‹ Bibliothèque universelle de GenéveChapitre 81 sur 93 · E A.-P. DE CANDOLLE · texte numérisé non relu

E A.-P. DE CANDOLLE

Mais 9 avant de suivre De Candolle dans le mouvement qu*il imprima à Genève au point de vue de la scienee et des institutions qui s'y rattachent , nous allons le considërer quelques instants dans la vie du monde qu'il s'y 'créa^ et qui exerça elle-même une grande influence sur les heureux résultats que produisit son activité. Aussitôt arrivé^ De Candolle prit dans la société genevoise la place que lui assignait d'avance sa réputation d'homme d'esprit et que d'anciennes amitiés lui avaient toujours conservée. Après une journée consacrée au travail^ il aimait à trouver dans le monde une distraction à ses occupations et préoccupations scienti6que8 , il y venait chercher un aliment d'un autre genre à cette activité d'esprit qui chez lui ne connaissait pas le repos. Il se plaisait à repasser avec ceux de ses apnîs qui, comme lui^ avaient vécu à Paris et en avaient connu les hommes les plus marquants, les souvenirs des années de sa jeunesse ; toujours indépendant dans ses jugements, il s'animait à discuter contradictoirement tantôt avec Dumont, tantôt avec de Sismondi, certaines questions de politique gêné' raie et de sciences sociales ; mais le plus souvent c'était sur des sujets plus directement relatifs à Genève qu'il portait la conversation, et qu'on le voyait s'échauffer à l'idée de réaliser pour son pays les projets d*améliorations que son esprit enfantait constamment, et dont il savait si bien hâter fadoption par la chaleur avec laquelle il les exposait et par le talent qu'il mettait à en écarter les objections.

Quelquefois, plein d'abandon et de gatté dans des réunions familières où il se livrait sans réserve à son naturel expansif et enjoué , il amusait parfaitement les autres eu se diverlissant lui-même de bon cœur. Rien n'est plus aimable que cette disposition qu'il avait et qu'il rencontrait chez quelques-uns de tes amis , de savoir s'égayer soi-même en égayant les autres ; rien n'est plus contagieux que ce rire franc et de bon aloi qu'on provoque en y participant tout naturellement. C'est h Genève seulement^ dans Ih réunion de

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quelques amis intimes , qu'il avait trouvé cette galle naturelle et sans apprêt à laquelle il s'associait dans Toccasion avec un si grand plaisir.

Les qualités qui dominaient dans la conversation de De Candolle étaient de nature à être appréciées par une partie de la société pour laquelle il avait un grand penchant^ je veux parler de là société des dames. Ses succès auprès d'elles^ outre ceux qui résultent de la vivacité de l'esprit et d*une grande connaissance du monde, tenaient à ce qu'il avait le talent de ne jamais leur faire sentir sa supériorité; et cela^ parce qu'il n'avait pas avec elles j en général , une conversation différente de celle qu'il avait avec les hommes. Il réussissait, par la grâce et la lucidité avec lesquelles il savait traiter tous les sujets, à intéresser aussi bien ses interlocutrices que ses interlocuteurs ; elles lui savaient essentiellement gré de ce qu'il ne les jugeait pas indignes d'une conversation solide, et de ce que, sans jamais avoir Tair de descendre jusqu'à elles, il les élevait jusqu'à lui sans qu'elles s'en doutassent. Cette qualité, rare dans un esprit supérieur et surtout dans un savant, était, en grande partie^ la cause de Tagrément très-vif que les dames trouvaient dans la société de De Candolle, et de la jouissance qu'il éprouvait lui-même à converser avec elles.

Les relations sociales de De Candolle n'étaient point limitées aux personnes du pays : elles s'étendaient également aux étrangers dont la présence venait animer d'une manière agréable la société genevoise, il les accueillait avec une cordialité parfaite, et savait bien vite distinguer ceux qui, par leur mérite, avaient droit à entrer dans son intimité. Il eut ainsi Toccasion de former plusieurs liaisons qui ont duré jusqu*à sa mort, et qui ont été, pour lui, une source non interrompue de véritables et^pures jouissances. La maison de De Candolle devint naturellement^ après^la mort du professeur Pictet, le rendez-vous de tous les savants et de la plupart des hommes distingués qui passaient par Genève; il partageait^ du reste^ cet honorable pri-

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Tîljge avec son ami de Sismondi et avec plusieurs de ses confrères de TAcadémie^ entre autres de Saussure et de la Rive > heureux aussi eux-mêmes de pouvoir, dans Toccasion , représenter Genève auprès des sommités intellectuelles de TEurope^ par un accueil à la fois simple et cordial.

La manière large et sans prétention dont ils savaient tout exercer Ikospitalité envers ceux qui avaient de justes droits i être accueillis honorablement , est une des circonstances qui ont fait le plus d^amis, et d'amis dévoués, à Genève et aux Genevois. Tout homme de mérite est, en eifet, sensible à des témoignages de considération quand ils sont l'expression spontanée et cordiale d'une véritable estime. Voilà ce que compre* naient, ou plutôt ce que sentaient avec un tact parfait^ De Candolle et tous ceu^ qui^ comme lui, ne perdaient jamais une occasion de servir leur pays dans les petites choses comme dans les grandes , si tant est qu1l y en ail de petites quand il s'agit d'un intérêt de cet ordre.

