‹ Bibliothèque universelle de GenéveChapitre 7 sur 93 · LIVRES POUR LES BHFAHTS · texte numérisé non relu

LIVRES POUR LES BHFAHTS

c'est qu'elle offre à celui qui la possède une arme défensÎTe ; mais à quoi bon mettre cette arme entre les mains de jeunes créatures qui n'en ont pas besoin^ puisqu'elles sont^ et se« ront encore bien des années, sous la protection d'autrui ? à quoi bon dessécher leurs coeurs par une triste anticipation ? Encore si les écrivains que nous signalons daignaient s'arrêter Ih ; mais dans la crainte de laisser la vérité incomplète ei| négligeant de peindre le vice par ses càtés les plus repoussants^ stimulé^ peut-être aussi par le désir d'offrir du nouveau à des imaginations avides, ils ne reculent point devant les tableaux d'une certaine portion de la vie humaine que les parents devraient, à tout prix, soustraire aux r^ards de leur jeune famille. Nous le demandons h tout être capable de réfléchir : est-il nécessaire de mettre sous les yeux d'un enfant certaines scènes de violences entre mari et femme, dont la conchision né-, cessaire est une rupture ou l'asservissement complet de l'un des époux pour conserver la paix ? Quel avantage peut-on voir à instruire un jeune cœur de l'existence de fils assez vils, assez dénaturés, pour lever la main contre leur propre mère? A quoi bon s'efforcer de détourner les enfants de crimes tels que ceuxlà ? Une sage éducation, de bons exemples, ne suIBsent-iis pas à en donner le dégoût? et si ces moyens naturels n'amènent pas un tel résultat, croit-on l'atteindre plus efficacement en familiarisant l'esprit de la jeunesse avec de semblables peintures? Voilà cependant quels sont les tableaux que l'on trouve dans certains livres écrits pour l'instruction et l'amusement de la jeunesse ; livres prônés dans un grand nombre de familles, è l'exclusion des Contes de fées et des Mille et une nuits.

Avant de terminer sur le sujet des contes et des fictions , nous donnerons quelques moments à un département spécial de la littérature enrantine pour lequel l'imagination a fait de grands frais : c'est celui qui comprend cette foule d'ouvrages religieux dont, sous une forme ou soi^ une autre , se compose la plus grande partie des bibliothèques de la jeunesse. Le nom-

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bre de cet productions est si considérable , qu'il ne faut pas soager i en Cure Tanalyse; toutefois le caractère uniforme qu'elles présentent permet de leur appliquer quelques observalions générales. Notre but dans cet examen sera^ nous l'espérons, justement apprécié. Loin debMmer le sentiment religieux plein d'élération qui domine dans quelques-uns de nos meilleurs livres modernes écrits pour la jeunesse, nous le regardons^ au contraire, comme un gage de perfectionnement, umdis que la morale purement déiste qui formait le caractère essentiel de tant d'ouvrages, du reste admirables, adressés aux enfonts pendant la fin du dernier siècle et le commencement de odui-ci, nous parait avoir été leur seul cachet d'imperfection. Les écrits sur lesquels tombe notre critique forment la •érie de certaines publications de second et de troisième ordre, que Ton croit pouvoir mettre sans inquiétude entre les OMÛns de la jeunesse, parce que la religion en est le sujet ostenûble, mais dans lesquelles, selon nous, ces intelligences naitsantes doivent puiser des enseignements . aussi défavorables au perfectionnement du ciBur, que ceux qui résultaient pour elles des lectures peu chrétiennes dont nous parlions il y a un instant. La forme la plus ordinaire de ces écriu est celle d'un conte; mais ce moule uniforme ne parait point choisi comme un moyen d'amener, ou de mettre en couvre, les doctrines de l'auteur ; c'est tout simplement le fondement obligé de l'édifice, c'est une espèce d'échalaudi^ sur lequel Técrivain pose ce qu'il veut dire, et qui, n'ayant aucune connexion réelle avec les vérités qu'il enseigne, peut se terminer brusquement ou se mettre complètement de cAté dès qu'il a fait son service. Peu importe alors, on le conçoit, la pauvreté des matériaux employés à cet usage, car, comme ils ne doivent jouer aucun rôle par eux-mêmes, leur mérite est tout à fait nul. D'ailleurs on compte évidemment sur b piété du lecteur pour suppléer i l'intérêt, et on le suppose trop impatient d'arriver à la partie religieuse pour s'occuper beaucoup du cadre qui la renferme. Aussi rien de plus mîsérabie

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que ces eoropoiitiont : kurs auteurs afant renoncé toil par principe, toil par paretse, 9i toute espèce de prétentions arlisUifuesy ces contes manquent pour la plupart d'inTention, d'intérêt, de style, et la Traisemblance n'y est pas mieux obsenrée que le reste, il est tel d'entre eux où le désaccord frappant entre l'intrigue et son dénouement, l'absence totale de suite dans la peinture des caractères , l'impudence ayec laquelle on fait agir un personnage contrairement au langage mis dans sa bouche, sont poussés si loin , que n'était le retour continuel des paroles de l'Ecriture, on serait tenté de s'en (aire une source d'amusement et de ridicule.

