‹ Bibliothèque universelle de GenéveChapitre 9 sur 93 · DB HAMBOURG · texte numérisé non relu

DB HAMBOURG

préléHible à Thypocrisie ; Tune excite en nous Une oompotMon profonde^ l'autre appelle la oondamnatHMi.*- Mais sommes-nous •aaa défense contre ce danger? Nous ne le pensons pas. L'es* poir seul de tromper les autres et d'en tirer avantage peut ame* nér un homme à rbypocrisié. Cet espoir lui est-U enlevé j la iMMation n'existe plus guère pour lui. Or nous n'avons pas af* Wre avec nos pauvres seulement dans certaines occasioBs^ oà Us Boot^ pour ainsi dire, endimanchés d'ime comme de vêlements. Noua les visitons^ nous les surprenons dans leur vie de toua les jours ; nous ne les entendons pas seulement parler, noua les voyons agir, m somoies à même de juger si leur vie est d'ac«* eord avec leurs discours. Nous reviendrons, au reste, plus tard s«r eelté feoilité que le fait même de notre association nous donne pour découvrir la tromperie. Mais précisément parce ^'elle nous esi odieuse, il ne fout pas nous hâter dans nos ju-r gtffneiits, et risquer de froisser les cceurs par un soupçon injuste* SonC^b éveillés ces. soupçons, attendons un peu, et un redour Uoflaent de vigilance nous aura bientôt éclairées.

« L'hypocrisie religieuse n'est, hélas, pas la seule. La flatlerie, que les poàtes placent dans lea cours et dans les eeaclea du grand monde^ connaît apssi la maison du pauvre.. L'homme le phis vulgaire Temploie souvent avec une rare finesse; c'est à nous de nous tei)ir en garde par la prière contre les discours insinuants. Un grand étalage de mots, quelque eboae d'emphatique pour nous exprimer la reconnaissance et peirter aux nues le peu que nous faisons, tout cela, sans doute^ ne nous abusera guère. Mais de plus habiles savent aussi ne dire qu'tHie simple parole; leurs yeux se mouillent à peine de lariftes, l'expression de leur visage dit seule ce quils sentent. Eh bieii, \i eiMïore noos avons à défendre notre cœur, et il nous luii exiger quelque chose de plus. Si chaque témoignage de gratitude, par exemple, est accompagné d'une nouvelle demande, il ne doit nous paraître que comme un appAt offert à Bétre amour-propre pour obtenir de nous davantage. Mais

88 uoaiTE DIS aihbs ob» pauvres

qaand nous, découvrons nous -mêmes des besoins quW»^osail BOUS exposer , quand on s'empresse de nous raconter les se* cours reçus d'autres personnes, etc.^ n'est-ce pas \k autant de s^nes de Térité? lia reconnaiiMance i laquelle nous attachons le phis de prix, celle qui est exempte de toute Mnte, c'est le bon et consciencieux epploi de bienfoits reçus. De même aussi nous n'appelons hi foi sincère, que quand nous en Toyons le reflet dans la tic, dans le fidèle accomplissement de la ¥0ca-^ tion terrestre.

« Les objections qui nous sont le plus sensibles, sont, on le comprend, celles qui tendent à prouver qu'au Keu de Taire du bien à nos pauvres, nous pouvons leur causer un mal réel* «En vous mêlant ainsi de leurs affaires, nous dit-on, vous les babituèrex i ce que d'autres pensent toujours pour eux.» — Mais c'estVpie notre intention n'est point de tes conduire i h lisière; elle est plutêt de les exciter, de les amener k un complet dé^ veloppement de leurs Tacultés. H est évidentque dans leur degré ordinaire de culture morale et intellectuelle, nos rapports avec eux auront quelque chose de ceux du tuteur. Mais c'est un tu<^ teur qui veut rendl*e bientôt son pupille capable de l'émancipation, ou, disons mieux, lui apprendre h saisir h^ main plus sftre de son Père Céfeste toujours tendue pour le guider.