L'entrain que De Candolle apporta dans la société genevoise et qui caractérise si bien, en le résumant, le genre d'influence qu'il y exerça, il le porta aussi et avec non moins de succès dans ce que j'appellerai sa vie sociale à Genève, qui n'est précisément ni sa vie du monde, ni sa vie politique, ni sa vie scientifique, quoiqu'elle leur tienne par plus d'un lien. J'entends cette vie qui se manifestait par le besoin qu'il éprouvait constamment de s'associer pour la création d'institutions utiles, à tous les hommes honorables qui partageaient ou chez lesquels il provoquait ce même besoin. Ainsi, peu de temps après son retour h Genève, il fut l'un des promoteurs et des fondateurs les plus actifs d'une Société de Lecture, avec Dumont, Bellot, de la Rive, Pictet , et les autres hommes distingués de notre pays. Il contribua, pour sa bonne part, à fonder cet établissement sur les bases larges qui en ont fait Tun des plus remarquables de ce genre, soit par les ressouices considérables qu'il présente, soit par la manière LIV 21

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hospitalière avec laquelle tous les étrangers y sont accueillis.

Après la Société de Lecture , il porta son attention sur la Bibliothèque Publique» ancien établissement auquel il chercha, non sans peine^ à redonner un peu de vie^ et qui lui faisait souvent faire la réflexion qu^il est^ dans bien des cas, plus facile de créer à neuf que de restaurer ce qui est ancien. Réflexion plus vraie en apparence qu'en réalité, car quand on ne se laisse pas rebuter par les obstacles que présente souvent aux améliorations Tesprit de routine, on trouve dans les anciennes institutions un fonds de vie et de résistance à la sape du temps, que n'ont pas toujours les créations modernes, plus faciles i faire naître, il est vrai, mais auxquelles la durée peut seule donner de la stabilité.

Parmi les occupations du même genre qui intéressèrent De Candolle, il en est une où il eut l'occasion de développer encore tout ce que son esprit inventif renfermait d'activité : c'est le Comité d'Utilité cantonale, fondé par un généreux citoyen de Genève, Mr. Henri-Louis Boissier, en vue d employer de la manière la plus utile au pays une somme de 250 000 francs dont il ne voulait pas lui-même, par modestie, indiquer l'emploi spécial. Le fondateur avait désigné les membres du comité qu'il instituait. De Candolle, qui se trouva dans le nombre, fit adopter plusieurs idées utiles, celle entre autres, à laquelle il attachait un grand prix, d'un établissement pour les sourdsmuets, où ces infortunés pussent recevoir de la manière la plus complète les soins physiques et éducatifs que leur triste infirmité exige.

Je ne veux rien exagérer : je suis loin d'attribuer à De Candolle toutes les heureuses innovations dont Genève a vu la réalisation de 181 6 à 1841 ; ce serait mal le servir et mal le comprendre que d'élever en sa faveur une semblable prétention. De Candolle a conçu bien des projets avantageux pour Genève ; il en a réalisé un grand nombre ; mais il est loin d'être le seul qui

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ait eu ce mériie^ et bien des institutions précieuses rappellent les noms d'autres citoyens cbers aussi à Genève. Mais le genre de supériorité qu'on ne peut refuser à De Candolle, ce sont les prodigieuses ressources que son esprit fertile en elcpédients trouvait toujours pour l'exécution soit des projets dus à lui seul, soit des projets conçus par d'autres ; c'est ce talent à surmonter les difficultés, k résoudre les objections, à exciter, enfin, l'intérêt pour la réalisation d'une idée qu'il estimait bonne. Voilà ce que nul autre ne présentait au même degré que lui ; voilà pourquoi, quand on avait à cœur la réussite d*un plan, on tenait à Fy associer.

J'ai parlé du talent de De Candollie à donner vie à des institutions nouvelles ; j'ai indiqué qu'il savait, au besoin, rajeunir des établissements anciens : j'en trouve une nouvelle preuve dans ce qu'il a fait pour la Société des Ans. Fondée en 1782 par plusieurs notabilités genevoises, à la tête desquelles était Horace-Bénédict de Saussure, cette Société, qui a rendu de si grands services à Genève, eut pour but, dès son origine, de réunir deux classes d'hommes qui vivent en général beaucoup trop éloignées Tune de l'autre, quoique bien des liens naturels doivent les rapprocher : je veux parler des savants et des industriels, des amateurs et des artistes, des théoriciens et des praticiens. Après de Saussure et Pictet, qui en avaient été successivement les présidents. De Candolle rempHt cette fonction de 1825 à 1841. Les services qu'il rendit à Ten* semble de Tinstitution , ainsi qu'aux trois divisions dont elle se compose sous les noms de Classes des Beaux-Arts, de l'Industrie et de l'Agriculture, sont nombreux et de divers genres. Il eut l'heureuse idée de grouper, sous le titre de Membres de Classe, autour de l'une ou de l'autre de ces divisions, et d'associer ainsi aux travaux de la Société générale, toutes les personnes qui étaient placées de manière à s'y intéresser ; eu augmentant par leurs souscriptions les ressources pécuniaires du corps entier, les Membres de Classe formèrent dès lors, en

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même temps, une pi'pinièrc oà il put se recruter avec aTantage.

