AU POIBT DU V0£ CHRETIEN
è ses lecteurs de ces obserTations fines el délicates qu'une feroroe de talent fait le plus souvent bien mieux qu'un érudit, pour offrir de bons conseils dictes par la plus saine morale, et pour donner à ces conseils^ par une nuance d'exaltation et la chaleur du sentiment, tin coloris particulier d'où dériTC un mérite spécial.
Ce sont ces qualités qui nous ont frappés dans un ouvrage que nous recommanderions à nos lecteur^ si nous ne pensions que la plupart d'entre eux le connaissent déjà. Nous sijpialerons toutefois à leur attention le morceau remarquable où l'auteur, sortant du point de Tue purement individuel auquel il se limite ordinairement, se place sur le terrain du publiciste pour aborder la question de la légitimité du divorce, et le flétrir avec une vigoureuse énergie et une vertueuse indignation. Le talent d'analyse et de déduction que ces belles pages mettent en évidence, est d'une autre nature que celui qui s'est développé dans le reste de l'ouvrage; aussi la richesse de ressources qu'il révèle chez l'écrivain, nous fait espérer de nouveaux fruits de son travail. Nous souhaitons qu'il n'abandonne pas Tétude intéressante de questions de haute portée analogues à celle-ci, et nous ne doutons point qu'il n'arrive, sur des matières aussi graves et aussi pleines d'intérêt, à des résultats heureux dont nous aimerons i profiler avec le public.
Gustave de Cavoor.
CARISBROOKE. — FRAGMENT D'UN VOTAGE EN ANGLETERRE.
L*He de Wighi, sdparëe par le détroit du Soient et la rade de Spilhead ^ des cAles méridionales de la Grande-Bretagne j passe avec raison pour le joyau le plus précieux des mers du l^ord. Dans la partie septentrionale^ sur un tertre qui domine son c^ef-lieu Newport , s'élève^ majestueux encore au milieu de B^ ruines ^ le vieux cbâieau de Carisbrooke. Il arrive bien rarement^ en Europe, de rencontrer un lieu auquel tant d'in^ térét s'attache et par la beauté extraordinaire des sites qui renvironneot , et par la grandeur des associations historiques que rappelle Taspect de ses murs, où les passions les plus vives^ les principes les plus féconds qui régissent les sociétés et maîtrisent les natures humaines, se sont livré, au dix-septième siè-» cle, un «ombat silencieux 9 mais décisif.
Av^nt de pénétrer dans Tenceinte de Carisbrooke, il est indispensable de jeter un coup d'csil sur la contrée dont cette forteresse fut, pendant dix siècles, lecheMieu féodal.
Suivant une tradition constante des indigènes, l'antique ^ec/a aurait' été unie i la grande terre de Bretagne, par un isthme sablonneux qui s'étendait de la pointe de Hurst Castle au Cli(l% End. L'Océan, brisant cette digue, aurait uni le canal de Soient au golfe de Lymington , et complètement isolé les collines dont la succession circulaire protège le pourtour de Wigbt. Les différentes dénominations que cette Ile a portées ' dérivent toutes du. kymrique Guith « séparation, rupture », lequel con-
* En latÎD, F'ectis et f^ecla; en anglo-snxon, /f^Mi7;'en ang^la'S ino- ^enic JFight (on prononce ouaït).
CABISBBOOKB. 719
serre le teurenir de cette rëToIutton primordiale ^aDtérieure i la rédaction des plus anciens périples des mers britanniques.
Les premiers habitants dé Wigbt furent des Logriens , remplacés bientôt par des Belges, que César trouva maîtres d'une grande portion de la Bretagne méridionale , entre le pays de Kent et celui des Dumnonii * . Au premier siècle de notre ère, les lieutenants de Claude établirent sur ces Belges insulaires la domination des Césars. Quatre cents ans plus tard, la Bretagne,^ imparfaitement romanisée, mais presque entièrement convertie au christianisme , était envahie par les Angles , les Jutes et les Saxons. Le gouvernement indigène, que la retraite des légions sur le continent laissait sans forces régulièrement organisées pour résister à cette agression, perdit rapidement les cèles du sud et de Test. Vers l'an 500 y Kerdic^ Tun des chefs de Té* migration teutonique, s'empara de Ttie de Wigbt. Ce fut le premier pas vers la conquête des cantons du sud-ouest, et vers la fondation du nouveau royaume des Saxons occidentaux*. Les Bretons indigènes et chrétiens furent lesitns détruits^ les autres réduits en esclavage. Ces derniers' étaient encore, au commencement du septième siècle , au nombre d'un millier. La conversion de leurs maîtres dut apporter quelque adoucissement à leur sort ; mais les incursions des Scandinaves ne tardèrent point à porter la désolation dans toute» les parties de Tile^ vulnérable sur tant de points. Pour la dernière fois, les Danois et les Norwégiens la ravagèrent en 1 066 , sous la conduite de Tosti, frère du roi Harold, avec lequel, peu de jours aprèsj la fortune des Saxons succomba pour toiyours dans la plaine de HastingSé Sous Tadministration normande, Wight ne forma qu'une seigneurie (lordship), dont le manoir Câodal était Carisbrooke. La dépopulation causée par les guerres danoises était
* Aujourd'hui le De9on'Shire, La capitale de ces Belges ou Bolg^ t Venta Belgamm » , était bâtie sur rempIacemeDt de WiochesCer.
' ff^esiSeaxnaMce,
^ Dans les documents de la période saxonne, ils sont appelés ff^alii, en anglo-saxon fVeaUas,
220 CAB1SBR00RS.
ti complète qu'à peine , de loin en loin , quelques hameaui de paires et de pécheurs interrompaient la solitude de la forêt. <c En sautant de branche en branche », disaient les insulaîres , c un écureuil peut faire le tour de Wight. »
Guillaume, fils d'Osborne, maréchal de Tarmée du Conque* rant, fut le premier mis en possession de llle ; il en sous-inféoda plusieurs portions à des hommes d'armes venus d*outre-mer sous sa bannière. Entre toutes les familles qui se partagèrent alors les domaines de Wight, on n'en connaît plus qu'4ine seule qui soit restée maîtresse des terres dont le Doom^s day Book lut assigne la propriété: c'est celle des Oghianders, qui possède les manoirs de Nunwell et Sandham.
La seigneurie de Wight passa, sous le règne de Henry Beauclerc, des Fitz-Osborne aux Biyers, comtes de Deron. Edward, premier du nom entre les Plantagenets, la réunit au domaine de la couronne. Henri YI la céda, en 1445, au comte de Warwick (alors Henri Beaucharop) avec le titre de «.royaume » (kingdom), impliquant une franchise entière , sous la seule réserve de c l'hommage simple * ». Â la mort de cet unique roi de Wight, l'tle fit encore retour ^ la couronne; Edward IV l'inféoda de nouveau, mais comme simple lordship, au frère de sa femme, lord WydeviUe * que Richard ill fit, en 1483, périr sur Téchafaud. A partir de cette dernière époque , Wight ne fut plus distrait des possessions immédiates de la couronne d'Angleterre; mais par des aliénations successives , le domaine utile du sol passa presque entièrement à des particuliers ; il ne resta guère sous la main du fisc que la forêt de Parkhursi , et le manoir de Carisbrooke.
Le plus ancien nom de ce château est , dans les annales saxonnes, écrit Whit-gara-byrig^ . Suivant une vieille tradi«
* Sans aticune forme de service féodal. 11 en était ainsi pour I*ile et seigneurie de Man, pour la seigneurie d*Yvetot en Normandie, et pour un très-petit nombre d'autres sur le continent.
« Ou ff^oodinlle.
3 « Château des hommes de Whit.»
