VOYAGR DU DUC DE ROHAN, KR HOLLANDE
très tilieii des antiquicës di^jnes d'être remarquées, je trouve ea celle-ci la nouveauté d'une maison qui ne se doit point oublier. C'est celle de celui qui, depuis la mort du duc d'Essex, a bien succédé non à sa vertu, mais à gouverner l'Angleterre ; lequel, à la vérité^ est de race sinon ancienne , pour le moins des grands saigneurs, car le père de son grand-père était boucher du dit lieu. »
Arrivé à Berwick, limite de l'Ecosse, le duc rappelle que cette ville, après avoir été longtemps disputée entre les Ecossais et les Anglais, est enfin demeurée à ceux-ci. <t Mais cette reine d'à présent Ta faite fort bien fortifier à la moderne, et y tient une forte garnison. C'est ce qui y est de plus remarquable... Voilà ce qu'un voyage de huit jours, précipité et en poste , m'a permis de pouvoir remarque^ sur ce chemin. » Huit jours, et en poste, de Londres à. la frontière d*Bcosse! Que les temps sont changés !
Rohan visita la cour d'Ecosse dans un moment singulièrement dramatique. Le roi Jacques éiait à la veille de passer roi de la Grande-Bretagne en unissant l'Ecosse à l'Angleterre, et le malheureux prince, qui fut depuis Charles T', venait au monde. Le jeune duc prit une grande part aux joies et à l'espoir de la royale famille ; on s'en aperçoit aisément à son récit, qui est empreint d'un sentiment tout particulier de reconnaissance et d'affection pour ses hâtes, mais on le sait plus particulièrement encore par ce passage précieux de son oraison funèbre : <c De là, il alla vers le sérénissime Jaques, lors roi d'Ecosse, et depuis monarque de la Grande-Bretagne. Il fut reçii de lui comme prince de son sang. Il l'entretint en sa cour avec tant de démonstrations de bienveillance , que jamais il ne lui voulut permettre de s'en aller que la reine sa femme, lors enceinte, ne fût accouchée , et que , au saint baptême, il ne fui parrain de l'enfant. C'est le sérénissime roi Charles I qui, aujourd'hui, règne heureusement (!) en la Grande-Bretagne. Ledit roi trouva tellement à son gré Tesprit du duc de Rohan poui^
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plusieurs raisons^ et pour mêmes inclioations qui éluient en eux h Tëtude des bonnes sciences èsquelles le duc de Rohan était très-accompli ' . »
En écrivant sa relation, le modeste jeune homme est en« core confus et exalté tout ensemble de l'accueil du roi Jaques. Il en lait tous les détails ; il ne dit pas un mot de la circonstance du baptême de son royal filleul ; mais sa gratitude n'écbte que mieux sous l'embarras de son langage^ et dans sa phrase qu'il surcharge à plaisir^ comme pour lui donner le poids et l'ampleur de son admiration reconnaissante, a Si l'affection qu^on porté naturellement à un pays ^ joint aux obligations qu'on en reçoit, non d*un particulier mais de tout en général, doit induire ma plume h en écrire du bien, l'Ecosse surpasse non-seulement tous les autres pays que j'ai vus, mais même me convie de l'égaler en cet endroit à ma nation. Si en tout le reste de mon voyage , qui est presque toute la chrétienté (j'en sépare la France), j'ai manqué de sujet de parler des princes véritablement et bien tout ensemble (qui a été l'occasion de m'en faire taire jusqu'à cette heure), et que cette Ile de Bretagne, non toute l'Ile , mais la plus petite et stérile partie s'en trouve plus fertile qu'aucune autre nation, et m'en fournisse , au lieu d'un, deux sujets, non deux sujets, mais deux lùiroirs de vertu*; desquels tout le monde , chacun selon son sexe , doit prendre exemple, mérite-t-elle pas d'être honorée ' ? Je n'en parle point par une passion particulière, ni pour les honneurs et courtoisies que j'en ai reçus, plus grands que je ne méritais, mais pour ce que la vérité parle d'elle-même ; car où voyez-vous aujourd'hui des princes lesquels, pour la plupart, n'accommodent la justice, les lois du royaume, et par conséquent leur conscience à leur utilité, et qui n'abondent en viceà par-dessus leurs sujets autant qu'ils devraient être vertueux par-dessus eux (car le prince
* Voyez Biàl. Univ., juillet 1^44 (vol. LU), p. 48, la note.
' Le roi et la reine.
^ CeUc période est encore d'une Allure étonnninmenl latine.