Voili ce que sont, considérées sous leur point de Tue temporel et mondain, les productions qui composent cette catégorie de livres pour la jeunesse. Quant i leur côté religieux , noua croyons et nous espérons que la plupart des en&nts, ceux du moins auxquels on a laissé les goûts de leur Age, ne liront jamaia ces ouvrages avec assez de suite et d'attention pour en recevoir une influence fâcheuse ; mais si nous n'étions bien rassurés par une telle conviction , noiu stigmatiserions ea termes sévères des écrits où déjeunes bouches sont représentées bégayant les vérités les plus solennelles de la Révélation, avec im enfSuitillage, une légèreté tout h fait propre à détruire le respect qu'un tel sujet demande; des écrits où ces jeunes £mes confessent i chaque instant, et h propos des plus triviales bagatelles^ la eor^ ruption du cœur humain, ses penchants vicieux; où l'on voit des enfants prêcher leurs parents et leurs supérieurs sans le plus léger scrupule de convenance, et finir par une séance publique de lit de mort, pour la plus grande édification d'une audienoe nombreuse. Selon les propres expressions de l'un des auteurs que nous signalons, « n'est-ce pas une chose révoltante que de faire de la religion un sujet d'ostenution, de vanité? » et cependant, nous le demandons, quoi de plus propre i amener un tel résultat, que des lectures de cette espèce? — Dans ce cas-tt, comme dans plusieiu*s autres, une portion du mal découle du

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parti prit de rayer l'imagination du nombre des moyens à employer. Aujourd'hui toute Tëriié doit élre mise à la portée des enfants, de quelque nature qu'elle puisse être ; les yeux de ees jeunes créatures doivent s'ouvrir ii tout prix^ sans égard pour les intentions du Créateur^ qui les voila d'une membrane légère destinée è ne se lever que par degrés. Au lieu donc de captiver Tenfant i l'aide de ce monde fictif et allégorique, dans lequel son Ame ardente pourrait s'élancer librement sans qu'il risquât de s'en faire à lui-même des applications dangereuses, on le conduit de force dans le cbarop de la vie réelle, qu'il n'est pas encore capable de voir sous son vrai jour, et on l'y place de manière qu'il ne puisse en tirer que des conclusions fausses. Sous ce rapport nous voyons avec moins d'inquié-* fude une nouvelle catégorie de livres religieux dans lesquels, rinvention piquante du récit, ou l'époque reculée des temps qu'il rappelle, dédommagent le petit lecteur de ces prétendues vérités pour lesquelles son esprit n'est pas mûr encore. Les personna- Ktés ne sont jamais plus dangereuses que lorsqu'on les emploie au service de la religion ; et personne, nous aimons à le croire, ne nous contestera qu il vaut beaucoup mieux faire lire à un entant la conversion d'un roi sauvage ou d'une reine païenne, que celle de son père, de sa mère ou de son voisin*

Il est encore un autre trait réprébensible de ces petits ouvrages, qu'il nous parait bon de signaler : c'est le peu de scrupule que se font leurs auteurs de froisser la sensibilité des enfants par le choix des exemples qu'ils mettent sous leurs yeux. Dans le but de leur donner de fortes leçons sur les dangers qui résultent de l'ignorance et du mépris des préceptes de l'Evangile, on les entretient des abominations les plus révoltantes de l'idolâtrie, et de toutes les odieuses tortures infligées par l'esclavage. De malbeuretises mères indoues, chex lesquelles la superstition étouffe la voÛL de la nature; d'infâmes conducteurs d'esclaves, auxquels les principes de l'humanité, de la piété sont inconnus: tels soiH les sujets favoris oflEerU i la jeunesse avec leurs plus

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repotutanct délaik Tounuemëes par de semUablet images,

priéocicupéet de cet terribles tableaux, les imaginations rires el impressiomiables du jeune âge se frappent quelquefois de la manière la plus fSioheuse, et nous arons oonnu des enfants que de tels souTenirs poursuiraient dans leurs réres, effrayaient dans Tobsourité, pour le moins autant que le faisaient autrefois les histoires d'apparitions et les contes de rerenants.