FRAGMEHT d'UN TOTAGE EN ASGLETBBRE. 221
lion, les Bretons aborigènes araient construit sur cet emplacement un fort palissade qu'un castrum romain remplaça sous le règne de Nëron» quand la Bretagne méridionale fut réduite en forme de province; la dénomination actuelle, Carisbrooke^ ^ est en usage depuis Tépoque des Plantagenets. Les lords de llle firent constamment leur résidence dans cette forteresse ; les gou^ verneurs qui leur succédèrent à partir du règne de Henri Vil, y fixèrent pareillement leur séjour. A deux reprises , en 1 S77 et 1403» les Normands, redevenus étrangers à l'Angleterre, et gardant quelque chose de la passion de leurs ancêtres pour les entreprises maritimes, firent une descente sur tes cdtes de Wigbt, et mirent à contribution les bourgades du littoral. Mais Carisbrooke, grâce à son éloignement du rivage, et è la force de ses murs, repoussa constamment les attaques de ces ennemis. Le donjon (tbe keep) est probablement Touvrage de Guillaume, fils d'Osborne ; mais hi vieille enceinte des murailles n'appartient qu'au temps des Riters; lord Woodville la rebâtit même, et en accrut les défenses, entre les années 1470 et 1 482. La grande porte d^^ntrée (The Gateway), flanquée de deux tours rondes, est ce qui subsiste de plus considérable entre les constructions exécutées parce dernier lord de Wight. Elisabeth, pendant la hitte qu'elle soutint avec tant de vigueur et de prévoyance contre la puissance d'Espagne, s'occupa sérieusement de Carisbrooke y alors tegardé comme la clef de l'une des portions lei plus hnportantes, et les plus menacées, du territoire anglais. Cette souveraine fit tracer l'enceinte bastionnée qui enveloppe tous les ouvrages de Fépoque précédente , et qui occupe une surface de vingt acres de terrain. A l'intérieur, plusieurs con- Mructions furent renouvelées entre les années 1580 et 1600 ; le corps de logis, principal du chAteau , qui prit alors la figure
* L'étymologie de ce nom est obscure. Quelques critiques le foDi dériver du celtique, Caër, château, et du saxon Brooke, cours d'eau. D'autres n'y Toient qu'une transformation normande de l'anglo-saxon Whiigara-byrig.
222 GABIdBROOKE.
de palais, recul des additions considérables, dans ce beau style auquel les Anglais ont conserTë le nom d'Elisabeth \ et dont, •ur le continent , on trouve un excellent modèle dans Taile du château de Heidelberg appelée « die Englische Bau ». La porte avancée qui conduit du glacis dans la première enceinte de Carisbrooke, subsiste encore aujourd'hui > avec la couronne et le chiffre de la dernière des Tudors '.
Pendant les quarante années qui suivirent la mort d'Elisabeth , le 4:hâteau fut entretenu soigneusement dans l'état où cette princesse l'avait laissé. Au commencement de la guerre civile, Jérôme, comte de Portland, s'en trouvait capitaine pour' le roi. Mais le Parlement, dont l'autorité prévalut de bonne heure dans les comtés du sud, révoqua cet ofGcier qui lui était suspect, et le remplaça par le comte de Pembroke. Lorsque le progrès rapide des principes démocratiques eut fait tomber dans la disgrâce des Communes ceux-là même parmi les lorda qui avaient, dans le principe, embrassé les intérêts populaires, le colonel Hamtnond fut substitué au comte de Pembroke. Ce nouveau gouverneur était un presbytérien fougueux, et cepen* dant neveu d'un des soutiens de la cause épiscopale, le docteur James Hammond, alors même chapelain du roi. Après les dé* faites essuyées par les loyalistes à Long*Marston-Moor et k Naseby, après l'issue infructueuse des coYiférences de Hamptoncourt, le malheureux monarque crut pouvoir s'abandonnera la merci d'un ofBcier dont le proche parent avait donné des marques d'une fidélité i toute épreuve. Charles , échappé par la fuite à la captivité honorable dans laquelle les délégués du Parlement le tenaient à Hamptoncourt, parvint h gagner Titchfield; et de la maison où il s'y tenait caché, il fit parvenir au colonel Hammond un message» auquel celui-ci répondit en termes ambigus; mais la résolution de Charles était prise. Dominé par la ténacité de son caractère , le roi , presque seul et désarmé,
* The ElîzabelhaD style.
FHAGUBT D^UH VOYAOB KM ANGLBTBRRE. 22Î
fraoobit sur une barque le Soient , $ou$ des auspices aussi funestes que ceux sous lesquels son aïeule * avait , quaire-vingts ans plus tôt, passé le Solway pour se réfugier sous la protec*tion d'Elisabeth. Sur la plage, Hammond vint recevoir le roi^ et lui fit, au milieu de vagues protestations de respect , fran* ehir la porte fatale, laquelle, i bien dire^ ne s'ouvrit plus que devant l'échafoud de Whiteball. On était aiovs au mois de no^ vembrel647.
Charles trouva d'abord, dans Hammond, un geôlier respec* tueux; mais c'était un geôlier, et ce rôle, s'il était indigne d\h gendre de Hampden, convenait trop bien au lieutenant do Cromwell *. Après avoir eu pendant qudques jours la. feculté de chevaucher avec une escorte autour de Cartsbrooke, le roi fut étroitement resserré. La. garnison du château consistait enun détachement dt indépendante , secuires rudes de nature , et sans cesse irrités par les déclamations quils écoutaient avidement en les appelant prophéties; leur fanatisme niveleur s'épanchait en injures grossières , dont leur captif entendait souvent l'explosion ^. « Vous voyesjD , dii Charles aux commissaires envoyés vers lui par le Parlement à la fin de 1648, « vous voyez ce vieillard décrépit qui^ vient allumer mon feu : c'est la meilleure société que j'aie eue depuis une année ». Le roi ne disait pas tout. C'était pour hii , dirais-je une consolation , ou bien tMie aggravation de douleur, de voir pAlir et se dessécher près de lui, dans l'ombre de leur prison, une fleur délicate et mélancolique, dont nous retrouverons ailleurs le souvenir. Charies ennoblit sa captivité par l'étude, et la sanctifia par la résignation pieuse dont %ei écrits portent l'empreinte. C'est ^ Carisbrooke qu'il composa le poème élégiaque intitulé iSiisp/riareg'a- Lia^ et Ton dit encore les Ré/lexion$ qui, réunies et publiées,
' Marie, reine d'Ecosse, après la bataille de Langaide, en 1567.
' Hammond était l'un et l'autre.
' L'admirable composition de Mr. Paul Delaroclie exprime mieux que tous les récits des contemporains de Charles, le triomphe de sa dignit» morille sur les injures vulgaires de %es gardiens.
324 CABISBROOKB.
après le 30 janvier, sous le titre d*Image royale^ ^ contribué* rent peut-être plus que toutes les productions de la poUmique de ce temps , h provoquer la grande réaction intellectuelle et morale dont la restauration de 1660 fut Tourrage. Le style du captif royal est calme, pur, froid et soutenu. On y retrouve, comme sur tous ses portraits, la marque indélébile de cette « tristesse seigneuriale * » par laquelle, dès êeê plus jeunes et ses plus tranquilles années, le fils de Jacques l^r s'était fait distinguer. Sa poésie a peu d'élan et même de mouvement; die est érudite , et profondément religieuse ; elle garde une dignité chaste et fière, un port assuré , ferme et lent. On y voit percer la droiture d'intentions, Tobstination immuable, qui étaient au fond de son naturel ; on y reconnaît surtout la sincérité des convictions religieuses qu'il avait embrassées, et pour lesquelles il marcha résolument k la mort. Il les eniretenait par l'étude assidue des Saintes-Ecritures , auiquelles il associait les écrits de controverse publiés par les docteurs Hammond , Hooker et Andrews. Il avait aussi ses délassements, dignes du gentilbomme le plus lettré et du meilleur goût qu'eût alors rAngleterre ^ : Charies, à Carisbrooke, relisait le Tasse et Spencer.
Le mérité littéraire des ouvrages de Charles l*^ n'avait paa une grande part à l'enthousiasme avec lequel les partisans de ce prince pouvaient les accueillir : c'est avec le cœur que cet compositions étaient jugées. Quand le sceau du « martyre » eut été mis à celte éloquence royale, elle devint irrésistible sur tous les cœurs dans lesquels vivaient encore les vieux sentiments de la loyauté nationale. Charles l'emporta, comme écrivain, sur Milton, apologiste officiel du régicide , et Tautorité désarmée du droit reprenant graduellement son ascendant sur toutes les
* Ikon Basilikë.