Tandis que par cette mesure gënërale il imprimait à la Société entière une activité toute nouvelle, De Candolle s'occupait plus particulièrement de la Classe d'Agriculture^ dont les travaux étaient naturellement plus en rapport avec ses goùtf et ses propres occupations. Puissamment secondé par des hommes qui surent y apporter la même activité et le même dé« vouement que lui, et qui ont constamment persévéré dès lors dans la voie qu'il avait ouverte^ il sut exciter un véritable intérêt pour les travaux de cette classe chez les agriculteurs mêmes, peu amateurs en général de tout ce qui sent la théorie, et par conséquent de toute réunion tant soit peu scientifique. Il sut mettre à profit le Jardin botanique pour naturaliser dans le pays de nouvelles espèces et de nouvelles variétés de fruits , de légumes, de vignes et d'arbres d'agrément , et donna par là un grand développement à Thorticulture qui , jusqu'alors , avait été peu soignée. Plusieurs rapports et mémoires spéciaux furent composés par De Candolle en vue de la Classe d'Agriculture; je citerai parmi les plus remarquables une notice sur l'Histoire des choux, qui eut un grand succès en Angleterre, oà elle fut imprimée dans les Mémoires de la Société d'Horticullure ; un mémoire sur les engrais liquides, plein de renseignements utiles sur le mode de leur emploi, et un rapport sur l'état actuel des pépinières du Canton, suivi de réflexions intéressantes et pratiques sur ce genre d'établissement.

La Classe d'Agriculture n'était pas la seule des trois Classes de la Société des Arts dont les travaux fussent pour De Candolle un objet d'intérêt ; il trouvait encore du temps pour être utile aux deux autres. Ce fut lui qui rédigea le rapport destiné à faire connaître les résultats de la première exposition des produits de l'industrie genevoise, que la Classe d'Industrie et de Commerce fit faire en 1828; document précieux de l'état des différentes branches de l'industrie à Genève à cette époque , et des espérances qu'on peut fon-

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der sur elles, remarquable en même lemps par lés vues. générales sur l'industrie et sur les avaniages qu'elle retire de la liberté, même dans les circonstances les plus défavorables en apparence. C'est lui encore qui, avec quelques autres membres de la Sociéié des Arts, aida à la réalisation de l'idée aussi grande que patriotique de M"" Rath, de -doter leur pays d'un Musée des Reaux-Arts, qui a reçu le nom de ses généreuses rondairices. Ce Tut lui qui, comme président de la Société , inaugura ce beau monument, et eut la douce mîssioa d'exprimer à M'^^^ Rath la reconnaissance du pays.

Toujours à l'affût des idées nouvelles dont l'introduction pouvait être utile, il se joignit^ en 1823, au professeur Pictet, pour mettre en train la construction d'un pont de fil de fer destiné à établir, par-dessus tes fossés qui entourent la ville, une nouvelle communication avec l'extérieur. CY'tait à la suite d'une course qu'ils avaient faite ensemble à Annonay, et oà ils avaient vu chez MM. Seguin une passerelle suspendue par quelques fils de fer, que l'idée leur vint de faire un essai plus en grand. Le succès dépassa l'attente des deux amis; il montra ce qu'on pouvait espérer de ce genre de construction tout è fait inconnu et dont on a tiré dès lors un si grand parti. Cet objet, quoique assez étranger aux occupations ordinaires de De Candolle, l'avait vivement intéressé ; il publia plus tard une notice fort bien faite sur le grand pont suspendu de Fribourg, qu'il avait visité en détail et avait beaucoup admiré.

Malgré le peu de goût que De Candolle avait pour la politique, il ne put, une fois établi à Genève^ y rester étranger. Dans une petite république où tout le monde se toucbc, où tous les intérêts se croisent, un homme qui y joue un rôle aussi important que l'était le sien ne peut se tenir complètement en dehors des affaires publiques. Il fut donc obligé de s'en occuper, et même d'y prendre une part active dans quelques oc« casions importantes. De 1816 à' 1841 il siégea constamment dans le Corps représentatif du pays, par suite de trois réélec-*

