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aimer^ que d'jr initier déjeunes esprits avides de s*instruire^ el dont Tardeur réagit sur celui qui Ta provoquée. Tous ces beu* reux effets de l'enseignement , sur lesquels je roe suis étendu d'autant plus Tolonliers que hors de France ils ne sont pas toujours appréciés comme ils devraient Tétre, De Candolle me paraît les avoir éprouvés au plus haut degré dès le commencement et jusqu'à h 6n de sa longue carrière de professeur. Je les ai signalés dès l'abord^ parce qu'ils sont pour moi l'un des guides qui m'ont le mieux dirigé dans le jugement que j'ai été appelé à me former sur la valeur et l'influence de ses travaux .
L'installation de De Candolle comme professeur^ ^ Nontpellier> fut brillante. Accueilli avec distinction par ses collègues, avec enthousiasme par les élèves» il prit bient6t la position que lui assignaient naturellement son talent et son caractère. A la chaire de Botanique qu*il occupait dans l'Ecole de Médecine, il joignit, en 1810> une seconde chaire également de Botanique, qui fut instituée dans la Faculté des Sciences nou?ellement organisée. Il dut à rinfluence de Cuvier cette seconde nomination , qui contribua à le fixer définitivement à Montpellier, et qui l'engagea à donner dans celle ville à l'enseignement de la botanique tout le développement dont il était susceptible. Ses cours, suivis par trois ou q\iatre cents auditeurs , excitèrent bien vite un grand intérêt, soit par la manière neuve et piquante dont le sujet y était traité, soit par la diction agréable du professeur. Jusqu'alors les cours de botanique avaient consisté seulement dans la démonstration d'un certain nombre de plantes ; mais l'enseignement de l'organograpbie et de la physiologie végétales, celui d'une description méthodique des plantes d*après les principes de la classification naturelle étaient tout nouveaux. De Candolle se mit immédiatement à improviser ses leçons, ce qui n'était point l'usage à l'école de Montpellier; et le succès de cette improvisation fut tel, que tous les autres professeurs furent obligés de suivre cette méthode sous peine de UV 8
1 14 MomcM scm ul nm mt ixs octbaccs
perdre lears andhein^. Vme ton par ifiiwf , po«r cofliplëfer le ■nive ■KBan Bcnioracr a la caHipagiic^ tovle b jomée, 3 a 300 «le aet fiève». Tout en heiboibaat hû-WÊime, 3 répowlail a«i Mie qaesliom qui hi étaient adre»éei ; puis, après une «atinée employée a IlierborâatkMi , 3 réonistait antonr de hn tont fessais des jeunes botanîrtei , et leur eiptiquait cotlectÎTaBent les earacières des planics qu% avaient recueillies. Après un firugal repas qui terainaii b journée , il revenait avec eux à b TiHe , en glanant encore sur b route quelques espèces oubliées. Il lui était Tadie de distinguer, au milieu du grand nombre , ceui de ces jeunes gens qui montraient le plus dlntell^cnce et dlnléréc pour b science ; une Ibis qu'il les arait reconnus, 3 en Gûsait un petit corps d*âiie dont U s'emourait plus particu- Bêlement , et d'où sont sortis plusieurs bommes (fotingués. Hous citerons entre autres Mr. Félix Dunal , dont les iraraux botaniques sont dignes du maître qui l'a formé , et Mr. Flourcns qui, de b physiologie Tégélale^ a passé à Pétude de la physiologie animale, et a mérité, par ses brilbntes décourertes dans cette branche des sciences, d*étre appelé à recueillir b succession de Curier à l'Académie des Sciences. Dans ses excursions botaniques, comme dans tout son enseignement , De Candolle montrait aux élères un intérêt sérieux et réel, dont ib savaient apprécier b râleur, et dont, en plus d'une occasion, ib lui témoignèrent leur reconnaissance par leur déférence a ses avis , et par leur respect pour ses recommandations.
De semblables moyens mis en œuvre par De Candolle » avec l'activité de b jeunesse et b volonté de rétissir, ne devaient pas rester stériles. Aussi Tiropubion qu'il imprima non-seulement è Tétude de b botanique, ma» encore a celle de toutes les scien* ces naturelles, dont flmportance pour l'étude de h médecine fut dès lors mieux comprise, porta-t-elle d'heureux fruits dans l'école de Montpellier.
n faudrait, pour bien (aire saisir tous les elfets de I1n«
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fluence de De Candolie, exposer en détail les aniëlioratiofis qu'il introduisit dans l'ensemble comme dans les différentes parties de renseignement^ rappeler la création qu'il provoqua d*uhe Société de lecture* dont les nombres» recevant en corn* mun les recueils périodiques et les ouvrages les plus intéressants, avaient ainsi les moyens de suivre le mouvement scienti* fique et littéraire^ Mous nous bornerons à signaler ce qu'il fit pour une institution, auxiliaire indispensable de l'étude de la botanique, et sur laquelle se portèrent ses premiei^s'soins , dès qu'il eut été installé dans sa place de professeur^ je veux parler du Jardin de botanique.
Le Jardin de Montpellier, le plus ancien de France, avait été fondé sous Henri IV, par Ricber de Belle val. Construit dès To* rigine sur un plan très-imparfait, et dirigé jusqu*à l'époque de l'Empire par les chanceliers de l'Université, il n'avait pris aucun développement et n'avait occupé qu'un rang très-secondaire* Mr. Cbaptal, quand il arriva au ministère de l'intérieur, fit faire de très-belles serres, et en confia la direction i Broussonnet, homme capable et instruit. De Candolle continua les améliorations heureusement commencées par son prédécesseur^ et fut puissamment secondé dans ses efforts par Mr. Cbaptal qui, quoiqu'il ne fût plus ministre, avait conservé une grande influence. Outre Tintérét tout particulier qu'il portait i Téoole de Montpellier, dont il avait été professeur, Mr. Cbaptal était mu, par un autre motifs dans son désir de lui être utile : c'é* tait la haute estime et le profond attachement qu'il avait voués au nouveau directeur du Jardin. De bonne heure il avait re« connu chex lui un mérite solide et des qualités aftatbantes, et il était l'un des savants de Paris qui avaient toujours le plus cher* ^bé à encourager le jeune botaniste dès son début dans la oar^ nère scientifique. De Candolle réussit donc à utiliser, en faveur du Jardin de Montpellier, les dispositions bienveillantes de Cbaptal à son égard ; et ce n'est pas la seule fois qu'il ait faU servir en laveur d'une institution publique^ au lieu de l'em«,
ployer dans son propre intérêt » Tinfluence dont il jooisMtl au* près des hommes haut placés. La ville de Montpellier contribua aussi pour de fortes sommes i l'agrandissement et aux amé-> liorâtions du Jardin. Considérablement augmenté^ doté de 13 000 francs de rente, cet établissement prit bientôt un rang honorable; et tant sous le rapport du nombre des espèces et de leur détermination , que quant à la disposition générale du local, le Jardin que De Candolle laissa à Montpellier en quittant cette ville, n'avait aucune ressemblance avec celui qu'il y avait trouvé 3^ son arrivée.
