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A un port nommé Harwîcb , de fort difficile accès et fort peu connu de nos mariniers. Enfin , par la (pr&ce de Dieu , nous y arritâmes sans danger. Le bénéfice que je reçus de ce lieu pour nous aYoir recueillis en si grand danger^ mérile bien, encore que ce ne soit une Tille, que je la mette de ce rang-là en prenant la peine den écrire ce que j'en ai pu apprendre. » Malgré toute sa bonne volonté de célébrer un lieu qui avait si bien mérité de lui, le duc ne trouva rien à en dire si ce n'est que le nom saxon signifie por/ assuré; nom auquel il ne peut souscrire, vu qu'il est justement entouré de deux bancs de sable pea rassurants pour les navigateurs.
Il consacre ensuite quelques lignes à Ipswich et à Colchester. « Mais c'est trop s'amuser sans venir à Londres, ville ca« pitale d'Angleterre, comparable avec les phis grandes, les plus riches et tes phis peuplées de la chrétienté. C'est pourquoi laissant là tous ces petits villages au prix d'elle, je viendrai à sa d'escription.
« IF est tout certain que celui qui considérera l'assiette de la viHe de Londres, ne peut qu'il ne la trouve extrêmement belle; car elle est bâtie en fort bon pays, tout au long de la rivière de la Tamise, qui est fort grande et belle, à 45 ou 50 milles de la mer, de quoi toutefois elle reçoit la même commodité que si elle était assise sur le bord ; car les vaisseaux de 500 à 600 tonneaux viennent jusqu'à la ville, de façon qu'il ne. se peut choisir en Angleterre un lieu si propre que celui-là, tant pour la beauté et bonté du pays que pour la commodité du trafic. Aussi il y a si longtemps que ce lieu a été choisi et habité, que son commencement nous est inconnu. Ce qui nous doit comme assurer de son antiquité, joint le témoignage d'Ammien Marcellin qui, de son temps, il y a environ 1 200 ans, lui donna ces deux épithètes d'ancienne et marchande. Quant à son nom, il ne nous appert aucunement qu'il ait changé ; seulement , selon la diversité des nations qui l'ont possédée, quelque lettre s'y ajoutait, ou^ selon la langue, la prononciation était un peu chan*
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gée ; ce qui ne Taut pat la peine d'élre écrit. Les historient d'Angleterre affirment qu'elle fut close de muraillei par Cona* tantin à la requête de sa mère. Encore que ce pays ait souvent change de peuples, toutefois les villes ne s'en sont pas beau* coup ressenties ; car il n'y a dans tout le royaume guère de places fortes ; c'est potirquoi toutes les guerres qui y sont se terminent en peu de temps et par bataille. Cela est cause en partie de la richesse des villes, el particulièrement de celle-ci : laquelle s'est sauv<^e par ce moyen d'être saccagée , brûlée el rasée, et de tant d'autres mutations que souffrent ordinairement celles qui ressentent (elles afflictions survenantes des sièges...» Le duc rappelle ensuite les principaux édifices qui embellissent cette capitale. Voici quelques détails qui ne sont pas sans in* térét.
« La Bourse, ou change royal, est fort superbe , laquelle fut bAtie par les marchands Tan 1567. De plus, il y a 120 églises, entre lesquelles celle qui est dédiée à saint Paul, et qui est ta métropolitaine, est un aussi grand et superbe édifice qu'on voie guère de celte nature. Elle fut premièrement bâtie par Egelbert roi de Kent (qui n'est maintenant qu'un comté), et depuis, en Tan 1086, elle fut fort embellie. Sa longueur est de 650 pieds, sa largeur de 130, et la hauteur du clocher est élevée de terre de 27 Oy outre la pointe qui y était autrefois, encore élevée de 274 ; mais ayant été abattue par la foudre deux fois, l'une Tan 1087, l'autre l'an 1561, Ton s'est lassé enfin de la refaire... »
Avant de quitter Londres, Rohan nous apprend le vrai motif de son voyage en Angleterre.
c Si j'eusse voulu avoir la même curiosité en cette Ile comme j'ai eu au reste de mon voyagé..., ma peine eût passé mon cod* tentement, et j'eusse suivi, au lieu d*une louable curiosité, une pédantesque recherche. Aussi n'eussé-je jamais été en Angle-* terre et Ecosse pour ce sujet, si un plus digne ne m'y eût mené. La vue des deux cours de cette Ile en a été Foccasion ; OÙ l'on ne peut aller sans voir, tant au gouvernement qu'aux
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nceurs parcioulières de chacune, des cbose» dWerses dei nitrcf , ou vertueuses afin de les imiter, ou vicieuies afin de les fuir ; car autant de fois que vous changes de pays, autant trouvez-* TOUS de diverses humeurs et par conséquent diverses sortes de gouvernements, tant en général qu'en particulier, pourvu que vous distinguiez reztérieur d*avec Tintérieur du général. Car, si vous ne regardez qu'au dehors, toutes monarchies ne sont gouvernées que par un homme , toutes répuhliques par plusieurs.' Mais, si vous regardez au dedans, je dis qu'il y a une dissemhhince très-grande du gouvernement de chaque royaume ou répuhlique de la chrétienté (car de plus loin je n'en puis point parler que sur la foi des livres) ; et tel sera docteur passé pour les affaires du gouvernement d'Espagne, qui ne serait qu'un âne, du commencement, venant en France ; et ainsi en est-Il des autres royaumes. Tout de même, le plus savant et le plus habile de la république vénitienne se trouverait fort eod'» péché et fort ignorant à gouverner celle des Pays-Bas; c'est ce qui doit être plus le but de ceux qui entreprennent des voya* ges^ que de considérer les autres choses... »
Rohàn vit doilc la cour d'Angleterre, ail visita la sérénissime reine Elisabeth, 9 comme dit l'auteur de son oraison funèbre ; mais malheureusement la relation de son voyage est absolument muette sur ce point. Pas le moindre détail, ni sur la cour, ni sur la reine.
En quittant Londres, le duc se rend directeaient en Ecosse ; il ne dit que quelques mots dés villes qu'il rencontre sur son chemin.
L'article de Stanford renferme un trait dirigé contre le chevalier Robert Cecil, et qui montre qtK « pendant son séjour h la cour d'Elisabeth, Rohan avait pris parti pour le comte d'Es'*» sex. Ce trait, d ailleurs, n'est rien moins que de bon goût ; c'est une mauvaise épigramme perchée sur un calembour.
« De Huntington je vins à Stanford, ville assez plaisante et assise en très-bon pays. Comme j'ai trouvé en beaucoup d'a«*