^ Genilemanlike Sadneu.
^ Cet éloge ne paraîtra point exagéré^ si Ton réfléchit à la création de la galerie de Hamptoncourt» et au patronage, plein d^une munificence judicieuse, que Charles 1**^ accorda constamment aux universités de ses royaumes.
FRAGMBBIT o'UN VOYAGE BN ANGLETBRRB. 225
classes de la sociélë^ la solilude ne larda point à se faire autour de Cromwell.
Quelquefois les gardiens de Charles, vaincus par Timportu* nilé des suppliants populaires^ laissaient venir à lui des malades qui demandaient à être touchés par la main royale, conformément aux vieilles idées d'après lesquelles l'infortune ne diminuait rien de la vertti , non plus que du rang , inhérents à la souveraineté. Cependant, hors des murailles gardées avec un soin si jaloux, la fidélité indomptable des loyalistes s'agitait sans relâche. Dès le 29 décembre 1647, le capitaine Burley, gouverneur du château d'Yarmouth ', se glissa sous la fenêtre de la chambre dtl roi avec un guide et deux chevaux de main ; le long de la plage voisine une barque attendait en louvoyant. Au signal convenu, Charles passa la léte entre les barreaux ; mais tous ses efforts pour dégager les épaules furent superflus. Après s'être longtemps et douloureusement efforcé de rompre une de ces barres de fer, Charles rentra dans l'appartement et fit le si* gnal convenu pour la retraite. Burley porta sa tête sur l'éohafaud.
D'autres royalistes eurent fambition de cette destinée. Au commencement de 1648, un ce cavalier, » nommé Firebrace, trouva le moyen de faire tenir à Charles de l'eau forte et une lime, avec lesquels le roi coupa réellement un de ses barreaux. Mais quand il fallut descendre dans le fossé, la sentinelle, qu'on n'avait pu intimider ni séduire , présenta son motisquet ; le corps de garde prit les armes. En l'absence de Hammond, qui était alors à Londres, le major Rolfe avait le commandement du château. <c Si le roi, disait cet oiBcier, avait avancé le pied pour descendre, j'aurais commandé le feu. Il l'eût fait en réalité : il y a, pour les âmes vulgaires, un sentiment d'honneur à
• Dans Plie de Wighl. C'est là que les Pilgrims, ces patriarches de rAmérique anglaise, firent, dans les termes les plus naïfs et les plus généreux, leurs derniers adieux à la terre de leurs ancêtres d'où ils allaient s'exiler.
226 CABISBBOOl».
remplir aTeuglëment des ordres infâiiies ; c'est la brutaUlé de rhérolsme, plus commune pourtani vers la fin des révoluliona qu*i leurs oommencemenls.
Après le mauvais succès du plan de Firebrace , Charles ne mil plus son espérance- que. dans l'issue des nourelles négociations qu'il avait entamées , par lettres , avec le Parlement ; mais on n'en pouvait attendre aucun résultat vraiment sérieux^ car dès lors ce grand corps était descendu au rôle d'exécuteur des volontés de l'armée , ou plutôt du général dont une série de bi;iUantes victoires avait rendu l'ascendant ir* résistible. Le 18 septembre 1648, le roi fut amené à Newport, où les commissaires des Communes venaient d'arriver. Pendant ces conférences, dont une salle chétive et nue de la maisonnleville ' fut le théâtre , on débattit vivement les articles d'un traité dans lequel Charles refusa constamment de laisser insérer aiicune stipulation directement contraire à sa foi religieuse et politique. Au risque imminent (et connu de lui-même comme de tous), au risque formidable de porter sa tête sur l'échafaud où celle de son aïeule avait été tranchée, Charles exigea le maintien de la prérogative royale dans $e% attributions fonda* mentales, celui de la pairie, enfin celui de l'épiscopat* Vaincus par tant de fermeté, et certainement, d'ailleurs, touchés par ui| appel aussi énergique que modéré fait par leur ancien maître îé toutes les vieilles idées nationales, les commissaires se laissèrent réduire à d'importantes concessions. Mais, pour le temps où elles se tenaient, les conférences de ?iewport ne pouvaient être rien qu'im débat solennel entre deux fantômes : car pour Tauiorité réelle, les Communes n'étaient pas plus un parle^ ment que, pour le pouvoir, Charles n'était un roi. Aussi le
* Bàiie en 1619» et transformée plus tard en école publique. Au milieu des constructions toutes modernes, élégantes et commodes, qui remplissent la jolie ville de Newport, l'édifice où Charles l*** passa quelques journées de sa captivité se distingue par son apparence de pauvreté rustique ; on Tentretient comme un grand souvenir.
FBAGIBBNT d'uB TOTAGB BBI ANGLETERRE. 227
traité de Newport fut rayé par l'ëpëe des Indépendants , avant d'être effacé par l'encre des Ireton et des Bradsbaw. Le 29 norembre» un détachement de soldats vint à Carisbrooke prendre le captif pour le conduire au château de Hurst* ; un moisaprès, Charles était à Wbitehall.
On peut donc envisager Carisbrooke comme le théâtre du débat mystérieux qui s'engagea, lors de la crise définitive^ entre Charles Stuart et Cromwell ; débat tout personnel, dans le* quel il s'agissait pour Tavenir, de la couronne, pour le présent^ de la vie du roi. Un moment, les deux antagonistes semblèrent disposé» à s'entendre. L'ambition du -général consentait a se rapetisser ; la vanité tendait à preudre, chez lui, l'avantage sur l'orgudl. Un siège à la Chambre haute, un coronet de duc, un cordon de la Jarretière^ un apanage de prince, tentèrent le pu* ritain de Huntingdon. Mais le défaut de sincérité que, dans cette occasion comme dans beaucoup de précédentes , Charlec laissa trop visiblement percer, rejeta Cromwell sur la nécessité du régicide et sur les chances éblouissantes de l'usurpation. Dès lors, la lutte prit un caractère d'acharnement sanguinaire^ pour une part, de résignation courageuse et fièi*e , pour l'autre. La tête de Charles et le sceptre des trois royaumes étaient le prix de cette lutte trop inégale, dans laquelle les deux ad* versaires se mesuraient sans se voir. Ici le chef, déjà découronné, d'une race poursuivie par les rigueurs les plus obstinées et par les faveurs les plus extraordinaires de la fortune {A)* Là, tout couvert du prestige que lui donnait une suite jamais interrompue de victoires, l'homme nouveau, qui ne pouvait se maintenir qu'en montant encore sur la pente redoutable où %e% premiers succès Tavaient haussé. D*un côté , Charles , sincère dans sa croyance, grave et digne dans l'exercice de son culte, chaste au milieu d'une cour dissolue, irréprochable dans toutes ses relations de famille, et dépourvu de tout instinct cruel dans
* Sur la côte de HantSi vis-à-vis d*Yarmouth, et à l'entrée du canal qui sépare Wight de la Grande-Bretagne.
