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nait apporter aussi à son pays le fruit des travaux auxquels il s'était litre sur une terre étrangère^ qui avait été pour lui une seconde patrie. De Candolle» après la mort de son ami» stimula constamment le lèie de ses confrères pour soutenir sans relâche une publication au succès de laquelle il contribua luimême^ en Tenrichissant de quelques-uns de ses mémoires de botauique.
On retrouve encore De Oindolle dans une autre Société qui avait beaucoup de rapport avec celle dont je viens de parler, c'est la Société helvétique des Sciences naturelles. Fondée en 1815> à Genève^ cette Société a constamment eu pour but ^e rapprocher les uns des autres les hommes qui, en Suisse, s'occupent de sciences naturelles. Mais pour que ce rapprochement ait lieu, il faut des centres autour desquels les amis des sciences puissent se grouper. DeCandolle était naturellement Tun de ces centres ; il le devint surtout h dater de 1825, après la mort du professeur Pictet qui avait été, tant qu'il avait vécu, un représentant aussi fidèle qu'honorable du Canton de Genève, dans les sessions annuelles de la Société, Il se fit dès lors un devoir d'assister, le plus souvent qu'il le pouvait, à ces réunions périodiques ; sa présence y était toujours ardemment désirée, et accueillie avec des démonstrations d'une franche cordialité* J'eus le plaisir de me trouver en 1830, avec lui, à la réunion qui eut lieu à Saint-Gall; et je pus juger par moi-même de ce qu'il apportait de vie et d'intérêt à ces congrès scientifiques. Je me souviens encore des paroles bienveillantes et encourageantes qu'il adressa à un jeune étudiant qui était venu assister à la Société et lui soumettre quelques essais de travaux en histoire naturelle. Cet étudiant était Agassiz ; et voilà pourquoi je n'ai pas oublié cette entrevue fortuite qui mit en rapport le plus grand naturaliste de la Suisse, à cette époque, avec celui dont les travaux devaient honorer dignement la patrie des De Saussure, des Haller et des De Candoile.
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Je revins de Smn^Gall ii Génère a?ec De CandoUe, et j*eiii ainsi roccasion^ en parcourant avec lui une grande partie de la Suisse, de remarquer le talent qu'il avait de tirer parti de toutes les circonstances ^ de toutes les rencontres^ pour étendre ses notions sur Tétai politique, moral et matériel de chaque localité. Sans savoir Tallemand, il réutsissait tant bien que mal à se faire comprendre, et il parvenait toujours à savoir ce dont il tenait k s'informer. Au reste, dans les grandes réuniont de la Société helvétique, c'était moins la science que l'étude du pays sous tous tes rapports, qui l'intéressail. Il n'estimait pas que la science eût beaucoup de progrès i attendre de ces réunions; mais il y voyait un moyen de mettre en rapport les hommes qui s'en occupaient» un nooyen de la faire aimer et de la populariser, et par conséquent de lui attirer de nombreux sectateurs^. * Aussi cherchait-il toujoiin à étendre, à multiplier l'action de la Société ; dans ce but il rengageait à ne pas se réunir uniquement dans les quatre ou cinq villes les plus scientifiques de la Suisse, mai« à se transporter dans les localités où il était le plus nécessaire de réveiller le lèle pour la science et pour les institutions qui s'y rapportent. Ce fut sur sa proposition que la Société se décida à cboistr pour son lieu de réunion, en 1833, la ville de Lugano, où elle fui accueillie avec une grande faveur. En 1832, De Candollc avak présidé la Société, qui s'était réunie cette année-liiii Genève; il n'avait épargné à cette occasion ni soins, ni peioei pour la bien recevoir; maïs Tobligation d'être toute la journée en scène, sous une forme ou sous une autre, dam let repas aussi bien que dans les séances, n'était pas beaucoup de son goût et il en éprouvait une lassitude physique et morale que l'absence de variété accroissait encore. Son carKtère, plus français que germanique, avait quelque peine à s'aecommoder de la répétition un peu monotone de cet longnei phrases en Thonneur des sciences, qui n'étaient pas toujowt suivies d'effets en rapport avec les paroles. Toutefois il ne
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fD^ooonâidtait p«< ce cfu^ti y avait de vraiment bon et utile dam cet rëunions^ et il lei fréquenta tant que sa santé le lui permit. Il avait été en 1837 à Neucbâtelt et avait pris une part active aux travaui qui signalèrent celte réunion^ Tune des plus in* téressantes dont la Sociëlé ait gardé le souvenir. Il fut encore, en 1840, à Pribourç» où il jouit vivement de la présence d'anciens amis de sa jeunesse, qui le reçurent cbec eux de la manière la plus cordiale et qui, bien peu de temps après, de^ raient le suivre dans la tombe.