S34 HOTICE SUR LA VIE IT tBS OUTRAGES

tions qui l'y firent entrer à la presque unanimité des suflfragen. Le caractère distinclif de i'e$prit qu'il apporta dans la polili* que genevoise se montra de bonne heure dans deux circonstances particulières. En 1814, il profila d'un séjour qu'il était venu faire à Genève dans le but de visiter ses parents et ses amis^ pour engager de Sismondi^ à retirer^ avant que les exemplaires fussent distribués et mis en vente^ une brochure très-vive contre le nouveau gouvernement. II réussit ; mais ce ne fut pas sans peine. Sa démarche n^eut pas^ du reste^ tout le succès qu'il en espérait; car il ne parvint point à calmer, autant qu'il l'aurait voulu, Tirrilation des hommes contre lesquels de Sismondi avait dirigé ses attaques. Le temps des idées plus modérées n'était pas encore arrivé ; un premier pas dans la voie de la conciliation venait d'être fait, et c'était De Candolle qui l'avait tenté. Trois ans plus tard, en 1817, il donna une nouvelle preuve de son désir d'apaiser les passions; ce fut à l'occasion d'une émeute violente qui éclata par l'effet du renchérissement des denrées. De Candolle faisait alors avec quelques amis une course dans l'intérieur de la Suisse ; il Apprend à son retour ce qui vient de se passer, et le lendemain il fait paraître, sous le titre d'Adresse à ses concitoyens, un petit écrit destiné à ramener des hommes égarés qui étaient loin d'être rentrés dans le calme. Ces quelques pages respirent un sentiment profond de patriotisme et un esprit de véritable modération ; c'est un appel au bon sens de la nation, fait avec autant de sagesse que de chaleur. Dès ce jour la position politique de De Gindolle fut nettement dessinée : il était devenu l'homme de la conciliation, et c'est ce beau rôle qu'il continua à remplir sans interruption dans le Conseil législatif de son pays. Il réussit bientdt à amener sur ce terrain les hommes éclairés des deux opinions contraires, qui y étaient tout disposés depuis qu'ils avaient appris à se connaître et à s'estimer ; d'un c6té Dumont et Beliot^ de l'autre Schmidtmeyer et Gaspard de la Rive s'avancèrent dans cette route toute nouvelle

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pour la Républiques que De Candolle contribua à ouvrir^ en déployant pour rapprocher les hommes autant d'actirité qu'on en met souvent à les diviser.

De Candolle continua^ jusqu'en 1836^ à s'occuper d'une manière active de la politique de son pays. Toujours Tun des ' plus ardents pour le triomphe des vrais principes libéraux en fait de politique et d'économie politique^ il eut l'occasion de défendre la liberté du commerce^ soit à l'époque où il fut question d'établir en Suisse un concordat de représailles contre la France^ dont les mesures douanières étaient d'une grande rigueur envers la Suisse ; soit lorsque le Conseil Représentatif de Genève agita la question des subsistances, si difficile et si grave pour un petit pays cerné dé tout c6té par les barrières qu'établissent en cas de disette ses puissants voisins. Dans un rapport remarquable, il montra d'une manière si évidente les avantages^ même dans la position exceptionnelle où Genève semblait se trouver, de la liberté du commerce des grains , que cette question n'en fut plus une, et que les masses^ ordinairement si difficiles à convaincre sur ce genre de sujet, n'élevèrent plus aucune prétention qui fût contraire à ce que dictaient les vrais principes de l'économie politique. De Candolle recommandait seulement , dans son rapport , quelques mesures de précaution, des facilités données aux commerçants pour leurs approvisionnements , et des encouragements réels pour l'agriculture du Canton. C'est alors que, pour joindre l'exemple au précepte , il commença h imprimer aux travaui; de la Classe d'Agriculture cette activité que nous avons déjà signalée, et grâce à laquelle, par les perfectionnements qu'a reçus le premier des arts, on a vu un sol ingrat devenir capable de nourrir presque tous ses habitants.

On retrouve le nom de De Candolle mêlé à toutes les grandes questions politiques et administratives qui furent débattues à Genève de 1816 à 1836; il reparaît, en particulier, dans^les bis sur la presse et sur l'instruction publique qui occupèrent

le Corps législatif, ainsi que dans quelques discussions touchant à la politique fédérale. Ce dernier point le sépara assez profondément de quelques-uns de ses anciens amis. Plus Genevois que Suisse, n'ayant yu essentiellement dans la réunion de GenèTC à la Suisse qu'un moyen plus assuré pour Genève de rester toujours elle-même^ tout ce qui tendait» même à un très-faible degré, à centraliser davantage tes pouvoirs fédéraux lui inspirait une vive répugnance. Il trouva des paroles éloquentes pour défendre l'individualité canlonlae et l'organisation de la Confédération Suisse en Etats souverains » unis simplement par l'alliance telle que l'avait faite le pacte de 1815. «Voyez, disait-il^ les deux Confédérations qui ont existé simultanément au centre de TEurope ; voyez les Pays- Bas et la Suisse : les premiers^ avec un gouvernement central compacte^ ont eu un président et ont fini par avoir un roi ; mais la Suisse n'a pu se prêter, et ne paurra jamais se prêter, à une pareille métamorphose. Elle existe parce qu'elle est multiple. Le pouvoir monarchique imposé par l'étranger ne saurait où s'asseoir; car au lieu d'une usurpation, il en faudrait vingt-deux. La Suisse est une hydre^ et je veux qu'elle reste une hydre, pour qu'on ne puisse jamais l'abattre d'un seul coup. »

Après les différentes lois relatives à l'instruction publique et dans la discussion desquelles il prit encore une part très-active. De Candolle ne reparut au Conseil, à dater de l'année 1836, qu'à des époques rares et éloignées; il n'y retrouvait plus ses anciens amis, qu'il avait presque tous perdus; cette triste circonstance et de noirs pressentiments sur l'avenir du pays avaient diminué beaucoup l'intérêt qu'il apportait autrefois à. la chose publique. La grande altération qu'avait éprouvée sa santé, jointe au chagrin de se voir obligé de renoncer à tant d'illusions qui avaient été pendant quelques années des réalités et qui lui avaient semblé devoir subsister toujours, occasionnait aussi quelquefois chez lui une disposition à s'émouvoir et