228 CABISBROOKB.
un temps où la loi semblait elle-même emprunter aux partis la fërocité de leurs vengeances ; mais, en même temps, élevé dans Tignorance des limites réelles de son propre droit, comme de la portée réelle du droit d'autrui ; mais nourri dans Topinion qu'autre est la règle des obligations privées, autre celle des devoirs publics; mais ayant trop entrepris sur les consciences d'autrui, et chargé la sienne propre de mesures équivoques sous le rapport de la bonne foi, et coupables sous celui de la légalité; mais enfin, blâmable pour beaucoup de concessions accordées et de réparations refusées; modèle, pour le reste, du gentil* homme anglais, même au temps d'Evelyn, et du monarque protestant, même en face des souvenirs de Gustave^Adolphe. De l'autre cdté de la scène« masqué par le Parlement et le conseil de guerre, mais présent en tout temps par ses émissaires et ses négociateurs, Olivier, type du Franklin saxon et du fermier de noble souche, déjà sur le retour de l'Age, mais encore dans toute sa vigueur ; génie prompt, obstiné, judicieux , calme au milieu de l'agitation universelle, hardi par calcul , brave par tempérament, avec une sorte d'économie qui lui faisait réserver les périls extrêmes pour les suprêmes occasions ; devenu , en six ans, le premier général d'un Age que tant de grands capitaines avaient illustré; politique consommé, organisateur habile; impénétrable dans son tecrei, et subtil dans ses manœuvres ; fanatique d'abord, et passé par degrés au rôle d'imposteur» mais seulement dans les détails de sa conduite, dont la direction générale demeurait sous l'impulsion de convictions profondes que les années obscurcirent sans pouvoir les déraciner ; adorant en lui-même le succès prodigieux de son ambition, et disposé à pren* dre pour une inspiration céleste la voix intérieure de passions mûries sous le feu sombre des querelles théologiques et des ressentiments de parti ; pour tout le reste , énergique et vulgaire tout ensemble, de port, de figure, de langage ; capable de générosité souvent , de délicatesse jamais ; prédicant obscur et verbeux; orateur diffus, et brutal quand il se sentait embarrassé^
FRAGBIBBT d'oB T0YA0£ KN AHGLBTBRRB. 229
incorrect dans le style des lettres et des ordres qui émanaient de lui j mais sachant frapper avec une force irrésistible sur le point qu'une connaissance profonde du cœur humain lui faisait reconnaître comme vulnérable et comme essentiel. Après une jeunesse marquée par des écarts grossiers, il apportait une sorte de dignité inculte dans la régularité avec laquelle il remplissait ses devoirs comme époux et père de famille ; sa maison était modeste ; sa fortune, qu'il lui eût été facile de grossir sans mesure, ne dépassait pas les bornes d*une médiocrité décente. Diamant emprisonné dans une gangue de caillou, et trop souvent souillé de sang et de fange, Cromwell, avec beaucoup de moindres vertus, en possédait une de l'ordre le plus élevé : l'amour sincère et clairvoyant de sa patrie.
Tels nous semblent avoir été ces grands antagonistes , dont l'irréconciliable opposition partageait alors l'Angleterre, et dont les murailles ruinées de Carisbrooke racontent la lutte, qui s'est prolongée bien au delà du terme assigné â l'existence mortelle de tous les deux. L'inimitié des races a passé, il ne coule plus dans aucune veine une seule goutte du sang de Charles ni de celui d'Olivier; mais les partis, dont ils furent les chefs, se trouvent encore en présence. Essayons de reconnaître en quelle manière la Volonté Suprême a statué sur le résultat des efforts dans lesquels tous deux s'épuisèrent, pendant cette période de guerres civiles et d'ardentes commotions.
Lorsqu'en 1 642 Charles 1'' leva l'étendard , et remit à la décision des armes l'issue du débat dont les trois royaumes avaient vu l'importance grossir d'année en année, on pouvait dire que, dans ces trois états , la véritable limite des droits de la couronne et de ceux des peuples demeurait problématique. Le gouvernement , sans règles fixes , sans législation politique établie avec autorité, acceptée avec décision, oscillait sans cesse du roi presque absolu aux parlements presque indépendants. Le doute sur un grand nombre de points, et sur des points de la plus haute importance, était permis aux hommes de
230 • CABttBROOKI.
coiwcience el d'honneur: partis d'un même sentiment de loyauté patriotique^ Hampden et Falkland aWèrent mourir soos des bannières opposées. De 1642 i 1689| l'orage qui agitait les intelligences tantôt gronda sourdement , tantôt éclata furieux ; et, dans le conflit des factions , la grande fabrique de Feropîre britannique sembla plus d'une fois au moment de s'écrouler. Hais quand, au bout de soixante années de vicissitudes politiques, une constitution définitive, sanctionnée par Tadhésion réfléchie des nations anglaise et écossaise, surgit, sous les auspices de Guillaume 111 , au milieu du choc des prétentions opposées , quelles furent les bases de cet arrangement , dont l'épreuve la plus complële a maintenant justifié les stipulations? Qu'on Pexamine bien : ces bases sont précisément celles que Charles V défendit ik Carisbrooke par sa plume, i Newport par ses protestations , à Whitehall enfin par le sacrifice de sa vie, qu'il aurait pu racheter par ^abandon de ces principes , dont il voulut être le martyr. Ces bases sont l'hérédité de la couronne et le choix des ministres responsables laissé au sou* verain; la prérogative des législateurs héréditaires de l'empire, les lords assemblés en Parlement, contre- poids constitutionnel à l'autorité des Communes ; le maintien de Tépiscopat protes'* tant, et la primauté de V église établie. En refusant, jusqu'à la mort, d'abandonner ces principes dont il se considérait comme le défenseur institué d'en-haut, Charles Stuart, déchu du trône, n'en triompha pas moins sur Cromwdl, élevé au proteelorat ; il en triompha dans la suite des temps et par le développement naturel des croyances ; il en triomphait encore alors que le dernier de ses fils allait en exil pour avoir méconnu les vo* lontés inflexibles de sa nation et les nécessités de son époque, calamité domestique des Stuart qui, loin de porter aucune at* teinte h leur couronne, en rafilermil le titre plus encore qu'elle n'en restreignit l'action.
Si maintenant nous tournons nos r^ards sur Toeuvre de Cromwell, nous serons, avant tout, frappés de la stérilité dont
raAGOfiNT O'utt V0YA6B BM ANGLBTBBBB. $31
furenl Mieintt les projets, de la ruine dans laquelle tombèrent les institutions appartenant à ce vaste et coupable g^nie. La grandeur de sa maison, à laquelle il avait tant sacrifié , t'ëvanouit comme un météore sitôt que lui-même eut fermé les yeux: ses fils moururent dans l'exil, son nom fut proscrit, et la main du bourreau alla fouiller sa tombe pour infliger à ses restes insensibles la dérision cruelle du gibet. Cromwell s'était acbamé sur la dynastie des Stuart ; et cette famille condamnée revint, portée par rçntbousiasme populaire, au trône que ses représentant! directs occupent encore aujourd'hui. Cromwell s'était acharné sur l'église épiscopale ; et cette église, rétablie après douze ans d'éclipsé, subsiste, au bout de deux siècles, avec une organi* saiion plus régulière, avec une portée d'action bien plus vaste qu'elle ne l'eut jamais sous Laud et Charles l" (B). Cromwell crut avoir détruit à jamais l'Irlande celtique et catholique ; il crut en avoir relégué pour toujours la nationalité vivace dans rétroite province de Connaught , où elle devait dépérir h la longue sous le poids de restrictions humiliantes et de dédains oppresseurs ;«— et l'Irlande celtique, l'Irlande catholique, voit aujourd'hui s'épandre librement dans toutes les portions de son enceinte une population quatre fois plus nombreuse que celle qui subit le joug d'Elisabeth ; cette population a retrouvé toute la force d'une volonté commune à plusieurs millions d'hommes; elle marche au partage complètement équitable des prérogatives politiques dont les nations libres de la Grande-Bretagne ont conquis pour elles-mêmes la possession. Nous n'insisterons point sur les accessoires de ce tableau aussi instructif que grand : il nous suffira d'avoir montré qu'en toutes choses essentielles , l'œuvre de révolution politique et sociale que Cromwell erut avoir réalisée d'une manière solide , a été subitement abandonnée par la destinée, sérieusement condamnée par l'opinion publique , et définitivement détruite par faction persévérante du temps.