Cependant , nous le répétons , tout en frappant de notre bUme les ouvrages d'où Ton a banni l'emploi d'un intérêt fie* tif^ pour y substituer celui de vérités pernicieuses ou inoppor* tunes^ nous sommes loin de proscrire les sujets pieux du champ des lectures agréables offertes i la jeunesse ; bien au contraire; de tous les sujets les phis propres à captiver l'imagination d'un enfant^ ceux qui ont la religion pour jnobile ne sont pas las moins intéressants à ses yeux ; les récits de conversions, de persécutions religieuses, avec les exemples de foi vive, de cou* rage moral, de profond repentir qui les accompagnent, ont en général pour la jeunesse un cbarme qui prend sa source dans une faculté plus relevée que celle de l'imagina tioo. Quel livre a été plus populaire que la Journée du Pèlerin? Quel enfiint n'a fait ses délices de Robinson Crusoé? Quel cœur de quatorze à seize ans ne s^est senti vivement touché par la piété sincère, la douce résignation qui animent leVicaire deWakefield? Combien de semblables tableaux sont salutaires, comparés à ceux où l'on introduit la religion d'une manière sèche et péremptoire, en la dépouillant du respect qu'elle doit inspirer; où Ton montre il chaque page la conviction de l'incapacité morale de Thomme, sans donner un instant la preuve d'une vraie humilité ; où Ton préconise aux yeux des enfants le mérite de sacrifices sans ma» tifii, de souffrances sans consolations, peintures dont l'effet, à un âge si tendre, doit être infailliblement de flétrir ou d'endurcir leurs cœurs !

Enfin la classe nombreuse des livres religieux nous office encore une catégorie ii part, dont le but est de faciliter, d'en-

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courager la lecture de la Bible, ma» qui , selon nous , amène trop souyent le résultat contraire. Le nombre est considérable maintenant de ces aides donnés h la jeunesse , pour lui faire comprendre un lirre auquel on ne saurait ajouter on retrancher sans inconrénient^ et que sa simplicité met à la portée de tous les âges, de toutes les capacités. Toutes ces productions que chaque mois yoit paraître : Guides pour les Ecrilures, Ex" pUeatian des Evangiles, Histoires de la Bible, Leçons sur les Ecritures, et autres du même genre, tout en se faisant un devoir de mettre en lumière le yéritable esprit du livre sacré, en altè* rent plus ou moins le texte. Deux ou trois de ces ouvrages sont réellement fort beaux ; plusieurs autres , nous nous plabons h le reconnaître, sont écrits d'une manière édifiante; mais il faut le dire, la tâche est si difficile que peu d'écrivains ont le talent nécessaire pour l'accomplir ; quand on lit avec attention les écrits de ce genre qui méritent le plus d'éloges, il est permb de se demander si, à force d'explications, on n'a pas nui à la clarté du foit lui-même, si la simplicité primitive du texte n^ disparaît pas sous l'abondance démesurée des commentaires. Quelques-uns de ces petits livres, sont, il est vrai, simples et familiers ; mais alors à quoi peuvent-ils servir ? car rien n'est plus simple que l'Ecriture elle-même. Un trop grand nombre d'entre eux s'e£Porcent de donner aux sujets qu'ils expliquent une sorte d'intérêt artificiel et mondain qui nous semble extrêmement dangereux, il est très-faux de se figurer que la Bible gagne à être mise dans un cadre de sentimentalité moderne, ou éelaircie par des notes explicatives h la marge : le beau dévoue* ment de Ruth n'a pas besoin, pour toucher la jeunesse, d'un motif romanesque dont le Livre Saint ne parle pas, et le miracle de la délivrance de saint Pierre n'en est pas plus frappant, parce qu'on y joipt la description toute mécanique dé la serrure qui se brisa d'elle-même. Quelques commentaires peuvent être utiles, mais il faut qu'ils soient donnés verbalement par les parents ou les instituteurs, et appropriés avec tact, avec me-

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sure aux besoins moraux et intellectuels des iodiYidus. Quant au texte des Lirres Saints » il doit être présenté tel qu'il est, sans la moindre altération. Les Ecritures contiennent une foule de choses que les enfants mêmes peuTcnt comprendre ; celles qui sont au-dessus de la portée du jeune Age lui detiendronl intdligibles plus tard ; eh attendant, leur obscurité ne lui sert nullement nuisible.

Occupons-nous maintenant d'une classe tout à fait dif<* férente d'ouvrages écrits pour la jeunesse. Celle-ci, dont le but est plus positif , la forme plus déterminée , est moins soumise peut-être aux errements de l'école moderne ; mais d'un autre côté , comme cette sorte de lirres offre la chance d'un débit beaucoup plus certain , die est devenue plus que toute autre le domaine des faiseurs ^ des écnyains de métier : nous entendons désigner par li, cette catégorie considérable d'ouYrages destinés aux écoles, et dont le but est de familiariser aux yeux de la jeunesse tout ce que la science moderne offre d'intéressant. Les parents et les instituteurs qui ont acquis un peu d'expérience sont forcés tôt ou tard de reconnaître que dans toutes les branches sérieuses de l'enseignement, dans toutes celles qui sont appelées à jouer plus tard un rôle usud et positif, les efforts faits pour les orner» les embellir, les rendre amusantes ont été superflus, souvent même nuisibles; aussi aTons-nous lieu de croire que la nombreuse famille des Pierre ParleySf ayeo leurs fastidieux Tocabulaires de questions et de réponses, leurs soties exclamations, leurs remarques planes de niaiserie, commencent h passer de mode. Notre principale objection contre les livres instructifs modernes portera donc sur la superfluité de leur nombre , qui fait encore plus de tort ii la yieille génération qui la nouTclle. Tous les maîtres actuels qui jouissent de quelque réputation spéculent sur la bourse des parents ; chacun d'eux publie i son tour quelque Manuel historique, qudque Cours de Géographie, qudque TrmU d^Jriîhmiiique ou de Grammaire , et prélète ainsi sur les

