquérant. La population des provinces mexicaines était Tort inégalement répartie sur leur sol. En quelques places, sa densité dépassait vraisemblablement tout ce que les contemporains de Certes avaient été à portée de reconnaître dans l'Europe occidentale, sauf, peut-être, les contrées lombardes et flamandes ; mais ailleurs, les hautes régions d*Anahuac et la ceinture tie côtes basses et brûlantes qui en bordent le plateau , présentaient encore de grands espaces presque déserts. A défaut d'estimations générales, que les annalistes espa-
* Netzahualcoyotzin. Voir ci-aprés.
^ 0*est ainsi que Corlès et tous les autres historiens de la conquête traduisirent le titre du chef suprême des nations mexicaines.
^ La portion la plus considérable des intendances de Mexico, Oaxaca, Puebla de los Angeles et Vera-Cruz, était comprise dans les domaines des (rois peuples coalisés.
* Ces conquêtes embrassaient les intendances de Guadalajara, Zacatecas, Valladolid, Guanaxuato, une partie de la Californie, les provinces de Chiapa, Yucatan, Guatemala, Nicaragua et Costarica.
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gnols OU indiens du seizième siècle n*ont pas eu la volonté ou le pouvoir de nous Iransmeltrei Mr. Prescott rassemble sur la population de certaines Tilles et de certains district», pris à part^ les calculs les plus dignes de confiance. Ainsi la république entière de Tiascala, peuplée par une branche de la nation nabualièque*, semble avoir compté 500 000 habitants. ChohUa rassemblait une population de 150000 imes, sinon dans son enceinte, au moins dans sa banlieue. Tènochliilan lui-même, ViWmire Mexico, n'avait, en 1520> pas moins 'de 60000 cheb de famille , ce qui suppose 300 000 habitants ou davantage. Tezcuco, h la même époque^ en comptait 1 50 000 ; et pourtant depuis au moins vingt années, cette capitale de la nation chichimèque était déjà sur son déclin.
Les revenus du trésor aztèque ne s'évaluaient pas en métaux précieux. Toutes les productions du sol et de l'industrie de la métropole et des provinces contribuaient à grossir la fortune du souverain. Les Espagnols n'eurent égard ^ en dressant l'inventaire du trésor de Montezuma^ qu'à ce qu'il renfermait d*or et d'argent en bijoux et en lingots. La quantité du dernier métal n'entrait dans le total que pour une fraction peu considérable. L'or ramassé dans les lavages d'un grand nombre de cours d*eau, par une longue série d'opérations^ dont les mo-r narques de Mexico recueillaient en définitive le principal profit, ne dépassait pas 162000 pesos, égaux chacun à la valeur d'une once d'argent ; le tout répond à trente-sept millions, à peu près, de notre monnaie actuelle.
Le caractère de la civilisation mexicaine se trouve apprécié de la manière la plus judicieuse dans les pages de Mr. Prescott. L'auteur ne se montre ni rebuté par ce qu'elle avait d'étrange, ni ébloui par ce qu'elle offrait d*ingénieux et de brillant. Cette civilisation avait éprouvé de grandes vicissitudes. Après la dispersion et l'oppression des Toltèques , une longue période
' C1avîg«ro écrit NahuaUac, ce qui parait aveu* été la forme la plu» exacte de ce nom collectif.
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d'abaissement intellecluel avait commencé pour les Nahuallèques ; plusieurs connaissanceéjmportantes, plusieurs arts d'une utilité considérable semblent même s'être, dans cet interyalle, entièrement perdus cbez toutes ces nations. La grandeur de Tezcuco (entre les années 1418 et 1510) marquait une nouyelle ère de progrès ; enfin , Ténocbtillan était devenu^ depuis le commencement du seizième siècle^ le principal Toyer de la ci* vilisation recroissante dont la conquête espagnole changea brusquement le caractère # déplaça les bases, et fit couler les pro* duits dans des canaux fout différents.
