‹ Bibliothèque universelle de GenéveChapitre 52 sur 93 · VOYAGE DU DUC DE HOUAV, ES HOLLANDE · texte numérisé non relu

VOYAGE DU DUC DE HOUAV, ES HOLLANDE

son, c'est qu'un des meilleurs ports de toute TEcosse n'est qu'à luie petite demi-heue d'elle (Leitb). »

Le duc rappelle ensuite le mémorable siëge que les Français soutinrent dans Leitb (1568), « qui fut fort bonorable pour notre nation, dit-il, et fort profitable pour Tëcossaise, pour ce qu'ils arrêtèrent non-seulement la furie des Anglais devant cette méchante place (avec autant d'opiniâtreté et de courage qu'il . se pourrait faire), mais aussi sauvèrent tout le royaume. Ce qui servfra do témoignage que ces deux nations, la française et Té-; cossaise, se sont donné secours réciproquement, depuis 872 ans qu'il y a queTaHiance faite par Cbarlemagne avec eux dure, sans jamais avoir, été violée, ni même altérée. >

Roban s'arrête ici avec une complaisance marquée sur trois ch&teaux qui lui fournissent l'occasion d'exprimer de nouveau ses sentiments aflectueux pour la famille royale.

a Plusieurs raisons m'ont fait parler de quelques lieux que ni leur beauté ni leur antiquité ne me rendaient recommandables; seulement j'y étais incité par de petites considériitions qui me donnaient envie d*en avoir quelque souvenance. Kntre lesquels ces trois petites villes, à savoir Lescow, Stirling et Dumfermliiie seraient de ce rang, et suis obligé de les remarquer, si ce n'est à cause de leurs origines et de leurs beautés, pour le moins pour €0 que j'y ai vu de digne dedans- En la première, ce fut la fille du roi d'Ecosse qu'on y nourrit, qui est belle et bien jolie ; en la seconde, son fils qui promet tellement d'être un jour aussi bien héritier des vertus de son père que de son royaume, que ce lieu où il prend sa nourriture en sera à jamais remarqué ; et en la dernière, la reine d'Ecosse, princesse en qui la vertu et la beauté ont telle concurrence, qu'elles ne

se veulent céder Tune à l'autre Voila ce que je vis en ces

trois lieux sus-nommés de plus remarquables ornements, certes, autant dignes d*en parler que des plus beaux palais du monde. . . . Je pense que ce me serait faire une trop grande faute si ayant reoherobé si curieusement telles antiquités (les statues), qui

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ne sont que représentations et modèles immobiles, je mettais en oubK les originaux, lesquels par Tespërance que me donnent les uns de ce qu'ils seront un jour, et la connaissance que j'ai des autres de ce qu'ils sont maintenant, seront , comme je crois, les plus remarquables témoignages que notre siècle laissera à la postérité »

Il y a, sans doute, quelque chose d'alambiqué dans ces compliments, mais le sentiment qui les dicte n'en est pas moins vrai. On n'arrive pas tout d'un coup à l'expression simple de ce qu'on sent, et la jeunesse s'en éloigne volontiers pour se perdre . dans les nues. Au fond, Roban est d'une extrême simplicité, quand on le compare à l'exagération de ses contempor«iina dans des occasions pareilles. Du reste, peu importe ici le mérite de la forme ; c'est le fait lui-même qui attache et appelle la réflexion. Cette fille du roi d'Ecosse, c'est la princesse Elisabeth, mariée depuis à cet électeur palatin si rapidement précipité du trône de Bohême ! Ce fils qui promettait tant, c'est le prince Henri, dont la fin prématurée fit passer la couronne à Tinforluné filleul de notre jeune duc, qui, luimême, après une carrière glorieuse, mais horriblement traversée, se vit réduit à aller chercher la mort sur, un champ de bataille !