L'idée que je viens de donner de ce que fit De Candolle & Montpellier sous le rapport de l'enseignement, suffira, tout imparfaite qu*elle est , pour le faire connaître sous ce nouveau point de vue. Si je ne m'y arrête pas plus longtemps , c'est que je dois maintenant aborder la seconde forme sous laquelle se manifesta, pendant cette période, sa vie scientifique, et faire voir que l'activité du professeur fut loin de diminuer celle de l'auteur.
J'ai déjà montré De Candolle travaillant à Paris à des recherches dignes d'un véritable intérêt , et j'ai essayé de faire ressortir la valeur de ses travaux, marqués au coin d'une grande persévérance, unie à une sagacité remarquable. Ceux de ses ouvrages qui virent le jour h Montpellier présentent bien aussi le même genre de mérite, mais ils ont, en outre, un caractère propre qui tient aux circonstances nouvelles dans lesquelles se trouvait De Candolle quand il les composa, circonstances dont je dois avant tout essayer de faire sentir rinfluence.
La vie de Paris, tout en offrant de grandes ressources et de nombreux encouragements , n'est pas sans quelques inconvénients pour l'homme de science qui veut se livrer h des travaux de longue haleine. Indépendamment des distractions de différents genres dont il est entouré, un jeune savant , quand il est plein d'ardeur, se préoccupe de tout ce qu'il entend^ il se trouve Attiré vers plusieurs genres de recherches à la fois ; trop de
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sujets Tinléressent , il Taudraît pouvoir les embrasser tous p et souvent ^ à la vue de ces routes diverses , il a peine à se décider à en suivre une d'une manière complète. Ce n'est pas tout : une Tôis qu'il a fait son choix^ il est poursuivi par Tidée de n'être pas devancé ; il se bâte d'acbcver ses travaux pour les communiquer à des sociétés savantes^ où pour les livrer à la publieilé^ s exposant ainsi » ne pas y apporter toute la maturité nécessaire. Les succès dont il est témoin excitent son ambition ; les lauriers de Mihiade troublent son som-» meîly et, dans sa fièvre pour réussir, il perd souvent le calme qui est la condition nécessaire de son propre succès. Sans doute, ces impressions et ces sentiments ne se développent pas cbez tous au même degré ; sans doute, ils pro^ duisent souvent d'excellents effets et amènent quelquefois de brillants résultats; mais ils risquent aussi, quand ils dominent trop exclusivement , de devenir des pièges dangereux sur la route des jeunes adeptes de la science. Us sont nécessaires dans une certaine proportion, j'en suis convaincu ; mais il faut qu'ils soient suivis d'une vie plus ealme, plus isolée, qui permette à ^esprit de se replier sur hii-méme , de retrouver son originalité et son indépendance, quelquefois compromises par la crainte de beurter les opinions dominantes, et qui fasse mûrir, par la méditation , des fruits souvent étiolés sous la cbajeur factice de la serre cbaude.
De Candolle éprouva toutes les impressions que je viens de décrire ; ses ouvrages en sont la preuve> et ceux qu'il publia à Montpellier, la Théorie élémentaire swioui, témoignent de l'influence qu'exerça sur les idées qu*il avait conçues ou acquises pendant son séjour à Paris, ce retour sur lui-même, cette réflexion intime qui lui devint plus habituelle. Les voyages botanico - agronomiques qju'il fir pendant la même période , contribuèrent aussi à ce résultat ; ces longues excursions, où il se trouvait le plus souvent seul avec lui-^méme, obligeaient l'activité de son esprit k se porter plus exclusivement sur des
idées tirées de son propre fonds , et à donner ainsi i $es propres conceptions une originalité plus marquée.
Nous avons déjà parlé de ces yo^^qcs auxquels je viens «le faire allusion ; commencés en 1806» continués dans les années subséquentes, ils embrassèrent tout l'empire français, qui com* ^nait alors, outre la France proprement dite, la Belgique, une partie de l'Allemagne, la Savoie, le Piémont et la Toscane. De Candolle divisa en six parties le vaste champ ouvert i ses explorations : il visita successivement les départements de Touest, la Bretagne en particulier; ceux du sud-ouest, le Languedoc, le, Roussillon, les Pyrénées ; ceux du sud-est, y compris le Piémont, Parme et la Toscane; ceux de Test, dont Genève|se trouve être le centre; ceux du nord-est, TAIsace, les bords du Rbin, 1» Belgique; enfin les départements du centre^ objet de son dernier voyage qui eut lieu en 1811. Les six voyages donnèrent lieu à six rapports qui furent adressés aq ministère de Tintérieur, et publiés ensuite dans les Mémoires de la Société d'Agriculture du département de la Seine.