A ses époques les plus prospères, la civilisation mexicaine fut toujours beaucoup plus matérielle qu'intellectuelle : les arts mécaniques y étaient poussés fort loin, par des individus dont Tesprit sommeillait dans une indolence puérile ou s'abaissait à de grossières superstitions; une police compliquée et vigilante maintenait Fordre dans des masses très-considérables, qui n'avaient pour législation qu'un petit nombre de principes élémentaires, sommairement interprétés, appliqués sans réflexion suffisante et sans appel. L'imperfection radicale des institutions civiles avait ouvert toutes les portes à l'invasion de la féodalité la plus oppressive et du despotisme le plus bumiliant. Envisagée même uniquement sous le rapport matériel, cette civilisation offrait des lacunes presque inexplicables : non-seulement les métaux nobles n'étaient pas monnayés, mais encore on ne trouva cbez les Aztèques aucun système développé , aucun étalon reconnu, de poids et mesures. Le cuivre, tempéré par un alliage d'étain, était employé à la composition de beaucoup d'ustensiles ; et cependant les armes de guerre et de chasse n'avaient guère pour pointes et pour tranchants que des cailloux aigus, des feuilles de schiste affilées, des os de poissons , des coquillages. Les Nahualtèques n'avaient amené d'Asie ni le renne, ni le cheval *; ils n'avaient pas songé à rendre domestique le buffle
* Malgré la rigueur de leur climat, les Iakoules du nord-est de la Sibérie Doorrissent de grands troupeaux de cheraux.
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deÈ prairies dont ils avaient traversé la vasle extension en marchant vers rAnahuac ; Tusage du laitage leur était inconnu ; enfin (et cette considération offre bien plus de gravité), le manque de bétes de somme les avait conduits à dresser des troupeaux humains au métier dégradant de porter les fardeaux les plus lourds ; ce vice^ profondément enraciné dans les sociétés indiennes^ n'est point encore banni de TAmérique espagnole^ où il jSulBrait pour arrêter tout progrès dans la classe la plus nombreuse de la population.
Les développements et la précision du savoir astronomique chez les Aztèques ont excité à bon droit la surprise de leurs conquérants, et l'admiration des juges les plus compétents en semblables matières. Ces Indiens connaissaient la véritable cause des éclipses. Ils avaient calculé avec une exactitude presque parfaite la durée de la révolution annuelle de la terre autour du soleil. « Ils étaient venus à bout de résoudre des problèmes dont la difficulté avait, jusqu'.^ une époque comparativement récente, déjoué les efforts des nations les plus éclairées de la chrétienté*, lo Leur calendrier offrait une grande supériorité non- seulement sur celui des vieux Romains, mais encore sur celui des Etrusques,.et sur le comput réformé de Jules-César.
C'est dans la religion populaire des Nahualtèques que se trouve le côté sombre et vraiment repoussant de leur organisation intellectuelle ou même politique : car l'influence de l'ordre sacerdotal pénétrait, chez eux, dans toutes les relations de la vie privée, et dominait habituellement les pouvoirs séculiers de rétat. Le système primitif de leur croyance était pourtant rempli de vérité comme de grandeur, c ils reconnaissaient rexisience d'un Créateur suprême, maître de Tunivers. Ils rappelaient, dans leurs prières, l'Auteur de toute vie, l'Etre toutpuissanty le Distributeur de tous les biens, invisible, incorporel, informé des plus secrètes pensées qui germent dans le cœur des hommes, le Dieu de perfection et de pureté , sous les ailes
• Voyez BiàL Univ , juin 1843, p. 325.— ' Prescotl, vol. I, page 113.
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duquel $e irouvent le repos et la sécurité/. » Netzahualcoyotl, ce roi de Tezcuco qui présente le caractère le plus noble dans sop ensemble, dont Pancienne race indienne puisse s'honorer', rendait ses hommages à la Cause des Causes, au Dieu inconnu, « Aspirons au ciel, écrivait-il dans ses poèmes dont l'excellence comparative a prévenu l'entière destruction , aspirons seulement au ciel, où tout demeure éternellement, où la corruption ne peut atteindre ! Les horreurs de la tombe ne sont que le berceau du soleil de l'immortalité ; les ombres de la nuit ne font qu'allumer ses astres incomparables. » Un des principaux ministres de la Divinité suprême, Quetzalcoail, génie de l'air, auteur et défenseur de la civilisation humaine , ne recevait pour offrandes que le parfum des fleurs et la vapeur de Tencens. Mais à côté de ces dogmes si propres à ouvrir l'âme des peuples aux influences les plus salutaires et les plus douces, se trouvaient des croyances et des pratiques imbues de la plus exécrable férocité. Ces dernières appartenaient spécialement aux Aztèques. Elles firent, dans la Nouvelle-Espagne, des progrès proportionnés à l'agrandissement graduel du peuple, qui les chérissait comme le sceau de sa nationalité et comme la garantie principale de sa supériorité militaire ; elles avaient atteint, h l'époque de la conquête, le développement le plus effrayant. Les récits que les écrivains classiques nous ont laissés des fêtes de Molooh et de Tentâtes, pâlissent assurément devant le tableau, même le plus adouci, tracé par les témoins oculaires , des hécatombes humaines que les Mexicains offraient sur les autels de Huitzilo^ potchli, le Mars de la ipythologie aztèque, et de TezcaiUpoca . Ces divinités subalternes, dont on croyait, par la répétition presque journalière de ces atrocités, écarter le courroux ou se concilier la faveur, avaient tout à fait relégué dans l'ombre le
• Prescoir, vol. f, page 57.