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personnes qui s'occupent d'éducation une sorte de taxe, en les forçant h acheter de nouveaux livres d'étude^ qui ne diffè* rent des anciens que par la transposition des roots. Pour ce qui concerne THistoire, par exemple^ nous avons en ce rooroent sous les yeux quinze Hiiloiret dC Angleterre à Tusage de la jeunesse, dont quelques-unes présentent une lecture si sèche ^' si dépourvue d'intérêt^ que les élèves auraient^ selon nous, plus d'honneur et de profit à lire Hume ou Smollet. La Géographie aussi se divise en ramifications si nombreuses : Géographie civile, Géo" graphie historique. Géographie politique. Géographie phy^tique. Géographie naturelle. Grammaire géographique, etc.^ qu'au milieu de tout cela on perd de vue la bonne géogra« phie proprement dite dont nous nous concernions autrefois. Cette surabondance a fait pourtant moins de mal qu'on n'aurait pu le craindre. Les faiseurs , ceux qui copient en transposant pour donner du nouveau, n'ont ni le temps ni la capacité nécessaires pour gAterce qui existait ; ils changent un peu le titre et la forme, voilà tout ; d'un autre côté, plusieurs écrivains de premier ordre ont consacré leurs talents et leurs loisirs à travailler pour l'instruction élémentaire, et ils l'ont fait avec succès. Cependant nous avons tout lieu de croire qu'en thèse générale, le progrès le plus sensible de Técole moderne dans cette branche de la littérature enfantine est dû, plutôt au remaniement habile des anciens ouvrages, qu'à l'introduction de méthodes nouvelles : parmi nos vieux livres d'étude, il y en avait d'excellents, ou qui, pour devenir tels, n'avaient besoin que de quelques additions et corrections. Pour le dire en passant, l'une des choses qui nous choquent le plus, c'est la manie de mettre sous forme d'entretiens tout ce que l'élude offre de plus utile , de plus intéressant. L'instruction donnée viva voce est la première, la meilleure de toutes à nos yeux; mais cette même méthode traduite sur le papier perd tout son mérite, et ne manque guère d'acquérir en échange une couleur pédante et maniérée pour laquelle, depuis Tépoque de George, Henry

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et le PtéeepieuTp jusqu'à la ndtre inctusÎTement^ les petits leo^ teurs ont toujours eu un inTÎnoible dégoût. Si le sujet que Ton trahe est difficile à comprendre, ces chaînes de fleurs ne feront point disparaître aux yeux de Tenfant robslacle qui le retient ; si l'étude est par elle-même agréable ou intéressante, elle n'a pas besoin d'ornement. Dans l'éducation prÎTée et maternelle, ce remplissage se fait impromptu, car nul ne sait mieux qu'une mère embellir l'étude et la faire coûter ; dans l'éducation publique , ces moyens sont tout à fait hors de place. Les Entretiens de Mrs. Markham iur f histoire d^ Angleterre sont du petit nombre d'exceptions que Ton peut admettre ; mais c'est précisément parce qu'il s'y trouve si peu de conTcrsations qu'ils méritent à peine ce titre. — En un mot , il nous semble à craindre que, yu la multiplication croissante des livres d*in* struction destinés à la jeunesse, on ne fasse perdre à celle-ci un temps qui pourrait être plus utilement employé. Ces ou^ ▼rages enseignent , il est vrai , beaucoup de bonnes choses ; mais donnent-ils le goût des lectures solides ? On habitue la jeunesse à se nourrir d'auteurs dont la renommée aura disparu avant deux ans , et on lui fait négliger des ouvrages dont ie mérite a reçu la sanction d'un siècle entier. Cette observation s'applique surtout aux jeunes filles, qui pour la plupart sortent de pension sans avoir même entendu parler de certains livres classiques, dont les titres et le mérite devraient leur être presque aussi familiers que la Bible.

