‹ Bibliothèque universelle de GenéveChapitre 8 sur 93 · QUELQUES MOTS SUI^ I<A SOCIÉTÉ AES AVIES DES PAUVRES HE HAMBOURG · texte numérisé non relu

QUELQUES MOTS SUI^ I<A SOCIÉTÉ AES AVIES DES PAUVRES HE HAMBOURG

Les lecteurs de la Bibl. Univ. Q*ont sûrement pas oublié le bon chanoine Cottolengo de Turin % et son hospice commencé avec deux incurables et comptant, après dix années^ plus de 1500 malades d^ toute espèce. Us se rappellent cet homme humble et pauvre, mais plus riche par sa con6ance en Dieu que les plus riches de la terre, et qui, pour nourrir tant de g;ens, n*avait et ne voulait avoir d'autre revenu que le pain quotidien que lu.i dispensait fidèlement son Père Céleste en proportion des malheureux qM^II lui envoyait.

Je parle au passé, c^r le chanoine n'existe plus. -^ IJn jour que le chef de la police lui exprimait des craintes bien natureUes sur ce que deviendraient a sa mort ces 1 500 malades '■ « Moi ! s'écria Cottolengo avec une foi qui passa dans Tâme du magistrat, moi^ je ne mourrai jamais! Ou plut&t, ajouta*t-il avec un de ses naïfs sourires^ quand je mourrai^ c'est que mon Dieu aura désigné, pour prendre ma place, un homme qui vaudra be;iucoup mieux que moi. x> En effet, un jeune Elisée s'est rencontré qui a relevé le manteau de cet Elie^ et qui^ héritier de sa foi, trouve en elle, comme lui, de quoi fournir à tous les besoins de cette immense infirmerie.

Aujourd'hui, c'est vers le Nord que nous porterons nos pas. Là, sous le ciel de Hambourg^ nous allons trouver chez une femme, Amélie Sieweking, et dans une autre communion, la (oi du chanoine, cette foi opérante par la charité et à laquelle îl est donné de faire de si grandes choses. N'est-ce pas qu'il

< Vpyez BibL^ Univ., janvier 1841 (tome XXXI), p. 88^

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esl doux et fortifiant pour le Chrétien, de Toir partout, sous Tinfluence du même esprit, les mêmes œuTres se reproduire ? Christ dans un corar, et que ce»Gœur appartienne à un luthérien, à un moraye, ii un catholique^ on les verra tous suivre une même voie, vivre de la même vie. En recherchant tour à tour ces œuvres toutes semblables au fond, quoique sous des formes bien diverses^ il semble qu'on goûte quelque chose de cette joie, de cette paix qu'éprouveront les bien-aimés du Seigneur, lorsque tout ce qui^ sur la terre, éloigne les âmes faites pour s'entendre, sera détruit à jamais, quelque chose de cette joie qu'éprouvent déjà les Borromée et les Wilberforce, les Vincent de Paule et les Oberlin, les Marianne Calame et les Cottolengo.

L'œuvre de foi dont nous allons entretenir nos lecteurs n'est probablement inconnue à aucun de ceux qui suivent avec intérêt les efforts de la charité chrétienne; mais il nous a semblé que le peu qu'on en sait devait justement donner le désir d'en savoir davantage. Nous avons donc extrait des rapports annuels publiés jusqu'à ce jour tout ce qui nous a paru d*un intérêt et d'une utilité générale. — — Heureux si, en voyant les bénédictions dont l'œuvre de Hambourg a été l'objet, quelques Ames fidèles se sentent appelées à se réunir aussi, et à consacrer en commun une partie de leur temps au Seigneur dans la personne de ses pauvres !

Avant de parler de l'organisation de la Société de Hambourg et de Tesprit qui l'anime, nous pensons intéresser nos lecteurs en mettant sous leurs yeux le commencement de cette œuvre, tel que le raconte M^^® Sieweking elle-même.

41 Dieu m'a, dit-elle, attirée de bonne heure vers les pauvres et vers les cœurs souffrants. Dans mon enfance , les histoires qui me plaisaient le plus étaient des récils d'aumônes et de bienfaisance. Dès que cela me devint possible, je me glissai en

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secret ebez de pauvres familles^ cl je partage» entre elles mon argent de poche. UentAt je m'aperçus que les choses n'étaient point telles que je me les représentais d'après mes livres. D'abord ce n'était pas cette misère idéale de gens demi-nus, mourant de faim ou de froid ; et pourtant mes petits secours étaient bien insuffisants pour les besoins qui restaient. Je ne pouvais pas^ ainsi que dans certaines belles histoires» mettre fin, comme d'un coup de baguette, aux peines d'une pauvre famille ; et puis ce n était pas non plus la reconnaissance dont je m'étais flattée... J'éprouvais donc sans doute du plaisir à mes petites aumônes, mais point celui que j'attendais.

« A iS ans, j'entendis parler pour la première fois des soeurs de charité de l'Église romaine, et cette idée me remplit subitement d'une grande émotion. — Oh! me disais-je, si j'étais destinée à fonder quelque chose de ce genre dans notre Église réformée! — J'y pensais des nuits entières; plus j'aimais mon église, plus je déplorais qu elle fût privée de ce bel et doux ornement. Mais je sentais vivement aussi que les désirs de mon cœur devaient être soumis à la volonté de Dieu ; j'attendis donc un signe de sa part, et je n'attendis pas en vain. »

M ® Sieweking raconte alors comment, à l'invasion du cho- Jéra en 1831, elle se sentit appelée, et comment, après avoir reçu la bénédiction de sa mère adoptive, elle offrit ses services dans un hôpital pour le soin des malades pauvres. Un appel adressé à celles de ses compatriotes qui voudraient se joindre à elle demeura sans réponse ; mais ce silence ne la découragea point; € Je n'avais pourtant pas tout prévu , continue-l-elle ; je m'étais bien attendue à la critique du monde, et déjà j'avais appris à l'estimer ce qu'elle vaut; mais les reproches de chrétiens, de vrais chrétiens évangéliques, oh ! ils m'allèrent tout droit au cœur. Exaltation piétiste, recherche orgueilleuse du martyre, oubli des devoirs les plus proches : aucim blâme né me fut épargné. On raisonnait sans connaître mes circonstances ; jamais, non jamais je n'ai senti comme alors Tinsuffisance

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des jugemenu huaiains. Depuis, je me suis bien aflermie à cet ^rd, et j'ai compris qu'il ii*y a pas de prétention plus raine que de youioir contenter tout le monde. Plus près nous nous croirons de ce but, plus nous le verrons s'éloigner. Je ne connaît qu'un seul moyen d'obtenir sinon l'approbation, au moins une certaine considération universelle : c'est d'ayancer fermement, les yeux fixés sur le Seigneur^ sans nous détourner, pour plaire à l'un on à l'autre, de la route que nous croyons bonne. Nous entendrons çà et là des murmures » des chuchotements : n'importe ; poursuivons avec courage ! Les gens droits hono* reront notre droiture , lors même qu'ils ne partageraient pas nos idées, et leur opinion réduira les médisants au silence.

a La vue de mes malades m'encourageait dans ma résolulion; c'est auprèè d'eux que je puisais des forces. Un jour, les rœux d'une mourante me pénétrèrent jusqu'au fond du cœur ; je sentis vivement que cette époq^ie ne devait pas demeurer sans fruit pour l'avenir, et j'aimai à la considérer comme une ocnsécration de ràa vie au service des pauvres» C'est alors que je jetai sur le papier Tidée d'une Société d*amie9 des pauvre$ et des malades. Leur soulagement était sans doute le motif dominant pour moi, mais je songeais aussi aux bénédictions qu'en retireraient celles de mes sœurs qui entreprendraient cette œuvre avec moi.

« Je n*ignorais pas que les premiers devoirs d'une femme sont les tout proches , ceux de sa maison , et que, si elle les néglige pour d'autres, elle tombe sous la condamnation de cette parole : Si quelqu'un n*a pas soin des siens, et pr'mcipalemeni de ceux de sa tnaîsan, il a renié la foi, et il est pire qu'un infidèle. Mais , pour qui veut sérieusement l'employer, le temps est comme élastique, et c'est une grande vérité que ce para* doxe apparent : Plus on fait, plus on peut faire.