' Sur Netxahualcoyotl (ou Netzahualcoyotzin) le Salomon de l'histoire mexicaine y roir les détails pleins d'intérêt que Mr. Prescott a rassemblés dans le sixième chapitre de son premier livre : VAge (tor de Tezcuco,
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dogme fondamental du Dieu suprême; le peuple aztèque en bUait rarement mention et jugeait superflu de recourir en aucune circonstance à son intervention.
La direction insensée et Tuneste que dans la pratique avait prise la religion populaire des peuples mexicains, oblige à les placer beaucoup au-dessous de ce que les nations les moins avancées de l'Europe étaient au moyen Age, après avoir reçu les lumières de TEvangile. Mais pour tout le reste^ Mr, Prescott estime que les Aztèques et les Acoihuas ne se trouvaient guère in rérieurs en civilisation aux Anglo-Saxons du temps d'Alfred. L'approximation serait , à notre avis^ plus considérable encore si Ton comparait les Aztèques aux Scandinaves, vers Tépoque qui précéda la conversion d'Olails; ou bien aux Lithuaniens qui corn-* posèrent, au quatorzième siècle, les troupes conquérantes de Mindove, d'Olgerd et de Gbédimyn.
Sous un point de vue diflérent, Mr. Prescott se montre frappé, comme beaucoup d'autres critiques, de la similitude que, dans sa nature et dans quelques-uns de ses résultats , la civilisation mexicaine offrait avec celle des anciens Egyptiens * . Il fait observer, avec cette justesse de coup d'œil et cette générosité de sentiments dont il ne s'écarte jamais , que la race actuelle des aborigènes du Mexique ne saurait nullement servir de terme de comparaison, pour apprécier la valeur intellectuelle et politique des sociétés dont les conquérants espagnols renversèrent , au seizième siècle, l'autonomie et la constitution : c L'Indien d'Amérique a, dans son naturel, quelque chose de particulièrement ouvert aux impressions douloureuses. Il recule par instinct de^ vaut le contact rude d'une main étrangère. Alors même que Tinfluence du dehors parvient à lui sous la forme de la civilisation , il s'affaisse et languit sous cette influence. . . L'énergie de ce peuple est brisée. Il présente l'aspect mélancolique que
* CeUe ressemblance n'est» d'ailleurs, que trés-superficielle, et ne saurait servir de base raisonnable à aucune théorie qui assignerait aux Nahualtèques une communauté d'origine avec les c Enfants de Milzraïm.»
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la conquête inflige aux races subjuguées. La cause de rhuma* tiilé a gagné cerlaineroçnt à celte transformation... Mais la civilisation aztèque était de celte espace robuste qui ne se montre que dans les nouveaux pays. Les vertus sauvages de la nation lui appartenaient en propre : elles ont refusé de se soumettre à la culture européenne, de se laisser greffer sur un tronc étranger * . »
Le récit de la conquête s'ouvre par un tableau très-abrégé de l'Espagne^ telle qu'aux premières apnées du règne de Charles-Quint' cette contrée figurait sur le théâtre de TEurope: elle y tenait peut-être le premier rang. L'autorité de la couronne n'avait pas encore étouffé la représentation politique des ordres de Tétai, dans les différentes portions de cette monarchie récemment unie sous un seul chef. L'action du tribunal de l'Inquisition, bien que violente et sans contrôle, n'avait point encore comprimé le développement intellectuel , enchaîné fénergie mentale d'un peuple doué d'autant de vivacité dans l'imagination que de force dans le raisonnement. Une administration défectueuse à bien des égards laissait pourtant au commerce extérieur, à l'industrie intérieure, les moyeos de s'étendre dans une rapide progression. L'esprit chevaleresque d'entreprise, cet esprit dont Gonzalve de Cordoue^ Christophe Colomb^ Vasco de Gama et tant d*autres hommes illustres , sortis des provinces de la péninsule^ avaient été, durant la génération précédente, les brillantes personnifications, fermentait avec plus d'ardeur que jamais dans le sein de la nation espagnole. Fernand Cortès en ressentit plus que personne le pouvoir. II possédait toutes les qualités que cette disposition d'esprit peut conférer h une nature énergique et d'un ordre élevé , souple et féconde, capable d'une grandeur soutenue, si ce n*est d'une . véritable générosité.