Différents points de vue attiraient l'attention de De Candolle dans ces Voyages. C'était d'abord la botanique proprement dite; il cbercbait i découvrir les plantes qui n'avaient pas encore été décrites, ainsi que celles qui, bien qu'elles fussent déjà con« nues, ne figuraient pas dans les ouvrages de botanique comme croissant en France. Il réussit ainsi, d'une part, ik enrichir la science de plusieurs espèces nouvelles inconnues jusqu'à lui ; d'autre part, h compléter la Flore française, dont il avait h cœur de faire un otivrage aussi parfait que possible dans son genre. Ce complément de la Flore française, qui forme un sixième volume, dans lequel De Candolle réunit toutes les additions et modifications dont ses voyages lui avaient fait reconnaître la nécessité, ne parut qu'en 1815, quoiqu'il fût achevé depuis
Un second point de vue intimement lié au premier, et qui çn est cependant assçx distinct, préoccupait aussi beaucoup De
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Candolle dans ses Toyages : c'était la Géographie botanique. Il avait déjà établi dans la Flore que la France se divisait^ sous le rapport de la végétation , en cinq grandes régions , déterminées par la majorité des plantes propres à chacune : la région maritime, qui s'étend le long des bords de TOcéan et dans les salines de l'est ; la région des montagnes , qui comprend les Alpes ^ les Pyrénées^ les Monts -d'Or et les Vosges ; la région des plaines , qui occupe toutes les plaines de Test et du nord ; la région méditerranéenne , qui s'élend le long de la Mer Méditerranée , et qui est bornée par les montagnes environnantes ; la région de V ouest , qui va des pieds des Pyrénées jusqu'en Bretagne. Il vérifia l'exactitude de cette division et en fixa plus nettement les limites. Il chercha à en approfondir les causes déterminantes, telles que la nature du sol I l'exposition , la température, l'humidité^ etc. Dans celui de ses voyages qui eut pour objet les départements de l'est^ il étudia essentiellement l'influence de la hauteur sur la végétation , et eut Poccasion de faire quelques observations curieuses à cet égard. Ainsi il remarque qu'entre plusieurs vallées , qui toutes sont ouvertes à l'ouest , celle de la Durance^ qui seule s'ouvre dans la région méditerranéenne , présente ce que n'offrent nullement les autres , la culture des oliviers et celle des plantes méditerranéennes jusqu'à la hauteur de ^400 à 500 mètres, quoique dans des expositions d'ailleurs peu favorables. Ainsi encore il retrouve constamment^ en sortant de la région des oliviers , une zone essentiellement composée d'un arbuste connu des botanistes sous le nom de ge^ nista cinerea; et tandis que cet arbuste occupe toujours les pentes qui regardent la Méditerranée et jamais le revers opposé^ il reiparque que le mélèze, au contraire; ne couvre dans chaque vallée que le côté exposé au nord. Celte circonstance semble tenir essentiellement à ce que le mélèze, perdant ses feuilles l'hiver et les poussant au printemps délicates et tendres^ re- 4Qu|e excessivement les retours de froid qui ont quelquefois
lieu loraque la yëgëlation a commencé, d'où rësiilte qu'il court beaucoup moins de chance 9i, par suite de son exposition au nord f sa pousse est retardée. C'est ce qui fait que les noyers, comme les mélèzes^ en général les arbres h jeune pousse délicate et à végétation tardive viennent mieux dans Tes expositions froides que dans les chaudes.
De Candolle reprit plus tard , dans un mémoire spécial qui parut dans la collection des Mémoires de la Société d'Arcueil » le sujet de la Géographie des. plantes considérée dans ses rapports avec la hauteur absolue , sujet qu'il n'avait pu qu'effleurer dans les comptes rendus de ses voyages. Il avait déjà autrefois présenté des vues générales sur la Géographie botanique soit dans la Flore française , soit dans un article du Dictionnaire d'agriculture; mais les six années qu'il avait consacrées i parcourir tous les départements de l'empire avaient singulièrement éclairci et étendu ses idées sur ce point intéressant de la physique du globe. Aussi le mémoire que nous venons de rappeler fut-il accueilli avec un vif intérêt , et a-t-il continué à occuper une place importante dans cette partie de la science. Mr. de Humboldt avait déjà traité la même question ; mais ses recherches avaient eu pour objet des faits recueillis sous les tropiques^ tandis que celles de De Candolle avaient porté sur la France ; les résultats^ quoique présentant en apparence une grande diversité, se trouvèrent rentrer dans des lois semblables, et la différence même des faits de détail devint ainsi une vérification de ces lois générales. Dans son mémoire» De Candolle considère l'influence de la hauteur sur les plantes comme agissant indirectement par l'effet qu'elle exerce sur la température , sur l'intensité de la lumière , sur l'humidité et sur la rareté de l'air. Il examine successivement ces quatre genres d'influence. Il trouve que la dernière des causes que nous venons d'indiquer , le degré de rareté de l'air atmosphérique, considérée indépendamment de toute autre circonstance, ne parait pas avoir d'action directe sur la géographie des plan-
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tes^ du moins entre le niveau de la mer et la limite des neiges perpëtuelles, mais que c'est essentiellement la température qoi détermine rhabitation de certaines plantes à telle ou telle hauteur. Il attribue cependant aussi un effet considérable à l'état de sécheresse de Pair dans les hautes régions^ combiné avec rhumidité du sol qui résulte du rapprochement des neiges éternelles^ et une influence encore plus grande à Taction de la lumière solaire^ qu'il estime être plus Torte k cause de la rareté ou de la pureté de l'air dans les lieux élevés. Ces deux actions tendent , suivant lui, à favoriser l'accroissement des plantes et à augmenter chez elles le principe ligneux, ce qui les rend plus capables de résister au froid. Le Mémoire dont nous venons de rappeler les principaux résultats est terminé par cinq tableaux qui renferment 1 500 espèces de plantes , classées suivant les limites en hauteur en deçà et au delà desquelles on ne les trouve plus. D'après le premier tableau, il n'y a que 60 espèces^ toutes vivaces, qu'on ne retrouve jamais au-dessous de 2000 mètres ; d'après le second, il y en a 206 qui sont comprises entre 1000 et 2000 mètres de hauteur^ et ainsi dé suite.
Ce travail de géographie botanique^ par lequel DeCandolle compléta plus tard la partie de ses rapports qui a trait à ce sujets nous a fait perdre de vue ces Rapports mêmes. J'y reviens maintenant.
Une proportion considérable de chacun d'eux est consacrée h l'agriculture. Sous cette dénomination De Candolle com* prend tout ce qui est relatif à l'usage économique des plantes sauvages^ aussi bien qu'à celui des plantes cultivées; tout ce qui concerne les différents modes de culture, et les espèces que l'expérience indique comme les plus avantageuses à cultiver dans chaque localité; enfin tout ce qui a pour objet la fabrication et l'emploi des instruments aratoires , et les divers modes d'exploitation rurale. Cette exposition^ aussi complète que peut le permettre le cadre nécessairement restreint d'un rapport, ren-
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ferme un grand nombre de faits dont pluftieors ont trait à des uia(»e8 anciens, qui étaient encore répandirs, à l'époque dont il s'agit, dans certaines contréea reculées de la France, et dont quelques-uns sont loin d'être aussi défectueuï qu^on pourrait le croire. De Candolle recueille avec soin des détails sur l'emploi qu'on fait des plantes sauvages pour des usages médicaux ou autres; il cherche à indiquer le Trai nom de chacune de ces plantes, et l'usage particulier auquel elle est affectée. De temps à autre il en résulte Ja connaissance de certains faits propres à une contrée, et des renseignements intéressants sur les habitudes ei les mœurs de ses habitants^ quelquefois même sur leur genre d'esprit. Dans les montagnes de la Haute-Loire, par exemple, on se sert des feuilles sèches du héire pour les paillasses des lits ; ces feuilles conservent longtemps leur élasticité, et font, quand on les remue, un bruit considérable; aussi les paysans de ces montagnes ont-ils l'habitude de dire qu'on y couche en parlement.