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est l'exemple de son peuple) ? Certes^ si nous considérons par« Uculièreroent la façon de vivre publique et particulière du roi d'Ecosse^ ses mœurs^ ses actions, Texcellence de son esprit, son savoir et son éloquence, nous le jugerons digne de gouverner son royaume et beaucoup davantage. Aussi semble-t-il que Dieu l'ait envoyé en un temps fort remarquable , ayant accoutumé ordinairement de donner de grands personnages à un pays , quand il veut changer d'une main en une autre un état; or, maintenant nous sommes sur la crise de celui d'Angleterre, et ce qui me fait juger que c'est plutôt le roi d'Ecosse que nul autre qui doit être exécuteur de ce que Dieu veut fiiire en icelui^ c^est son bon droit, ses rares vertus, sa proximité.... C'est par lui quUI veut le changer et le remettre en une main ^Dieu veuille que j'en sois prophète) qui réduise toute cette belle Ile de la Grande-Bretagne (chose encore jamais advenue) sous un même Dieu, une même foi, une même loi, un même roi. :» Mais le jeune auteur ne tarde pas à baisser le ton , étonné de s'être permis des considérations aussi relevées. «Mais que fais-je? je m'éloigne de mon premier dessein pour m'élever à un si haut que ma capacité ne me permet de le comprendre, encore moins de Téclaircir : toutefois j'aime mieux une chute honorable qu'une poltronne crainte de monter ' . x>
Après ce préambule, le duc esquisse rapidement, d'après Buchanan, les origines de l'Ecosse ; puis il s'excuse d'être fort bref sur la description des villes.
* 11 ne faut pas oublier que c'est de Jaques VI, roi d'Ecosse, que Rofian pat4e en ternes si magnifiques. Jaques jouissait alors d'une grande réputation de sagesse qu'il devait surtout aux conseils de son ministre, le chancelier sir John Maitland. Appelé sur un plus grand théâtre, et devenu roi d'Angleterre, Jaques fut loin de répondre à la haute opinion qu'on avait conçue de lui. Toutefois il faut reconnaître que la plupart des historiens, dans leurs jugements sur Jaques I*', se sont montrés d'une rigueur excessive, et qu'on a pu dire avec vérité de son règne : «que s'il ne fut pas brillant, il fut du moins heureux.» {Précis philos, elpoin. de VHisl. d: jéngleterre .)
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« A la yiérïié, dit- il, je ne puit prendre la peine ni la curiosilé à la description particnlière desTÎlles que j'ai fuesen Ecosse (qui sont en petit nombre), que j'ai pu avoir à celles d'Italie ou des Pays-Bas ; parce qu'il ne s'y voit ni de anperbes édifices, ni d'antiquités remarquables, ni choses dignes d'être écri« tes ; et même les origines d'icellesen sont écrites si diversement par leurs auteurs, que Ton n'en saurait faire son profit;. de façon que ce que j'en dirai sera plutôt pour ne me montrer ingrat aux lieux oà j'ai fait si bonne chère, et pour me donner une souvenance de la courtoisie que j'ai reçue des étrangers ; car, comme il n'y a rien de si vilain ni de si punissable que la mé-> connaissance des bienfaits, honneurs et faveurs qu'on reçut > aussi n'y a-t-il rien qu'une généreuse âme doive garder si impatiemment que telles obligations, sans s'en revàncber au double, ni qui en doive non-seulement rechercher les occasion» , mais les faire nattre. 3»
Les remarques sur Edimbourg ieront Comprendre à quel point cette ville est changée aujourd'hui.
-«Edimbourg, assise dan) une contrée riante et couronnée par un chAteau inexpugnable, est une ville très-peuplée et très^prospère.... Quant 3i la grandeur de la dite ville, elle peut avoir de long mille pas, et quatre ou cinq cents de large, où il n'y a rien de beau que la grande rue qui va d'un boul de la dite ville i l'autre, et qui est, outre celte grande longueur, fort large et fort droite. Pour les édifices, ils ne sont pas fort somptueux, car presque toutes les maisons ne sont faites que de bois ; mais en récompense elles sont si pleines, que je crois qu'il ne se peut voir ville si peuplée pour la grandeur que ceUe-ci. Elle est beaucoup plus marchande qu'aucune autre de tout le royaume. Aussi serait-ce contre toute raison si elle ne Tétait; car pre«> mièrement elle est assise au meilleur pays d'Ecosse , comme le témoignent même plus de cent maisons des gentilshommes, qui se volent deux lieues à la ronde seulement ; puis c'est le plus ordinaire séjour de toute la cour. La dernière et meilleure rai-