« Le sort des personnes nombreuses qui n'atteignent pas la vocation ordinaire de la femme m'avait souvent préoccupée. Combien j'en avais rencontré de ces êtres isolés ! avec quel

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regard mélancolique je les Toyais, dans leur Yieillesie^ el quand foule leur famille n'était plut^ rétrécir peu à peu le cercle de leur actÎTÎté et de leur pensée^ et se renfbrmer enfin complètement en elles-mêmes! Ali! c'est une triste chose de ne Tirre que pour soi ! fit pourtant le feu divin de la charité brûlait aussi certainement dans ces âmes ; mais un feu qui ne trouTe pas d'aliment ne tarde pas à s'éteindre. Combien de jeunes filles ensuite^ auxquelles, suivant les circonstances, les soins du ménage ne prennent que peu de temps ! A quoi, s'emploient alors ces longs loisirs ? On s'occupe de toilette, de quelque lecture le plus souvent légère, surtout de grandes entreprises de broderies pour des cadeaux. Mais serait-ce bien M une vocation pour une âme immortelle? Non, plusieurs d'entre elles le sentent profondément, et le ride de leur cœur se trahit par un vague désir de changer de position, dont nous ne saurions leur faire un crime. Combien enfin, combien de veuves, de femmes sans enfants, auxquelles s'applique, en partie du moins, ce que nous venons de dire ! — Réunir toutes ces forces stériles pour un travail en commun dans le champ de TEternel, tel était le voeu de mon cœur. »

m"'' Sieweking frappa en yain à bien des portes, qu'elle atait cru voir s'ouvrir toutes grandes devant elles ; elle eut à essuyer bien des déboires, bien des refus amers ; mais, appuyée sur la main céleste tiui la guidait, elle ne se laissa point abattre. Elle continua en priant avec plus d'ardeur , eut enfin la joie de trouver douze sœurs en Christ toutes prêtes à la seconder, et les rassembla pour la première fois en mai 1832. il n'y a pat un denier en caisse : n'importe. Elles commenceront du moins leurs visites. — — « Dans les œuvres chrétiennes, nous n'aimons pas tant les plans considérables, les projets ambitieux, faits sur une grande échelle. Il nous semble qu'une bénédiction particulière soit attachée aux petits commencements. Quelque faible que paraisse le germe, s'il contient un vrai principe de vie, les lois de la nature et la grâce d'en haut en feront sortir avec le temps un arbre aux branches étendues.»

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Les contradiotioiM cependant accueillirent de toutes parts cet modettes amiet du pauvre. Elles s'y attendaient ; elles les reçurent avec humilité, et en retirèrent un grand bien. € Cela ne rend quelquefois toute craintiYe, dit M'^*^ Sieweking, de ne plus rencontrer maintetiant cette opposition salutaire qui nous tenait en éveil, et cette parole du Sauveur me revient à Tesprit: Malheur à vous , qucaid tout la hommes diront du bien ^e tfous ! Je n'aime rien tant aux gens du monde, ajoute-t*elle avec smaie Thérèse, que leur sévérité envers les chrétiens. Dès que quelqu'un commence à confesser hautement TEvangile, ils né le veulent rien moins que parfait ; ils sentent ses plus petites fautes d'une lieue loin, et d'un grain de poussière sur son vêlement ils font une tache énorme. Cela nous rend fidèles et vigilants.»

Ce précieux germe qui produit le grand arbre se trouvait, en effet, dans la réunion du 23 mai 1 832 : onze ans après , le Rapport de mai 1843 parle de 60 membres, de 180 familles visitées, et de 10 000 marcs banco' de souscriptions annuelles.

La Société s'occupe exclusivement des pauvres honnêtes. Non, sans doute, qu'elle pense que, pour devenir dignes de ses soins, des hommes vicieux abandonneront leur train mauvais ; mais die espère que cette distinction sera pour les bons un stimulant de plus à persévérer, c Peut-être, dit M^^ Sieweking, peut-être nous serat^-il donné de faire éviter à quelques-uns cet écueil du découragement , si dangereux » même pour les meilleurs pauvres, quand aucun témoignage d'amitié, de compassion, ne vient ranimer leur esprit abattu. Notre désir est avant tout d'exercer une influence morale; et sans vouloir, s'il montre un cœur repentant , repousser le malheureux qui s'est attiré sa misère par de grands péchés , nous ne nous sentons point assez fortes pour atteindre et remuer ceux qui mènent décidément une vie de désordres. Dans une sphère très-bornée,

' Le marc banco vaut franc 1,87.

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on ne doit pas indbtinctement prodigim* set forces partout où il ett possible de les uitiliter ; il les faut, ce nous semble, ré« serirer pour les cas où il est probable qu'elles seront employées avec fruit. C'est donc aux pauvres lés plus honnêtes, et, panai eux, surtout aux malades que s'adresseront nos soms. Là, du moins, les secours matériels ne risquent guère d*étre détournés de leur but, et plus d'une fois ils préviennent une miné totale, dont les indigents sont toujours près dans leurs maladies. Là, autour du lit de souffrance, on apprend mieux à connaître le malade et ses proches, et jamais on n'est aussi bien placé pour s'adresser à leur Ame.

€ Quant aux secours, sauf quelques cas très-rares, ih seront toujours livrés en nature : bois, vêtements, bons aliments pour les malades, etc*. Notre intention est moins de faire au pauvre une aumêne pure et simple que de Tencourager, de l'inviter à faire des efforts en lui facilitant sa tâche, en faisant pour lui hi moitié du chemin. Ainsi^ nous achetons de grandes provisions de bois, de pommes de terre de bonne qualité, et nous les leur livrons ensuite en détail au prix coûtant. Une famille désire-t* elle quelque pièce de vêtement, de mobilier, nous promettons de la lui fournir sitôt qu'elle aura remis la moitié du prix entre nos mains.

« Il est des cas où un prêt, une avance d'argent est le meii'leur service qu'on puisse rendre ; nous ne nous y refusons donc pas entièrement. Mais nous savons que donner aux pauvres sous le nom de prêt est une œuvre dangereuse, immorale, qui conduit à la paresse , à l'ingratitude. Aussi, lorsque nous avons été appelées à quelque avance de ce genre, nous en avons absolument exigé le remboursement, et Tavons, en effet, toujours obtenu. Toute facilité, il est vrai, est donnée pour s'acè|uitter par petits et très-petits à comptes. .

I Plusieurs personnes riches ont offert ù la Société d'avoir (onjours prêts chez elles^ a certains jours de la semaine^ quelques mets sains et fortifiants qu'on peut faire chercher pour les malades.

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c Cette permÎMÎoo^ malbeureuseroent , est rarement ofkrie par les créanciers, et pourtant comme elle serait précieuse aux paorres ! Nous nous rappelons ici cette mère de famille^ qui souvent manquait du nécessaire, mais qui s'était promis à etleroéme de se délivrer. Dieu aidant, de l'anxiété d*une grosse dette. Dès qo'elie arait pu épargner quelques sous, vite elle les porlait en dép6t chez sa mère, car, nous disait-elle, si j'ai cet ai^nt*là dans mon armoire, pourrais-je résister quand mes enfants me orient: Maman, j'ai faim!

€ On ne peut |»irler de dettes pressantes du pauvre sans songer aux loyers, ce ver rongeur, ce souci des soucis qui ne les quitte pas un instant. Nous devons Tailéger, sans doute, si possible ; mais gardons-nous de l'Ater tout à fait , car c'est un puissant mobile i l'économie , à Tactivité. La charité la plus mai calculée, quoique malheureusement assez commune, nous semble être de payer simplement ce qui manque au jour de Técbéance. Voulez-vous diminuer un loyer qui vous parait bien cher pour les ressourcés d'une pauvre (amille, convenez plutôt d'avance avec elle d*un quantum fixe que vous lui remettrez en déduction lorsqu'elle vous en apportera le montant. Des habitations à byer réduit et où Ton ne reçoit que des pauvres vraiment recommandables, sont une des institutions les plus vrai* ment philanthropiques que nous connaissions. Il y est permis et même obligatoire de payer à échéances très-fréquentes ; la plus grande régularité est exigée. Le pauvre sait qu'au premier retard il sera iiiCailliblement mis dehors ; sans saisie , il est trai, mais l'avantage de ce logement à bon marché, de ce voisinage honnête est tel, qu'il fait tout pour le conserver.

t Des propriétaires qui établiraient quelque chose de semblable et y tiendraient la main, rendraient un service immense ; et nous ne croyons pas qu'il y eût pour eux préjudice notable, car ce qu'ils perdraient dans Tinfériorité du prix, ils le retrouveraient dans la régularité des rentrées. Pour encourager les pauvres que nous reconnaissons ne pouvoir économiser leur

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loyer sans de grands efforts^ de rudes sacrifices , nous ayons établi une sorte de prime de deux à trois sous par franc, qui se donne par Tune de nous sur préseniation : des reçus du mattre de maison.

€ Nous voudrions rie négliger aucun moyen en notre pouvoir d'habituer lé pauvre à l'économie , à la prévoyance. Un des plus efficaces nous a paru être la création de petites causes d'épargne en vue de la mauvaise saison. Les familles où, comme c'est le cas le plus fréquent, le gain est plus facile en été, s'engagent à nous apporter chaque semaine une petite partie de leur salaire, que nous inscrivons sur deux livres dont l'un demeure entre leurs mains. A l'entrée de l'hiver, la somme ainsi produite est rendue aux préteurs avec un intérêt de 5p^ 100', pourvu toutefois qu'ils ne soient pas en retard avec leur propriétaire ; et elle leur est généralement payée en bois, pommes de terre, etc., à un prix beaucoup plus bas qu'au marché.

« Mais notre principale voie de secours temporels, celle que nous regardons comme la plus importante et la plus féconde en bons résultats, c'est le travail. Toiites les fois qu'il nous est possible d'employer de quelque manière les forces et factivité d*un homme, nous le faisons.; et celui qui, sans motif suffisant, refuse l'ouvrage qui lui est offert, perd tout droit à notre appui. Prie et travaille, voilà notre devise. Mais s'il fallait choisir, nous n'hésiterions pas à prendre le travail sans la prière, plut6t que la prière sans le travail. Non, certes, que nous vou* lions élever Marthe aux dépens de Marie ; mais il nous semble que le premier fruit visible de la recherche des choses d'en haut doit être une influence sanctifiante sur toute la vie, et en particulier le fidèle accomplissement de la vocation terrestre. Le où nous ne le trouvons pas, nous ne saurions admettre une piété sincère.