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h se décourager ; il préférait, en s'abstenant de prendre part aux discussions^ ne pas la laisser percer au dehors. Aussi ^ pour bien comprendre la vie publique de De Candolle à Genève, il faut se transporter à celle époque de jeunesse et d'espérance pour la République, où lui-mt^me, plein de verve et d'entrain, anticipait avec confiance sur l'avenir qui s'ouvrait pour elle. Je trouve dans un rapport qu'il fil en 1821, sur la fondation du Jardin botanique, un morceau qui donne une juste idée de la roanièi*e dont il envisa|;cail alors celte belle perspective, et je ne puis mieux terminer cette parlie de sa carrrière qu'en citant ses propres paroles: «Oui, Messieurs, ce n'est que par Tesprit public que Genève, malgré sa petitesse, peut tenir quelque rang honorable parmi les nations éclairées; nous lui devrons peut-être quelque illustration, et ce qui vaut mieux, de la concorde et du bonheur; déjà nous en goûtons les heureux fruits. Tandis que tant de peuples sont agités par de pénibles discordes, nous voyons chaque jour les différences extrêmes d'opinions se confondre chez nous dans un sentiment commun. Quand ils s'inquiètent de leur existence elle-même, nous nous occupons paisiblement à améliorer nos institutions. Puisse celle dont je viens de vous tracer les progrès continuer à mériter Tapprobation du gouvernement qui la protège, et la bienveillance du public auquel elle est toute consaciée. Nous continuons à la placer sous cette douce sauvegarde. »

Nous la plaçons sous celte douce sauvegarde ; ces mots roe conduisent naturellement à rappeler la manière dont De Candolle savait toujours associer le public à tout ce cftii intéressait la science, t Vous en avez été les créateurs, dtsail-il dans son premier rapport aux souscripteurs qui avaient fondé le Jardin; soyez-en les conservateurs et les amis. Faites sentir à chacun, dans vos alentours, que tout individu se nuit à luimême en nuisant aux propriétés nationales; que chaque désordre de ce genre est un obstacle opposé d'avance à la publi-

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cité d'autres institutions analogues ; que rien ne donne mieui ridée d'une ville éclairée que le respect pour les propriétés confiées à la foi publique ; que si chacun de nous se croit obligé , sans qu'on le lui dise , de respecter le jardin de son aroi^ combien à plus forte raison ne doit-il pas respecter le jardin de la République qui est notre mère et notre meilleure amie. »

C'est en parlant ainsi^ c'est en agissant de méme^ que De Can* dolle contribuait à populariser à Genëye les institutions scientifiques^ et par conséquent la science; et ceci m'amène à l'enyisager dans sa vie scientifique 3i Genève.

En l'étudiant sous ce point de vue, nous l'avons déjà vu, à Paris, essentiellement occupé ii se faire un nom dans la science par des travaux originaux ; nous le retrouvons , à Montpellier, se créant une école en même temps qu'il continue ses propres recherches ; Genève nous le présente associant à ces deux formes, sous lesquelles son activité scientifique continue à se manifester, une troisième forme toute nouvelle, celle que nous venons de signaler et que nous pouvons caractériser par ces mots : populariser et faire aimer la science.

La création du Jardin botanique à laquelle il sut intéresser toute la population de Genève, en rattachant cette création à des idées de progrès pour la science, à des applications à l'agriculture, à l'ornement et à l'agrément de la ville, fut son premier pas dans cette voie nouvelle. Bientôt, indépendamnifent de son enseignement académique, il ouvrit des cours de botanique auxquels affluèrent des personnes qui n'étaient ni d'âge ni de sexe à s'asseoir sur les bancs de Técole. Rien n'était plus gracieux que ces leçons données, sur une science si bien faite pour être populaire, par un professeur dont l'exposition claire et animée intéressait et charmait son auditoire. Une fois il termine son cours par une herborisation sur le Salève; et par une belle journée du mois de mai. Ton vit une quarantaine de dames aller, sous la direction de De Can-

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dolle, chercher eties-mémes à recueillir et à reconnaître les fleOrs dont elles avaient, pendant l'hiver, étudié la structure et les caractères. L'enthousiasme pour Tétude de la botanique devint bientôt si général, que De Candolle ayant été subitement appelé k restituer les dessins d'une Flore du Mexique qui lui avaient été confiés, les dames de Genève conçurent le projet d'en exécuter pour lui la copie. Grâce à ce zèle^ mille dessins furent copiés en huit jours par cent dix personnes, et De Candolle put renvoyer les originaux sans être privé de cette collection importante pour ses travaux. Un jour qu'il racontait ce fait, dont il aimait a se glorifier pour son pays, à la célèbre Miss Edgeworth et qu'il lui montrait les dessins, en cherchant à faire remarquer les plus parfaits : Je préfère les moins bons, lui dit-elle, ce sont ceux-là qui prouvent que ce résultat est dû à V esprit public et non à l'amour^propre.