* Livre ï, chap. Il, page 51.
> Cinquième du nom comme empereur, mois premier comme roi de Castille et comme roi d*Arag^on.
« Le récit de ses aventures dans le nouveau monde forme, comme Mr. Prescotl Tobserve, l'une des pages les plus remarquables dans rbîstoire de l'homme. »
Si Ton compare te caractère de Cortès avec celui de Clive*, et si Ton rapproche Tune de Tautre la suite de leurs exploits, exécutés h de si grandes distances de temps et de lieux^ on est frappé des ressemblances multipliées que le conquérant de la Nouvelle-Espagne présente avec le fondateur de rempirebritari^nique dans les Indes Orientales. Tous les deux eurent au même degré la force de résolution, la promptitude de décision, Tiropétuosité d'exécution, qui font reconnaître comme possible et qui assurent le succès des entreprises extraordinaires. Tous les deux surent inspirer à leurs soldats une confiance illimitée , et faire passer dans fâme de toute une armée les convictions, les désirs, l'enthousiasme dont eux-mêmes étaient possédés. Tous les deux imposèrent, d'une manière qui semblait magique, aux nations étrangères au milieu desquelles ils passaient comme d'éblouis* sants météores.' Tous les deux, avec une poignée d'hommes, conquirent des royaumes et dissipèrent des troupes presque innombrables ; tous les deux agirent par leur propre impulsion et sans aucune commission de leurs souverains respectifs ; chacun d'eux remit fidèlement à sa patrie les énormes acquisitions qu'il avait faites en son nom. Clive, comme Cortès, déploya, dans l'organisation d'un nouvel ordre politique, dans la régulation de nouvelles sociétés, des talents aussi rares que ceux qui l'avaient mis à portée de renverser de vieux états, appuyés sur des institutions régulières et sur Pacquiescement des masses, si ce n'est sur leur affection. Enfin Clive et Cortès se plaignirent d'avoir mal été récompensés de leurs services, quoiqu'ils • eussent été élevés aux premiers rangs de la milice et de l'aristocratie terrienne dans les pays de leur naissance. La différence la plus essentielle entre ces deux grands hommes se trouve dans leurs sentiments religieux. Clive était, sur ce point, d'une indif-
* Voyez sur la vie de lord Clive Bibl. Univ., juin 1840, p. 254.
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fiSrenoe pre6<|u6 absolue : jâniéis la propagation de TEvangile fie fut au nombre des rësuttaCs qu'il conçut le projet de rëaliser, ou qu'il supposa possibles^ en faisant passer entre les mains de George II ta puissance échappée aux successeurs d'Âureng- Zeb. Chez Fernand Certes^ au contraire^ le zèle pour la destruction de ridolâlQe et l'établissement du christianisme parmi tes peuples de la Nouyelle-Espagne fut violent ^ aveugle, il est vrai, mais sincère et persévérant. Entre toutes les passions qut se disputaient la domination de cette âme ardente, le zèle religieux semble avoir eu constamment le dessus. Certes se'nom* mait de préférence c soldat de la croix, » et il s'en croyait réellement le champion favori dans le nouveau monde. Avant de livrer bataille à NarvaSz devant Cempoalla, le mot de ralliement qu'il voulut donner i ses troupes fut : Espériiu tanta. Plusieurs fois, pendant les premiers actes du grand drame qui se termina par la destruction de l'empire aztèque, les progrès des Espagnols furent compromis» et leur existence même fut mise dans le plus imminent danger, par la précipitation inconsidérée avec laquelle Certes proscrivit les idoles des indigènes, et sur les ruines de leurs autels arbora le signe du christianisme. La$ Ca^ $m reproche amèrement au héros de la conquête c la folie et la tyrannie qui lui firent imposer le baptême, sans préparation •uflSsante, à tant de milliers d'Indiens , pour qui , de la sorte, la croix ne devenait qu'une idole de plus ^ »
Les autres côtés du caractère de Certes sont exposés par Mr. Prescott avec autant de candeur que de sagacité. Dans ces pages, dont un coloris brillant ne diminue en rien l'exactitude historique, le conquérant du Mexique est représenté comme imbu des convictions, et conduit par les passions de la c chevalerie errante dont il fut peut-être le modèle historique le plus complet et le mieux développé : » brave jusqu'à l'héroïsme ^ persévérant jusqu'à l'obstination, avide de richesses et plus en-
• Hiiioria gênerai de las Indias. Livre !!!> chap. CXVï. Ap. Prescott^ Tol. m, page 439.