Les cultures spéciales occupent une place importante dans ces rapports : celle du tabac dans les départements du nordest, celle des oliviers dans le Midi, des mûriers et des vignes dans une grande partie de la France , du riz dans les départements de Test , sont l'objet de renseignements intéressants recueillis sur les lieux, et de remarques sur rexiension et les améliorations dont ces cultures sont susceptibles. A l'occasion des rixières. De Candolle se livre à un travail statistique défaille, sur le degré d^insalubrité du pays où il s'en trouve, travail basé sur un tableau comparatif des mortalités , et sur le nombre des exemptions de conscription pour cause d'infirmités ; il en tire la conclusion que les rizières, quoique malsaines, le sont pourtant beaucoup moins qu'on ne le prétend. A Toccasion de la culture de la vigne, il observe que les vignes du Velay,, dans le département du Puy-de-Dôme, situées à 400 toises (788 mètres ) au-dessus de la mer, sont les plus élevée^ de toutes celles qui existent en grande culture ; et qu'en tenant compte de T^-
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baissement de4a température qui résulte de cette élévation , on trouve un rapport naturel entre la limite des vignes en hauteur^ et cette même limite en latitude, car la limite septentrionale des vignes sur le même méridien, se trouve a Epemay, localité dont la latitude est telle que la température y est la même dans la plaine, qu'au Velayà une bauteur de 400 toises. A Toccasion des dunes qui bordent les oAles de la Belgique et de la Hollande, il montre, dans un Mémoire spécial qui fait suite à $eB rapports, les moyens de les fertiliser, puis rappelle les travaux de Brémoniier dans les dunes de Bordeaux, et la possibilité de faire croître dans ce genre de terrain des arbres et en particulier le pin maritime. Il indique comment on pourrait, au moyen de différentes précautions, parvenir à acclimater dans les dunes certaines espèces d*arbres qui y croissent naturellement, mais disséminés et non. en groupes, coquine leur permet que difficilement de résister aux efforts du vent ; et il insiste sur la convenance de faire ces pbniaiions en grand, soit pour utiliser des terrains jusqu'ici sans valeur, soit pour retenir le sable mobile dont ces dunes sont formées.
Les documents nombreux que De Candolle avait réunis dans ses voyages y furent loin de pouvoir trouver tous place dans les six rapports quf'il adressa au Ministre de l'Intérieur. Aussi avait -il formé le projet d'utiliser tous les matériaux qu'il était parvenu à se procurer, pour publier une Statistique vi* gétale de la France , ouvrage dans lequel le point de vue économique et statistique^ associé à la connaissance par&ite du règne végétal en France, aurait fait briller la variété et en même temps l'barmonie des connaissances de De Candolle. Mais la dislocation de l'empire français et les travaux d'un autre ordre dans lesquels il s'était engagé, l'empêchèrent de réaliser ce plan, quoique l'exécution en fût déjà passablement avancée.
L'utilité des voyages de De Gindolle ne se borna pas i la publication de ses rapports ; elle fut grande aussi pour les contrées mêmes qu'il parcourut. Partout où il passait, il réveillait
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le goût de la botanique^ il encourageait les améliorations de Tagriculture, il semait, en un mot^ autant qu'il recollait, faisant ainsi servir au profit de tous ce qu'il trouvait de bon chez chacun. Voici, au reste, comment s'exprime à cet égard Mr. Morreni en parlant, dans sa Notice, des deux rapports de De Candolle qui sont relatifs aux départements du nord-est et du centre :
c Ces rapports contiennent tant de vues justes et neuves sur notre agriculture, sur le sol de nos provinces, tant de comparaisons entre nos procédé» et ceux de la France et de l'Allemagne, que je ne puis m'empécber d'exprimer le désir dé voir reproduire ces pièces^ très-peu longues d'ailleurs^ sous les auspices de l'Académie Royale de Bruxelles qui , si elle eût existé sous l'empire français, aurait bien certainement reçu de son auteur les prémices d'un travail tout national.»
« C'est dans ce Mémoire de De Candolle^ dit plus loin Mr. Morren i Toccasion de celui des rapports qui est relatif à la Belgique, que se trouve le root dont la ville^de 6and s'est prévalue en tant de circonstances , et qui a servi puissamment à faire de la capitale des Flandres le centre de cet immense commerce de fleurs, qui rapporte des millions i h Belgique. Gand est la vUle privilégiée de la botanique , disait l'illustre botaniste generois, et la Société royale d'agriculture et de botanique de celte ville a inscrit cet éloge mérité en lettres d'or dans ses Annales ; il est peu de solennités publiques où le mot ne revienne et ne rappelle son savant auteur. »
« Mr. De Candolle voyageait vile, ajoute Mr. Morren, et cette vitesse même prouve la promptitude avec laquelle son esprit exercé savait constater et choisir les faits. Un samedi il arrive à Verviers, parcourt avec Mr. Lejeune les bords de la Vesdre, entre Verviers et Limbourg. Le dimanche il est à Spa, herborisant dans les fagnes des Ardennes, et le soir il rend visite à Mademoiselle Libert à Malmedy. Le lundi et le mardi il fait avec elle, avec son frère et Mr. Lejeune, d'immenses herborisations, où il leur montre un nombre infini d'uredo^ de pncciniay
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d'œcîdium, négligés jusqu'alors, et il aogage, par ces promptes trouvailles et son éloquence persuasive, la jeufie botaniste ii étudier désormais la crypiogamie. Mlle Libert se rendit si complètement k ces raisons , qu'elle renonça aut douceurs du ma* riage^ comme pour être plus dignement la représentante de cette classe de végétaux. »
A la fin de 1811, De Candolle avait achevé ses voyages botanico-agronomiques ; il avait déjà donné plusieurs cours » et l'habitude qu'il avait prise de l'enseignement le dispensait d'y consacrer autant de temps que dans les deux premières années de son prore&sorat. Il put donc, à dater de cette époque, reprendre plus complètement ses travaux de botanique proprement dite, qu'il n^avait du reste jamais perdus de vue au milieu de ses voyages comipe au milieu de ses leçons. Il rédigea alors le Supplément à la Flore française, dont j'ai déjà parlé , il composa plusieurs monographies, et fit quelques mémoires spéciaux, au nombre desquels était un travail sur les . Caryophyllées, consacré principalement à exposer la découverte qu'il avait faite de filets qui vont de la base du style joindre an travers de l'ovaire le sommet du placenta. De CandoUe jugea ce mémoire assez intéressant pour le porter à Paris et le lire à l'Académie des Sciences. 11 ne prend pas la parole à la première séance à laquelle il assiste après son arrivée ; il la demande à la suivante , mais ne Tobtient qu'après Mr. Auguste de Saint- Hilaire. Par une coïncidence singulière, qui n'est pourtant pas rare dans l'histoire des sciences , Mr. de Sainl-Hilaire lit un mémoire sur le même sujet , et contenant les mêmes observations que celui de De Candolle. Aussi, après avoir déclaré que ce qu'il voulait lire était identique avec ce qu'il venait d'entendre» et qu*il serait par conséquent superflu d en donner commu* nication à l'Académie, De Candolle transmet gracieusement à Mr. de Saint-Hilaire, qui n'avait point encore fait de planche pour son travail, celle qu'il avait dessinée pour le sien ; reconnaissant ainsi, sans la moindre mauvaise humeur, la priorité de
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ce boianUte distinguëy pour lequel il a toujours profetsë dès lors une haute estime.