* Ces caisses d^ëpargne au petit pied sont connues dans quelques paroisses du Canton de Vaud. — On comprend que, pour que cela vaille la peiue avec d'aussi petites sommes, Tintërét doit être un peu élevé.

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< CqMBndaiity cen^est nulle part une chose aisée que de procurer du trarail à tous ceux qui en manquent.* Que de gens répondent aux demandes du pauvre : «Allez trarailler; on trouve toujours de Touvrage quand on veut. » Ce bel axiome^ sur lequel tant d'honnêtes âmes se reposent, ne soutient pourtant pas mieux Texamen que beaucoup d'autres ; et, s'il eU quelqueFois impossible ii une société qui a de nombreuses connaissances dans le pays et dont les recommandations sont reçues avec confiance, s'il lui est quelquefois impossible de faire ^ivoir de l'occupation à un ouvrier dans la force de l'âge, que doit-ce être pour un homme maladif, de cbétive apparence, pour une femme âgée et sans protection ?

« Tout ce dont nous avons besoin pour ^fios pauvres , vêtements, fournitures de lit, etc., nous le faisons faire à d'autres indigents. Nous employons aussi beaucoup de femmes sans ressources, dans des maisons où la mère de famille, retenue au lit, ne peut vaquer aux soins du ménage , et où le désordre et la DKilpropreté une fois introduits pourraient devenir une funeste habitude. Ce genre de secours est très-efficace, nous en avons la preuve tous les Jours, et il est doux de pouvoir ainsi faire Je bien de deux malheureux à la fois.

€ Une somme de 600 marcs nous ayant été léguée en 1 835, nous n'avons pas cru pouvoir l'utiliser mieux qu'à une sorte de fondation pour occuper les pauvres ouvriers. Tous ceux done qui fabriquent des objets de vente, et se trouvent, faute de commandes, dans la misère, peuvent apporter leurs produits à l'une de nos dames spécialement chargée de ce soin. Elle les leur paie immédiatement, et les dépose ensuite chez des marchands qui se sont gratuitement offerts à les débiter ; ou bien elle en fait une vente i Noël, ou à quelque autre époque favorable de l'année. Sans doute, il ne manque pas de bazars, de magasins en commission où l'on reçoit les objets fabriqués ; mais on ne le fait pas sans intérêt. Et puis, quand touchera-t-il son argent, le pauvre père de famille ? ne sera-t-il pas souvent LUI 5

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obligé, après avoir longtemps attendu, de Krrer sa marcban«* dise h moitié faleur? Quand nom ayons occupé de cette ma-^ niëre un ouvrier pendant un certain temps, nous le pourons recommander avec connaissance dç cause, et notre recommandation est en général bien reçue.

« Une grande difficulté en tout pays, c'est de trouver, pour les personnes infirmes ou presque aveugles, une occupation qui leur fasse gagner quelque chose ; et c'est pourtant un moyen bien plus efficace d'adoucir leur triste existence que de leur fendre simplement une aumône. Nous les employons à ri^tevs à plier pour les relieurs, h ébarber des plumes, et surtout 9i parfiler de vieille soie qui, mélangée ensuite avec de la laine, sert à faire une étoffe chaude et solide dont les pauvres font euxmêmes usage. Il est d'ailleurs peu d'objets, si vieux et inutiles qu'ils paraissent , dont nous ne puissions tirer parti pour l'un ou Faulre de nos pauvres. Dn peu d'habitude rend bien vite ingénieux dans ces choses.

a Revenons à la pénurie du travail. Quelque (Siicheuse qu'elle soit, nous ne la déplorerions point autant, si le travail, une fois obtenu, suffisait toujours à l'entretien de Touvrier et de sa famille. Mais combien de fois le contraire n'arrive*t*il pas! Ce bas prix du salaire prédit par l'économie politique, nous en voyons tous les jours les tristes conséquences. Que de jeunes femmes nous pourrions citer , que d'bomnoes dans la force àf! \*ige, qui, avec un sincère amour du travail , un ardent désir de se suffire à eux-mêmes, ont en vain détruit leur santé par des efforts outrés, et se sont vus poussés au désespoir, au suicide, heureux lorsque ce n'est qu'Si la mendicité ^ !

* La pauvre famille B.y avec laquelle nous monê fait cpimaissaDte it y. a deux ans, nous revient à la mémoire en ëcrÎTant ceci. Elle était re^ commandée par direrses personnes» qui toutes nous araient parlé d^ ractiritéy de la droiture, de la sobriété du mari, de la modestie et du dévouement de la femme. Depuis douce ans qti^s s'étaient établis à Hambourg, B., menuisier de son état, n'avait jamais manqué d'ourrage; mais que de tourments, que d'angoisses ! Pour pouToir donner à peine le paia

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Ab! qujÇ iw jpotl¥,ap*l[iou« c<>çdMir0 aTecnyu8« ().an$ cçs rétkriti de r^ndigcipipe^ tant de boonea et di^nea ménagères dont tOM^e l'funbî^on est d'obtenir Jes^cfaotet an plut bas prpc possible] EUea {l'ont paa le p^uf ctnr^pb ! non; d'une maip^ elles n^nciront dea.ann^pes> d'abondantes iium^nes; mais^ pair une ^troitesfç ,d'e^prU# elles presseroii.t de l'autrç, le m^.rcband, rouyrier^ de leur céder telob^et à un sou, deux sous de moins. Elles ne se représentent certaii^iiient pas^ les honnêtes remmes.

nécessaire à sa famille croissante, ponr ne pas perdre la fayeur du marchand de meubles qui remployait, il avait dû, dans les derniers temps, fabriquer jnsifu'à cbux bureaux parsemaaie, et pour cela il fallait tra- ▼ai|Iar jo.urs e.t dimanqfi^s^ et quelqnçfoia des irajls.entiéres.

Lors de ma première yisite, je le trouyai au lit, souffrant depuis deux mois de yiolentes douleurs de poitrine. Le médecin n'hésitait pas à les i^^tnbaer aux yeiUes, à la mauvaise nourriture et à un travail forcé. Les ^eillf urea pîècçe du mobilier ^t 4^s v^t^ipents avaient été peu a peu engagés pour se procurer Tabsolu nécessaire, et un enfant de six à sept mois n'avait pas encore reçu le baptême, faute d*en pouvoir payer les Irais. Le pauvre B. marchait à grands pas vers un découragement com* plet. C'est UD Wurtembergeoîs élevé dans une famille pieuse; mais, complètement isolé tle toute relation chrétienne dans notre grande ville, il s'était peu a peu relâché dans sa foi, et ne la retrouvait plus pour s'y appuyer an jour du malheur. Nous le mîmes en rapport avec quelques jeunes gens rdigieux, et pen a peu, aidé de leurs bons et fraternels encouragements, joiqls à la prière et à la.lecture de la Parole, l'espoir et la confiance lui revinrent. Nous lui procurâmes, en outre, de Toityrage a mî peu meillenr compte; mais malgré tous ses efforts, et ceux de sa fenune qnî l'aidait fidèlement, nous noua convainquîmes que ces deux personnes, dans la force de l'âge, ne pouvaient absolument pas suffire sans secours à l'entretien de leur famille.

Nous pourrions citer beaucoup d'exemples de ce genre; nous nous conlenlerona de rappeler, sons un autre rapport, un jeune homme d*un.bon caractère qui, s'était peu à peu livré à Tivrognerie et qui y consumait chaque soir son petit gain delà journée, parce qu'il avait' reconnu que ce gain ne snfEsait pas, à beaucoup près, à nourrir sa femme et son enfant. Ce p€trce gué paraît étrange ; et pourtant jon ii^tant de réflexion et de retour sin* son propre cœur le fera comprendre, car il est dans ,1a nature humaine. Ces tableaux serrent douloureusement le cœur. Notre lâche n*est pas» sans doute, de chercher des remèdes à ceUe plaie de l'état social ; mais ne peinons cependant pas conrage, et quelque p;etj(e que soft notre sphère d'activité, combattons cette hydre avec persévérance.

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de combien de larmes et de soupirs sont chargés ces deut souâ qu'elles sont si fières d'avoir épargnés. C'est souvent encofe par ce même esprit d'ordre et de bonne tenue de maison que plusieurs personnes se réunissent pour faire venir it frais communs^ une balle de riz^ une caisse de tbé, que savons-nous ? Elles entrent ainsi, en quelque sorte^ en concurrence avec le négociant de leur pays et le privent du gain de son industrie. Faut-il s'étonner, après tout cela^ si les marchands^ si les artisans les plus honnêtes sont entraînés h surfaire, à mentir sur le véritable prix des objets , sachant d'avance que l'acheteur marchandera tant qu'il n*obtiendra pas de réduction?

a Abordons maintenant la partie spéciale de notre œuvre, celle h laquelle nous attachons le plus de prix : ce sont les vbites que nous nous engageons à faire personnellement aux pauvres et aux malades.— Lorsque nous ne sommes pas sûres de pouvoir prendre convenablement soin d'une famille, nous aimons beaucoup mieux ne pas nous en occuper du tout que de lui donner une simple aumône , laquelle^ ainsi toute sèche , fait souvent plus de mal que de bien.