« Comme nous l'avons dit en commençant, nous donnons volontiers l nos malades des gardes, des femmes de ménage prises elles-mêmes dans te nombre de nos pauvres, et c'est un genre de secours que rexpérience nous a fiiit apprécier. « Bh bien^ s'écrie-tHHi, ne voyex-vous pas que vous privex ainsi tes amis, les voisins, de Foccasien d'exercer leur charité fraternelle P»—« Ah! i Dieu ne plaise que nous voulions leur ravir cette perle, la plus bette peut-être de leur couronne! (Matth. 25). Mais ils sont si pressants, si divers, les besoins d'une famille visitée parla maladie, qu'à cêté de nos gardes un vaste champ reste encore ouvert aux amis bienAusants. Lorsque nous trouvons une pauvre vobine auprès du lit d'un malade, creit-on que nous irons lui

dire iTee imporUnce : cAHes^ ma bonne, tous n'êtes pins néeessMre ici, loot se fera très*bien sans tous. » Oh non ; mm, en hii tendant la main, nous lui témoignerons notre joie de la rencontrer là^ el nous h prieront de trayailler arec noua. Ce «pi^elle fiûc a^ sans doute, un plus grand prix aux yeux de Dieu; mais serail-oe un motif pour nous retirer? Les riches refiisoront-its leurs dons, parce que le Seigneur veut particuUèreaaent bénir la pite de la TeuTO?

cEt quant aux femmes que nous employons, ne pourront-elies donc se montrer sensibles et compatissantes ? pour être rétri* bues, leurs soins perdronl^ils nécessairement tous les caractères de la charité? Eh quoi! ceux qui reçoirent quelque honoraire pour leur yocation seraient exclus de b remplir aTee cœur et dérouement ! Je m'arrête; on sent rinconséquence d'un raisonnement semblable. Que quelquefois, ensuite, les rapr ports entre nos gardes et les malades aient pris un caractère d'aigreur, aient même dégénéré en querelle, c'est ce jqui n'étonnera personne. Nous nous j étions attendues d'ayance, connaissant la feiblesse de notre pauyre coaur^ Mais, bAtons-nous de le dire, les cas sont bien plus fréquents où nous ayons éyeillé dans le cmur de ces femmes des sentiments d'une charité toachante.

c On nous dit encore : c Dans ces rapports fréquents du pMiyre ayec yous, il ne tardera pas à deyenir familier, hardi, è oublier tout è fait sa position sociale et la yêtre.» — GrAce au Ciel, nous ne sommes point communistes, mau chrétiennes; nous sayons qu'il y a entre les hommes des distinctions établies de Dieu, et nous leur laissons l'importance qu'elles méritent. Nous recoimaissons l'incontestable influence des classe» éleyéts; nous sayons que ce qui gouyeme le monde sous le nom d'esprit du temps, d'opinion publique, ce sont elles qui le forment; nous sayons aussi que cet égolsme, cet amour du plaisir qu'elles se pbigoeot de trouver dans les rangs inférieurs du peuple, c'est d'elles-mêmes qu'ils les ont imités Nous sayons tout cela.

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et cmmoe noot FaTont dit (dut haut, nous yoyons un devoil^ pretaaot à employer austi celte influence d'une manière sancii* fiante. « Mais avec un trop grand rapprocheoient le prestige se perdra; nul grand bommene Test poursonTalet^e-cbambre;» Ta*t^B nén^ jusqu'à dire. Oui, sans aucun doute, si ce n^est qu'un prestige, il s'éyanouira ; mais nous ne touIobs pas d'un prestige. Cette influence doit être due i une supériorité yéritable; ce qui a un mérite réel supporte d'être tu de près, et la nuie noblesse ne se perd pas pour descendre. Que nous nous laiwions d'abord areuglément entraîner par notre pitié pour un malbeuretury qu*ensuite la vue de ses yices nous emporte à une Tiracilé irréfléebie, puis, que quelques mois flatteurs nous tw* mènent de noureau, Toiià ce qui pourra compromettrenoire dignité ; mais Taffabilité et la bienveillance cbrétiennes. ne sauraient que lui prêter un éclat plus doux.

«A ce propos, il ne sera pas inutile de dire un mot des mesintelUgences d'intérieur ou de Toisinage dont on nous appelle fOUTcntè être juges. Récusons-nous dans ce cas le plus posst-* ble> laissant les gens finir leur afiaire entre eux. Elle n'en sera que plus tdt terminée, tandis que l'intérêt que nous y prendrions devmerait à la querelle tine importance qu'elte n'aurait pas eue sans cela; Si nous ne pouTons décidément nous tenir à l'écart, gardens-nous de trop de questions, de trop de détails. Ces interrogatoires qui aigrissent et enTCniment son| le triste deroir du juge criminel, et non du ministre de paix dont nous faisons, iei l'office. N'oublions pas non plus h diCKrence d'éducation, qui donne aux mois mêmes une portée tout autre. La même scène, les mêmes injures qui seraient suivies chez nous d'une irréconciliable brouHlerie , seront oubliées là peut-être dès le lendemain.

c On nous a manifesté une autre crainte, c'est qu'en venam ainsi en eont|M)t arec les personnes aisées , les prétentions du pauvre, déjà assez hautes, ne soient encore indftment augmen* tées. — Certainement il faut ici beaucoup de prudence, et c'est

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un principe arrêté che» nous de né pis gâter, nût paiitrtfs^ i» ne jamais faire pour eux au ddà du nécessaire. Nais notis ne doutons pas qu'il ne soit plus facile de les contenir à oel ég$fd d^s de justes bornes eh les visitant ehes eux^ qu'en recevant leurs demandes dans nos maisons. Ceci esi plus tfnportant qu'on ne pense ; arrétons*>hous-y quelque» instants.

