AU POINT DR VUE CHRETIEN
Au reste, <Iau8 Touvrage qui nous occupe, le point de vue de l'auteur et la disposition de son esprit semblent avoir été légèrement perdus de vue, même par les critiques les plus cora» pétents qui, en relevant avec quelque sévérité des défauts partiels, ne semblent pas avoir cherché à s'en expliquer les causes et l'origine. Ainsi un censeur fort grave a combattu avec force, dans le Semeur^ ce qui est dit à Tégard du célibat dans le livre du Mariage. Comme professeur de morale, le critique a cent fois raison. M""^ de Gasparin, préoccupée exclusivement de son sujet et de la sainteté du mariage chrétien, semble dire que les femmes que des défauts physiques, une faible santé ou un manque de fortune vouent forcément au célibat, ont, en quelque sorte, complètement manqué leur destinée, et que le christianisme lui-même semble leur fournir incomplètement ces am^ pies moyens de consolation et de perfectionnement moral que les personnes mal partagées , sous le rapport des avantages terrestres, semblent plus particulièrement appelées à y trouver.
Cette thèse, expressément soutenue, serait entièrement fausse et contraire au véritable esprit chrétien. Les progrès de la ci* vilisation, qui semblent amener les rangs de la société à se serrer de plus en plus, augmentent nécessairement le nombre des personnes auxquelles le manque de moyens et la prudence in«terdisent le mariage. W^^ de Gasparin elle-même» son livre nous le garantit, conseillera toujours le célibat de préférence à ces unions mal assorties dont elle fait si vivement sentir le malheur et la difformité. Certainement elle ne pousserait pas au découragement et à l'apathie des personnes déjà à plaindre, en leur refusant le partage des consolations que le christianisme verse de préférence sur les affligés* Sous l'empire d'une live préoccupation, elle n'a pas pu peser ses phrases sur un point dont nous reconnaissons toute Timporlance. Mais, si elle eût examiné la question sérieusement et en elle-même, .elle serait, sans aucun doute, arrivée à une conclusion différente, et n'aurait point professé expressément une opinion
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qu'elle n'a d'ailleurs émise qu'en passant^ cl qu1l est peu équitable de juger isolément^ sans tenir compte de la place où elle se trouve et des considérations qui Texpliquenl^ bien qu'elles ne puissent la justifier entièrement.
Pareillement on a signalé dans son ouvrage des longueurs et des détails minutieux ou trop étendus. Sans doute ^ si le livre était dû à la plume d'un professeur de morale on aurait raison, et il aurait pu enseigner à ses disciples les mêmes choses d^une manière beaucoup plus concise. Mais on apprécie mal le livre du Mariage au point de vue chrétien^ si on n'y cherche pas autre chose que des maximes pratiques, et si l'on n'y voit pas l'expression de la pensée intime d'un cœur légèrement porté à l'enthousiasme. Ainsi cette prolixité, cette redondance même concourent puissamment à imprimer au livre ce caractère spécial qui constitue son individualité. Rendez-le plus concis et plus méthodique, ce caractère aura disparu , nous aurons un traité de plus sur les devoirs d'une position particulière, à ajouter aux milliers de traités de morale déjà existants ; l'ouvrage que nous cherchons à apprécier aura totalement disparu, et ce sera réellement un vrai dommage pour les lecteurs.
Il est, enfin, un troisième reproche qu'une foule d'hommes mariés ou célibataires adressent à ce livre. Une femme, disentils, formée suivant ses principes fatiguerait son mari par une insistance continuelle ; une pensée constante de prosélytisme l'occupant sans cesse, elle exercerait sur un mari indifférent ou seulement froid dans ses convictions religieuses une sorte de persécution qui, à la longue, pourrait devenir d'un poids insupportable. — Nous répondrons d'abord que le livre même fait, à cet égard, des réserves formelles. L'auteur reconnaît expressément le caractère de douceur que doit toujours conserver le prosélytisme chrétien, au milieu des combats où il peut nous entraîner. Il proteste hautement contre la prétention d'orga« niser une persécution intime sous le prétexte du christianisme.
Après cela, il faut bien se le dire, toute conviction sincère