«Une dame sera- l-elle chargée spécialement d*une ou de quelques familles, auprès desquelles elle représentera seule la société? ou bien chaque famille sera-t-elle visitée 9i tour par trois ou quatre membres ? De ces deux marches nous avons préféré la seconde. En faisant ainsi connaissance avec un plus gt^ancl nombre de ménages, on acquiert une précieuse expérience ; puis le jugement de plusieurs personnes nous offre plus de garantie que celui d'une seule, aisément portée, suivant le caraibtère du pauvre et le sien propre^ à un entraînement irréfléchi, ou à une prévention peut-être injuste, l^e jour de chaque dame revient^ du reste, assez fréquemment pour qu'il puisse s'établir entre elle et la famille ces rapports si précieux de confiance et d'intimité. La présidente^ qui doit embrasser dans son ensemble l'oeuvre qu'elle dirige, fait toujours elle-même la première visite dans une famille nouvellement admise.

mi HAaiB0una« . 69

o-Les daiiie$,onl/ pour chacune de leurs viskes, la libre dispdsîiion de deux schillings \ qu'elles emploient comme elles renieodenl, mais, toujours en nature* Pour toute, dépense plus forle^ elles, en réfèrent a^ comité, qui s'assemble chaque semaine ; à moins pourtant qu'il ne s'agisse de certaines dépenses trèt-pres«antesj teUes que les raccommodages dont les frais d*4|iU6urs sont bornés.

«Outre ce qui regarde les enfants^ leur régularité à Técole^ l'inspection de leurs témoignages^ de leurs cahierf^ etc.> une cer* laine tunteillaoce sur l'ordre et la propreté^ el.avant tout le bien affaire à l'i^e di^ pauvre ; voilà le bjit principal de nos visites. ^

«Les moralistes ont souvent prétendu qu'on peut conclure de l-!ordre et de la propreté d'ua homme k la pureté et à la paix, de son âme. Notre expérience est^ sans doute, loin de contre* dire cette assertioo ; nais, sachant combien une telle appréciation est relative, nous cherchons Si ne pas être injustes dans nos exigcncea. Qu'on se figure un logement étroit, sombrcji^ bun^de. La, ménagère est «i (^\h\^ que tout effort lui est péni* hJe; pu bien elle gagne sa vie hors dç la maison, et ne rentra que le soir tard et fatiguée. Les vêtements des enfants sont en lambeaux, mais on n'a pas seulement dçs pièc^ pour les raccooapipder ; il faudrait laver« mais on n>'a rien. à mettre que ce qu'on a fuf le corps; le savon manque aussi, et l'argent. poui; I!achet6r, il faut Téconomiser sur un pain déjà peu abondant. . . Qu'on se figure tout cela, et l'on envisagera avec moins de ri-* gueur le manqtue- d'ordre et de propreté de. beaucoup de ménages, lliaut spuven;,, pour, maintenir cet ordre, un degré dç torçe morale peu commun ; et bien des personnes, qui se font uu ipérite de leur excessive délicatesse sur ce-point, ne résiste* raient sans doute p^s à Tépreuve aussi bien quç ceux qu'elles bUment,

«On comprendra, d'après ce qui précède , que, loin d'être inOeiLibles dans nos demandes sous ce rapport, nous cherchons

' Le schilling rsul environ 9 centimes.

70 SdClBTB 0BS AKTBS DBS PAUFtIB»

à avoir égard à Fa posi(ion parliciiliè^e de chaque bmilte. Sou« ▼ent ensuite^ quand on nous répond : a Oh! nvadame; tout cda est bien dans tos maisons; mais^ que Y0ule2>Y0us?ches nousj, c^esl impossible, > nos relations étendues parmi tes pauvres noua permettent dé citer des cas encore plus défiivorables, où cepetH dant on arrivé à cette propreté demandée. Nous rendons même un grand service en indiquant les moyens qu'on peut employèrj, en donnant des oonseits non de théorie» mais pris daqs lii pra-» tique ei Texpérience des autres.

a tei circonstances sont-eites réellement trop contraires , nous lés fiicilitons en procurant sbit da savon, soit d'âutrea choses indispensables. Si la ménagère est màlslde, c'est alors que nous euToyons une dé ees Temmes dont nous avons parte, qui entreiient le bon ordre danis la maison, afin que quand la paùn Tre conTatescente cdiiimencera à pouvoir ^occuper, elle ne perde pas eour^ en TOyant la montagne accumulée pèndani sa maladie. — Nos visites, toujours imprétues, ont été pour plusieurs à cet égard, un précieux stimuhint, car on sait Pimporîance que nous y attàchotis et Ton n'aimé guère à s'attirer not reproches.

«Nous passons à des considératioifs plus douces el phls été* vées, 2 ce qui regarde plus directement le coeur. Oh ! si Traiment le cœiir nous guide dans èes risités, quel bien ne nom serM^-il pa^ donné dé fUre ! quel soulagement procure au malheureux la vue seule d'une compassion réelle ! Le combat contre la misère est un terrible combat, dans lequel on est bien souvent pria par lé découragement, sif on n'a pas tme foi ferme en un amour plus grand que celui dés boitomes. Mais qo^ilse montre im cœur ami, tout disposé ^ sympathiser, à entendre tos plaintes, et en même temps à réchercher avec vous les ressources que tous pouvez encore aroir, un moyen d'employer, d'utiliser les (brcea qui vous restent; et voilà, tout de suite, ub rayon d'eépérance et de sérénité vient ranimer Votre Atae ibcabléë ; deretoue Teb* jet de la charité de son semblablct die est moins disposée à douter de celle de son Dieu.

IMI HAMBOURG. Tl

«Le» oialtdes , par exwiple, ib aiment à r^conleE en détail toiira touffraiiqesj leurs petitet misères. Hélas ! c'est souYenc bie» \miç, bien fastidieiif pe^t*étre ; mais , quoi ! leur refuse* RÎfti-Taus une jouisiaiiçe j ua soutagement qui en est au$si un pour TOUS dans tos o^ladies? Peu à peu vous gagnerez ainsi leur omitié, leur confiance, et^ quand tous aborderet leurs in* léréta éternels^ Us éeouleroni comme on écoute un ami ; ils peAsaront quec'ost pour leur bien^ par Téritable intérêt pour ewif que tous parlez ainsi j et non comme l'émissaire de quelque pr#p^gaiide piétiste qui leur a. toujours inspiré un Tague effroi. 6^'siillauni esl*il besoin de le dire ? le but essentiel de ces Tisites, . celui. qu'on ne doit jamais perdre de Tue, c'est l'Evangile, c'est bi Bonne MouTcUe. Annonçons-le aToejoie cet Évangile. Quelle impression pourrions^nous faire^ si nous Tenions communiquer à d autres d'im air sombre et £lcheux,une nouTclte qui nous doit anÉsî «ombler d'allégresse? Assurément, le malheureux senidou-^ biMient te poids de eon adversité au milieu de personnes joyeuses^ et le Sauveur a dit lui-même; Pteuret-avec ceux qui pleu^ rjHU ! Mais si cela est Trai quand la source de la joie est inabordable au tWkr iftetade» il n'en^esl pUia ainsi lorsqu'il y peut Tenir hn^^iaéale puiser abondamment. Dans la 4acme de compassion quevertek cbréticnrelnit une douce espérance. L'ime abaUue et euufliaote ee relève auprès de lui^ car elle sait que cette paix, que ceflaimn pleinJeeérénité ne naisaem pas chez son consolateur ée eapositioiMMillettreici-bas, mais d'une assurance, d'une pro* t faite aussiipour eHe, delà grâce de Dieu en Jésus-Chrisl.

«PiMir Tisiter aTec fruit lespauvres et les malades, il faut »otr erft soi* même dftns la foi et dans l'amour. Ce qu'o» T«ut obtenir des autres , il faut auparaTant l'aToir obtenu de soi, ef l'on ne saurait méfier personne à Dieu, si Fou ne se tient, pas soi* même près de Dieu. Oui, il faut être animé de cette foi qui fait suître aTCC bonheur la enrrière du renoncement, qui ftit les OMitres par pur amour du Sauveur. 11 ftut une âme pour qui témoigner de la cbarilé

72 SOCIETE DBS AVHES DES' PAUVRES

soH lin besoin comme Pair p04ir la TÎe ; et noa-seuhemenr o» besoin , mais une joie , un conleniement tel que n'en saurait donner aucune saiisfaci ion des sens. H faut encore a^ec tou( cela beaucoup de prudence chrétienne , on esprit sa^ ef di«scret. Le poète^ au reste^ Fa dit avec réritë : L'esil qui réfléchit te ciel le plus puremcnt> juge aussi le mieux les choses terrestres.