« Le pauvre quitte sa efaaiiibrê étroite et sonbre où tout parle de besoin^ de misère; il entre dans la demeure d'un bomme aisé où tout , en revanche, hii semble abondance et luxe. Il a préparé avec soin son petit discours, et , pour peHH dre sa situation, les expresnons fortes n'y sont pas épargnées ( au milieu de cette aisance, il les renforcera encore. Il s'exagàre fiioitement la richesse du possesseur de tant de choses , et en conclut que, si on le refuse, ce n'est que par mauvaise volonté. Maintenant, peut-être vient*il i une heure inopportune, on n'a guère le temps d'entrer en conversation avec lui. Il commence son discours , qui généralement est verbeux; on l'interrompt en le priant d'abréger. Cela le trouble , il ne sait pltw où il 0n est ;^ et sans le vouloir, il devient peutr^re plus verbeux en* core> si bien qu'à la fin on ne saurait comprendre où il en vmit venir. Quelques pièces de monnaie, se dit*on , sont au iMid toigours bienvenues de l'indigent ; on fea lui tend pour ^ être débarrassé , autant que par pitié pour sa misère ; le pauvre les prend conmie un tribut du superflu du riche, et il s'en retourne humilié et mécontent, -f- Que ce tableau soit idèle dans toiis les cas, c'est ce que nous ne prétendons point; nuis personne ne niera que les choses ne ae passent souvent ainsi; et cela peut expliquer en grande partie cette position ci» deux camps hostiles , les pauvres semblant se croire tout moyen permis pour se faire ouvrir Pinépuisable bourse des riches, et ceux-ci se renfermant à leur tour dans une méfiance générale.

c Voyons maintenant ce qui arrive lorsqu'on va chercher le pauvre en sa demeoi^. — Avant tout il se sent flatté, honoré par une teHt visite; elle hii est garant qu'on s'intéresse rédle-

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Oient h Un, qu'on a un sincère désir de lui- faire du bien. Nous>. de noire càîé, ayant choisi notre heure « nous arons le loisir de Pëcouler. Surpris au milieu même de sa yie, il ne peui^ère d'ailleurs prendre un déguisement; il n'a pas le temps de composer sa harangue pour une audience solennelle^ nuûs il parle naturellement comme il pourrait faire avec un voisin. Il se lamente sur sa misère, mais il n'osera pas. beaucoup- exagérer, parce qu'un simple coup d^«il suffit déjà pour nous assurer de bien des choses, surtout avec les précieux points de comparaison que nous fournissent les autres familles. Nous entrons a?eolui dans les détaik sur son petit ménage; et là, combien nous apprenons, et combien aussi d'iililes conseils nous pouTon» donner ! On ne saurait croire ayec quelle just^se un, peu de pratique fait apprécier tout de suite ce qui convient ou. ne convient pas dans un ménage indigent. On en vient enfin aux demandes ; et s'il en est que nous devions refuser, eh bien* cette persuasion oà notre visite même a mis le pauvre, que noua lui portions un véritable intérêt , dte au refus, sa plus grande, amertume. Nos rapports ont ainsi quelque chose de paternel» que rendrait mal Tidée de patron et de client.

c Nous désirons ne laisser sans examen aucune des objections* qui nous ont été laites, et d'autant moins que, comme elles sont à peu près les mêmes en tout pays, nous pouvons aider par-là ceux, qui voudraient fonder iine association seniblable à la nôtre. Il* n*est guère de famille aisée, nous a-t-on dit, qui n'ait ses pauvres. Si elle remet à une société l'argent destiné à ses botineà OBUvres, ceux-là ne pourront qu'en souffrir, et la famille se verra privée de la douce joie de donner elle-même. Avant de^ répondre, nous voudrions citer le morceau suivant d'un écri-. vain qui nous parait avoir bien saisi le caractère des divers genres de eharité :

c Le gouvernement, dit-il, ici comme ailleurs, ne peut agir individuellement , mais par principes généraux, et une inflexi-^ ble impartialité le dirige lorsqu'il accorde comme lorsqu'il re-^