Grande, toutefois, et profonde est la trace que le passage
232 GARISBROOKB.
de cet esprit gigantesque a laissée sur TAngleterre et sur l'uni- Ycrs. Si rien ne demeure de ce qu'il youlut faire pour luimême et pour les siens^ beaucoup subsiste de ce qu'il accomplit aTec les ressources et pour TaTaalage général de sa nation. Si tous ses efforts pour bouIcTcrser Ip constitution fondamentale de l'Angleterre échouèrent^ Taccroissement de puissance qu'il lui valut au dehors survécut h l'abolition du régime républicain. Lorsqu'une époque porte en elle les germes d'une vie puissante^ il n'appartient à aucun homme , quelles que soient d'ailleurs sa force et sa perversité^ de rendre mensongères les promesses de sa fécondité. Cromwell , devenu chef de l'étal, reprit glorieusement Tœuvre ébauchée par Elisabeth , et que Charles V^, dans se$ années les moins tourmentées , avait témoigné hautement l'intention de continuer. Cromwell comprit que le jour des grands efforts sur l'Océan était venu pour la nation anglaise. Secondant et dirigeant, sans descendre cependant en personne dans cette nouvelle arène, la direction que les circonstances donnaient à l'ambition généreuse et à la cupidité qui fermentaient ensemble dans les cœurs, Cromwell fit triompher la ce croix rouge d depuis les c6tesdu Mexique just qu'2^ celles de la Syrie , depuis Plie de Cadiz jusqu'à lentrée de la Baltique, dont il aurait voulu donner les clefs en garde au pavillon britannique \ La Jamaïque est un legs considérable que le Protectorat fit à la Restauration. Mais avec l'impétuosité habituelle de ses espérances, Cromwell avait rêvé le temps où des forteresses anglaises tiendraient en sujétion toutes les côtes du monde commerçant , ouvriraient ou fermeraient à leur gré les embouchures des grands fleuves et les détroits par lesquels les bassins intérieurs communiquent avec TOcéan. Son oeil d'aigle avait marqué sur le rocher de Gibraltar le centre inexpugnable du réseau qu'il voulait étendre sur toutes les mers. Ce qu'il y avait dans son plan d'inexécutable par sa propre exagération^ s^est évanoui devant les obstacles positifs qui se pré-
* Cromwell «yait conçu le projet d'occuper Hambourg et Danizig.
FRAGHEMT D*Uir VOYAOK BU AMGLSTSBRI. JlftS
seiMiàreiil ca loué Vmix ; mil Véian imprimé p» Obiitwdt i tt ludioriy Ams b carrière des entreprûes nuintiiBeê^ lie put elfe ralenti même par les faiblefses et let butes du ré(;ime qui fifit «nsuile ; et les éclairs partis de ce liardi g<énie illuminèrent les ffënéraiions moins héroïques petil-dire, mais phis meturëet » l|ui ont enfin réalisé certaines portions esseiilfefles de ee glgâîi^ lesq^te dessein.
VÂcie de nmvtgxdiim est deitteuré en ^teur peiddt»! eeni soixante ans après la mort du Protecteur, qui l'a marqaé èm sceau de son earacière, décidé, «iairToyaiit et ttor. Les pré« jugés populaires et les convictions rsisonnées , les «aïeuls égeistes et les pré? istons ingénieoses du temps auquel appar* lient cette grande mesure, y «ont à la Tbis déposé leurs inspiratiens. L'esprit des ftges modernes en a décidé Tabolttion^ iMI pourtant sans lui avoir laissé porter pleinement ses rnrits, parai lesquels il faut compter une grande partie des avantages maté^ riels, et en même temps plusieurs des misères sociales dont l'Angleterre ofire le spectade, instructif autant que ^rappcmt.
Voilà ce qui resta réellement de CromweH , après que te système politique dont il avait péniblement accompli la oréalte^rt, fut tombé dans la poussière. Le peuple qui repose encore I 4'abri des « murailles de bois » que le Protfecfeor lui a -lloM* nées, n'en condaaMie pas sn mémoire avec moins deséVérilé. Entra le roi qui ne put sa«if>er La AociieNe, et le géniérirt qui arbora le pavillon anglais sur le rempart de.Dnnkerque , -entre le vaincu de Nasebj «t le triomphatetir de Dunbar, la conscience publique, inierr^gèe chaque année, répond en célébrant avec des expiations saiennellesy te jour du « martyre de Cbarles 1*''. a
Le reteniiMemeni de ce grand forFait durait encore / que -déjà les portes de Carisbrooke se fermaient sur j^un des adveraatres les plus iitréeonciliables et les plus dangereux du monarque décapité. C'était sir Henri yane. Pour lui , t^bcff 4éê •révolutionnaires de bonne Ibij l'unique part du triompiie qu^n» -««ient resaporfé leurs armes, «lYion Umn priiMiipes» fut nevit LIV 15
S94 CABtSBROOKI.
Jongue €l inique dëleiition. Esprit clair, ra^lbodique et faux, Vape avait tra?aillë avec une obttinatiefi dësintéretsée à VMu^ blissement impossible d*un rëgiroe rrancberoent- rëpubtîcaio. Cromwell sut habilement le flatter, tant qu'il espéra le faire •erfir de marche-pied 3i ton ambition personnelle ; dans le gë« Aérai que chaque Tietotre rapprochait du trAne , Vane ne vit longtemps que le « saint prédestiné à la délivrance d'isra^. » Mais quand le masque fut tombé , quand ces deux hommes si dissemblables de cœur et de génie se trouvèrent face à Esioe, le dédain et Taversion éclatèrent entre eux avec une violence pres«> <|ue sauvage {€)* Vane haïssait Tusurpateur, Cromwell raillait outrageusement sa dupe. Aux reproches de son ancien conlSfxléré , le Protecteur répondit par le donjon de Carîsbrooke , puis il fut se distraire en écoutant son panégyrique de Ja bouche de' Waller, et chercher à se rassurer en recevant son apo^r logie des mains de Mil ton.
Mais pour Vane, homme consciencieux, tombé du faite d'illusions décevantes, Carbbraokc fut un asile plus encore qu'une prison. Il en sortit pour jouer encore, au milieu des agitations publiques, un r Aie pénible et stérile pour lui-même , utile et même glorieux pour son pays. Il contribua plus que personne au développement des institutions libres et fécondante» dans les colonies américaines , et h l'organisation etficace de la marine nationale ; ses vues, en matière de législation, étaient nettes et perçantes ; théoricien hardi , et n'étant lié par aucune affection au passé des institutions anglaises , il reconnut et traça dans les esprits les principes d'après lesquels la réforme parlementaire s'est en6n eOectuée , cent soixante et dix ans apcès la «aort de son premier avocat (Z>). Aux approches de la Restauration, sir flenri Vane se roidit courageusement contre la réaction qui, dans l'opinion publique, raoïenait invinciblement les jStuart au pouvoir souverain. Le bruit que firent les protesta?» -Ijdns d'un homme aussi considérable vouèrent sa tête à Técha- (aud. Il Ty porta de b manière la pkis sereine, la plus dépourvue
PRAGMBHT u'uV VOYAGE EN ANGLETERRE. 235
de jaclance comme de frayeur. Le leuvenir de cette itiforttme fiirement provoquée et noblement portée , causerait phit d*é«molion daiis toute autre place que celle qui servit de prison à Charles 1% et qui fut témoin de sa longue^ de sa majestueuse préparation à la mort.
Après la Re^auratiou, le cbàleau de Carisbrooke fut désanaë.
Au siècle suivant^ on laissa les ouvrages intérieurs tombei* en
, ruine; on employaméme une partie des matériaux h des con*
structions nouvelles hors de Tenoeinte du fort ; on remplaça
. par d*bumbies. édifices , dépourvus de style et sans harmome
entre eux, les corps de logis qui portaient Tempreinte du génie
.gracieux de la Renaissance, du caractère bardi» solide el rude
des temps antérieurs. Graduellement le château prît Taspeol
qu'on lui voit aujourd'hui^ cl dont c'est ici le lieu de tracer
l'esquisse.