« Feu accoutumées à la Tue de toutes les plaies de h misère> et de la maladie^ nous pourrions nous laisser abattre ei de-, meurer. sans force devant cet aspect^ si nous considérkmsseulement le malheureux gémissant sous la verge j sans élever nos yeux plus haut vers la main qui frappe. La coupe est- bîetv amëre à vider, mais n'oublions pas Qui Ta remplie. Puis, di^ sons-nous que de même qu'un médecin sur la terre compte nonrseulement sur ses ordonnances, mais sur les soins des pa*^ rents et des garde-malades, notre Père Céleste aussi, pour que Tœuvre d'amour s'accomplisse dans l'épreuve, compte sur les> soins des âmes chrétiennes, que pour ce raaiade-ei en particulier il a compté sur nous. Voudrions-nous tromper son attente ^ Ayons enfin toujours présentes h h mémoire, dsns nos visites, les divines paroles que rapporte tainl Matthieu (Ch. XXV^v» 40). Souvent Tbomme que nous allons voir est bien peu «nteUe» bien peu attrayant ; tous ces détails pénibles qu'entnÉne une longue maladie unie à ta misère, sont bien rebutants pour nous ;. et puis, rien dans son caractère ne nous attire, notre répugnance s'accrott de jour en jour, nous allons peul-étre y céder. Mais voici, tout h coup cette pensée nous revient : C'est le Seip gneur, c'est Lui qui dans ce pauvre homme veut être abreuvé, veut être vêtu , visité , soulagé. Oh ! comme alors L'aspect change! Avec quelle joie nous nous rendons vers la triste de^ meure ! Et si nous, ne la ressentons pas cette joie , si nous fer^ mons notre cœur et noire main, oh ! alors ne parlons pas de notre amour pour Christ.

c N'allons pas, enfin, n'allons pas priser trop haut ce que nous faisons pour nos firèrès malheureux ; cette exagéralioa a twh

MB HABBOUftO. 79

veirt amené une pénible mésintelKgeaGe entre le bienfeiteor et l'objet de ses bienfaîU. Ce n'est jamais qu'une bien faible parlie de notre temps , de notre argent^ de nos forces que nous leur consacrons. Mais si nous étions tentés d'un mouvement de propre complaisance et d'orgueil , intenrertissons un moment tes rAles^ et mettons^nous à la place de cet homme pour qui BOUS élisons tant : certainement alors nous nous trouverons de bien négligentes ouvrières , et nous rougirons de ne pas faire davantage.

cRevétués de ces dispositions/ dirigeonsHiotis vers la maison du pauvre. En chemin, rappelons à notre mémoire ce que nous savons de cette famille, et, si nous Pavons déjà visitée, jetons un coup d'œil sur les notes que nous avons dû prendre. Les bons se réjouiront de ce qu'ils sont ainsi connus de nous, et nous accorderont d'autant plus volontiers leur confiance ; les trompeurs craindront d'en imposer à des personnes si bien au fintde leum affiires. -4*»Si maititeàant la timidité, une certaine dëfiance de nous-mêmes > nous fait craindre de ne pas iavoir BOUS adresser convenablement aux Ames, rappelons-nouk que de rtd>ondance du ccsur la bouche parle, et que, si nous avons au fond de ce cœuf* une foi vite, l'amour de Christ et de céui qu'il aime ,. les paroles de consolation ne nous manqueront pas.

« On demsmdera peuMtre^ cependant, sous quelle fonne il vaut mieux s'adresser aux consciences : par une conversation^ de bonnes lectures^ la prière?- Nous pensons qu'oô peut user de toits ces moyens, et que Tiostinct dû cœur indiquera dans le momuent celui qui convient fe mieux. Au premier abord, uiie conversation parait de beaucoup préférable , puisque nous verrons, d'après les réponse^ du maltfde, s'il a prêté attention , à qud'potnt il en est, et si nos paroles mal. comprises n'ont pas fiMt naître en lui de. faussés idées. Mais, obtenir ces rëponàes n'est pas toiBÔ^ors fiicile. L'un trouve moyen de retomber sans cesse dans ses lamentations et dans la description de ses maux ; et avec bêancotip de charité, il faut une certaine sûreté dans la

74 80C1BTB DM MHBS DIS PAUVRE»

mam p<Hir le ramener vert le Ciel. L'autre rrffend, ripêmà sauvent, pour aouserire è toute* nos (wroles; oA sent bien(6l que ce Oui ne part pas du oœur , et pourtant U serak injuste de prononcer ici le non d'hypocrisie. Non, ce pauvre homme n'a réellement point enoore de jugêiient formé sur ces choses, parce qu'il ne les a pas prises à csèur^ et ce lui send>le un devoir d'ocoepler et de reconnaître pour vrai tout ce que Itii di' sent des personnes bien intentiomiées et plus instruites que kii. Au lieu de cet éternel « Ah ! oui. Madame , c*est bien vrai ! » qui vous paralyse, on voudrait, pour tout au monde, entendre mie objection qui peu h peu nous amenât à prouver à cette ime

qn'eUe ne croit pas au fond ce qu'elle pense croire Mais^

encore une fois , cela n'est pas toujours facile*

cDiett attache souvent sa bénédiction ik une lecture de sa Ru*role> d'un èamique, etc. ; mois il faut aussi de la prudence et ém tact pour ne pas fatiguer par une lecture trop protongée. Peu de personnes se font une idée juste de la faiblesse de tête d'un asaMe, et combien il lui est pénible de fiier son attention^ sur^ to«t lorsque les oocupations de sa vie l'appellent si rarement k en (aire usage. Et il importe d'autalil phis d'être oourt> qu'on doit tfteber enéiiito de s'assurer si l'on a été compris, o« du moins écoulé. On pourrait lire une année entière, sans fruîl queèeoàque, à un homme en apparence attentif et reeueilli, onns dont l'esprit serait oeenpé de tout autre chose*

« Tout chrétien doit, sans doute, être un homme de prière ;> mail il n'est pas donné è cheosm de prier è hoiste voix devant d'autres> et surtout pour d'autres, et il ne faut le foire à aucuis prix lorsqu'on ne s'y sent pas appelé. Des sentimenis pieux , rbabitùde d'une (certaine phraséologie de prière ne suffisent poirtt pour cela : il faut avoir bien compris les beéoins de son frère ; il fout, de plus, les exposer d'une bihière qui intéresse son cœur et l'cbtralne è prier ovec vous. U est malaisé , peu convenable pent-^tre, de vouloir donner ici «tes conseils; mais on pourra essayer utilement cette méthode indiquée par

OB lABBOOEG. 75

trmke, d'implarer la bénédiction de Diau «nr obtqne verset^ sur chaque pensée qui toi» a frappé^ au moment même où l'on ▼ient de la lire. Comme cela, on ne risquera pas de se perdre en rains mots, et la Parole ainsi appliquée pénétrera peut-être pfuB à Pâme ; ces courtes éléraiions Téreilleront plus que de longues prières qui j quoique improvisées, sont souvent une formulé inAriduelle dans laquelle chacun retombe, qui sont fiM^ilement monotones , fiitiganteé, et dégénèrent parfois en un parler absolument vide dépensées. lÀ, moins que partout auteurs, on ne reut rester court , pahiltre n'aYoir rien à dire ; il semble qu^on scandaliserait ses auditeurs, et Ton prie de paroles , en attendant que les idées viennent. Croit-on que des mots puissent s'élever bien haut ? Non , la pensée seule leur donne des aHes et les fait monter jusqu'au tr6ne des miséricordes.

« Quant Ji des prétt de livres, nous ti'en repoussons point l'idéis. Certainement la parole vivante aura toujours plus d'Influence que fa lettre morte ; mais s'il y a une seule âme sur cent qu^un Kvre puisse éclairer, consoler» nous ne devons pas rejeter ce ibdyen. Il j a cinquante ans peut-être que la Bible pouvait par- Mtement suffire aux paiivres ; nuis nous sofbflles dans un sièdtf de lecture^ et si nous ne procurons pas des livres, on en trtm« rcti soi-Mêttie , et plus âisénierit^ plus ¥olotltièriÉ des mautais que des boné. Nous n'aimons guère les petits ronians religieux ; mais nous recommandons beaticoiip en revanche les biographies chrétiennes. Après nos ètpérlences^ personnelles , irien n*est plus propre à nous faire avancer datas le chemin du salut que celles des autres. Cei bbgtraphîes, d'ailleurs, sont en généra! intéressantes , èl' captiveront ceux mânes qui ont encore peu de goût pour les choses de Dietl. Des ouvrages bien Anta sur des connaiiisaittces utHes; teh que certains «hnanacbs » cerfiMs Rtres^Jùr r^%t«(nilttit*e > (â )>hyrfque, etc. > ne sont |»oint H èèJMgnétd'vMe kù^tnère géiMt^afe. Mail \tm danger eét comlÉun ft toué ces K^res^i, cehti d'enO^gwilKr .le lecteur, de

76 gdClÉT£ DES ABUKS DBS PAUVRES

lui faire penser qu*il n*esl pa» fait pour le poste inférieur qu'ih 'occupe dans la société. Les écrits évangéliques, au contraire^,, tendent tous à réconcilier Tbooiaie avec sa position.

c Le premier but qu'on doit atoir en travaillant sur l'âme^ du pauvre^ le premier et en même temps le plus difficile k atteindre, c'est de lui faire sentir son état de péché. J^ai praii* que toutes ces choses dès ma jeunesse, yoilà ce qu'on nous répond le plus souvent. Sans doute, le ricbe se complaît tout autant que le pauvre dans sa propre justice, mais elle appiiralt cbez lui sous une forme moins choquante. Il sait qu'un amourpropre trop crûment mis en dehors blesse celui des autres , et. attire de pénibles mortiâcations. Le pauvre ne fait pas ces calculs raffinés; il lui importe avant tout d'intéresser à lui, de faire porter sur lui im jugement favorable, et la manière la plus ef« ficace lui parait être de dire tout simplement la bonne opinion, qu'il a de sa personne: certainement il n'est pour rien dans son

infortune 9 il s'est toujours conduit sans reproche Et si

l'on est à même de lui citer quelque infraction patente, publique , il la rejette sur la faiblesse humaine ; c'est toujours un malheur qui lui est arrivé , presque jamais un péché qu'il a commis : il semble vraiment que ce soit à Dieu qu'il bille imputer sa faute.