Je viens de retracer ce qu'a été la vie scientifique de De Candolle, considérée dans ce que je puis appeler son ac* tivilé extérieure. H me reste une tâche importante k rem-» plir, c'est de rappeler les pro(^rè8 que De Candolle lui-même a fait faire 9 pendant la période de 1816 à 1841, à cette botanique qui était demeurée, au milieu de ses occupations variées, l'objet constant de sa prédilection. Qui croira, après avoir lu les détails de cette vie si remplie, qu'il pût en**' core rester du temps à De Candolle pour s'occuper de travaux originaux de botanique ? Et pourtant c'était là sa principale, sa plus grande occupation ; c'était celle à laquelle il consacrait au moins lea deux tiertf de chacune de ses journées ; tout le reste n'était que l'accessoire, et nous venons de voir de quoi te conlposait cet accessoire. Preuve bien frappante et enseigne*ment précieux de ce que peut produire une grande activité, unie h un esprit de méthode parfaitement réglé.
Peu de temps après la publication de la Théorie élémentaire. De Candolle avait conçu le plan d'un grand ouvrage dans lequel il se proposait de décrire, d'après les principes étabib dans la Théorie, toutes les espèces connues du règne végétal. Il avait déjà mis la main à Tœuvre vers la fin de son séjour à Montpellier, et avait, uniquement en vue de ce travail, fait un voyage en Angleterre, pour voir par lui-même les échantillons originaux, et plus particulièrement ceux de l'herbier de Linné dont le botaniste Smith était devenu propriétaire. A la
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fin de 1816, la rédaction du pren^ier Tolunie était aebevëe; mais ce volume ne parut qu'au commencement de 1818» sous le titre de Systema regni vegetabilis. Le second volume parut en 1820. Ce fut alors que De Candolle, effrayé de l'immen' site de son entreprise , convaincu par sa propre eipérience qu'il lui serait impossible de Tacbever sur le vaste plan qu'il avait adopté, se. décida à en changer la forme, et à substUner au Syslema le Prodromus, c'est-à-dire Tabrégé du Sysiema, DeCandolle s'était proposé^ dans le 5/$/«mâr, de ne terminer aucun article sans avoir vu par lui-même les sources de chaque espèce ou genre, ce qu'on appelle les types, c'est-à-dire les écliantillons mêmes sur lesquels l'espèce a été établie. Dans ce but il allait lui-même visiter les herbiers qui les renfermaient, ou bien il se faisait prêter et envoyer ces échantillons quand il ne pouvait pas se transporter dans les villes où ils étaient. Un travail semblable qui, à l'époque oà De Candolle en conçut l'idée , se faisait rarement même pour de petites familles, aurait rendu le Syslema une monographie parfaite de tout le règne végétal. Mais, après la publication du second volume, il ne fut pas longtemps à s'apercevoir que cette tâche était audessus des forces d'un homme. Quand il l'avait commencée en 1815, le nombre des végétaux ne dépassait guère vingt ou vingt-cinq mille ; mais à peine, grâce à la paix, le monde entier fut-il ouvert aux recherches des voyageurs, que des masses de végétaux inconnus arrivèrent de tous côtés. Déjà en 1821 et en 1824, le nombre des espèces connues s'était élevé à plus de cinquante mille; dès lors il n'a cessé de s'accroître, et actuellement il est de plus de cent mille. Il aurait fallu cent cinquante années d'activité pour mener à fin le plan primitif. Si ce plan eût pu être réalisé, la science aurait eu l'ouvrage le plus parfait, tant sous le rapport de la constitution des familles, des genres et des espèces, que pour les descriptions, les indications de géographie botanique, et la synonymie^ c'est-à-dire l'énumération exacte et complète des différenis noms donnés à la même plante.
