‹ Bibliothèque universelle de GenéveChapitre 71 sur 93 · AU POIBIT DE VUE CHRETIEN · texte numérisé non relu

AU POIBIT DE VUE CHRETIEN

quel s'ëlève naturellement rinlellrgcnce^ et In réalité à laquelle nous nous heurtons à chaque instant en accomplissant nos des* tinées terrestres. Quel est le jeune cœur qui, après s'être épris d'un idéal de moralité et de vertu, n'ait rêvé que, dans la conduite des hommes qui l'entourent, il en rencontrera une réalisation incomplète peut-être , mais au moins commencée, et reproduisant approximativement les traits principaux du type que son intelligence a conçu ?

La vie réelle ne tarde jamais à nous donner à cet égard un enseignement significatif, souvent même rude et pénible. Toujours elle amène un désillusionneroent plus ou moins prononcé, qui. Tort amer pour quelques esprits, n'est pas sans quelque charme pour d'autres, ces derniers se sentant dédommagés de ce qu'ils perdent sous le rapport de la vivacité des impressions, par la sûreté de jugement qu'ils acquièrent.

L'ouvrage dont nous nous occupons ici, nous a paru conçu au point de vue d'un esprit qui n'est déjà plus sous Tempire de ces premières illusions, sous l'influence desquelles on s'imagine qu'il suffit de proclamer bien haut quelques principes bien vrais et bien purs, pour réformer le monde ; mais qui cependant s'étonne encore et s'indigne, bien que sans trop d'amertume, de trouver la réalité Vi prodigieusement loin des principes qui lui semblaient devoir être généralement acceptés par l'intelligence, et réalisés par la conduite des hommes.

On pourrait croire, d'après cela, que M™*^ de Gasparin s'est formé, de l'union conjugale, un type idéal d'une perfection désespérante, à laquelle la faible humanité ne saurait s'élever, et qu'elle manifeste constamment un énergique désir de le voir se réaliser partout et toujours. Mais il est plus vrai et plus simple de dire, que son intelligence a fortement saisi le type chrétien du mariage, tel que depuis dix-huit siècles l'Evangile l'a présenté au monde, et qu*elle ressent une indignation profonde en voyant ce type servir, si incomplètement et si rarement, à diriger les hommes dans leur conduite journalière.

208 LK MAiUAGfi

C'est un des plus Troppanu oaractères de la sublimité et de la divinité du christianisme^ que celte perfection absolue des types que présente sa morale^ perfection à laquelle ni l'imagi* nation la plus féconde, ni rinlelligence la plus comprében«iTe ne trouvent rien a ajouter. Mais il ne faut pas oublier qu*en même temps le chi^istinnisme recommande et inspire un esprit d'indulgence et de douceur qui porte à tendre toujours la main 5 l'homme faible^ si bas qu'il soit tombée et à lui ménager, pour ainsi dire, la dose de vérité qu il peut porter, c'est-à-dire à lui montrer de préférence les aspects de la doctrine morale qui peuvent l'encourager et non pas l'effrayer, qui doivent relever ie$ forces ainsi que ses espérances, et non pas le repousser par la considération de l'impossibilité de réaliser parfaitement un idéal placé s! haut.

Ce n'est pas à dire, néanmoins, que nous ayons à signaler la moindre amertume dans la vivacité avec laquelle Fauteur exprime son indignation, mêlée d'un peu d'étonnement, à propos de la manière dont on ne considère que trop souvent le ma* riage dans le monde. Loin de là ; nous aussi, comme le critique du Semeur g nous aurions regretté de perdre l'appréciation d'une doctrine élevée, fournie par un esprit distingué qui s'est placé à un point de vue spécial.

Avec les dispositions que nous venons de signaler, dans le livre du Mariage au point de vue chrétien, on ne pouvait s'at<* tendre que l'auteur entreprit une discussion sérieuse et approfondie des désastreuses théories de George Saad et de son école. M"* de Gasparin repousse ces sophismes avec une géné- Teu$e colère ; elle ne s'arrête pas à en montrer l'impuissance logique. Une pareille lutte n'eût pas été à sa place dans un ou* yrage tel que le sien, où les questions qui rentrent dans son sujet sont toujours envisagées à un point de vue dogmatique, et non à cckii de la controverse.

INous pensons toutefois qu'il ne serait pas sans utilité de combattre directement les dangereux paradoxes d'une école

Page 1