« Mais quel tact, quelle prudence, chrétienne pour amener, une âme à sentir sa misère! Ce n'est pas tout que de se frapper la poitrine en disant : Seigneur aie pitié de moi qui suis un pécheur ; l'orgueil spirituel prend aisément une apparence d'hu-. milité qui trompe tout le monde et le pécheur Iqi-même, — » Un homme est content 3e lui ; sa vie répond à peu. près à l'idée^ qu'il s'est formée de la piété, de la vertu. Ce n'est pas en. le pressant dès Tabord de se reconnaître un misérable transgres-s seur de la loi, que nous l'amènerons captif aui pieds de Jésus. Il faut* commencer par élever peu à peu son point de vue, jus<qu'à lui montrer enfin pour but la perfection que Dieu demande. Alors nous pourrons espérer que de lui*même il reçonr

bte HAMBOURG. t7

nahra comme il en était loin. Puis / ne Voublions pas , il Tant ayant tout que lious^ qui nous adressons à ce pauvre cœîjr> soyons profondément pénétrées de notre indignitié dcYânl Dieu , que nous nous demandions sourent eh toute humilité : Qu'a^ vons'tious que nous n'ayons reçu ? Il ne faut pas qu'il y ait ik cet égard en nous aucune affectation : ce qui part du cœur va seul au cœur.

«On a déjà compris que nous ne sommes point de ceux qui pensent qu'il n'y a rien de bon chez les pauvres, et qui le leur disent avec dureté en leur donnant ou leur refusant une aumône. C'est là une humiliation irritante qui ne saurait conduire à Thumilité: Une confiance sans motif,' dans nos rapports avec eux, ferait certainement beaucoup de mal ; mais une méfiance absolue n'en fait-elle pas autant ? Il est bien rare qu'il n'y ait pas au fond des cœurs, même les plus bas tombés , quelque bon germe que la charité saura découtrir et vivifier par la prière et la persévérance. Un des états les plus fâcheux de Pâme est celui où elle a perdu complètement ce sentiment de dignité que n'exclut point la connaissance de notre misère. La foi chrétienne nous bumiKe, d'un c6té, en nous montrant un abtme entre ce que nous soooimes et ce que Dieu demande de nous ; mais elle nous relève dé l'autre, nous, objets de Tamour immense de son Fils.

<K Nous réclamons donc pour nos frères souffrants beaucoup de bienveillance et de charité, mais c'est la bienveillance et la charité de l'Evangile. Tout en désirant que nos cœiirs ne perdent pas, par l'habitude, la faculté de s'émouvoir, si précieuse à conserver, nous écartons de toutes nos forces une molle et funeste sensiblerie. Notre Père Céleste nous montre que, précisément parce qu'on aime, on ne doit pas craindre de causer la douleur qui amènera du soulagement. Les fausses consolations, toutes' celles qui n'ont pas pour base la vérité, ne sont que de vains palliatifs, et ne servent qu'à retarder la gùérison. Que de fois l'on a répété aux malades que leurs souffrances leur

78 SOCIETE Um AVIBS DBS PAUVaBS

Cannaient par dlesHoéoMs droit au ciel ! Et où a*t«aii trouve .cela dans l'Evangile ? La parole de grâce y eU abondante, sans doute ; mais la loi juste et sétère y parle aussi. Entretenons ces pautres coours du bonheur éternel, de cette patrie céleste où il n'y aura plus ni deiil^ ni cri, ni travail ; mais inontronsleur aussi la route étroite de sanctification en Jésus-Christ qui seule peut les y conduire.

« On entend souvenu répéter dans le monde que les pauvres ne sont susceptibles d'aucmoe reconnaissance , et que , chez eux, l'inimitié contre les classes aisées s'accfott en proportion desbienfails de caUes^i. Pour nous, nous sommes bien loin de •ouicrire à un jugement si sévère, et nous pensons qu'en cela il faut s*en prendre autant h celui qui donne qu'il celui qui reçoit. On tend une aumdne avec froideur, sans vraie compassion, sans aucun dlscernemeot, de façon à foire plus de mal que de bien; Ton prétend ensuite recevoir en échange un cmur plein de gratitude et d'affection dévouée ; et comme alors on ne le rencontre guère, on crie à la corruption des cUsses pauvres, et souvent on leur ferme à jamais et sa main et son cmur.

«Oh ! si le malheureux pouvait croire que la charité seule

vous pousse ; si vous veniez le chercber dans sa demeure, eau-

aei^ avec lui de ses affaires, lui montrer que vous prenez un in*

térét véritable a ce qui le touche , et que son bien vous est

cher!.... alors, loin d'avoir cette idée pénible, celte idée qui

(mettons-nom à s^a place) doit être si dure au pauvre xiBur^

-qu'on lui donne pour se débarrasser de lui, il se sentirait attiré

.vers vous ; yous. n'auriez plus à vous plaindre de son insensibi-

•Ulé h toute épreuve; vous verriez que ses yeux connaissent

.aussi les larmes de la reconnaissance; vo^s .l'entendriez non

plus seulement de ses lèvres, mais du plus profond de son

•otwr , appeler jiir vous les bénédictions d'en |iaut. Nous ne

nierons pas qu'il ne puisse y ^vo|r (|es Abes sur lesquelles une

obarilé profonde,et^incère demeure absolument sans influence,

des Ames même qui récompensent les bienfaits par la calomnie.

UtÊÊ, ffftmt à Dieu » el|et êùmi rsr^> trëê^rùnet ; et4|iiMul une Wt on a ëveiHé l'alfetÉMn^ |i c«iifiai|ee» n^a<^-«i f^ ouverl im ottur h porte à t^uit eo cpi'il f a Je beau et de bon* P tOn érige, ettgénétal^dea pauvres aaaM^ par le gMiTeme* un at^aebeflseot leut partîcdUer h ta eboae publique; peuc-4tre eal-oe «fier un peu loin. Ateurémeiit le rîelM, né Ctu*^

* Je ne crob pas oublier jamais la lettre toacbante que je reçat au psayre Christophe F. pendant sa dernière maladie â Thôpltal. C'était pourtant un homme si peu recommandable que nous arions hésité lonff* tempe à nous éoeuper de sa fanMHe. Mab quelques témeigaages 4e Yraie diaHtéy des procédés fOu| autres que ostux fiuxqoels il était habitué li^ STaient ouyert le cœur. Qu* avions-nous cependant tant fait pour lui ? Nous lui arions donné à parfîler de la soie pour abréger un peu les longues heures et le meltre à même de gagner quelques sous. Mais veief ce qui favak surUiUt éma à reoeimaissanee. De ses quatre enfants» trois étaient devenus rachitiques par défaut de bon air dans la rue étroite quHs habitaient, et ils ne pouvaient marcher. Leur mère, sans cessé oMgée des'en occuper, ne travaillait point assea pour subvenir k letir eatretfeo. 19qus eûmes l'idée .de charger un paUvre homme, auquel, iru son peu d'intelligence, nous ne trouvions aucun emploi, de promener deux ou trois heures par jour ces enfants dans une petite voiture. Le but ordinaire était FespTanade devant l'hôpital ; le pauvre père se ti*aînait alors jusqu'à la fienètre, et ses yenx «éieinls se ranimaient à la vue dos jeux de ses enfants qui, au milieu de ce bon air, ne tardèrent pas à prendre les couleurs de la santé, et purent bientôt venir à pied voir leur père.

