VOYAGS DU DUC DR R0HA9, BM HOLLANDE
coup d'ordre et de police. Quant a la beauté du pays , il conflate pour la plupart en piiure ; et outre la coooiaiodtté des canaux artificiels qui facilitent le transport de leurs marchandises^ il s'y Toit encore un grand don de Dieu, qui est qu'ayant faute de bois là et par toutes les provinces des Pays-Bas , ils ont trouvé en beaucoup de lieux que de mauvaise terre et infertile^ qui ne produit que des bruyères , leur sert , étant coupée et séchée au soleil Tespace de quelques mois, pour brûler. Ce qui à la vérité rend un fort bon feu. Ce pays, dis*je, fort petit, où il ne croît que bien peu de blés, nuls vins, nuls bois, et tout ce qui sert pour la vie humaine y est apporté du dehors, n'est si dégarni d'habitants, qu'il n'y ait 12 villes fermées, et quelque 490 villages »
La première de ces villes est Groningen , c ainsi appelée de Grun, gentilhomme troyen ou (comme dit Munster) gentilhomme français. » Les évéques d'Utrecht la possédèrent, puis les ducs de Gueidre , puis Charles - Quint ; ce enfin le comte Maurice la prit sur le feu roi d'Espagne Philippe II, par un siège des plus beaux qui se soient faits de notre temps, et certes très -digne d'un si gentil capitaine. Encore que cette ville ne soit assise dessus aucune rivière de marque , la promenade de la mer et la planure du pays où elle est , a ouvert le moyen de faire plusieurs canaux par le pays et dans leur ville, qui la rendent extrêmement commode et marchande : d'où provient sa richesse qui convie les habitants de la bien bâtir, comme il se voit qu'à vue d'œil elle s'embellit de belles maisons. La sûreté qu'ils prennent de leurs bonnes fortifications ne nuit encore à cela. Mais la citadelle qu'ont bâtie les états ne leur plaît point, parce que outre la haine ordinaire qu*ont tous les peuples de se voir bridés par là , ceux-là sont des plus séditieux. A quoi les privilèges qu'ils ont, séparés de la Frise, ne leur diminuent point le courage....
« Comme il m'est difficile bien souvent de trouver l'origine de beaucoup de villes pour leur antiquité, je me trouve main-
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lenaiU aussi empéohé de la savoir de cdies ici par raison eon^ traire. Car elles sont si modernes qu'aueon historien on auteur que j'aie pu rencontrer n'ont encore été curieux de la rechercher : connue Lewarden , qui est la ville capitale de Frise , de laquelle je ne puis dire autre c^ose, sinon que c'est une fort belle et grande Ttlle , ornée de quantité de beaux canaux , de belles maisons assez semblables les unes aux autres , et de rues fort droites et larges, ce qui montre bien qu'elle n'est pas fort ancienne. .... »
Le duc ne s*étend guère davantage sur Franccker et sur Harlingcn. « Voilà la dernière ville que je vis en Frise > d'où je m'embarquai pour aller voir la Hollande , qui est la meilleure province des Etats*Unis.
« Ce petit pays de Hollande m'a apporté autant de merveille que chose que jVie vue en mon voyage; quand jo considère qu'il n'a que 60 lieues de circuit , et qu'en icelui il se voit 29 belles villes (entre lesquelles les six principales : Dordrecht^ Harlem^ Delfi , Leiden , Rotterdam et Amsterdam sont compa* râbles aux plus belles villes, qui se voient , tant en richesses comme en nombre de peuple et beaux édiâces) et 400 villages. »
Cependant le duc ne laisse pas de se plaindre du sol plat^ marécageux et déplaisant sur lequel tant de belles choses ont été édifiées ; il en parle même d'un ton quelque peu raiHeur : « Pour conclusion j celui qui pensera recevoir grande félicité de demeurer en ime terre plus basse que la mer^ qui soit Tfaiver un glaçon universel, et Tété un marais continue^ et à qui les fruits soient fort contraires, qu'il vienne se tenir en Hollande ; je m'assure qu'il n'y manque rien de ces commodités.
« Après Venise , je ne vois point de ville plus admirable qu'Amsterdam , qui même lui ressemble en beaucoup de choses en son assiette. Et encore qu'elle ne soit située toute dans la mer, toutefois en étant une bonne partie circuite , et l'autre si marécageuse, avec quantité de larges canaux autour et dedans la ville, elle ne laisse pas d'en approcher en rojssemblance.