cote de gloire; toujours prél^ d'ailleurs, à dissiper pour le service de son pays ou le soulagement de ses compagnons d'armea les Irësors qu'il avait amassés, et dont il ne transmît, en définitive, qu^une petite partie à ses héritiers ; indifférent trop souvent aux souffrances humaines et prompt à verser le sang, mais éloigné de toute cruauté instinctive ; incapable de frapper un ennemi désarmé, et quelquefois même accessible à une pitié généreuse ; enfin, sensible aux plaisirs de Tintelligence, et remarquable par la manière lucide et entraînante^ quoique martiale et sans parure^ dont il a tracé le récit de ses propres actions * .
Charles-Quint est loin de figurer avec autant d'avantage dans rhistoirc de la conquête du Mexique. Ce prince ne prit point de part à cet événement, l'un des plus considérables de son règne, par lui-même, et l'un des plus importants par les conséquences qu'il devait avoir pour l'avenir de la monarchie espagnole. L'expédition de Certes ne fut ni proposée , ni encouragée, ni même connue par la couronne , avant d'avoir reçu son entière exécution. Charles-Quint n'y contribua pour aucune somme, ne fournil à Cortès ni soldats , ni vaisseaux. Lorsque enfin l'attention du jeune monarque se trouva touniée par force sur cet objet, son unique soin fut d^en ajourner indéfiniment l'examen. Plus tard, il désavoua Cortès; et sans la vigueur de ce grand capitaine, l'Espagne aurait vu les indignités infligées a Colomb se renouveler envers le conquérant du Mexique. Après de nouvelles vacillations, le conseil de l'empereur finit par adopter, au sujet de Cortès et de la Nouvelle- Espagne^ des mesures marquées au coin de l'équité et de la bonne politique. Mr. Prescott rend pleine justice aux bons ef-
* Lope de Vega exprime avec beaucoup de bonheur, en deux seuls vers» Topinion générale de ses contemporains sur le grand capitaine dont lui-même avait pu voir la vieillesse, et dont la vie entière avait été une c comédie héroïque, % un drame t de cape el d'épée, > tel que Lope le concevait, c Cesi là, dit-il, l'homme qui a donné une infinité de terres au roi, une infinité d'dmes à Dieu, »
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fets produits par ce cbangcment^ qui remonte à l'ordonnance de Valiadotid, 15 octobre 1522.