Les lecteurs qui s'intéressent à ces détails voudront bien me suivre eaeere deas la maison de Gerrais. <^. Gervais était charpentier, éa femate allait blanchir dans iea maisons» et tous deux gagnaient honnête* mcnileus vie. Il y a trois ans que Gerwiis ae.plâota pncfCoodément une écharde dans le bras. Une terribf é plaîe ne tarda pas À se ANrmer. Cerfiif à g^and'peine qu'on évita l'amputation ; maïs sa main à demi paralysée» ses4oigts toMicontpefaiut lig rsmlaifnW iùoapabkde oontimier son état. Que iaire? La paawe.leBMfee eût bien inSula iravaitter jdur et .aail pour Boorrir een mati etiaaa enfanta ; ,maia dosent aettajongue maladie il avait fallu .vendre, engager ses vêtements, et avec son knisérable ao^ €e«arefflent,sa figure ^isée par la mauvaise nourrttore, elle n'osait se puèsenter nulle part Dès. q«e noue 4ui eûmes procuré de l'ouvrage^ et qu'elle, euipa mpager quelques joers à sa faim, elle reprit une tout autre apparenae. Le pauvre Gervais désirait vivement aussi pouvoir la soulager en gagnaat quelque chose; nous lui apportâmes un modèle de ces pantoufles en paille tressée, qui sont en usage à Hambourg. Il eut

80 sociiri dm ahss dm PAinrtu

oe que pour la sécurité de sa fortune^ doit au monis à TBtat autant que te pautre qui en re^il son pain. Il y a d'ailleurs dans l'esprit bumain une disposition à confondre Tidée de br atec ceUe de nécessité, de dû. Certes» nous no disons pas eela pour excuser les paut res de ce qu^ils reçoitent quelquefois si mal les dOns de Tautorité ; mais seulement pour engager des sociétés telles que la nétre, 2i ne pas mettre dans leurs secours une régularité qui a bien vite quelque cbose de légal... Jamais nos assistés ne peuvent se dire d^avance ; Demain , Madame **^ viendra et m'apportera telle cboae. Et^ nous devons en con« venir, plus d^nne fois nous avons eu lieu d'être confuses de la reconnaissance que ces pauvres frères et sœurs nous ont témoignée.

« Est-ce it dire^ maintenant^ que ceux qui se dévouent è Tadmi*nistration des cbarités légales ne puissent prétendre à aucune gratitude ?.Non« s'iU se dévouent véritablement > si, à cdté des secours dont ils sont les distributeurs, ils mettent quelque cbose du leur (on sent bien que ce n*est pas d^argent que nous voulons parier ici). Ceux qu'anime la cbarité du coeur sont aimés et bénis du pauvre ; nous en avons phis d'une preuve. Mais pour ceux qui ne sont qu'une roue insensible d'une macbine de bienfabance, qui souvent font leur emploi avec lassitude et en;

d'abord nne peme infinie ; la première paire, à laquelle il avait donné lotis tes soins et qii*il envoya par sa femme avec anxiété, ne fut pas acceptée. Mais fl ne se déeodragea pas ; une antre alla mieux, et mainte* nant, malgré sa pauvre mam estropiée, c'est un d<M meilleurs ouvriers que nous ayons en ce genre.

Si vous aviez pu assister a la dernière visite que nous leur fîmes ! Avec quelle joie, quelles larmes de reconnaissance la pauvre femme nous montrait ses bons Tétements, une courerlnre neuve et chaude à leur lit, une bonne provision de pommes de terre pour Thirer, et surtout le reçu d'une grosse somme de loyçr arriérée ! Arec quel bonheur elle nous parlait de la sérénité de son mari, de sa douceur, de sa bonté enrers elle, de son existence toute changée depuis qu'il avait retrouf é de l'occupation ! Ah I ces moments-là font du bien ; ce sont des fayeurs de Dieu, et de puissants encouragements dans une tâche où les pénibles expMences et tes déceptions ne manquent pas.

M HAHMOIG. 81

Mi, iKNit te deiMttdoni : en comciânce, où dmo ett le droit de réckuaer pour leurs penoaues un tribut de reeonmiiMance ei d'ftmour ?

« Nous mppellerouf encore ici ce par quoi nous aurions d& oomoencer, la manière dont Dieu dans $^ Parole nous demande d'eiercer la cbarité : il veut que nous nous occupions de TAme autant que des besoins du corps. Ecoutons ces magnifiques et encourageantes paroles d'Bsale : Si iti onçres ton cœur à celui qui a faim, ei que tu rassasies Tdme qffUgie, lu prieras , ei FBiemet f exaucera , iu crieras, et il dira : Me voici. — Et le Seigneur Jésus pouYait*il nous inTiter plus instamment i la charité actire et compatissante que par ces paroles : Quand vous avezfmt ces choses à Vun des plus petits de mes frères, vous me les avet faites à moi-même.

« Au milieu de reffenrescence qui tourmente de nos jours rétat social, les classes inférieures et supérieures se sont posées comme ennemies les unes en fiice des autres, et pourtant Dieu ne Ta certainement pas touIu ainsi. Peut-être serait-il donné à des sociétés du genre de la nôtre , si elles se multipliaient, de faire quelque contre-poids aux nombreuses associations désorganisatrices, et de contribuer au rapprochement du riche et du pauTre. Si ces rapports sont tels que nous Tentendons, fondés sur le christianisme, nous croyons raine cette crainte exprimée par plusieurs , qu'une Qcheuse Comparaison rendra les indi« gents plus mécontents de leur sort. La r«l%HHl donne aux cho* ses leur juste valeur ; elle place l'homme en iSsce de lui-même et le réconcilie avec sa position , en le faisant aspirer non i occuper un poste plus élevé, mais Ji rempfir dignement sa vocation ici-bas, telle que Dieu la lui a traeée,

« Dans ces visites de la charité, il se produit un Men mutuel qui, plus d'une fois, nous a fait ressouvenir de ce qu'écrivait saint Paul à ses frères de Rome : Je désire extrêmement voue voir pour vota faire part de quelque don spirituel, q/in que vous soyez itffermis, c'est-à-dire q/in qu'étant parmi vous, je soie LUI 6

SS soaETB uss Amms dus pauvbbs

Cûnàoli avec vous par la foi qui nous e$i commune. Les grands» les nombreux défauts de la classe indigente, cliacun pourrait les citer ; mais rhumilitë, la résignation sans paroles, la confiance en Dieu de plusieurs, ces touchantes Tcrlus ne brHIent pas au dehors, et oti ne les saurait apprécier qu'en descendant jusqu'au pauvre et en le Toyant longtemps et de près' . Oh ! oui, souvent,

*• Uoe de mes premières visites^ comme présidente de la Société, me conduisit chez une pauvre yieille aveugle qui yiyait seule ayec sa fille, sans autre moyen de subsistance que le travail de celle-ci. On était an cœur de Thirer, la chambre n'avait point été chauffée, et la pauvre Jeony tirait à grand*peine son aiguille avec ses doigts bleuis par le froid. Je fus étonnée, parce que, quelque peu que Touvrage soit payé, je savais que celui de Jenny deyait suffire à peu près à leur entretien. J'appris alors que, pendant une longue maladie de la mère, elles s'étaient arriérées de trois semestres de leur loyer, et elles avaient d'autant plus a cœur d'acqaiUer cette dette que leur propriétaire était un homme bon, qui jamais ne les avait menacées de les renvoyer. Il y avait ce jour-là dans leur armoire douze francs mis de cdté pour cela ! — Quelques années plus tard, après notre terrible incendie, un collecteur se présenta chez elles : en voyaBl leur intérieur, il youlut se retirer ; mais la yieille ayeugle se fil expliquer ce que c'était, et quand elle apprît qu'il s'agissait d'une souscription d'un schilling par semaine, pour rebâtir cette église de Saint-Nicolas oà ellô s'était si souvent édifiée, elle voulut absolument souscrire ellemême. Etle parvint, en effet, a se faire cette petite somme en diminuant pendant six jours son déjeuner de moitié, ne se conservant que le dimapcfae pour manger à sa faim. Recevant souvent des aumônes, eHe n'aurait pas cru donner réellemeot elle-même, si elle ne s'était pas privée de quelque chose, et elle y trouvait une grande joie.

Ne dirai-je point un mot de notre pauvre Marguerite, la personne la plus contrefaite peut-être qui soit au monde ? Bien qu'elle ne puisse pas fnarcher, mais seulement se trainer comme un petit enfant, sa chambre est reluisante de propreté. Sa vue cependant s'affaiblit de jour en jour. bn chirurgien de nos amis a bien voulu essayer de Topérer do la cataracte sur un œîl, mais sans succès. Elle voit s'avancer rapidement le temps d'une cécité compléle. Elle en est triste, mais sans jamais nmraiu* rer. Elle trouve au fond de son cœur tant de sujets de rendre grâce à tHeu! Son bonheur, c*est d'entendre lire la Parole; et la plus grande joie qu'elle ait eue depuis longtemps, c'est d'avoir été conduite à l'église par one dame qui l'a prise deux ou trois fois dans sa voiture. Nous Usons toujours un chapitre ensemble chaque fois que je vais la voir. Un jour elle me dit qu'elle aurait aussi quelque chose de bien beau a me communiquer : c'était un cantique tout a fait approprié à sa situation. Elle

trè»*fOiiTMt^ k Taq^t de ce renoncement, de celle victoire de b foi sur la nmère, nout àf ons reçu dans k maison du pauvre cent fo» plus de bénédictions que nous n'en avions apporté. N'est-ce pas une vivante instruction pour nous que de trouver

Tavatt entendu lire nue fois et avait «n grand désir de l'apprendre ; mais comment faire ? Une occasion de rendre service à une voisine s'ëtant présentée, celle-ci lui témoigna qu'elle aimerait bien à son tour faire quelque chose pour elle, et Marguerite n'eut rien de plus pressé que de la prier de lui lire ce oaotique jusqu'à ce qu'elle le sût per oœor. « Mais, lui demandai-je un jour^ ma pauvre Marguerite, le temps ne vous paraîtil pas bien long? — Non, dit-elle, le matin je ra*occupe à mon petit méoege, etj*y mets bien plus de temps qu'une autre. Ensuite je ne puis ttsfvailler, c'est vrai, mais je me mets dans ce bon fauleatl q«e rons m*avez donné, et je pense.» Je compris que son occupation alors était de prier tour à tour pour tous ceux qu'elle connaissait, de se rappeler divers passages de l'Ecriture, de penser h la gloire à venir, a la bonté de Dieo^ de se maintenir dans sa saiùte présence. Je compris tout cela trésbieo, sans qu'elle me l'exprimât pourtant en détail, car Blarguerite n*aîme pas à faire parade de sa piété. Mais elle est si heureuse ainsi, que, quand quelque voisine vient la distraire par des causeries, elle re* grette le pins souvent sa solitnde avec Dieu, et la retrouve tetijoars avec plaisir.