Je n'iosiste pas sur quelques autres reebercbes de moindre importance ; il me tarde d'arrifer à la Théorie élémentaire de la Botanique, celle de toutes les productions de De Candolle quij ainsi que j'en ai dëjà fait la remarque^ est le plus empreinte de l'originalité qu'avaient contribué i développer chez lui les circonstances nouvelles au. milieu desquelles il se trouvait placé. Cet ouvrage résumait des idées qu'il avait conçues depuis longtemps 9 mais auxquelles il ne voulait donner la publicité de l'impression qu'après les avoir bien mûries et les avoir appuyées sur des observations nombreuses. Peut-étre aussi lui fallait-il, autant pour les mettre au jour que pour les adopter définitivement , l'indépendance dont il jouissait à Montpellier, et qu'il ne possédait pas au même degré ii Paris, où il se trouvait entouré d'amis dont les opinions sur certaines questions générales d'histoire naturelle étaient en complète opposition avec les siennes. Cependant» effrayé lui*méme de la hardiesse de conception qui perçait de toute part dans son œuvre, il bé«site au moment où, après y avoir mis la dernière main H est sur le point de la livrer a l'imprimeur. Il se décide à aller \ Paris, pour consulter un de ses amis. Auquel s'adresserat-il ? A un naturaliste ? Mais, s'il a des idées différentes des siennes, comment sera-t-il impartial? A un savant occupé de sciences autres que l'histoire naturelle? Mais, fût-il même indépendant, ce ne serait pas un juge éclairé. Heureusement que De Candolle avait & Paris un ami, homme d'esprit et de tact, aussi remarquable par la finesse de ses aperçus que par la soKdilé de ses connaissances. Mr. Correa de Serra , cet ami , savant portugais, que les événements avaient conduit d'abord en Angleterre , ensuite en France , où il demeura longtemps, est peu connu de la génération actuelle, malgré le mérite de quelques mémoires sur la botanique, parce que ne recherchant point la gloire, ni les succès qui flattent la vanité>
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il bornait son ambition à être apprécié à $a juste valeur par quelques hommes à l'opinion desquels il tenait. Aussi parniî eux , les savants même le plus haut placés^ tels que Cufier et Humboldt , attachaient une grande importance au jugement que portait sur leurs travaux cet aristarque dont ils redoutaient la critique tout en ed reconnaissant d'avance la justesse. Collègue de Correa dans la Société d'Arcueil, De Candolle avait constamment reçu de lui les témoignages d'une amitié vraie et désintéressée. C'était donc à tous égards Tbomme qu'il cher* chait ; aussi c'est à lui qu'il va lire son manuscrit ; puis, après en avoir achevé la lecture, il interroge son juge du regard, attendant avec anxiété son arrêt; mais, quand pour toute réponse Correa se borne à lui dire : Imprimez, imprimez , il n'hésile plus, et convaincu alors qu'il ne s'est pas trompé sur la valeur de son travail, il se décide a le publier.
L'ouvrage parut au comiiiencement de I8l3, et malgré les événements de l'époque, qui étaient bien faits pour distraire l'attention des travaux de la science, il fit une très- grande. sen« sation. La première édition ayant été rapidement épuisée^ De Candolle en fit paraître une seconde en 1819. Il en préparait une troisième, qui était demandée depuis longtemps; il avait déjà rédigé dans ce but quelques morceaux nouveaux , et fait quelques corrections au texte, quand la mort vint l'empêcher d'achever son travail. Son fils s'est chargé de ce soin. Il a réuni avec une fidélité scrupuleuse tout ce qu'il a trouvé de relatif à cet objet dans les manuscrits de son père ; il n'y a fait d'autres changements que ceux que De Candolle avait luimême projeté d'y faire, se contentant de jeter dans quelques notes les observations qui lui paraissaient propres à éclaircir le texte sur certains points particuliers. Cette dernière édition a paru en 1844*
Que présente donc de tellement saillant ce volume de 500 pages , dont le titre modeste et le peu d'étendue semblent n'annoncer qu'un de ces Traités abrégés que les professeurs publient à l'usage de leurs élèves ?
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Envisagé dans son ensemble^ le Traité élémentaire de botanique se dislingue par la lucidité de Texposition, par la méthode de déduction^ et la chaleur du style* Concis dans Texpressionj développé dans les idées, il apparaît comme le résultat de réflexions mûries dès longtemps dans le cerveau de son auteur, et de points de vue qui, n'étant pour lui dans Poriginé que de pures' hypothèses fondées sur quelques observations, ont fini par prendre dans son esprit, par i*effet de nouvelles observations et de méditations prolongées, le rang de vérités palpables. C'est alors que, devenues viables, elles ont voulu voir le jour ; c'est alors aussi que, plein de son sujet, embrassant avec la clarté de Tévidence Tensemble comme les détails de ce brillant tableau. De Candolle prend la plume, et ne la pose qu'après avoir émis d*un seul jet, pour ainsi dire, ces id^s qu'il tenait depuis si longtemps refoulées au-dedans de lui-roén>e.
Je voudrais maintenant pouvoir le suivre dans toutes les parties de son ouvrage. Je voudrais faire voir comment, dans la Ta* xonomie, après avoir montré les défauts des classifications pratiques fondées sur un usage spécial ou sur un caractère extérieur de la plante, Tinsuffisance des classifications basées sur une partie seulement de Torganisation des végétaux , en vue de faciliter la détermination du nom de l'espèce, il est conduit aux classifications naturelles, c'est-à-dire à celles qui rapprochent, pour les grouper ensemble , les plantes entre lesquelles existe réellement le plus de ressemblance. Je voudrais rappeler ici les détails qui sont donnés, dans la Phjrlographie, sur les différentes manières dont on peut faire l'étude de la botanique descriptive, sous forme de monographies ou de flores, dans les jardins ou dans les herbiers , dans les ouvrages spéciaux ou dans les ouvrages généraux. Je voudrais, enfin, pouvoir compléter cette analyse par un résumé où je ferais ressortir la clarté et la méthode de la troisième partie, la Ghssologie botanique, destinée à faire connaître les termes usités dans la science, et la véritable acception dans laquelle ils doivent être pris. MaisJI est des limites
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qu'une notice, quelque dëlaiilée qu'elle soit, ne saunitt franchir, je suis donc obligé de me borner à signaler Tidëe dominante de la Théorie élémentaire ; c*est ce que je vais essayer de faire.