Jusqu'à cette époque^ la conduite de Charles-Quint» en d'autres affaires qui le concernaient dé plus prës^ et auxquelles il ne pourait se dispenser d'apporter son intervention person* nelle, n'avait pasëté marquée par plus de Bxité de principes, plus de hauteur dans les vues, plus de clarté dans fe jugement; des favoris flamands , dépourvus de mérite et chargés d'une excessive impopularité, semblaient gouverner le souverain d*une manière aussi absolue que ses royaumes. Charles n'entendait complètement et ne parlait correctement que la langue française ; bourguignon d'habitudes , si ce n'est de cœur, il se sentait également étranger dans' ses états d'Espagne, d'Allemagne et dltalie. Les qualités solides et même brillantes que l'âge et l'expérience des affaires développèrent en lui, ne se montrèrent que successivement y et quelques-unes même asser tard. On peut dire de ce prince , qui tient une si grande place dans la première période de l'histoire moderne, que la fortune fil tout pour lui au commencement de son règne , tandis qu'à la fin de sa carrière il eut tout à faire contre la fortune, pour se maintenir à la hauteur où, dès Tabord, elle l'avait placé. Quand ti reconnut Timpossibilité d'atteindre au but quil s'était proposé comme résultat de ses efforts et comme emploi de sa puissance, il descendit fièrement du trône, et préféra la solitude d'un cloître à la diminution de sa grandeur. Mais ces dernières scènes , remplies d'une noble et touchante simplicité , se passèrent fort au delà de l'époque qu'embrasse la relation de Mr. Prescott. Certes précéda de t1 ans Charles-Quint au tombeau. En 1538, ces deux hommes extraordinaires s'étaient vus pour la première fois, et l'empereur avait honoré, d'une manière également délicate et généreuse, la personne du conque^ rant qui venait d'attacher un nouveau diadème sur son front. Cependant , la politique altière et soupçonneuse de la maison de Habsbourg, ne tarda pas à reprendre le dessus au sujet même
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du «marquis de la ?allée d'Oaxaca *, comblé^ comme il TaTâit été d'abord^ de titres^ de distinctioiu et de richesses ». Certes put k diverses reprises se. plaindre^ au moins avec une appareace de raison, de se Toir dédaigné pour de nouveaux serviteursj et de ce que ses réclamations ne trouvaient qu'une oreille distraite ou prévenue , quand il lui était enfin permis de les porter au pied du trône impérial, c L'espérance saos cesse différée rend le coçur malade ^ » a dit Foracle de tout savoir bu^ main ; et Certes souffrit cruellement de ce bmI , pendael les courtes années de sa vieillesse. Mr. Prescott insère dans TAppendix à son histoire , la dernière lettre écrite par Certes h l'empereur j «lettre remplie d'un profond sentiment de tristesse^ s> comme Vargas Ponce qui l'a tirée de Toubli, dit en une seule parole *, avec un rare bonheur d'expression. En marge de ces pages nobles et touchanles, on lit trois mots, négligemment jetés par une main étrangère ^ : Rien à répondre (nay que responder). Ainsi finirent les relations de Cortès avec Charles- Quint.
Notre aperçu sur le travail de Mr. Prescott parakrait Mrop incomplet y si nous n'iyoutioos pas quelques réflexions au sujet du caractère de Montezuma et des autres prougoni&tes de la nation aztèque, daps sa lutte brève, mais désespérée ,«vec les Espagnols. Le véritable nom du monarque que Cortès trouva sur le trône de Ténocbtitlan était Mociheuzoma, «maître triste ou sévère », appellation qui fut regardée comme.de mauvais augure y quand les malheurs dont lui-même devint la première victime fondirent sur sa nation. Monté au rang suprême à l'âge ' de vingt-trois ans » il avait porté le sceptre avec vigueur, et singulièrement étendu les limites de l'empire ; mais on avait à
* A partir de 1528, Cortès u'est jamais désigné que de cette manière dans les relations de ses contemporains ; mais Diax nous apprend qu'il préférait qu'on l'appeldt simplement par son nom, fierté bien oaturelle» et (l'accord avec le reste de son caractère.
* UtUma y sentidétima Caria de Cortès, '^ Colle du secrétaire d'état Covos.
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lui reprocher une passion immodérée pour la guerre» une produalité qui l'obligeait à employer les eilorsions les plus rigou* reuses pour remplir son trésor, une insensibilité habituelle aux souffrances humaines, et surtout un attachement lanati(|ue aux superstitions sanguinaires de sa nation. La noblesse native de ses manières, la générosité de ses habitudes , et un certain in* stinct de grandeur qui se révébit dans chacune de ses paroles, frappèrent d admiration et de respect les esprits rudes , mais élevés, des Espagnols qui l'avaient contemplé dans la plénitude de sa puissance , qui Tassistèrenl ensuite dans sa captivité , et qui veillèrent enfin autour de son lit de mort. « C'était un grand seigneur », écrit de ce prince barbare le naïf Bernai Diaz, véritable organe de l'opinion populaire dans son temps; «c'était un seigneur de bonnes manières, bien né, généreux, et sachaai bien ce qu'il valait * », Les tergiversations auxquelles il eut re* cours, la pusillanimité dont il fit preuve à l'heure du danget suprême, et qui déshonorèrent les derniers mois de sa vie, peuvent être attribuées en grande partie h ces mêmes supersti^ lions, qui dominaient entièrement son âme, et qui lui firent envisager dans les Espagnols les ministres irrésistibles d'un pouvoir mystérieux contre lequel les efforts humains ne pouvaient entreprendre de lutter. Soldat et prêtre tout i la fois , Montexuma avait oublié le premier de ces caractères, dès l'instant oà. les hommes blancs étaient descendus de leurs navires stir la cête de Tabasco ; mais le second avait gardé tout son empire sur Tcsprit du malheureux monarque , et il ne demeura que trop fidèle au culte de ses ancêtres jusqu'au dernier soupir, qu'il rendit entre les bras des chapelains de Cortès.