Le dernier quart de siècle qui vient de s'écouler et le com* mencement du nôtre ont vu naître une foule d'ouvrages dans lesquels on s'est efforcé de mettre à la portée des enfants toutes les difficultés de la science. Sans condamner d'une manière absolue l'intention des auteurs, nous sommes tentés de croire que leurs peines sont en grande partie perdues. Les personnes qui s'occupent d'éducation ne tardent pas à s'apercevoir que dès qu'il s'agit d'enseigner aux enfants des choses difficiles, quelle que soit la clarté de l'ouvrage qu'on

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met entre leurs maint , le rétultat «ur leur intell%ence dépend presque entièrement de rezplication que leur donne le msltre ou Tinstituteur. Pourquoi , d'après ce principe» ne pas se sertir tout de suite de bons liTres, des livres où le sujet scientifir que soit traité d'une manière sérieuse? C'est \ii, du reste ^ la méthode employée maintenant, comme jadis^ par tous ceux qui ne considèrent pas renseignement comme un jeu , et cette mé* ifaode est la seule qui soit couronnée de résultats solides.

Avant de quitter le sujet important des ouvrages destinés à Tinstruction , nous signalerons en peu de mots un système qui nous semble absurde^ bien qu'il date de beaucoup plus loin que la plupart de ceux dont nous venons de nous occuper : c'est celui qui consiste à offrir aux enfants des exemples d'orthographe fautive. On considère ceci comme un moyen de fixer dans leur tête Tidée des règles et de la correction ; nous pensons que Ton s'abuse, et que cette sorte d'exercice est plus propre à inculquer la faute que la règle. Si nous jugeons devoir prévenir nos lecteurs contre l'emploi de cette méthode, c'est que nous avons lu tout récemment des annonces de livres nouveaux, dans lesquelles on offrait à la génération naissante un recueil complet de citations tirées de nos meilleurs poêles, de passages extraits de nos plus grands écrivains anglais , le tout écrit dans une orthographe fautive, il est hors de doute que l'effet produit par cette sor(e de lecture sera d'amalgamer dans ces jeunes têtes Tidée du beau style avec celle de la mauvaise orthographe, et la conviction que, pour acquérir le premier, il n'est pas besoin de s'embarrasser de l'autre.

Après avoir lu l'expression franche et sincère de notre manière de voir sur la plupart des écrits modernes destinés à la jeunesse, on ne manquera pas de nous objecter, en réponse, qu'à quelques exceptions près l'intelligence des enfants est plus sainement développée , phis généralement cultivée de nos jours, que ne l'était celle des générations précédentes. Cela est vrai, et nous nous plaisons à le reconnaître ; mais en admettant ce fait nous

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rattribuont bien daTanla^ h la liberté que Ton accorde maintenaot à la jeunesse de lire toutes sortes de lÎTres^ qu'i Pinfiuence de ceui que Ton a spécialement destinés à son usage ; nous croyons que les facultés de l'enfance gagnent beaucoup plus en parcourant it leur gré le Taste champ de la lecture, en y paissant à Tolonté, selon Tinstinct ou l'appétit qui les domine, qu'elles ne le font en grignotant les nombreuses petites rations de foin que Ton prend la peine de bâcher, d*éplucher pour elles. Les enfants semblent ayoir une sorte de conviction naturelle que, lorsque la chatière est assez grande pour laisser passer minet, il est fort inutile d'en ouvrir une plus étroite à côté pour son petit, ils sont, en général, peu séduits par les titres ingénieux de Conversaiions, de Magasim, de Beauiés ou de Mamteli, et laissant là le fruit de facile digestion qu'on s'efforce de faire croître à leur portée, on les voit souvent se soulever sur la pointe des pieds pour aveindre et tirer à eux quelque branche de Tarbre dont papa et maman se réservent le produit. De cette observation ressort une vérité importante, trop négligée par ceux qui écrivent pour la jeunesse, c'est que la ligne de démarcation entre nous et nos enfants consiste beaucoup moins dans rinfériorité de leur intelligence, que dans la nature différente de leur capacité ; de sorte que le perfectionnement amené chez un enfant par l'âge, est moins dans le progrès de certaines facultés que dans l'échange de quelques-unes dont la tâche est remplie , contre d'autres qui vont avoir leur emploi, il résulte de là qu'un véritable livre d'enfant n'est pas plus un livre de grande personne abrégé, que Tenfanl n'est luimême un homme en raccourci. Le vrai secret de cette sorte d'écrits, c'est non-seulement de traiter le sujet d'une manière moins sèche et plus familière qu'on ne le ferait pour des lecteurs d*Age mur, mais aussi de lui donner un plus vif intérêt» de lui imprimer un cachet de naturel et de vérité» ce charme de simplicité exquise qui est le comble de Part; en un mot, d'y déployer avec plus d'abondance un genre de talent tout à fait

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en baraiooie aree les perceptions encore neuves et fratcbet de reafimce. Ceci posé , on trouvera dans la bibKolbèque des parents bien des livres qui conviennent roieMpc à la jeunesse que la plupart de ceux qu'on a écrits pour elle, et vice versa. Robimon Crusoé, ce favori de plus d'une {[ënération de lectein*s, ne fut pas, dans l'origine, destiné aux enfants, tandis que iés Contes d'un Grand'père par W. Scoti, composés essentiellement pour fenlance , sont lus avec délices par des hommes de tout ige« Combien de fois nous avons vu le jeune garçon ei la jeune ^le dérober i maman son Iliade ou son Odystée, tandis que maman dle-n^me s'oubliait à lire leurs Soirées mi logis !

