AU POINT DE VUE CHRETIEN
et piiftssante aspire nécessairement au prosëlytisme. Cela tient à la nature des choses^ cela se retrouve non -seulement en religion, mais en politique et jusque dans le paisible domaine des sciences naturelles. Ce que Ton peut blâmer dans le prosélytisme^ c'est l'imprudence qui parfois l'accompagne ; c'est une obsession pénible pour celui qui la subit ; c'est surtout l'emploi de moyens immoraux en eux-mêmes^ quand on arrive à le justifier par la révoltante maxime qu'un but honnête excuse l'immoralité des moyens mis en œuvre pour l'atteindre. Mais blâmer le prosélytisme en lui-même , ce serait une choquante absurdité ; ce serait flétrir la nature humaine^ qui y est invinciblement portée; ce serait plus que cela : ce serait mettre en suscipion la vérité elle-même, en blâmant ce qu'il y a de plus méritoire, les efforts tentés pour en répandre la bienfaisante connaissance.
Si néanmoins ces considérations ne suffisaient pas pour justifier pleinement M"*° de Gasparin , il faut bien se dire qu'en traitant ce sujet elle a été involontairement préoccupée de l'affreux malheur qu'il y aurait eu pour elle, avec les dispositions de son esprit et la ferveur de ses convictions, à avoir uni son sort à celui d'un homme qui n'aurait point sympathisé avec ses convictions religieuses si profondes.
Ce sentiment du malheur qu'eût présenté pour elle une pareille position, a influé indubitablement sur la manière dont elle traite ce sujet, et lui a inspiré des expressions propres à étonner des esprits plus froids que le sien. Mais soyons assurés que si elle se trouvait en face de la réalité, si elle avait à conseiller une amie qui eût à lutter avec la difficulté grave que présente à une femme pieuse l'association intime avec un mari incrédule ; sortant alors du monde idéal où sa pensée aime h se développer à son aise, le sentiment de la réalité réveillerait en elle ce tact et cette modération que la prudence chrétienne sait fort bien inspirer, et sans lesquels on cabre bien plus souvent qu'on ne persuade ceux qu'on voudrait ramener.
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« Hélas oui! dit elle-même M'"'' de Gaaparin^ la réaKié esc une grande dësencbanlereMe , bien des espérances meurent ii son approche, bien des résolutions se dissipent à son contact. »
Nous lui empruntons ces paroles, pour indiquer le chan^* ment qui s'opère dans les appréciations d'un esprit judicîeuk quoique un peu enthousiaste, lorsqu'il passe d'un point de vue abstrait et idéal à rexpérience de la réalité.
Cette observation s'applique aussi au conseil donné à la femme qui a manqué au plus grave de ses devoirs, et que M"^^ de Gasparin engage à solliciter, auprès du mari outragé lui-méme> son pardon à la suite d'un aveu aussi humble que complet. Bien des lecteurs ont souri à ce passage et y ont vu une naïveté étrange, d'autres s'en sont indignés. Il nous parait plus équitable d'y voir un conseil empreint d'une haute générosité, mais spécialement applicable à une de ces positions imaginaires qu'un cœur honnête rêve pour s'expliquer le crime et pour en adoucir la laideur morale. Cependant, alors même que la personne qui se livre à ces innocentes suppositions, aurait, comme c'est ici le cas, une raison exercée et un jugement sûr, elle sentirait bientôt , si elle avait à ramener au bien une vraie coupable, combien, le plus souvent, ce conseil serait hasardé et blesserait les règles les plus communes de la prudence.
Après tout, voudrait-on que le livre d'une femme jeune et légèrement enthousiaste fût semblable k celui d'un professeur de philosophie allemande ? Pour nous exprimer comme rei*ak ce dernier, nous dirons que l'auteur est dans une position où il lui est impossible de se placer au point de vue purement objectif, et de se dépouiller d'une forte dose de subjectivité. Mais pense-t-on que des phrases d'un pareil style pussent se rencontrer sous la plume de l'auteur du Mariage au point de vue chrétien, sans choquer ses lecteurs ? *
A chacun sa vocation et les convenances qui se rattachent i son individualité. Heureusement il n*est point nécessaire d'avoir abordé les profondeurs de la métaphysique, pour fournir