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De Candojle avait a opter entre deux partis : ou continuer à décrire, suivant le |>lan du Syslema^ un nombre limité de familles, ou se tenir à l'idée d'une description de tout le règne végétal, en renonçant à la rendre aussi parfaite et aussi dé« taillée. Son choix n'était pas douteux. En se décidant pour le premier parti , il rentrait dans la catégorie des botanistes ordinaires, parmi lesquels, il est vrai, il eût toujours occupé le premier rang, grâce à la perfection qu'il aurait apportée à son travail ; mais il abandonnait ce qui avait été son point de vue dominant. En adoptant le second parti, il pouvait poursuivre encore la réalisation de cette grande idée d'ensemble dont la conception avait été pour lui la conséquence de la Théorie élémentaire. Embrasser tout le règne végétal, appliquer a sa description les règles qu'il avait posées et les prin* cipes de la méthode naturelle, sacrifier au besoin quelques faits particuliers pour pouvoir construire l'ensemble de Tédificc : tel était le but qu'il continuait à se proposer, avec Tespoir fondé de l'atteindre, une fois qu'il ne s'astreignait plus à faire une œuvre parfaite au point de vue des détails.
Le premier volume du Prodromus parut en 1824; c'était en grande partie un abrégé du Systema. Il s'y trouvait cependant quelques familles qui n'avaient pas encore été décrites, et dans la description desquelles De Candolle fut aidé par MM. Seringe, Ott et de Gingins, qui travaillaient sous sa direction. Les familles que renferme ce premier volume sont celles qui présentent le plus de lacunes, soit parce qu'elles se sont enrichies dès lors d'espèces nouvelles , soit parce que les botanistes et les voyageurs n'avaient pas pris encore l'habilude, comme ils l'ont fait depuis, d'adresser à De Candolle leurs découvertes pour qu'elles trouvassent place dans son ouvrage. Cependant, sans compter trois cent cinquante-cinq espèces et trente deux genres nouveaux qui se trouvaient déjà décrits dans le Systema, le premier volume du Prodromus renfermait trois cent cinquante- trois espèces et vingt-un genres nouveaux décrits par De Candolle lui-même.
Le second volume du Prodromus parut en 1825 ; il renfermaiti entre autres familles importantes^ celle des Légumineuses. De Candolle publia en même temps sur celle famille^ en dehors du Prodromus , dix mémoires spéciaux réunis en un volume in-4% avec soixanle^dix planches ; ce travail, destiné à éclair* cir plusieurs points de l'histoire physiologique des Légumineuses^ et à donner sur chaque espèce des détails qui, vu lenr longueur , ne pouvaient trouver place dans le Prodromus, en formait un appendice, soit un commentaire intéressant. «— Le troisième volume du Prodromus parut en 1828, et le qua* trième en 1 830. Ces deux volumes, faits presque en entier de la main de De Candolle, sauf un très-petit nombre d'articles de MM. Seringe, Berlandier et Coulter, furent accueillis avec une faveur toujours plus marquée. Dans le troisième, cinquante genres nouveaux et deux cent quatre-vingt-neuf espèces , dans le quatrième , soixante genres et sept cent deux espèces , établis et décrits par De Candolle lui-même, signalèrent cette publication. Les familles dont la description renfermait le plus de choses nouvelles, étaient celtes des Lythraires, des Mélastomacées et des Myrlacées. De Candolle reçut pour ces deux dernières des communications précieuses de Mr. de Martius, qui lui envoya toutes les plantes de ces deux familles qu'il avait trouvées au Brésil. Les Mélastomacées furent l'objet d'un travail tout particulier ; indépendamment de ce qu'il inséra dans le Prodromus, De Candolle publia sur cette famille un mémoire spécial , qui fut le premier d'un ouvrage qu'il continua dès lors sous le titre de Collection de Mémoires; recueil dans lequel il a fait paraître successivement dix mémoires sur les familles qu'il avait plus particulièrement étudiées, de manière à compléter pour elles ce qu'il en dit dans le Prodromus. J'ajouterai encore relativement aux Mélastomacées, que De Candolle ayant aperçu combien ce qu*dn en savait était imparfait, et ayant reconnu, en particulier, qu'elles comprenaient un bien plus grand nombre de genres que les deux qu'on y