Trois méthodes peuvent servir à établh* une classt6catioif naturelle ; toutes trois doivent conduire au même résultat, puis** qu'il ne peut y avoir (\u'iine classification naturelle. De Candolle exclut comme impraticable, par sa longueur et sa difficulté, la méthode de tâtonnement des anciens botanistes, dont le nom seul indique la nature. Il repousse aussi comme trop longue, et comme ayant de plus Tinconvénient de donner le même degré d'importance à toutes les parties de la plante, la méthode de comparaison générale d'Adanson, qui consiste a arriver h la classification , en comparant, sous tous leurs rapports également, toutes les espèces du règne végétal. Il est donc conduit à la méthode de la subordination des cC'ractères, d*après laquelle on choisit dans les plantes les caractères les plus importants, et on les classe d'après ces caractères uniquement. La nature en ofTre, dans les végétaux, deux catégories distinctes, tenant h deux grandes classes de fbnctions, celles qui se rapportent à la conservation de l'individu, et celles qui se rapportent à la conservation de l'espèce, ou en d'autres termes , la végétation et la reproduction. Egalement essentielles à la conservation de la race, ces deux classes de fonctions doivent conduire à une classification tout aussi naturelle si elle est établie sur l'une, que si elle est établie sur Tau* tre. Sans doute la reproduction, mieux connue, permet de marcher avec plus de certitude dans rétablissement d*une classification ; mais la végétation soit nutrition, à mesure qu'elle est mieux étudiée, ne conduit pas moins bien au même résultat.
Quelle que soit celle des deux méthodes qu*on emploie, la classification qui est établie sur l'une, comme celle qui est établie sur Tautre, repose tout entière sur la connaissance des organes, et sur leur importance relative dans chacun des LIV 9
deui genres de fonctions auxquels ils appartiennent. Il est donc indispensable de distinguer avec soin les organes euxmêmes et leur vraie nature, d'éviter de donner dans deux êtres différents le même nom à des organes qui ne sont pas identiques^ et de savoir se reconnaître au milieu de toutes les causes d'erreur dornt on est entouré. Mais pour cela quel guide choisir^ d*après quel principe se diriger? Voilà la question que s'est posée De Gandolle , et dont la solution est le point culminant de la Théorie élémentaire. Laissons-le parler lui-même maintenant * .
c Lorsque y dit-il , nous voulons étudier un organe isolé > notre première attention se tourne sur cet organe lui-même^ et nous cherchons à démêler s'il remplit réellement la fonction à laquelle il parait destiné. Cette manière déjuger des organes, isolément et seulement par leur usage, est très-importante dans l'anatomie et dans la physiologie d'une espèce d*êtres en particiîlier, ou lorsqu'il s'agit de comparer les organes d*êtres fort éloignés les uns des autres par leur structure générale: ainsi, dans le règne animal, nous nommons œil l'organe de la vision, quelle que soit sa position , sa force , son mode d'action. Dans le règne végétal, nous considérons comme pédoncuie, tout organe chargé de porter l'organe générateur, quelles que soient sa place et sa structui^. Mais, si ce raisonnement est juste dans la physiologie des êtres, s'il l'est dans la comparaison des classes très-éloignées , il devient, au contraire, très-faux et trèsdangereux dans la comparaisou des êtres formés d'après un même plan symétrique. Ainsi, pour suivre l'exemple cité tout «^ l'heure, on trouve sous la peau du Zemmi ÇMus typhlus) ou du Proteus anguinus, à la place des yeux, deux petits organes absolument incapables de vision, et qu'on est cependant forcé de considérer comme letirs yeux ; on trouve dans la vigne des iilets rameux opposés aux feuilles, qui servent à cramponner la tige aux arbres voisins , et non à soutenir des fleurs ; on est
» Théorie élémentaire de la Botanique, 3*"* édition, page 73.
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cepeniiani obligé de les regarder comme des pëdoncufe$. De ces exemples et d'une foule d'aulres, on est amené à conclure qu'il arrive souvent dans l'économie générale de la nature^ que telle fonciion ne pouvant / par suite d'un système donné de structure^ être remplie suffisamment par Torgane qui lui est ordinairement destiné^ est exercée en tout ou en partie par un autre : ainsi , par eiemple , les feuilles de la Superbe du Malabar, prolongées et changées en vrille à leur extrémité, servent de crampon pour soutenir la plante, quoique leur rôle primitif (ftt d'élaborer les sucs nourriciers ; dans le règne animal , la queue du kanguroo lui sert comme de jambe , quoiqu'on ne puisse méconnaître son analogie anatomique avec la queue do tous les autres mammifères ; le nez prolongé de Péléphant joue le rôle d'une véritable main , et les dents implantées dans ses os incisifs , servent à un emploi tout à fait étranger à la mastication. Ainsi /quoiqu'il soit vrai de dire que l'usage des organes est d'ordinaire ce qu'il y a de plus important à connaître, cet usage, dans beaucoup de cas ^ est modifié, suppléé ou interverti^ par suite du système général de l'organisation. C*est donc un système général de l'organisation^ c'est cette symétrie des organes comparés entre eux , qui est réellement essentielle :i connaître pour l'anatomie générale et la classification naturelle des êtres.
a Cette symétrie des parties, but essentiel de l'élude des naturalistes, ajoute De Gandolle*, n'est que Tensemble qui résulte de la disposition des parties ; toutes les fois que cette disposition relative est réglée sur le même plan , quelles que s.oient les formes variées de chaque organe en parliculier, les êtres offrent entre eux une sorte de ressemblance générale qui frappe les yeux les moins exercés ; c'est ce qu'on désigne en histoire naturelle sous le nom de pori ou d' aspect (^faciès, ha^ bitusyy> C'est au fond ce qui frappe dès le premier coup d'œil, quand on voit un animal ou une plante ; c*est cette vue gêné-*
' Tom I, pago 75.
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raie qui seule serrait aux naluralistes anciens à grouper les êtres, et qui permet aux modernes de reconnaître souvent la place que certains^étresy dont ils ignorent l'anatomie, doivent occuper dans Tordre naturel. Mais il ne faut pas se contenter de cette ressemblance générale : il faut chercher à démêler à quelles circonstances de l'organisation elle est Téritablement due ; aulrement on serait souvent trompé, car il peut arriver que deux symétries très^diverses dans le fond présentent au premier abord un extérieur analogue, ou que la même symétrie apparente cache deux organisations tout à fait différentes au fond. Il est donc nécessaire de connaître le plan symétrique de chaque classe d'êtres, le type fondamental auquel tous les individus d'une même espèce, d'un même genre, d'une même famille doivent être ramenés, et dont ils ne se sont écartés que par des circonstances extérieures et accidentelles qu'il faut savoir apprécier.