Les approches de Carisbrooke ont gardé jusqu'à présent la dignité silencieuse qui convient si bien aux théâtres des grands souvenirs. La charrue n'entame pas. ses glacis, et le gazon qui revêt Tancien (c Champ des Tournois * » se couf re .encore de fleurs sauvages , cueillies par de rares visiteurs. Des arbustes croissent sur les talus des remparts; les fossés sont presque enlièreroent comblés, et les angles des bastions arrondis pr le travail du temps. Sur la porte qui donnait entrée dans les ouvrages avancés, le lierre et les pariétaires cachent à demi le cbiflTre d'Elisabelh. Le grand portail * se présente avec june sorte de majesté lugubre ; il reste peu d*échanlillons aussi nobles de l'archiieciure militaire du moyen âge; les tours dont il est flanqué, rondes, massives, noires, ouvertes par d'étroites fenêtres, percées par des meurtrières en croix, demeurent encore presque intactes, et sont unies par un arc en ogive d'une rudesse martiale, couronné de créneaux ; un mâchicoulis
* The UU'jrard. La tradition en attribue rarrangemeni aox RomaÎDS ; mais il paraît plus probable d'en rapporter rorigtoe a Tëpoqué èet exercices ebevaleresques.
' The great Gatev^ay.
236 €ARISBftOOKft.
■floiDi«e la place où la berse ' s'attachait jadis. Un passage obti- <]ûe mène a la porte intëriemre^ qui s'ouvre sur la grande cour. Les édifices modernes encore babités ' occupent une portion de ce vaste quadrilatère ; les anciens corps de logîs, dilapides^ sans toiture j et fendus de larges crevasses, décrivent encore tout le pourtour. L'appartement de Cbarles l^** était i main rgaucbe; au style de ses ruines , on peut le juger du temps <l'Blisabetfa. La fenêtre ^ ftitaie subsiste encore, munie de set : barreaux ; le fossé sur lequel elle regarde n*eH plus actuelle- 'mem reconnaissable qu'à une légère dépression du sol; une ricbe végétation se joue autour de toute cette scène d'angoisses royales. Â ciel ouvert, et battu par la pluie, demeure l'ample 'manteau de la cheminée près de laquelle Charles passa les longues nuits de sa captivité ; aucune main pieuse n'a pris soin de soustraire à la profanation et k la mutilation les vestiges sacrés de cette grande infortune ; sacrés , du moins , pour les fils du roi-martyr, à qui le* temps et l'occasion ne manquèrent point -pour s'occuper d'une consécration si légitime. Cbarles II visita plus d'une fois l'Ile de Wigbt , mats on ne voit point qu'il soit •eairé dans Carisbrooke. Aucune pierre n*y porte le nom du royal captif; aucune des inscriptions dont, ailleurs, TAngic- -terre s'est montrée prodigue , n'y annonce au voyageur qu'il vient de pénétrer dans le sanctuaire de ces longues souffrances, <de cette généreuse résignation.
Le donjon (the keep) s'élève i part, vers Tangle nord-ouest de l'enceinte bastionnée. Une colline artificielle, ouvrage peut-
* Porà^utUs, Lt» Imlîeiis se serrent eu terme cinrieax île Saracinesca,
* Ces constructions ont peo d*Mtërét. Là maison Au gouverneur de File» occupée par un oiBcier d'un rang inférieur, n'est guère qu*un cottage soigneusement blanchi, tapissé de chéyrereuille et de rosiers. L41 chap<.*lle, sous le vocable de Sainl-Nteofas, ne s'ouvte i|tie poor la cérémonie du serment prêté, après leur élection, par le mayor et les kigh c^mlables de Newport. Le puits, creusé 4ànê le roc, est représelité par là tradition comme nn ouvrage des Bomaina.
' C'est une croisée à l'italienne avec des meneaux de pierre.
PaAGnENT d'un voyage EU ANGLBTSRBB. ?37
éire des aborigèiiM de Wîgbtj sert de base à cette comlniciion: grossièrej dont « la masse indestructible a fatigué le temps*». Quatre-tingts degrés de pierre mènent à la plate-4brn|e qui eiv occupe le sommet ; elle est garnie de créneaui, le long desquels^ on se glisse par uo obemio étroit :
Noi rcniramo per uno strerto calle,
pur lungo la roccia»
Corne si va per niiro slretto a' merli '.
La vue que, du sommet de cette « tour maîtresse t», Tœil embrasse dans toutes les directions , résume pour ainsi dire le^ beautés si variées de Ttle de Wight. De jolis vallons , creusés mollement de chaque c6té du tertre de Carisbrooke , descen* àent les uns fers la mer, les autres fers les downt de Chillertown , de Saint-Georges et de Gotcombe ; des plateaux d'une verdure brillante ondulent entre ces dépressions du sol. A t'borizouj vers le nord, on distingue^ le long de la côte du Haropsliire, les murailles blancbes des falaises, et les contours loir^ taîns de hauteurs sur lesquelles une brume légère repose continuellement. Plus près , c'est le Soient avec sa large ceintiire lumineuse, et le golfe de la Médina ^ qui, semblable 9i un large ruban bleu , pénètre à une profondeur considérable dans les terres ; au midi, les cimes de Sainte-Calberine* de Saint-Bomface et de Shanklin présentent leurs têtes arrondies , et leurs flancs couverts de bruyères, dont les draperies brunes ressortent par un contraste harmonieux sur Tazùr du ciel d'été.
Le village de Carisbrooke se trouve au-dessous du château,, dans un site charmant, que les collines de Parkhurst piH>t^ent vers le nord ; son église , dont celle de Newport n'est encore qu'une succursale, appartient au beau style gothique du qua-
* GnUlaume FHz Osbome Ta fait bAtir en 1071. ' Dante, Porgatorio, C» XX.
^ Il prend son nom d'un ruisseau qai parcourt Tlle dans presque tpute sa largeur» at la sépare an deux Htmâreâê ^u cantons administratifs ^ Eust Nedtna et Wast Med^iia.
238 CARISBROOKE.
torziëme siècle ; la tour^ plus ancienne de deux cents ans, dresse fiërcmenl sa couronne de pinacles qui domine des murailles carrées et noirâfres^ dont l'ëtagc inférieur est masqiië par le luxe de la plus riante végétation. Les jolies cabanes du village soni construites» sans ordre régulier, au milieu de vergers, de jardins remplis de fleurs, et d'arbres forestiers groupés sur les flancs des coteaux et au fond de tous les plis du terrain. Avant que la science moderne eût démontré les avantages que, pour la salubrité des populations^ produit le voisinage immédiat des plantations d'arbres parvenus à leur plus grand développement, un beureux instinct en avait averti les laboureurs de la judicieuse Angleterre ; l'élégance de leurs goûts, le soin qu'ils donnent à Tornement de leurs demeures et à la décoration rustique de leurs fermes^ ne déposent pas seulement de l'aisance dont ils ont joui jusqu'à ce jour ; ce sont encore des indices certains d'un perfectionnement intellectuel et même moral, dont les résultats sérieux dilatent le cœur et soutiennent l'espé^ rance du voyageur qui sait entrer en communication familière avec ces familles laborieuses et réservées , dans lesquelles se conservent les caractères les plus prononcés de la nationalité saxonne.
Du baut des remparts de Carlsbrooke on ne découvre qu'une petite partie de la ville de Newport. On s'y rend en suivant le Mail^ allée longue et sinueuse de vieux tilleuls qu'on entretient avec un soin presque religieux » et dont quelques-uns peuvent avoir jeté leur ombre sur la tête du royal captif. A l'époque des confêrencet , Newport était fort peu considérable , et ne renfermait d'autre édifice remarquable que son église , reconstruite dans l'âge des Tudor; mais la tour campanaire, monument de Tarcbilecture normande, porte la date de 1172. L'église de Newport est sous le vocable de saint Tbomas de Cantorbéry. Bien peu de personnes accordent à cette modeste maison de prières autre chose qu'un regard passager ; cependant elle renferme une tombe, oubliée par l'histoire, méconnue
PBAOnEMT d'un VOYAOB £M amglkterrk. 239
par ia poésie , mais qui sait parler au cœur mieux que les plus fastueux mausolées. Consacrons-y quelques mots.
On remarquait à Tentrée du chœur une dalle de pierre noire marquée des lettres initiales E. S. Que signifiait cette indication? nul ne le savait plus. Le mystère fut éclairci quand il fallut faire quelques réparations au bâtiment. Alors on trouva l'entrée d'un caveau dans lequel reposait un cercueil de plomb avec Tinscription suivante :
Elizabeth,
DaiighCer of y* late king Charles ,
Dece'*^ septeinber 8(1* MD€I«.