Montezuma avait péri misérablement dans la quarantedeuxième aimée de son âge. Cette destinée n'effraya pas Cuiller
* Ed todo parecia gran senor labuena maocray oriança que en
todo ténia ; en (odo era tan bien mirado, que todos \e queriamos con
gran amor. Bernai Diaf, HUtoria de la Conquista. Ap. Prescotli tome II, passim.
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huatzin, ton frère, cl Qumihtemotzin, son neveu, que les Aztèques lui donnèrent successivement pour successeurs. On yîI alors se renouveler des scènes semblables à celles que , dans Ta^niede la nation gothique, les chefs de cette milice intrépide avaient jouées devant l'Europe, attentive aux victoires chèrement achetées par Justinicn et par Narsès. La guerre se fil sans art, sans calculs, sans pitié. Les Aztèques ne songeaient plus qu'à vendre chèrement leurs vies; ils combattaient avec Faveuglement et Tacharnement du désespoir. Dans cette tragédie, Guatemozin} déploya l'énergie sanguinaire et la ténacité demi-sauvage de Totila. Comme ce prince, il ne remit à te% vainqueurs que des ruines encore fumantes, et des sujets exténués par la faim. Mais Guatemozin n'eut pas, comme <c le dernier des Goths », le bonheur de tomber sur le champ de bataille. Les indignités qui précédèrent et accompagnèrent sa mort, laissent une tache indélébile sur le caractère de Cortès. On aime à voir Mr. Prescott, s'élevant au-dessus de la partialité trop habituelle aux écrivains pour les hommes dont ils ont laborieusement suivi la carrière, on aime à le voir flétrir avec une noble indignation cette action abominable de son héros ^.
Il nous reste à parler de Texécution typographique des volumes que nous avons sous les yeux : elle est aussi correcte que possible, et son élégance fait honneur aux presses de New York. Deux portraits de Femand Cortès, un autre de Montezuma , et deux cartes géograpfaiques*accompagnent THistoire de la conquête. Les deux représentations matérielles de Cortès s'accordent mal ensemble, et cette différence ne s'explique pas suffisamment par la supposition qu'elles ont été prises ii deux époques distinctes de la vie du conquérant. J'accorde plus de
* Forme adoucie du mot aztèque ; elle fut employée d'abord dans les rapports officiels de Corlès, et tous les Wstoriens de la conquête root ensuite adoptée.
* Tome 111, pag. *i86 el suivantes.
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confiance, d'après son origine, i celle qui se trouve en léte du tome premier. La physionomie qu'elle présente porte le cachet de la vigueur physique et morale, de l'ardeur et de la détermination ; mais rien de très-élevé, rien d'aimable ni de généreux ne se découvre dans ces traits impérieux et réfléchis. La léte de Montezuma * produit une impression plus avantageuse : l'expression en est pensive , ouverte , et très-noble ; toutefois le caractère indien s'y trouve si peu prononcé» que l'authenticité du portrait m'inspire beaucoup de doutes. Au reste, Mr. Pres«coit Ta tiré de la collection des comtes de Miravalle , descendants du monarque mexicain par Tune de ses filles , dona Leonor, ou dona Maria. La carte do pays traversé par les Espagnols, dans leurs marches successives de la Vera-Cruz sur Mexico ", est un excellent travail , auquel il ne manque que l'indicalion (par un srmple tracé) des itinéraires de l'armée conquérante le long des ce terres brûlantes s> et sur le plateau mexicain. La carte de la vallée de Mexico ' mérite les mêmes éloges pour la netteté de son exécution , et pour le soin avec lequel les dénominations indigènes s'y trouvent rétablies dans leurs véritables formes , rapprochées de celles qu'elles reçurent de la bouche des conquérants.