La création d'un Musée d'Histoire naturelle avait suivi de près celle du Jardin botanique, et c'est encore De Candolle qu'on avait vu à la tête des fondateurs de cet utile établissement. Son zèle stimulait le leur ; grâce à leurs efforts combinés, le Musée s'enrichissait rapidement des dons de la générosité particulière. Pour accrottre davantage les collections, il a l'heureuse idée de donner, au profit de l'établissement , un cours public de zoologie, et il s'associe dans ce but quelques hommes amis comme lui de la science et du pays. La foule s'y porte, et le produit du cours, joint aux souscriptions volontaires qu'il provoque, est employé h l'achat d'animaux rares et précieux dont le' Musée, sans cette ressource inattendue, aurait été probablement longtemps privé.

Dans le nombre des cours que De Candolle donna, i Genève en dehors de son enseignement académique,^je tiens à mentionner encore ceux de Botanique agricole, cours d'un genre tout nouveau, dans lesquels, mettant à profit les découvertes les plus récentes de la physiologie végétale, il en montra l'application i l'agriculture. Il eut plus tard le projet d'imprimer

le travail qu'il avait fait à cette occasion ; mais il se contenta d'en insérer quelques fragments dans son traiié de Physiologie, ayant dû renoncer à en faire un ouvrage spécial.

Invité un jour, par une réunion de personnes distinguées au milieu desquelles il se trouvait, à leur faire connaître l'état de la botanique. De Candolle improvisa je ne dirai pas une leçon, mais un discours du plus grand intérêt, dans lequel il sut exposer, avec cette clarté et cette vivacité qui étaient le cachet de son esprit , les progrès récents de sa science favorite, et faire toucher au doigt le point de développement auquel elle était parvenue. Ses auditeurs charmés rengagèrent à mettre par écrit ce qu'il venait de leur exposer oralement^ et cette improvisation devint un article intéressant de la Revue française sur les progrès et l'étal actuel de la botanique.

Si j'ai rapporté quelques-uns des traits par lesquels se manifestait le besoin que De Candolle avait de populariser et de faire aimer la science, c'est pour mieux faire comprendre comment il put atteindre ce but qu'il avait tellement à cœur. Rien n'était négligé, aucune occasion n'était perdue par lui pour y parvenir : cours publics , conversations , articles dans les Re* vues, création d'institutions, il mettait tout en œuvre. Si donc la science a acquis à Genève un haut degré de popularité qu'elle conserve encore, c'est en grande partie à De Candolle que nous pouvons l'attribuer ; je dois cependant reconnaître qu'il trouva un terrain bien préparé, et qu'il fut puissamment secondé par les autres savants genevois.

En même temps qu'il cherchait à populariser la science dans la société genevoise. De Candolle travaillait à y initier les jeunes gens auxquels étaient destinés ses cours académiques. Il n'avait pas trouvé à Genève un auditoire aussi nombreux qu'à Montpellier; les élèves auxquels il était appelé à s'adresser étaient également plus jeunes. L'enseignement dont il était chargé était un enseignement général d'histoire naturelle (car la zoologie y était comprise), plutôt qu'un en-

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seignement spécial de botanique. Mai» , ^ cAté du développemenl inlellectuel qui en résultait pour l'ensemble des élèves , un grand nombre d^enlre eux prenaient goût à une science qui leur était exposée d'une manière si attrayante. De Candolle formait donc à Genève, comme il l'avait fait à Monlpe/lier, une véritable école ; chaque année de jeunes botanistes se pressaient autour de lui , pleins d'ardeur pour une science dont l'étude était accompagnée d'encouragements si réels et si bien- Teillants. Le cabinet de De Candolle et son herbier leur étaient ouverts à toutes les heures de la journée; lui-même interrompait ses travaux pour les recevoir avec une bonté qui leur faisait oublier le dérangement qu'ils devaient lui causer. Que de bons conseils, que de paroles encourageantes, que de recommandations précieuses ont été données dans ce cabinet où De Candolle vit encore pour ceux qui ont eu le bonheur de Vj voir au milieu de ses livres et de ses cartons !

A deux époques différentes, une fois en 18?3, une autre fois en 1825, il engagea l'un de ses confrères, Mr. Neckcr de Saussure, professeur de minéralogie et de géologie, à se joindre à lui pour faire avec leurs élèves communs un voyage de quelques jours dans les montagnes^ en vue d'étudier sur les lieux mêmes l'histoire naturelle. Quinze à vingt jeunes gens furent admis à faire partie de ces expéditions. Quelques progrès dans leurs connaissances en botanique, en minéralogie et en géologie, ne furent pas les seuls fruits qu'ils en retirèrent : ils apprirent ce que c'est que la vie scientifique, ce que c'est que l'amour de la science, que le désir de s'y distinguer ; ils puisèrent, dans la société des maîtres sous la direction desquels ils étaient placés, une ardeur toute nouvelle pour utiliser leurs facultés et pour marcher sur les traces des modèles qu'ils avaient devant eux. Aussi, au retour, n'y avait-il pas un de ces jeunes gens qui n'eût le désir d'être un savant, qui ne cherchât à le devenir ; et si quelques-uns seulement réussissaient dans leurs efforts^ tous du moins conservaient pour

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la science ce respect, el mieux encore cette affection « qui sont pour elle sa plus sûre sauvegarde, quand ces sentiments sont partagés par ceux même qui ne la cuhiyent pas.