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comptait alori^ distribua d*après leur port seulement les nombreuses espèces qu'il en possédait^ et les décrivit en cherchant les caractères génériques des groupes qu'il avait ainsi formés; il parvint de celle manière à clés genres très^naturels. Ce procédé ^ fondé sur un certain tact inné, n'est applicable que dans les familles où la classification n'existe presque pas encore^ et alors il est quelquefois le meilleur et le plus sûr. De Candolle lui-même, ainsi que je Tai fait remarquer en parlant de la Théorie élémentaire, le recommande comme pouvant être d'une grande utilité dans certains cas, pourvu qu'il soit mil en œuvre par des mains capables; sinon il risque de con* duire à des résultats très-erronés. La famille la plus importante du quatrième volume est celle des Ombellifères. La classification en fut particulièrement soignée, et elle présente une innovation qui a été dès lors admise pour tous les genres, et qui consiste à citer k la fin de chaque genre les espèces qui en sont exclues et qui se rapportent ailleurs ; elle est trèscommode, surtout pour les familles dont l'élude est difficile. Les Ombellifères furent aussi l'objet d'un mémoire détaillé qui parut dans la collection , et l'une des espèces de cette famille, YArracacha esculenta , plante comestible, fournil h De Candolle la matière d'une notice intéressante qu'il inséra dans la Bibliothèque Universelle ; mais il ne put réussir, ainsi qu'il l'avait espéré, à naturaliser en Europe cette plante rivale de la pomme de terre.
Un grand intervalle s'écoula entre la publication du quatrième volume et l'apparition des suivants* La plus grande et la plus difficile des familles du règne végétal, celle des Composées, avait été mise à l'étude par De Candolle, et sa tâche, à me^ sure qu'il avançait, semblait devenir plus considérable, tant étaient nombreuses les espèces nouvelles qui se présentaient ii ses regards. Une grave maladie l'ayant obligé, pendant Tannée 1836, de renoncer à tout travail^ ce ne fut qu'à la fin de celte même année et en 183T que purent paraître le cinquième et le
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sixrème yolume^ consacrés uniquement h la famille des Composées. Les matériaux relatifs à celte famille ne purent entrer en totalité dans ces deux volumes ; une partie dut en être rejeiée dans le commencement du septième , qui parut en 1838. À la fin de l'hiver de 1838, De Candolle se trouva avoir entièrement achevé- cet immense travail sur les Composées, qui lui avait pris huit années de sa vie, ou plutôt sept, en ne comptant pas Tannée pendant laquelle il fut ma* lade. Il le compléta par deux mémoires qui forment le neuvième et le dixième de sa collection, et dans lesquels il consigna plusieurs observations de détail qu*il avait recueillies sur cette famille, et qui n'avaient pas pu trouver place dans le Prodromus ; il y joignit aussi de nombreuses planches qui donnèrent un grand prix aux descriptions. Il résulte des détails statistiques sur les Composées que renferme Tun de ces mé* moires, que cette famille se composait, à elle seule, au moment où De Candolle en termina l'histoire, d'autant d'espèces qu'il y en avait de connues du temps de Linné dans tout Fensemble du règne végétal, c'est-à-dire de sept à huit mille. Ce seul fait suffit pour faire comprendre la grandeur du travail auquel De Candolle avait dû se livrer sur la famille des Composées « Aussi en éprouva-t-il beaucoup de fatigue , et cette circonstance, jointe h l'affaiblissement qu'avait amené sa longue maladie, ne lui permit plus de continuer avec la même activité ses travaux de botanique. Toutefois, il publia encore un septième volume du Prodromus, en deux parties, dont l'une parut en 1838 et l'autre en 1839; mais il fut puissamment secondé dans la publication de la seconde partie par son fils et par MM. Bentham et Dunal, qui se chargèrent de plusieurs familles importantes.