* En tête du tome IL
■ Tome l**", yis-à-yis la page xxxir.
* Tome li, vis-à-vis la page xviîi.
YOTAGB DU DUC DE ROHAN FAICT EN l'AN 1 600, EN ITALIE, ALLEAIAIGJNE, PAYS-BAS UNI, ANGLETERRE ET ESCOSSfi. Amsterdam^ 1646, chez Louis Elzevier ; in*1 8^ de 256 pp. (Secood article.)
Ea panant de l'Allemagne sur le territoire des Province»* Unies, notre jeune voyageur n'a fait géograpbiqueroenl qu'un pas ; mais la dislance morale qu'il vient de franchir est considérable; tout change autour de lui, et sa narration s'en ressent. Ici nul monument qui rende le passant curieux et at^* tentif; presque toutes les villes sont de fondation récente; ; vouloir découvrir d'antiques traditions, de vieyx souvenirs, serait une tâche plus que stérile. Ici la nation seule est tout : le pays est misérable , mais le peuple est grand , et il a con* traint le pays par des prodiges d'énergie à servir sa grandeur ; il sort jeune et plein de sève de celte terre ingrate , et bientôt sur les marécages d^hier il déploie, aux yeux de l'Europe étonnée , l'élégante ceinture de ses villes , et, sur l'Océan, la forêt toujours croissante de ses mais victorieux. Un tel spectacle ne pouvait laisser Rohan sans émotion ; il admire volonliers ces intrépides marchands; d'ailleurs ce sont ses coreligionnaires, et les amis naturels de la France ; si les deux pays ont échappé à la politique de Philippe II , ils se doivent mutuellement de la reconnaissance pour les services qu'ils se sont rendus.
Rohan commence par se demander la cause de ce la merveille de ce pays. » Il la trouve dans le commerce, qui lui paraît la plus ferme garantie de la civilisation.
€ Ce n'est pas chose étrange , qu'en un bon pays il s'y voie
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09$ riçbettes ti belles Tilles , el un nombre infini de peuples ; pour ce que ^ s*il ne s*y engendre atseï , sa ferUlité cause lei étrangers du pays inferlilc d'y venir babiter ; comme il se lir par les bisloires, qu'ont fait tous ces peuples septentrionaux , qui ayant produit plus de peuple que leur pays n'en pourait nourrir^ ils Tenaient cbercher Tbabitation en Italie, en France et ailleurs , ce qui me fail conclure que suivant la beaulë du pays il se doit plus peupler^ enricbir et embellir. Hais j'ai vu le contraire en ces Pays'^Bas ( particulièreroenl en Hollande , comme je le dirai en son lieu) , qui sont infertiles, n'étant pas suffisants pour nourrir le quart du peuple qui y est , et qui ce» pendant en ricbesse , en abondance d'habitants et en quantité de belles villes, surpassent quelque pays que Ton se puisse ima« çiner. La seule raison de cela, ce me semble, est le trafic^ plus grand en ce pays^là qu'en lieu du monde. Par cette même raison y les inondations des septentrionaux qui ont été du temps des anciens Romains, et même de celui de ta décadence de Teropire, ne se voient pliu, depuis que le trafic a été bien connu; et bien entendu partout. »
La Frise est la première des Provinces*Unies que traverse notre voyageur. Ses habitants^ qui y sont établis depuis la plus haute antiquité, furent assujettis d'abord aux Romains^ puis atu Francs , dont ils secouèrent la domination pour se donner à un duc de leur choix, c Ils vinrent à la connaissance de la religion chrétienne du temps de Charles-Martel , puis Charle-' magne les trouvant inconstants au christianisme les conquit; a depuis lors ils suivirent la forttme de la Hollande, passèrent atix maisons de Bourgogne et d*Âutriche pour être rendus h l'indépendance sous le règne de Philippe II, ce lequel, non i l'imi* tation de Charlemagne , qui pour les remettre en la foi chétienne les conquit, mais tout au contraire leur voulant ôter des cœurs la vraie religion par brûlements et cruautés extraordi-^ naires, les perdit, étant maintenant libres et unis aux sept autres provinces, qui se maintiennent contre ce tyran avec beau-