Je sens qu'il faut me borner, et ceUe pensée seule peut m'arréter une fois que j*ai abordé un sujet qui m'est aussi cher. Tant de douces images se pressent dans mon esprit, tant de dévouements obscurs, de ces vies cadiées qui sent de plus hautes prédications de l'Evangîle que loirt ee qui se peut dhre dans les chaires. Hier encore une autre pauvre 6Ile m'est venue voir. D'une intelligence bornée^ les hommes méprisent peol-éire ma vieille Catherine ; mais Celui qui regarde au cœur connaît kl plaee q«'il lui réserve. Gagnant de moins en moins chaque aeoée, elle en était venue, dans sa misère, à se nourrir de mets qui détruisaient sa santé, et encore ne mangeait-elle pas à sa faim. Nous lui procurâmes d'une maison riche an bon repas par semaine, qu'elle faisait toujours durer deux ou trois jours. Un ménage de denx vieillards iiiliifs reoevait la même faveur d'une autre famille, mais celle-ci étant partie pour la campagne, il s'en trouvait privé. Catherine est venue me demander de céder à ces pauvres gens son bon repas de q^tnse en quinte jours. J'ai accepté son oSf sans lui donner aooiin dédommagement 9 je l'a» même à peine louée de ce qu*elle faisait, et ne lui ai pas laissé voir mon émotion. Je craignais tant de gâter cette âme humble et candide par un sentiment de propre complaisance ! Mais nous qui vivons dans le Superflu, somi à même d'apprécier la grandeur d-'un t^ sacrifice ?

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au milieu de telles épreuves la vraie résignation, la Traie joie, la Traie paix ? Et n'aurons-nous pas bonté ensuite, enfiuiU gfttés que nous sommes, de montrer du chagrin et du dépil au moindre de nos jouets qui se brise? Jamais, nous deTons auui le reconnahre, jamais nous n'aTons senti aTec autant de force les consolations de TEvangile, qu^en les présentant aux maibeureuz. « Bien des gens qui, comme certains philosophes, se plaisent h rêver rinnocence de Thomme dans l'état de nature, se trou- Tcnt déçus partout où ils rencontrent le mai, et reculant aTec effroi deTant les TÎces des classes inférieures , ils se détotiment d'elles en prononçant anathème. ^ Pour nous, jamais nous ne nous sommes fait de telles illusions. Nous connaissons la corruption profonde du cœur humain; nous la connaissons d'abord dans le nôtre , puis nous saTons ce que dit TEvangile, que nonseulement la pauvreté^ mais tout le mal qui est dans le monde est une conséquence du péché. Si noiu refusons nos secours aux pauTres parce qu'ils sont vicieux, quel droit aurons-nous d'attendre nous-mêmes de la consolation dans nos douleurs ? Quoi! parce que nous les trouvons imprévoyants, inconsidérés^ sao» énergie, nous les condamnerons ! Ah ! voyons plutôt là un pressant ippd a nous occuper de nos frères, h leur venir en aide par nos ^nseils. D'ailleurs, nous ne nous mettons point ici en contradiction , comme il pourrait paraître, avec ce principe essentiel de notre société, de distinguer par nos secours la meilleure classe de pauvres. Ceux que nous refusons, ce sont les hommes dont la vie se continue ouvertement et sciemment dans l'esclavage du vice. Non que nous voulions prétendre qu'il n'y ait plus d'espoir pour eux ; mais nous ne nous sentons poin} une influence assez forte pour les aborder avec quelque succès. «Les pauvres sont, en général, orgueilleux. Prenons bien garde que ce défaut ne noiu rende pas injustes, en noiu blessant plus directement que tout autre ; et n'oublions pas qu'il n'est quelquefois que le sentiment louable de l'honneur, exagéré ou seulement mal exprimé. Le mensonge est très-fréquent parmi eux;

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maiè encore ici ne condamnons pM avant de nous élre rappeléleur position particulière , avant d'être descendus dans noire propre cœur. Les enfants^ qu'on aime h se représenter si pur», ont tous, plus ou moins, un certain penchant au ^mensonge ; c'est à PonI vigilant de rëducalion de les arrêter dès le premier pat. liais peu de pauvres ont le temps «t-la possibilité de veiller sur leurs enfants, et ïU apprécient généralement bien mal leurs butes. Un petit meuble brisé attirera une sévère punition ; uo. gros mensonge , s'ihn'en résuhe du reste aucun mal actuel ,. est i peine Tobjet d'un reproche. Habitués ainsi à tenir pour une très-légère fautes le déguisement de la Térité, nous étonne«> Mn»-nous si, phis tard, ces mêmes enfants y ont recours en, s'adressant aux riches ? Et ceux-ci même ne les y encouragent-ik pas en donnant souvent sans examen ? Ah ! dès qu'oo fait avec les pauvros une connaissance un peu, intime^ on ne tarde. pas a. rencontrer, dans leurs circonstances précédentes ou. actuelles,, bien des motifs d'excuse, sinon<le justification> et peu à peu, à eette vue,, le mécontentement prend le caractère de la pitié»; Nous ne nous lasserons jamais de le dire : . Ayons cojnpassioo^ cherchons h corriger, mais ne maudissons pas.

c Sdpposons un- moment que nous ne fassions en apparence aucun bien, que nous ne rencontrions qu'ingratitude et sèche* resse de cœur ; serait-ce là un motif suffisant pour abandonner notre travail ?' Non> non-; aucune oeuvre chrétienne ne doit être Idleoient entreprise en rue du succès que, lorsqu'il ne se trouve pas au bout, le découragement s'empare des Ames. C'est une grande tkute, c'est une suite de l'orgueil humain, que d'attendre trop de ses efforts. Oh ! rendons grâce à Dieu, de ce qu'il Tcut bien nous permettre de travailler dans un petit coin de «on champ, de procurer le moindre soulagement k un malade, de dire une parole d'avertissement à un pécheur , lors même que nous n*aurons pas guéri ce malade , que ce pécheur ne sera pas converti. C'est par la foi et non par la vue qu'il nous faut marcher ; peut-être n'est-ce qu'au jour de la

grande moisson que nous connaîtrons celles de nos graines^ jetées en terre, qui auront (ructifië. En attendant, soyons bien sûres que, dans le royaume de Dieu , ce qui est Téritàblement bon, lie saurait être entièrement perdu. Faisons arec amour et eoBscience tout ce que nous pouTons , et pour le reste remets tons-nous-en au Seigneur.

cLa plus grande objection qui nous ait été faite coptre la tenr danoe religieuse de notre Société, c'est que nous faTOrisons^ e'esl que nous appelons Thypocrisie. — Elle est bien grave, et elle repose sur ua danger réel ; mais nous la croyons exagérée. Et d'abord il ne faut point légèrement donner ce nom flétrissant d'hypocrisie. De même qu'on s'exerce peu à peu h faire le bien, de même aussi il peut y avoir dans la piété de petits commencements qui s'appuient d'abord sur l'autorité d'autrui. Sans doute ils ne sont pas la foi qui natt d'un besoin intérieur et profond, maia pourtant ils ont quelque prix ; ils peuvent conduire à quelque ^ose de phis indépendant, de plus élevé; ils ne sont point sur-* tout de l'hypocrisie. Qu'est donc la foi de l'enfant ? n'est-elle pus entièrement fondée sur l'autorité de ses parents et de ses maîtres? Plus tard, cette foi devra acquérir une base plus indi* viduelle et plus ferme; mais^ jusque-lè, Faccusera-t-ony lui, de mensonge , parce t|u'il appelle s^int et vrai ce qui est tenu^ pour saint et pour vrai par ceux qu'il respecte et qu'il aime^ -r- Dans un temps qui n'est pas éloigné de nous, les classes inlë^ rieures s'appuyaient de l'exemple des hauts rangs de la société pour verser sur la foi de leurs pères la~ moquerie et le méprit. Un perfide courant de mal ne cesse encore aujourd'hui de des-, cendre de ces rangs supérieurs ; ne nous sera-t-il pas permis 4'en faire descendre aussi iine influence sanctifiante?

«Que le danger d'hypocrisie existe, nous ne le nions pas ; nous ne nous faisons aucune iUusion à cet égard. Rien n'est odieux, selon nous, comme le partage religieux, surtout quand on s'en kit un gsgne-pain, un levier pour ébranler les cœurs. L'incré- 4uKté, oui la plus grossière incrédulité, nous parait cent fois

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