On était en 1793. Des mains sacrilèges arrachaient des voûtes de St. -Denis les restes de Henri !V, alors que revenait h la lumière , dans l'humble chapelle de Newport , le cercueil de la petite-fille de ce roi. Ce qu'on venait de retrouver^ c'était la dépouille de la seconde fille d'Henriette-Marie» de la victime la plus touchante et la plus pure que la révolution d'Angleterre ait immolée à ses fatals penchants.
Elisabeth Stuart ne quitta jamais son père. Elle partagea sa prison à Carisbrooke^ et le suivit dans la tombe^ au bout de dix-huit mois; elle s'éteignit à quatorze ans^ oubliée, autant qu'il semble, et de sa propre famille, et de ses ennemis. Depuis l'exécution du roi, la captivité de la jeune princesse n'avait plus même de prétexte ; néanmoins, le Parlement et l'armée la laissèrent durer jusqu'au bout, remplissant^ sans le savoir, les volontés de la Providence sur celle enfant dont le ciel faisait sa favorite*. Ainsi, par une courte souffrance, Elisabeth gagna la récompense de sa piété filiale» cette bénédiction d'une morC précoce, doublement précieuse pour une petite*fille de Marie Stuart, pour une sœur de Charles II, et de Madame/
Quand le monarque spirituel^ brave et vicieux, qui dépouilla sa maison du prestige acquis par une grande infortune^
' - the doom
Heaven gives to its fâTOurites : early Deaih.
240 CAPISBVQOHE.
noblement parlée, qMand Charles H, onte ans «près sa restauration, YÎsita rite de Wigbi, il n'eut pas une pensée pour le tombeau de sa sœur. Quand Bossuet, auprès du cercueil d'Henriette-Marie, racontait les terribles épreuves auxquelles, dana les jours de sa colère, la Providence soumet les têtes eontacréei ^es maîtres d*ici-bas» dans rénumération des coups qui frap-« pèrent la compagne de Charles T", on seul fut oublié : la n^rl de leur fille Elisabeth. Enfin, quand ce m^me honneur de TB* glise gallicane fit retentir le tonnerre harmonieux de ses paroles dans Toraison funèbre de lUadarhe, en déplorant la fin mystérieuse et prématurée de cette princesse si brillante et si adorée, le prélat ne songea pas seulement k nommer la sœur qui, vingl ans auparavant, avait montré à Henriette-Anne d'Angleterre le chemin du tombeau. C'était la destinée, sans doute miséricordieuse, d'Elisabeth Stuart, de reposer dans le sein d'une silen^ cieuse obscurité. Aussi, quand le hasard eut réveillé pour ui^ instant sa mémoire, ne voulut-on pas faire subir à ses restes la dérision pompeuse d'une translation à Westminster; dans ce peuple de rois, la prisonnière de Carisbrooke serait revenue comme 4jne étrangère; on traça seulement quelques lignes respectueuses * sur le pavé du cbceur ; et le cercueil reprit sa place au pied de Tautel devant lequel les dernières prières de la captive étaient montées vers le ciel.
(^). La maison des Stuart n'était pas au rang des plus puissantes de la noblesse écossaise quand le mariage de Harjorie Bruce lui apporta la couronne de de royaume, « couronne en* irée par une femme, et qui par une femme, samUaii devoir sortir delà bmille,» alors que, sur le lit de mort de Jaques V, on plaça le frêle enfant qui venait de lui naître, et qu*il ne daigna pas regarder.
Cette (erome devint la célèbre et malheureuse reine Marie.
* Undemeath , in a U«<1 coCfio, rest j* ramains of Elisabeth , second daughier of King Cbarlts l«'. QbiitsefC. 9^ 1660, aged 14.
^BAGHBST D'im TOYAOB » AVGLBTBIIBB . 34 1
Par un concourt de circonslanoet extraordinaires, là succession d'Ecosse fui maintenue dans la maison de Stuart, par le second mariage de la Temre de François II; et Tunique fils issu de cette^ union devint rbërilter d'Elisabeib, dont Tordre avait envoyé la. mère de oe prince à Téchalaud.
Ainsi, contre touie alienie, les trois couronnes britanniques se trouvèrent unies, et cela pour la première Ibis, sur la tête du chef des Stuart. Voilà pour les faveurs de la fortune;: voyons maintenant pour ses persécutions.
Robert 11, premier roi de cette dynastie, monta sur le trône presque aveugle, vécut sans pouvoir, et mourut sans considé^ ration.
Robert III, son fils, vit périr de faim Tatné de $e$ enfants, ' emprisonné par un oncle rebelle, et mourut de douleur en apprenant que le dernier de ses fils était devenu , contre le droit des gens, prisonnier des Anglais.
Cet enfant régna sous le nom de Jaques I^« Après une lon«gue captivité, il revint pour se couvrir du sang de ses proches,, et tomber sous les coups de ses domestiques, qui Tassassinèrenti entre les bras de sa femme.
Un fils leur était né. Quand il fut en Age de porter une ar-< mure, il alla mettre le siège devant Roiburgb, et fut tué du premier coup que tirèrent les batteries du château.
La minorité de Jaques III fui déplorable. Ce roi ne parvint que par des exécutions cruelleftà recouvrer l'exercice deTaulOr rîté souveraine. Il en abusa, et périt dans un combat contre sa noblesse rebelle, à la tête de laquelle était son propre fils.
Jaques IV se considérait, dans ses remords, ^omme un véritable parricide. Son règne fut déchiré par des guerres civile* et terminé par le carnage de Flodden Field, où Jaqt»ea tomba, percé de coups , au milieu de sa noblesse dont cette journée détruisit une moitié.
Ce fut une destinée longtemps enviée et vainement cherchée par Jaques V. Après l'ignominieuse dispersion de ses milices^ au bord du Fala, ce prince, bravé par les Anglais, abandonné par les siens, mourut de désespoir dans son palais désert d'Hoiyrood ; et le lendemain de ses funérailles, advint le désastre de Plnkie Clengh.
Marie Stuart, au sortir de l'enfance, se trouva reine de
242 CARIBBROOKE.
France, bérilière d'Angleterre, souveraine de TEcaste. Veuve à ▼in^ji ans et prisonnière à vingt- cinq, elle bénit» à quarantesept^ le coup qui termina ses misères sur IVcfaafaud de Fotberingay.
Henri DarnIey, second mari de cette princesse, et père de Jaques Viy Tut assassiné à Kirk or Field a?ec des circonstances mystérieuses qui ajoutèrent à Tborreur de cette fin. Jaques VI succéda, sans opposition, à tous les Etals, et même à tout le pouvoir d'Elisabetb. Il vécut assez longtemps pour voir toutes les bases de son ir6ne minées, tous les articles de sa croyance attaqués, et sa fille faTorite cbassée d'un royaume pour languir dans un exil sans espoir.
On connaît les destinées de Gbarles I^^*.
L'atné de ses fils désbonora sa couronne, sort plus cruel que de la perdre.
Le second fit Tun et l'autre. Il mourut à St.-Germain, en guerre avec ses filles, son peuple , et cette même armée qu'il avait formée avec tant de soin pour arriver, avec son aide, à l'exercice du pouvoir absolu.
Des deux filles de Jaques II, l'atnée ne fit que passer sur le trône, abreuvée de chagrins domestiques dont elle dévorait silencieusement Tamertume; Tauire vil languir et succomber, Tun après Tautre, ses onze enfants, et mourut elle-même le cœur brisé par l'ingratitude de ses créatures, qui allaient faire passer sa couronne sur la téie d'un étranger.