De Candolle reconnut , après avoir achevé les Composées , qu'il lui était impossible de conduire à son terme l'entreprise du Prodromus. L'ébranlement de sa santé, et surtout l'accroissement inattendu du nombre des plantes connues, étaient de-
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venof des obâtades insurinofiiables à la réalisation de ses es* pérances primitives. La partie du travail qu'il avait terminée en 1838^ équivalait déjà à ce que devait^-dans l'origine, être la totalité. Au moment où il acheva les Composées il avait établi six mille espèces nouvelles , quatre cent soixante et dix genres nouveaux et publié neuf cent quarante planches botaniques; ce qui représente un quatorzième des espèces connues, un sebième des genres admis et un quarantième des planches publiées. Il venait en même temps d'atteindre l'âge de soixante ans; il avait certainement droit de prendre quelque repos ^ mais il n'y songea pas, tant était vif l'intérêt que lui inspirait l'œuvre à laquelle il avait voué sa vie. Il continua donc à travailler, tant que ses forces le lui permirent, et la mort seule put mettre un terme à celte activité dévorante.
Je reviens au Prodromus ; cet ouvrage capital doit encore attirer quelques instants notre attention.
Le Prodromus était destiné, dans l'origine, à être une énumération. complète, sinon détaillée, de toutes les espèces connues, classées suivant la méthode naturelle. Mais le travail qu'il exigeait était beaucoup plus long que De Candolle ne l'avait présumé ; quand les derniers volumes parurent, il se trouva que ks premiers n'étaient plus tout à fiait au niveau de la science, et ainsi le but de l'ouvrage était imparfaitement rempli. Néanmoins le Prodromus renterme une énumération à peu près ^complète des deux tiers des familles du règne végétal. Cette énumération est fondée sur les principes de la méthode naturelle; elle présente un grand nombre de genres et d'espèces décrites pour la première fois, sur la vue même des échantillons contenus dans plusieurs herbiers de Genève, de Paris, de Munich , etc. ; elle rectifie plusieurs erreurs de synonymie et de description dans des espèces ou dans des genres anciens. Tous ces mérites expliquent pourquoi le Prodromus est devenu un point d'appui pour tous les auteurs qui, avant de publier un genre ou une espèce, veulent s'assurer qu'ils sont nouveaux ;
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pourquoi il est indispensable 2i to«w cettx qui s'oocopent sérieusement de botanique ; pourquoi la publication de chaque ▼olume, toujours attendue avec impatience^ était^ chaque fo» qu'elle avait lieu^ un événement scientifique.
Les quatre premiers volumes, surtout le premier et le deu* xième, faits sur le plan primitif, ne renferment que peu de dé* tails sur chaque espèce, car De Candolle, en les rédigeant^ visait à une énumération complète, et pour cela il fallait qu'elle fût succincte et rapide. Mais quand, en travaillant à b famille des Composées, il eut entrevu la durée de ton œuvre et Timpossibiliié de la terminer vite, il revint un peu à l'idée du Systema, c'est-à-dire, à faire de chaque article une monogra^ phie. Ainsi il ajouta à la phrase abrégée par laquelle on carac* térise Tespèce, des descriptions plus détaillées, et il fit ua plus grand nombre d'analyses de fruits et de fleurs* Cette tendance au développement devint encore plus prononcée dans le septième volume, par le fait que plusieurs familles y furent décrites par des auteurs spéciaux dont les travaux étaient de véritables monographies. C'est la marche qu'a également adop*tée Mr. Alphonse DeCandoile dans le huitième et le neuvième volume, qu'il a fait paraître depuis la mort de son père, et c'eaC eelle qu'il compte également suivre jusqu'à la fin de l'ouvrage. Il cherche à donner des descriptions plus développées, à faire l'analyse de tous les organes^ et il confie chacune des familles dont il ne veut pas s'occuper, au botaniste qui, en Europe, eat connu pour en avoir fait le mieux une étude spéciale. Le huitième et le neuvième contiennent, outre ses propres articles et quelques autres de son père qu'il a compléta, des iamillee décrites par MM. Decaisne, Grisebacb, Bentham, Choiay et Duby. Du reste, les continuateurs du Prodromus réussissent, par l'emploi d'une foule de petits procédés d'ordre établis et propagés par DeCandoile lui-même, à donner a leur travail une grande clarté, tout en abrégeant les descriptions et en s'arré* unt peu sui^ la synonymie.