Les causes d'erreur qui empêchent de reconnaître le plan symétrique de l'être végétal, sont des avortement$ plus ou moins complets ou des développements particuliers qui, en altérant la forme des organes , tendent à nous les faire méconnaître ; ce sont également des adhérences particulières de certaines parties, qui ont pour résultat de nous en masquer le nombre , la position et quelquefois même l'existence ; ce sont encore des multiplicaliom de certains organes ou de certaines parties d'organes et des dégénérescences particulières qui, en chan« géant l'aspect ordinaire de certaines parties de la plante, nous empêchent de les reconnaître.
Ce qui parait au premier coup d'œil difficile i admettre, ce n'est pas qu'il y ait des avortements , c'esl-à-dtre qu'il ▼ ait certains organes des plantes qui, par une cause accidentelle , telle que la privation de nourriture, ne se développent pas, mais bien que ces avortements puissent avoir lieu toujours de la même manière, par l'effet de causes inhérentes au système général de l'organisation et par conséquent constantes.
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Cependant De Candolle prouve qu'il en e«t ainsi, par l'étude des différents organes des plantes ii diverses époques de leur développement. L'ovaire de la fleur du marronnier d'Inde, par exemple « présente trois loges et deux jeunes graines dans chaque loge ; le fruît ne présente pourtant que trois graines au plus et quelquefois une seule ; il y en a done trois au moins qui n'ont pas pris de développement , et il est facile de suivre le progrès de cet avortement. L'ovaire de la fleur (hi cbéne présente également trois loges el six ovules, et le gland n'a ja* mais cependant qu'une graine.
Divers moyens permettent de reconnaître la symétrie générale au milieu des erreurs que peuvent faire naître ces avorte* ments partiels. C'est d'abord tétude des monâtruo$Ué$ qui ne sont souvent que des retours de la nature vers 'l'ordre symétrique, car monstruosité est tout ce qui sort de l'état habituel des êtres» Vanalogie^ guide moins sûr, mais d'un u^age plus^ général que les monstruosités qui ne se présentent pas tou« jours, est aussi un moyen de retrouver le plan symétrique ; elle s'appuie sur la connaissance qu'on a déjà de la position respec». tîve des organes.
Les conséquences des avortements des organes sont nombreuses et variées : c'est tantôt la disparition totale ou partielle d'un organe, cause principale des irrégularités que présente la structure des végétaux , car tout nous porte, dit De Candolle, i penser que tous les êtres organisés sont réguliers dans leur nature intime; ce sont tantôt des changements d'organes d'une espèce dans une autre, des étamines qui, en avortant dans une de leurs parties, se changent en pétales comme dans les fleura doubles; ce sont tantôt des changements de fonction dans l'organe qui, ayant perdu la faculté de remplir celle, h -laquelle il était destiné, en remplit une autre ; c'est, enfln, l'impossibilité de remplir leurs fonctions, dans laquelle se trouvent certains organes, qui demeurent, quoique inutiles, comme un témoignage de la symétrie primitive imprimée par la nature à toutea^ les parties de la pisinte.
13 i NOTICK SUR LA YIE ET L6S OUVRAGES
Les aJbt^reiices ou soudures naturelles nous frappent quand elles ont lieu d'une manière exceptionnelle^ comme dans deux branches, dans deux fruits accidenlellement rapprochés qui se sont greffés naiurelloment. Mais elles ne nous frappent plus quand elles soni prédisposées, et qu'elles deviennent, comme le dit De Candoile, un accident eoitslant, La nature en présente une foule d^exemples : tantôt les pétales peuvent être soudJs ensemble, et la corolle est dite monopétale ; tantôt la corolle est soudée avec les étamines, tantôt le calice peut être soudé en tout ou en partie avec l'ovaire, etc. Il est indispensable de savoir découvrir ces adhérences, car elles sont un résultat de la position des organes et influent, par conséquent, sur l'un des caractères les plus importants de la classification ; mais pour faire cette étude, il faut remonter, par tous les moyens que l'anatomie peul fournir, à la véritable origine de chaque partie.
Après avoir signalé et analysé les causes d'erreur qui se pré* sentent dans l'appréciation de la symétrie primitive des êtres et de leurs organes. De Oindolle cherche à établir clairement en quoi cette symétrie consiste^ et il trouve qu'elle se compose de l'existence, du nombre, de la position, de la grandeur et de la forme des divers organes. A ces points de vue qui caractérisent éminemment la symétrie propre à chaque plante, se joignent Tusage des organes, leur durée, (eur consistance , leur couleur, (|ui sont des conséquences ou des accessoires de leur structure. L'étude de ces divers éléments conduit à des règles générales au moyen desquelles on parvient, avec le secours de Tobservaiion, à retrouver cette symétrie qui n'est ainsi troublée que par des aberrations dont on peut finir par se rendre compte sanâ trop de difficultés.
Ces principes une fois posés , De Candolle les applique à la classification , c'est-à-dire s'en sert pour déterminer les divers degrés d'association qu'on trouve entre les végétaux ; il en tire ainbi la formation des classes , des familles , des genres et des espèces. Ce cbapitre, l'un des plus remarquables du Traité élé-
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mentaire^ est à la Tais d'une iiauie philosophie el d'une lucidité parfaite. Jl faudrait le transcrire en entier, pour en donner une idëe juste. J'essayerai cependant d'en faire connaître en peu de mots les points principaux.
La première chose à faire, c'est de bien définir les divers de* grés d'association, les divers (groupes qu'on peut établir entre les végétaux. C'est par là que eommonce De Candolle. Voici eomment il y parvient . L'espèce, dit«il, c'est la collection de tous les individus qui se ressemblent plus entre eux qu'ils ne res* semblent à d'autres et qui se reproduisent par génération, de Ulie sorte qu'on peut, par analogie, les supposer tous sortis originairement d'un seul individu. Après cette définition viem un développement étendu, destiné à la justifier et à distinguer l'espèce de la simple variété, puis l'exposition d'un grand nombre de règles au moyen desquelles on peut parvenir à faire cette distinction. Le genre, c'est la collection des espèces qui ont entre elles une ressemblance frappante dans l'ensemble de leurs organes ; el, parmi les règles qui doivent guider dans la formation des genres, la plus importante c'est de ne les établir que, sur des c;ir«ict ères qui , comparés entre eux, soient sensi- Uen>ent d'égale valeur. Les genres présentent, comme les espèces, des ressemblances plus ou moins prononcées ; en réunissant ceux qui se ressemblent beaucoup, on en forme une fa^ mille ; les familles ne sont donc que de grands genres auxquels les mêmes considérations sont applicables, avec cette difTérence qu'il est question, dans la formation des familles, de caractères d'un ordre supérieur. Enfin les familles, groupées d'après un caractère d'un ordre supérieur, forment les classes qui sont les divisions fondamentales du règne végétal; on n'en connaît aujourd'hui que quatre, ce qui fait que chacune d'elles ren*« ferme un grand nombre de familles.