Rohan prend congé de l'Ecosse en ces termes : « Si j'ai trouvé ce royaume stérile à apporter ce qui est requis et nécessaire à la vie humaine, je Taî trouvé fort fertile à produire gens vertueux; car outre la noblesse que j'y ai connue, pleine de civilité et do courtoisie, il s*y voit quantité de gens fort doctes, outre la valeur générale à toute cette nation, et la fidélité telle que nos rois de France en ont composé la garde de leur corps. d

Après être revenu à Londres, le duc s'arrête à Rocbester, <c ville plus remarquable, dit-il, pour contenir l'arsenal maritime de l'Angleterre que pour son antiquité et beauté..... Cet arsenal contient 35 ou 40 vaisseaux de guerre, si bien faits, si

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bien entretenus et si bien garnis d'artillerie et de tout oe qui leur est nécessaire^ que je tiens que c'est un des plus beaux cabinets de guerre que la grande .mer océane possède.... c'est la plus glorieuse force de tout ce royaume et la plus redoutée de ses ennemis : car par icelle il «^est acquis une merfeilleuse autorité sur la mer i comparaison de ses Toisins beaucoup plu» puissants qu'eux par terre »

De Rochester il se rend à Gantorbery, puis i Douvres, oà il doit s'embarquer, et où l'impatience de revoir la terre natale le saisit. « Ce n'est pas, dit«il, que je n'aie eu un extrême contentement de toute ma pérégrination ; mais ne l'ayant commencée que pour la finir, c'est une cbose naturelle de se réjouir d^acberer ce qu'on commence à cette intention.» Il ne laisse pas d'ajouter quelques mots sur Douvres, puis il conclut ainsi:

« Voilà ce que j'ai pensé digne d'être remarqué aux lieux que j'ai vus de l'Allemagne, de l'Italie, etc., lieux oà je me suis promené l'espace de vingt mois; car, d'ajoujer les vUlet de France par où j'ai passé pour revenir jusqu'à Paris d'où j'étais parti, je penserais contrevenir à ce que j'ai proposé au commencement de cefte description, laquelle je n'ai faite que pour suppléer au défaut de ma mauvaise mémoire, mais ce serait trop m'en accuser , si j*y ajoutais la beauté et Torigine de ces dites villes.» Pourtant il ne peut se décider i passer sous silence deux d'entre elles : Calais , qui a si souvent vu aux prises les deux peuples que la Manche sépare, et Amiens tout récemment illustré par un succès de la France contre l'Espagne. Le jeune guerrier ne peut parler de sang- froid de ce brillant fait d'armes de la reprise d'Amiens, auquel il a pris part. <c Ce dernier siège qu'a fait notre roi, l'an 1596, est plein d'admiration, pour avoir pris cette place des plus grandes et des plus fortes de ce royaume, y ayant pour la dé*^ fendre quatre ou cinq mille hommes de guerre, trente pièces

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de canon, de quoi tirer pluf de cent mille coups, et outre cela une année de plus de vingt mille hommes qui vint pour la secourir avec trente-cinq pièces de canon ; prise, i la vérité, émenreillable et miraculeuse a tout autre, hormis à notre roi et aui Français, exploit qui doit être remarqué de tous et en tous siècles, et ii moi particulièrement, pour avoir été, ce dit siège, ma première école de guerre. s>

Cependant le petit livre de notre voyageur n'est pas achevée Il le termine par un épilogue singulier , par une de ces témé* rites juvéniles où Ton ne craint pas de s'aventurer alors que la pensée a plus d'ambition que d'étendue ; mais ces témérités marquent d*ordinairc les natures vigoureuses.

c Maintenant que j'ai achevé la description des pays et villes que le temps que j'ai donné à mon voyage m'a permis de voir, je veux pour la fin conrérer les nations les unes aux autres , et remarquer sans passion la conformité et diversité de leurs oaip turels , de leurs mœurs, de leurs gouvernements ^ et ce en quoi les princes et les sujets sont plus heureux ou plus malheureux les uns quelles autres. » Voilà un bien haut dessein; comment notre publiciste de vingt et un ans entend-il l'exécuter ? En établissant des parallèles, à la manière de Plutarque, non pas entre les grands hommes , mais entre les principaux états.

« Pour ce faire , je comparerai les nations , non les plus conformes de mœurs ni de façon de se gouverner, mais celles qui le devraient être pour la ressemblance extérieure de leur gouvernement , afin de montrer la conformité et la diversité qui sont entre elles , comme rAllemagne à l'Italie, la France i l'Angleterre, TEcosse à la Bohême, et la république de Venise à celle des Pays-Bas Unis. »

Ce plan est certainement ingénieux , et prouve autre chose que de l'audace. Vingt ans plus tard Rohan était l'homme de son siècle qui aurait été le plus en état de le remplir ; mais en

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