Pour ce qui est de la liberté accordée maintenant à la jeunesse de lire toutes sortes de livres, nous voyons avec peine que, dans une foule de cas> elle est moins le résultat d*on principe que celui de la force des choses. Le nombre prodigieux des publications littéraires de tout genre, l'établissement de bibliothèques populaires, l'existence des cabinets littéraires, la mode si générale i présent d'avoir des livres sur toutes les tables d'une maison, toutes ces circonstances réunies amènent les parents à considérer l'indépendance des enfants au sujet de leurs lectures, non comme une chose bonne et utile, mais comme un mal nécessaire que l'on ne peut empêcher. Nous voudrions pouvonr les rassurer à cet égard. C'est peut-être à tort que l'on s'alarnle de ce qu'on appelle communément des lectures inutiles, car notis ne sommes pas très-bons juges de l'effet définitif qu'elles produisent. Tant qu'elles ne détruisent ni fhabi* lude de l'application, ni la faculté de l'attention, leur inoonvéoient doit être bien faible, tandis qu'elles ont quelquefois un avantage réel dont nous n'apprécions pas la portée : les enfants possèdent, en fait de curiosité, une sorte d'instinct qui se perd plus tard ; ils sont saisis et préoccupés par des choses dont nous ne sentons plus le prix; ils récoltent ça et là, dans des champs stériles en apparence, où nous ne voyons plus un épi à glaner. Quant aux lectures que Ton appelle pernicieuses, LUI 4

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dans la plupart des oat elles ne mërifent ce lilre que parce •qu'on les considère comme propres à enflammer les passions ou ^ blesser le bon goût ; mais sous ce rapport leur action sera moindre sur une jeune tête que sur des esprits plus mûrs , car icbez reniant les passions dorment encore et le goût n'est pas ibrmé. Avec le choii immense de livres irréprochables que nous possédons, personne ne saurait être tenté de mettre légèrement aux mains de la jeunesse des lectures où de véritables beautés se trouvent alliées à des choses réellement dangereuses; mais en supposant que cela pût arriver, nous croyons le risque moindre qu'on ne Timagine; et si ces lectures doivent être Taites à quelque époque de la vie^ il vaut mieux, selon nous » que ce jNiit plus:t6tque plus tard. Cette sorte de livres ressemble h bi vipère : le venin en est i craindre, mais la chair en peut être salutaire; or, les enfants sont peut-être la seule classe de lecteurs qui puisse profiter de l'un sans souffrir de l'autre.

U existe, nous le savons, une classe peu nombreuse de per-^ sonnes qui nient absolument Tutilité de la littérature enfantine moderne^ et qui vont même jusqu'à mettre en question sMI est sage d'écrire en vue de la jeunesse. Le célèbre Tieck , dont s'honore l'Allemagne, homme de génie et savant distingué , ne permît jamais qu'un seul ouvrage de cette nature entrât dans sa maison. Cette manière de prévenir un mal pour le moins dou« leux, nous parait encore plus fâcheuse que le mal lui-même* hs$ livres écrits pour la jeunesse sont aussi utiles aux en-» iants que la société d enfants de leur âge; seulement il ne faut pas restreindre leurs lectures à ces ouvrages seuls, comme il ne faut pas que leurs relations se bornent à celles d'autres enfants. Si la manie d'écrire pour la jeunesse a été poussée au delà des bornes, si elle a donné naissance à beaucoup de productions inutiles, à quelques autres plus ou mobs pernicieuses, est-ce là un motif suffisant de proscrire ^ne branche de la littérature qui, lorsqu'elle est cultivée avec talent et conscience, donne un libre essor aux plus nobles