Noiu donnerons une idée assez exacte des divers degrés de classification, en reproduisant les paroles mêmes par lesquelles De Candolle* résume ce sujet:
« Uiie classe, dii-il , est une division prtipaire du règne ?égélal, fondée sur les organes de première valeur, l'embryon ou ses parties dans les organes reproducteurs , les vaisseaux dans les organes nulriiifs, considérer sous deux points de vue seu* lemenl: 1^ leur présence ou leur absence; 2^ leur situation respective.
c Une famille est une association de végétaux formés sur un même plan syméiri(|ue, quant à leurs organes primaires ou se* condaires, c'est-à-dire, où tous ces organes sont naturellemeni situés les uns relativement aux autres d'une manière uniforme.
« Un genre est une division des végétaux d'une famille, fon« dée sur des considérations de nombre , de grandeur, de forme ^u d'adhérence. »
Poursuivant, dans l'examen des végétaux, l'application de ies règles générales , De Candolle fait voir que, soit que Ion se dirige d'après les organes nutritifs, soit qu'on s'attache i ceux de la reproduction, on arrive à la même division; donc , dit-il , cette division est naturelle. Ainsi pour la formation des classes, les végétaux se distinguent, suivant qu'ils sont pourvus de vaisseaux ou qu'ils en sont dépourvus, en eelluiaires et vasculaires , et suivant que leurs embryons ont des cotylédons ou n'en ont pas, en cotylêdonés et en aco^ tjrlédonés ; or les vasculaires sont les mêmes que les cdylédonés, les cellulaires les mêmes que les acotylédonés. Ainsi encore, les végétaui^ vasculaires, soit cotylédonés, se distinguent au point de vue de la nutrition, non plus d'après la présence et l'absence des vaisseaux, puisqu'ils en ont tous, mais d'après la position de ces vaisseaux, en exogènes et en em/ogènes , suivant que les vaisseaux sont disposés de manière que les pitis anciens soient au centre et les plus jeunes à la circon« férence, ou que les plus anciens sont en dehors , et qu'en même temps faccroissement de la tige a lieu par le sommet ou centre. Ces mêmes végétaux, sous le point de vue de la repro* duction, se distinguent en dicotylédones et en monocolyUdo-'
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nés, selon que les eotylédons^ o'esl-à-dtre les premières feuilles présentes dans h graine, sont opposés, ou selon qu^tJs sont alternes. Or en comparant la division des plantes vasculaires qui est basée sur les organes nutritifs, avec celle qui est basée sur les organes reproductifs , on trouve que les végétaux exogènes sont exactement les mêmes que les dicotylédones, et les endogènes les mêmes que les monocotylédonés.
Telle est la marche que suit De Candolle dans l'application des principes qu'il a établis. Malheureusement il est un point, dans la manière dont il parvient aux grandes divisions des végétaux, qui dans Tétat actuel de la science est de nature à souffrir quelques objections , c'est la division des végétaux en exo^ gènes et en endogènes. De Candolle avait admis que, dans ces derniers , les fibres les plus nouvelles se formaient au centre , parallèlement aux anciennes dans toute leur étendue , tandis que des faits découverts par Mr. MobI , et étudiés par d'autres botanistes, semblent démontrer que les fibres nouvelles s'entrecroisent avec les anciennes. En résulie-t-il que la distinction d'endogènes et d'exogènes doive être complètement laissée de cAté, et que celle de monocotylédonés et de dicotylédones, doive seule subsister ? Je ne me permets pas d'avoir sur ce point une opinion prononcée; mais je suis disposé à croire, avec Mr. De Candolle fils, que la division existe toujours, et qu'il faut seulement la présenter comme il Ta présentée lui-même dans I» troisième édition de la Théorie élémentaire, c'est-à-dire en insistant sur certains caractères disiinciifs bien déterminés.
Les règles générales au moyen desquelles on parvient à démêler dans chaque groupe les caractères qui méritent le plus de confiance, à reconnaître cette symétrie propre à chaque famille, à chaque genre, qui sert à les distinguer les uns des autres, sont-elles suffisantes pour conduire à U connaissance de la vérité tout observateur qui les emploie ? Telle est la question qui se présente naturellement , quand on termine la lecture de l'exposition si parfaite qu'en renferme la Théorie élémentaire.
La réponse n'est pas douteuse : non, ces règles ne suffisent pat*. De Candolle lui-même en convient; il faut en outre un certain tact naturel, un talent d'appréciation de l'ensemble delà plante, qui ne s'acquièrent pas si on ne les possède pas. Ace point de ▼ue, n'est pas botaniste qui Tcut ; c*est ce qu'il est impossible de méconnaître. En Toici un exemple : la moitié des saxifrage» a l'ovaire adhérent , Tautre moitié a Povaire libre ; ce caractère regardé comme important, devrait conduire à faire de ces deux moitiés deux familles distinctes ; mais leur port est tellement le même, que le botaniste exercé , et surtout le botaniste qui a le tact de la science, ne les sépare pas-, et fait bien ; il conclut seulement que Tadbérence du calice avec l'ovaire a moins d'importance dans les saxifrages que dans le reste du règne végétal.
En résumé, l'idée fondamentale de la Théorie élémentaire qui sert de base à la classification , c'est qu'il y a une symétrie naturelle, un type primitif pour chaque espèce de végétal, ou plus généralement pour chaque être organisé^ que cette symé^ trie primitive , ce type régulier , ne se réalise presque jamais ;. que des causes faciles à assigner et à reconnaître, avortements, dégénérescences, soudures, l'altèrent très- fréquemment ; que la loi générale qui régit ces causes permanentes de modifica* tion dans les organes une fois connue, il est facile de remonter dans chaque cas particulier au type primitif
La ihéoile des transformations des différentes parties du vé« gétal les unes dans les autres, par laquelle De Candolle explique les déviations du type primitif, n'était pas complètement nouvelle. Lui-même remarque que bien avant lui, des botanistes du premier ordre, Linné et de Jussieu entre autres , l'admettaient sinon d'une manière directe, du moins implicitement dans un grand nombre de cas particuliers. Il y a plus : dans un petit ouvrage publié en 1790, et intitulé la Métamorphose des^ Plantes, le célèbre Goethe trouvait déjà, dans la transformation. d*une partie en une autre, le mécanisme secret du développe-^