On sait quelles dérisions de la fortune essuyèrent les deux dernières générations de la maison de Stuart. Alternativement l'objet des mépris hautains et des caresses intéressées des cours du continent, funestes à leurs partisans héréditaires, qu'ils engageaient dans de téméraires entreprises, et qu'ils ne pouvaient ensuite soustraire à l'échafaud, oubliant souvent leur dignité sans échapper jamais aux nécessités fatales de leur naissance, ces princes finirent par saluer avec une sorte de joie funèbre l'extinction prévue et prochaine de leur race, i laquelle il était interdit de se reposer jusqu'à ce qu'elle eût gagné l'asile su« préme du tombeau. -
(B) De nouveaux sièges épiscopaux ont été créés de nos jours, en Angleterre, h Ripon, à Jersey.
FRAGMENT h*VJS VOYAGE EN ANGLETERRE. 243
Les déf eloppemenls que l'Eglise ëpîscopale protestante d'Angleterre a pris dans l'Amérique du nord, depuis Pépoque de Cromwel, sont immenses. Cinq évéques, dans ces contrées, sont encore 3i la nomination de la couronne britannique; vingt autres exercent leur autorité dans les Etats-Unis. Quatre sièges anglicans ont été successivement établis dans les Indes Occidentales, autant dans les Indes Orientales, autant dans l'Australie, un autre dans l'Afrique méridionale; des missionnaires anglicans ont pénétré dans les contrées les plus reculées de l'Asie et de l'Afrique centrale.
On compte dans les lies Britanniques près de quinze millions d*épiscopaux ; c'est probablement trois fois plus qu'il n'y en avait en 1642.
Et cependîint Cromwell put emporter, en mourant, la persuasion que le Lonrj Parlement avait détruit pour toujours l'épiscopat d'Angleterre {Prelacy) !
(C) € Sir Henri Vane! sir Henri Vane!» s'écriait dédaigneusement Cromwell, quand son ancien collègue le pressait de son argumentation serrée -^c que Dieu me délivre de sir Henri Vane!— C'est grande pitié, répliquait celui-ci, que les mau-» vais et criminels principes de la monarchie soient rétablis par des hommes qui ont professé pendant un temps la piété et le service de Dieu. Mais tu n'es qu'un autre Achab dans Israël : car tu as tué ton mattre pour prendre possession de sa place! tu
(Z>) Sir Henri Vane fut exécuté en 1662. c Je suis demeuré seul, dit-il à ses juges^ et pourtant je n*hésiterai point, dans cette redoutable présence, à rendre mon témoignage à la glorieuse cause, et à le sceller ensuite de mon sang Je n'ai
pas dans mon cœur le moindre remords sur ce que j'ai fait, ni sur la manière dont je fai fait. Pourquoi craindrais-je la mort? C'est elle, au contraire, qui semble reculer devant moi.» En embrassant ses enfants pour la dernière fois : <c Ne soyez point troublés, telles furent %es paroles : je retourne auprès de mon père. Le Seigneur sera pour vous un père meilleur que moi. Souffrez toutes choses des hommes plutôt que d'offenser Dieu!» Les derniers accents de Thérolsme puritain s'exhalèrent ainsi sur réchafaud de sir Henri Vane.
244 CABISBBOOKl. •
(S) L'Ile de Wi^bl a soixante et quinze tniV/e^ anglais -de circonrëreme, et une surface de cent cinq mUIes acres ; ta population actuelle est de trente-neur mille habitants. Elle forme une division du comté de Hunts et du diocèse de Winchester. Sa part dans la représentation nationale est considé* rable; elle envoie trois membres à la Chambre des^ communes: it savoir^ deux pour le Bourg de Newport, et le troisième pour les deux hundreds ou cantons entre lesquels le territoire ru-* rai est partagé. Le Bill de réforme a privé les deux bourgs déchus de Newtown et de Yarmoulh du privilège dont ils étaient en possession^ de nommer chacun deux députés au parlement.. Dans son état actuel, Wight renferme quatre petites villes : Newport, Ryde, West-Cowes, et Ventnor. Une chaîne de collines auxquelles les insulaires ont gardé leur nom primi* rif de Dunes (Downs), domine la côte méridionale; une seconde traverse 111e par le milieu, depuis le promontoire des Aiguillea jusqu'au golfe de Brading. Une suite rarement interrompue de belles maisons de campagne, de hameaux pittoresques, de châteaux et d'églises construites récemment sur les modèles let plus él^nts de rarchitecture gothique, entoure d'une extré«^ mité à Tautre cette terre vraiment enchantée^ sur laquelle U mode répand, depuis plusieurs années^ ses équivoques, mai% décevantes fovcura.
as
LETTRE SUR UN VOYAGE EN PRUSSE ET EN RUSSIE ADRESSE? A M. LE DIRECTEUR DELA BIBUOTHÂQUE UNIVERSELLE.
Paris, &cio6re 1844.
Monsieur j
Vont m'avee d^niAndé de CMs^ti^ dan* «H»e. lettre lés prui' cîples impresiioiis que m'oint laissée» des voy8(fes riapidesy exëeutés dans le courant de cet été, en Prusse et en Russie. U m'est trop açréaUe en tout temps de satisfaire yos désirs pour que rinsuflisance et le peu d*iniérét de mes observations m'empécbentde les m^irq aujourd'hui sous vos yeux*— ^ecomimnr cerai par la Prusse « contre que de. précëdenls séjours m'avaient rendue asseï fiimiliét^» mais que je n'avais pas visitée depuis Tavénemcnt du roi act4iel. J'ai trouvé l'opinion ré*gnant^ i c4té de lui (et dans la meilleure înielligeBce avec lui);» sur une monarchie qoe, i bien dirCj Frédéric-le-Grand avrit càtt» struite en bonne partie sur cette base , fait trop peu remarqué de notre temps. Frédéric excita, depuis sa première campagne jusqu'au dernier instant de sa vie, les sympathies orgueilleuses de la nation allemande. On trouve cette impression éloquem« ment développée dans la correspondance de Thomme qui dor minait le monde intellectuel alleiuand, autant que Frédéric le monde politique : de Gœtbe^ pour qui Frédéric ne fit rien jn- Hiais. C'était une dignité que servir Frédéric ; c'était un avan* tage que vivre so«s ses lois. S'il exigeait à ses volontés une obéissance implicite, c'est qu'il les présentait à son peuple comme Texpression du besoin général , de ta conviction géné-
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raie ; la loi ëtait à ses yeux obligatoire pour le souverain , au même degré que pour le sujet. La part de liberté pratique qu'il laissait à ses peuples était considérable^ principalement dans le domaine de rintelligence. Le monde connaît ses torts et ses erreurs^ autant que ses grandes actions et son zèle pour la gloire de son pays. Le souverain actuel, animé par un patriotisme plus vif encore, et plus étendu, joint la Force d'une conviction religieuse inébrnniable , et la solidité d*une i.nstruction trèsvariée aux sentiments d'une justice scrupuleuse dont aucun intérêt ne saurait le faire dévier. Son enthousiasme pour Frédéric rUnique ', auquel il prépare par les mains de Raucli un admirable monument, n'inspire à personne en Allemagne la crainte que lui aussi veuille prendre quelque jour sa Silésie. Bien au contraire, la confiance absolue dans la modération et féquité consciencieuses du roi de Prusse est certainement aujourd'hui Tun des liens moraux qui garantisisent le mieux la stabilité de la Confédération Germanique , et Telficacité du principe d'union sur lequel cette association est basée. Il en est de même dans k monde commercial. Les états secondaires qui sont entrés (et tous, comme on le sait , par leur libre choix) dans le ZoU-Ferein p dont la direction principale appartient à la Prusse, se reposent avec pleine sécurité sur Timpartialité de la cour de Berlin à départir la somme des charges et celle des avantages dans In proportion exacte des ressources et de la population de chaque pays. C'est assurément un beau triomphe de la civilisation , et de la moralité publique qui en est le seul fondement solide, que cette prépondérance de la Prusse acquise par des voies honorables, conservée par une politique nette et patente , faisant , en toute occasion , appel à la réflexion éclairée des peuples. Ceci me ramène à l'empire que, dans la monarchie prussienne, l'opinion me semble exercer. La liberté d'enseignement est 9 pour ainsi dire, la charte de ses franchises. Aussi la res-
* Surnom que les Allemands aiment oiijourd'hui a donner au Grand Frédéric.