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booltés de Tesprit et du corar^ et pour laquelle des éerimint du plus ham mérite ont traTaillé avec tant de «uecès ? Nous croyons qu'H est utile soit aux enfants^ soit aux parents, de faire quelquefois Pécfaange de leurs bibliothèques reipecti?es : nos lectures plus sérieuses donneront à ces jeunes têtes de nouvelles idées , tandis que nous puiserons dans les bons liTres éerits pour elles des impressions fratebes et pures, dont reflet ne peut que nous être salutaire. Rien ne renouvelle plus vÎTement certains sentiments endormis , certaines impul^ siens à demi efecées par le temps et la vie, que la lecture d^un de ces ouvrages qui firent jadis les délices de notre enfance, et dont le mérite et le charme semblent grandir i nos yeux lors<^ qu'une circonstance les remet en nos mains dans l'âge mûr. Cette réflexion nous amené tout naturellement à la conclusion de notre tâche , celle de louer après avoir critiqué , celle de (aire connaître à nos lecteurs un certain nombre d'ouvrages modernes écrits pour l'instruction ou Tamusement de la jeunesse, et qui nous ont paru mériter Tattention des parents el des instituteurs. La liste suivante n'était pas le but principal de là revue que nous avons faite, elle n'est qu'un résultat accidentel ; aussi ne présente-t-elle pas la division méthodique que l'on aurait pu y donner. On y troqvera beaucoup d'ouvrages qui ne sont pas absolument nouveaux, et d'autres qui sont vraiment anciens, mais tous ceux-là ont pour recommandation rassortiment d'une génération entière d'^enfants et Tapprobation de ces mêmes enfants devenus hommes faits ; pourquoi négligerions-nous de les recommander? Que de souvenirs s'éveillent en nous à la vue de leurs dos endommagés , de leurs feuilles^ usées ! Que de moments délicieux ils nous retracent t Coiame ils nous iisisaient oublier jadis les petits chagrins de renfanee , nos devoirs souvent, et jusqu'à nos jeux favoris ! Avec quelle ivresse ils furent lus pour la première fois , puis relus dix fois ensuite ! À la seule inspection de leurs titres se peignent aussitôt à nos regards un banc solitaire dans le jardin, un petit

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coin particulier de la maison^ ou bien encore un réduit dan« la ciaise où, perdus dans la lecture de ces cbarmants amis de Tenfance, oublies de nos camarades el de nos mattres, nous passâmes de longues heures qui ne nous semblèrent qu'un moment, heures dont le souTcnir est l'un des plus délicieux parmi ceux que laisse derrière sol le jeune âge. Ainsi donc, qu^on ne s'étonne pas de trouTcr dans Ténumération qui va suivre plus d'un ouvrage appartenant à la tieilie école : ces livres détrônés mal il propos, selon nous, par tels ou tels de la nouvelle qui sont loin de les valoir, demeurent cependant les favoris d'un petit nombre de lecteurs capables de les apprécier. Puisse notre recommandation les introduire auprès d'une foule d'autres qui n'en connaissent pas même les titres !

Let Fables d^ Esope, les Fables de Lafontaine, et celles de Florian,

Les Soirées au logis, par Mistriss Barbauld et son frère le D' Aikin. Les Dialogues scientifiques introduits dans ce recueil par ce dernier attirent peu les jeunes lecteurs ; mais les morceaux de Mistriss Barbauld ont un charme de vérité, de simplicité et de 4tyle qui les grave pour la vie dans rimagination des enfants.

Il Ami des Parents y par Miss Edgeworth.

Les Contes populaires, du même auteur.

CarrjrOwen, parla même. Charmant petit ouvrage , quoique moins répandu que les précédents.

Marie el Florence, par Miss Anna Fraser Tyther.

Les RougfS'gorges, par Mrs. Trimmer.

Ludovico ou le/ils d*un homme de génie, par Mrs. Hofland.

Contes sur les pièces de Shakespeare , par Lamb , traduits en français depuis peu et illustrés.

Robinson Crusoè, Etant en Afrique, le voyageur Burckhardt réussit à captiver entièrement une troupe d'Arabes du désert , en leur traduisant un chapitre de Robinson.

Les Prisonniers du Caucase, par Mr. de Maistre ; charmant petit volume composé de deux récits , dont l'un est l'histoire véritable qui avait fourni ii Mad. Cottin le sujet d'Elisabeth ou tes Exilés en Sibérie.

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VAmi des EnfimUf de Berquin.

Le Magasin des Enfants, par Mad. Lefmnce de Beaumont.

Le Magasin des Adolescents, par la même.

La Terre et VEau, par Mad. Marcel.

Henri et Lucy, par Miss Edgewortb.

Les Contes de Perrault et de Mad. d*Aulnoy, illustrés.

Contes et Récits, par Mad. Tourle-Cberbuliez.

Les Contes dans un nouveau genre.

Contes moraux, par Miss Edgewortb.

Les Contes d'un grand^papa, par W. Scolt.

Abrégé de la vie de Christophe Colomb , par Wasbington IrYÎng.

Le Sketch book , par le même.

Esquisses et fragments de voyages, parle caph® Basil Hall.

Télémaque, par Fénélon.-

Les traductions françaises de F Iliade, de F Odyssée, de f Enéide et de la Jérusalem délivrée.

Le Naufrage du Kent, vaisseau de la Compagnie des Indes.

La Jouimée du Pèlerin.

Les Enfants, contes par Mad. Guizot.

Raoul et Victor, ou P écolier, par la même.

Histoire d'une famille, par la même.