De Candolle, dans sa carrière de professeur à Genève, ne se borna pas à l'enseignement : il prit une part importante à la direction de l'instruction publique, et fut recteur de TAcadémie en 1831 et en 1832. Il tenait à honneur d'être membre de l'Académie de Genève, et chercha toujours à conserver à ce Corps la haute position que lui assignaient les anciennes traditions genevoises et le mérite de ceux qui en faisaient partie. Faire honorer les sciences et les lettres et ceux qui les cultivent, tel fut toujours le but, je dirai plus, l'ambilion de De Candolle. Ce point de vue perçait dans tout ce qu'il était appelé à faire ou à dire au sujet de l'Académie et de l'instruction publique, et Ton en voit plus d'une trace dans ses compies* rendus académiques.

En 1835, le lendemain du jour où se terminait l'année académique. De Candolle donna sa démission de professeur; faffaiblissement de sa santé, la perspective des immenses travaux qu'il se proposait d'accomplir , purent seuls l'amener à une détermination qui lui coûta beaucoup, surtout à cause du profond chagrin qu'en éprouvèrent ses confrères. Je n'oublierai jamais la manière dont il accueillit les démarches que TAcadémie tenta auprès de lui, par l'organe de quelques-uns de ses meaibres, pour le faire revenir de sa résolution. J'étais au nombre de ceux qui avaient été chargés de cette mission : je le vois encore profondément touché des instances dont il était l'objet ; il fut même sur le point d*y céder; mais, forcé de faire taire son cœur pour écouter la raison qui lui commandait impérieux sèment sa retraite, il résista, tout en consentant cependant, ou plutôt en offrant lui-même de continuer à recevoir chex lui, pour les faire travailler sous sa direction, les jeunes gens qui se vouaient àj'étude de la botanique.

La retraite de De Candolle fut une immense perte pour TA-

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cadëroie de Génère. Elle perdait en lui non-seulement le savant européen dont la réputation se reflétait sur elle et lui attirait de nombreux élères^ mais aussi un proresseur dont le talent d'esposition et Tesprit de méthode exerçaient sur les intelligences qu'il était appelé à former, une influence qui s'étendait bien au delà du cercle des jeunes adeptes de la science. Heureusement qu'elle ne la perdit pas entièrement : quoiqu'il eût renoncé h l'enseignement publiCi il ne laissa pas^ jusqu'à sa mort, de lui rendre des services de plus d'un genre, soit dans l'administration de l'instruction publique et des établissements qui s'y rattachent, soit par les directions et les conseils qu'il voulut bien continuer à donner aui jeunes gens qui se vouaient à l'étude des sciences naturelles. Heureusement aussi que PAcadémie trouva dans son fils, Mr. Alphonse De Candolle, et dans un autre de ses élèves, Mr. F.-J. Pictet, deux jeunes savants capables de le remplacer, le premier dans l'enseignement de la botanique, le second dans celui de la zoologie. Ce fut une grande douceur pour De Candolle de pouvoir remettre entre les mains de ceux qu'il avait formés, et dont il pouvait déjà prévoir les succès et l'avenir scientifi» que. Je dépôt précieux de l'enseignement qu'il avait créé dans dans sa patrie.

Le gouvernement de Genève partagea , comme le pays tout entier, les profonds regrets que la retraite de De Candolle avait inspirés à ses confrères; il voulut lui en transmettre l'expression en l'accompagnant du témoignage de sa reconnaissance, et il lui adressa dans ce but une pièce ofScielle dans laquelle sont rappelés les services qu'il a rendus à Genève et à la science. Je ne puis résister au plaisir de citer le considérant qui précède, dans cette pièce, l'arrêté par lequel le Conseil d'Etat de Genève accorda à De Candolle la démission qu'il demandait, et qui résume d'une manière à la fois simple et complète ce qu'il avait fait pour son pays. Je le fais d'autant plus volontiers que De Candolle fut très*

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sensible ^ cette preuve d'eslîme et de considération affectueuse que lui donnait un Corps dans lequel, comme dans chacun de ses membres, il avait toujours trouve une confiance si entière et une disposition si aimable à le seconder dans la réalisation de tous ses utildt projets. On me pardonnera si je rappelle à cette occasion, d'une manière plus particulière, les noms de deux de ses amis, dont l'un Ta précédé et l'autre Ta suivi de bien près dans la tombe, et qui tous les deux, dans le Conseil d'Etat , cherchèrent toujours à, lui Taciliter sa lâche à Genève et à aller même au-devant de ses désirs. MM. Fatio et Girod , ce sont eux que j'ai en vue, appartenaient à celte caté{^orie de citoyens dont le patriotisme, aussi chaud qu'il était modeste, ne songeait qu'au pays et jamais à eux. Le premier, homme d'action* et de vie, n'eut d'autre but dans sa carrière vraiment civique, que d'utiliser en faveur de Genève, avec la plus complète abné^^ation d*amour-propre, les belles facultés dont la Providence l'avait doué. Le second, essentiellement homme d'étude et de cabinet , mettant exclusivement au service de sa patrie ses connaissances étendues, surtout en jurisprudence^ avait constamment cherché, dans sa carrière administrative, à favoriser avec un dévouement et une persévérance inébranlable tout ce qui pouvait contribuer au développement et à la prospérité de nos établissements d'instruction publique.