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fuse. L'hoinaie priré^ au contraire, peut, «ans dire laié dlo* jusUce, choisir les paufres qu'il lui plaît, se laisser eniratner par des circonstances, un caractère qui I Intéresse daTantage^ L'Etat ne subvient qu'aux besoins pressants, vitaux, tels que M lâifD , le froid, la nudité ; l'horone charitable cherche à allé* ger aussi des prÎTations d'un autre genre, les humiliations^ les ch^ins de cœur. L'Etat dénie tout secours i ceux qui ne Tculent pas travailler, et chiche 2k les y forcer par son refus; Pindividu s'inquiète peu de Torigiiie de la misère, eHe le frappe, l'émeut, et ne songeant qu'au moment présent, il donne, sans se demander s'il ne fera pas du mal cet argent qui n'a coûté aucune peihe à gagner. Entre ces deux modes d*exercer la cha« rite, il s'en est introduit un troisième, qui me semble réunir leurs avantages tout en en évitant les dangers : ce sont les associations particulières. Elles ont, en effet, comme fondu ensemble la liberté de la bienfaisance individuelle avec certaines règles, de la charité légale. Elles se tiennent à distance de la sensibilité insouciante de l'une, comme de l'abstraite impassibilité de l'autre. Elles examinent, elles pèsent chaque cas particulier, mais en lui-même, pojur lui-même, et non d'aprèp des r^les générales et posées d'avance. Aussi, plus bénies dans leurs résuluts que les particuliers, recueillent-elles plus de re^ connaissance que l'Etat.»

«Nous croyons bien qu'il y a quelque chose ^l'exagéré dans ce qui est dit ici de l'irréflexion des personnes charitables ; mais cependant chaque famille a-t-elle des renseignements suffisants sur la moralité , sur la misère réelle des pauvres qu'elle soutient? Suit-elle à leur égard un certain plan bien mûri, afin de les secourir d'un nuinière vraiment utile ? ou bien donne-telle sans examen, sans motif autre sinon qu'on a toujours donné, et que ces pauvres sont devenus comme une sorte de penr sionnaires de la maison ? Certes, si toute personne bienfaisante avait le temps de visiter avec suite les pauvres qu'elle assute, notre association nous tiendrait bien moins à cosur; mais est-ce

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là le cas? Nous allofis plut loin et diroiis qoe^ lors taéine qu*tm homme a la ferme volonté de ne distribuer ses aumAnes qu'avec le plus grand discernement^ il ne saurait le faire avee la même efficacité qu'une association.

€ El d'abord , même dans les choses qui notis intéressent , nous avons besoin j pour vaincre une certaine nonchabnce naturelle^ d'être tenus par Tidée d'obligation, de responsabilité. On doit visiter une TamiUe^ c'est bien ; mais aujourd'hui on ne pourrait guère> ce sera pour demain. Demain vient un autre ead* péchement ; on remet encore la chose, et ainsi de jour en jour. S'7 est*on obligé, au contraire, comme membre d'une sodété, tous ces obstacles cèdent d^eux*mémes. Hais, à supposer encore que celui qui agit seul fût aussi routier dans les engagements qu'il n'a pris qu'envers lui-mémé, pourra*t-il faire autant de bien? Quoique la plus grande utilité des visites soit tout i bk indépendante des secours pécuniaires , cependant il est nombre de cas où ceux-ci sont indispensables. Eh bien, que de personnes ont de la charité , du temps , des forces et très* peu d'argent i leur disposition ! Seules, elles arriveront peut-être i |peu de chose ; dans une société , ce temps , ces forces trouveront admirablement leur emploi, car là on sç complète l'une par Tautre. Celle-ci a plus d'expérience, cette autre une certaine pénétration instinctive , une troisième d'heureuses idées de détail ; telle est riche , teHe autre a des ^ iamis, des relations qoi peuvent être bien utiles. Chaque ipea»* bre s'enrichit des richesses de l'autre, et la Société de oelles de toutes.

«Kos connaissances nombreuses parmi les pauvres nous sont utiles à phis d'un égard. Tantôt c'est un précieux conseil que nous donnons en toute certitude, l'ayant vu mettre ailkin*s à exécution. Tantôt c'est un pauvre homme travaillé dans sa conscience ; il est seul , mal entouré , il aurait besoin d'un ami qui eût connu ces mêmes combats intérieurs. Eh bien, souvent nous avons pu le satisfaire, et le mettre justement en rap-

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