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Elles sont totttes deux bâties uiiiYerselleinent sur pilotis. Venise est fort ancienne , Amsterdam assex nouvelle. Mais pour cela peu de villes en la cbréUenté les égalent ou approchent en ri« cbesses et en beauté. L'une et Taulre, comme républiques, sont magnifiques en édifices publics; toutes deux fertiles h produire de bons ouvrkrs, particulièrement des peintres. Bref^ je n# trouve riçn en l'une qui n'ait beaucoup de conformité en Tau* tre ; sinon que Venise est le chef de cette belle république qui est la plus florissante de l'Europe^ Amsterdam n*est de la sienne
qu'une bien petite partie Elle est extrêmement accrue^
embelKe^ enrichie et fortifiée depuis qu'elle n'est plus sous le roi d'Espagne ; pour ce qu'étant devenus en ces côtés les plus forts sur la mer, ils ruinent tout le trafic d*Anvers et en ac* croissent d'auiant le leur. Et à la vérité c'est chose incroyable i qui ne la voit, qu'en une seule ville il s'y trouve par fois trois ou quatre mille navires^ et y arrive deux fois l'année des flottes de quatre à cinq cents , les unes venant de devers Dantzic , chargées de blé, les autres de France et d'Espgne chargées de vin et de sel , et outre cela un grand nombre va aux Indes et pays découverts depuis peu. De façon que de cette dite ville partent des vaisseaux qui continuellement vont par tout le monde. Quant au reste de la beauté d'Amsterdam, outre cette superbe futaie de mâts de navires qui s'y voit ordinairement au port, et dans le grand canal qui passe au milieu, elle est ornée de beaux édifices publics, comme de la maison de ville, beaux hôpitaux et bien entretenus, diverses maisons publiques pour les orphelins, enfants désobéissants, pauvres garçons et filles qui, étant sans aucun moyen, apprennent aux dépens de la ville des métiers auxquels ils passent le reste de leurs jours sans nécessité, pour les fous (desquels il se trouve assez grand nombre en ce pays-là) un bel hôpital, tout entouré de canaux, où sont fais les pestiférés quand il y en a. Ornements qui sont envers Dieu et les hommes fort louables.»
Passant ensuite à Harlem, le duc lui assigne une étymologie as*
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jei biiarre : € Le nam Tienf^ dil^il, d'un gentilhomme (cdui-ci ii*ëtak pas troyen) nommé Heer Lem, c'est<^à-dire Monsieur Lem> qui U fonda. » EHe est située beaucoup plus aTantageusement que fes autres tilles delà même protince^ et réclame pour elle Hn^ mention de l'imprimerie, c Malgré que j'aie remarqué en ce que j'ai écrit de la rillede Mayence, que l'imprimerie y avait été in* ▼entée^ toutefois il n'est pas raisonnable déceler le dire universel de cette ville (Harlem), témoigné aoéme par plusieurs historiens^ que la dite imprimerie avait été inventée par un de Harlem^ lequel mourant auparavant que de la mettre en lumièrCj son valet prit tous les caractères et les porta i Mayence, où elle fut pre^ miërement vue et pratiquée, et à la vérité ces gens du Pays-Bas sont fort ingénieux. ... Je veux que Harlem serve encore d'exemple pour montrer l'infidélité et cruauté des Espagnols, en étant piqué d'une juste douleur ; car après qu'ils eurent soutenu un très4ong siège, avec Taide particulièrement de cinq ou six cents Français qui y avaient été mis^ après toute extrémité ils se rendirent au duc d'Albe^ la vie sauve; lequel contre la foi promise, et d'une cruauté plus que barbare, les fit tous désarmer et tuer de sang-froid dans la grande église , sans respecter le lieu , ne craignant point pour une si belle œuvre de polluer leur temple; eux, dis-je , qui par hypocrisie le rebéniraient s'ils savaient qu'un de la religion y fût enterré. > '
« Je tiens La Haye être aussi remarquable et aussi rare que chose que j'aie vue en mon voyage, non pas pour son assiette, qui encore qu*elle soit la plus belle de la Hollande pour y avoir Un beau bois de haute futaie, et le pays nullement marécageux, il s'en voit beaucoup d'autres qui la surpassent ; mais pour être le plus beau , le plus grand et le plus riche village de la chrétienté....» Guillaume, comte de Hollande, y transporta sa cour qui était auparavant 2i Gravesande ; il y bâtit c un fort beau château où demeure maintenant le comte Maurice. Il s'est depuis embelli et enrichi de plus en plus, et s^y voit 3000 maisons pour le moins, entre lesquelles il y a une grande quan-