Mais je reviens au considérant de l'arrêté du Conseil d'Etat relatif à De Candolle ; ce que j'ai dit n'en fera que mieux comprendre la portée et saisir l'esprit.

« Le Conseil d'Etat appréciant toute l'étendue des services qu'a rendus à la science Mr. le professeur De Candolle qui, h l'époque de la restauration de la République , n'écoutant que la voix du patriotisme dont il était mimé et lui subordonnant la perspective de succès et de gloire que lui promettait sur un plus grand théâtre une renommée justement acquise, voulut faire jouir sa patrie, rendue à la liberté et à l'indépendance^ du fruit de ses talents et de ses travaux.

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« ConBÎclérant que^ par l'intërét qu'il a su répandre sur renseignement^ par le charme attaché à ses leçons^ par cet heureux privilège dont il est éminemment doué d'exciter en faveur des créations utiles ou des perfectionnements une impulsion et une émulation salutaires^ Mr. le professeur De Candolle a puissamment contribué aux progrès des études et à l'amélioration de nos établissements scieniifiques, en même temps que l'illustration d'un savant aussi distingué et aussi universellement connu a jeté le plus grand éclat sur le pays qui s'honore de le compter^au nombre de ses citoyens — ce Arrête, » etc.

J'ai parlé de la manière dont De Candolle stimulait le zèle de ses élèves; mais il ne s'arrêtait pas là, et, les suivant au delà de l'enseignement académique, il savait leur imprimer une £« rection et leur donner des conseils auxquels l'autorité de sa parole et celle de son exemple «ijoutaient un grand poids.

« Jeunes gens, leur disait-il dans l'un de ses rapports académiques où il parlait en qualité de recteur, jeunes gens, sachez choisir une direction conforme à tos talents et la garder avec énergie ; sachez résister à la séduction avec laquelle nos habi* tudes publiques et domestiques morcellent en lambeaux le temps des hommes actifs. Sachez bien qu'il n'y a plus de succès possible sans beaucoup de travail et une grande persévérance de volonté. Sachez vous arracher aux douceurs entraînantes d'une vie agréable, pour aller visiter les pays étrangers^ non en les parcourant à la hâte, mais en étudiant leur civilisation pour nous rapporter ce qu'elle a de véritablement utile ; sachez en rapporter un cœur devenu plus genevois encore, par le sentiment plus éclairé de notre bonheur et de notre liberté ;« faites tous TOS efforts pour nous conserver, dès à présent et à l'avenir, cette sage liberté amie de Tordre, de la justice et de la paix, dont nous jouissons aujourd'hui , et sans laquelle toutes les améliorations deviennent hasardeuses et problématiques.»

Encourageant d'une manière spéciale ses jeunes confrères LIV 22

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et tous ceux en général qui paraissaient vouloir se distinj^er dans les sciences, il les excitait au travail en louant d'une manière aimable ce qu'ils faisaient de bon, en sig^nalant un noble but à leurs efforts, en développant chez eux une honorable ambition. Les réunions périodiques de la Société de Physique et d'Histoire naturelle étaient pour lui une occasion d'exercer fréquemment ce genre d'influence. Cette Société, composée de tous ceux qui, à Genève, s'occupent de sciences physiques et naturelles, a toujours conservé le caractère d'intimité, je dirai de familiarité, que ses fondateurs lui avaient imprimé et qui en font le plus grand charme. On comprend, par conséquent^ comment De Candolle et ceux de ses confrères qui, par leur réputation et par leur Age, étaient entourés d'une juste considération, pouvaient, dans des réunions de ce genre, donner des encouragements et des conseils utiles aux jeunet gens qui faisaient les premiers pas sur la route de la science. De Candolle aimait cette Société, il en était l'un des membres les plus assidus^ et il contribua à imprimer une grande activité à ses travaux. Il fut l'un des plus zélés à faire mettre a exécution l'idée de livrer à l'impression, d'une manière régulière^ les mémoires les plus intéressants parmi ceux qui étaient communiqués à la Société. Cette idée avait été conçue et mise en avant par un homme d'un vrai mérite, que Génère eut le malheur de perdre bien peu de temps après qu'il lui eut été rendu. Le D^'Marcet, auquel je viens de Taire allusion^ s'était associé avec chaleur, pendant le peu de temps qu'il avait vécu à Genève, au mouvement scientifique qui s*y manifestait alors tous tant de formes diverses ; il avait cherché, en particulier, à donner à la Société de Physique et d'Histoire naturelle une vie nouvelle, et à lui faire prendre une place importante dans le nombre des Sociétés savantes de l'Europe, en l'engageant à • faire imprimer régulièrement ses travaux. Malheureusement il ne put suivre longtemps la réalisation de son idée : la mort l'enleva dans la force de l'âge et au moment o{^ il reve-

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