Histoire abrégée de la Confédération Suiue, par Mad. de la RÎTe-Duppa.

Histoire romaine, de Goldsmitb.

Histoire grecque, du même.

Histoire ancienne, de Rollin.

Bibliothèque géogrc^Aique, ou Recueil de Voyagea, par Campe, traduit de Tallemand.

Bosselas^ prince d'Abyssinie.

Le Prince Leboo.

Le Jubilé de la Réformation , histoires d'autrefois , par Mr. le professeur Cellérier.

Les Leçons et les Hymnes, de Mistriss Barbauld.

Le Voyage d'Anacharsis en Grèce, par Barthélémy.

Les Mémoires de Benjamin Franklin.

Les Soirées d'hiver, par Depping.

Don Quichotte, traduction de DesbourniaL

Histoire de France, par Burette.

Histoire moderne, par le même.

54 UVBIS FOOB LB8 HPAVT8.

Histoire de France, par Emile de Bonnecbose. Le Chevalier Guisan, p«r Mr. Cb. Eynard. Le Magasin Pittoresque.

Les Petits Béarnais^ par Mad. de la Paye. Etc., etc., eic.

Nos lecteurs comprendront aisémenl que la liste peu étendue que nous leur offrons ici n'a point la prétention d'être complète; elle se compose d'un petit nombre d'ouTrages de mérite dont les titres se sont présentés à nous sans les cbercber. Beaucoup d'autres, sans doute, mériteraient d'être cités ; mais soit leur nombre^ soit leur ressemblance avec ceux que nous avons cboisis, nous eropécbe de le faire; d'ailleurs notre but est de restreindre pour les enfants le cercle des lectures juvéniles, plutôt que de l'agrandir. Quant aux ouvrages classiques d'un mérite reconnu, écrits non pour les enfants, mais pour les faoïpmes faits, nous ne saurions recommander assez fortement aux parents et aux instituteurs d'en faciliter la lecture à leurs élèves, de leur en inspirer le goût le plus tôt possible : l'amour des bons livres est l'héritage le plus précieux et le plus utile que l'enfance et l'adolescence puissent léguer à Tâgc mûr.

En résumé, nous nous estimerions heureux si, en attirant l'attention du public sur l'excellence réelle et la véritable beauté de certains ouvrages écrits pour la jeunesse, nous avions pu rendre service à l'art lui-même en lui assignant un but plus élevé : ce serait là, selon nous, le moyen le plus efficace d'arrêter le torrent de publications médiocres et frivoles qui, depuis quelques années, inonde la société. En faisant un examen rétrospectif des bibliothèques enfantines qui nous entourent, il est aisé de conclure qu'il existe une certaine classe d'écrivains qui se sont voués au service de la jeunesse, uniquement parce qu'ils se sentaient incapables de réussir dans d*autres branches de la littérature, et qui ont choisi sans le moindre scrupule cette carrière comme exigeant de leur part une sorte de facilité, une routine aisée à acquérir, mais peu de vrai talent. Le résultat

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a justifié leurs espérances. Us ont écrit, publié, vendu une foule de petits livres, si simples que l'enfant le plus niais, le moins bien doué les entend sans peine, et la facilité du succès a achevé de les convaincre du peu de difficulté et d'importance de la tâche qu'ils avaient entreprise. L'erreur que nous signalons tient essentiellement à la distinction, entre un livre enfantin, et un livre écrit pour les enfants. Le premier est une œuvre facile, le second présente au contraire de grandes difficultés ; le premier ne demande aucun talent, le second exige des talents d^une trempe supérieure. La preuve la plus difficile et la plus décisive qu'un littérateur puisse offrir de sa capacité et de son intelligence, est certainement un ouvrage qui, plus que tout autre, demande une grande clarté d'idées, une parfaite pureté de principes, l'observation la plus fine et la plus intelligente du cœur humain , un sentiment vrai des beautés de la nature , et des connaissances approfondies sur le sujet qu'il veut traiter. Pour iaire un bon livre destiné à la jeunesse, il faut posséder certaines qualités qui se trouvent assez rarement unies à des talents supérieurs, savoir, un jugement sûr qui préside au choix des idées, un tact délicat dans la manière de les mettre en œuvre^ une sorte d'empire exercé sur ses propres inspirations, qui les réprime ou les modifie toutes les fois qu'elles ne seraient pas en harmonie avec les besoins ou le développement de ceux auxquels on s'adresse. En un mot, le beau idëal de ce genre de composition est tout entier dans Temploi difficile des ressources les plus élevées de l'art, appliquées à une forme parfaitement simple. On comprend que, si la réalisation de ce type doit se présenter rarement parmi les écrits destinés à l'enfance, d'un autre cAtéil est vraiment absurde de consacrer sa plume à ce genre de littérature, sans se proposer ce type pour but et sans l'avoir constamment sous les yeux.

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