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Le PtodvQmut, comme on peut en jyger par le» détails dan» lesquels je suis entré, était une entreprise d'une haute portée. Si De Candolle n'a pas eu la sAlisfaciion de Tacberer luimême, comme il l'avait espéré, il a eu du moins la douceur de trouver le continuateur de son o&uvre dans celui qui, à la fois son fils et son élève, avait à cœur de remplir le vœu le phjs cimstant d'un père tendrement aimé , et de suivre les traces d'un maître respecté et admiré à tant de litres.
Tout en s'occupant du Prodromus, De Candolle trouvait en» core du temps pour des travaux botaniques d'un autre genre. J'ai déjà parlé des dix mémoires sur les Légumineuses qu*il publia en 1825, ainsi que de la Collection de Mémoires des* tinés à la descriptioii de celles des familles dont il avait fait une élude plus spéciale, qui paraissaient au fur et à mesure qu'ils étaient prêts, sous forme d'ouvrages distincts. Avant oette dernière publication il avait inséré dans les Annales du Muséum d'autres mémoires du même genre, parmi lesquels il faut distinguer, pour le talent avec lequel il avait surmonté des difficultés d'analyse très-réelles, surtout à cette époque, on travail très-étendu sur la famille des Crucifères. Les Mêm^ires de la Société de Physique et d* Histoire naturelle de Genève contiennent, entre autres, son mémoire des Lyihraires et celui sur les Combrétacées, qui jouissent d'une réputation méritée, ainsi que son travail sur les Myrtacées, qui n'a paru qu'après sa mort , par les soins de son fils. La même collection renferme encore plusieurs notices sur les plantes rares du Jardin botanique de Genève, faites d'abord par De Candolle seul, et plus lard par lui et son fils. Le désir de faire connaître honorablement le Jardin et d'encourager les arts à Genève avait déterminé De Candolle à publier par livraisons, sous le titre de Plantes rares du Jardin, un grand ouvrage in-folio, accompagné de planches exécutées avee luxe. Cette publication, faite dans uo but plus patriotique que scientifique, a pour principal mérite la beauté et le fini d'exécution des dessins dont elle est ornées
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aussi cette circonstance , jointe ii ce que De Caodoile en est Tauteur^ fait qu'elle sera toujours consultée ayec fruit.
Mais les ouvra^pes capitaux qui sortirent de la plume de De Candolle^ pendant les yingt années qu'il travailla au Prodromus, sont VOrganographie végéiale et la Physiologie végétale. L'Organographie parut en 1 827 et la Physiologie en 1832. Ces deux traités étaient les deux premières parties d'un cours général de botanique que De Candolle se proposait dd compléter par la Méthodologie botanique, ou la science de la classification^ ainsi que par quelques parties spéciales^ telles que la Géographie botanique, la Botanique agricole, etc. Il n'a eu le temps de faire paraître avant sa mort que l'Organographic et la Physiologie; quant à la Méthodologie^ on peut en trouver les bases dans la Théorie élémentaire et les résultats dans le Prodromus. Il est à regretter que De Candolle n'ait pu mettre la dernière main à un ouvrage de Géographie botanique, ni achever la rédaction de son Cours de Botanique agricole^ de manière à pouvoir le livrer à l'impression. Heureusement que ce dernier cours comptait , parmi les personnes qui Técoutèrent^ une femme dont la haute intelligence et l'activité d'esprii se portèrent sur un sujet vers lequel l'attirait la parole animée et entraînante du professeur. L'auteur qui avait su rendre po« pulaires, par une exposition aussi simple que lucide > les notions les plus délicates de chimie, de physique et d'économie politique, ne réussit pas moins bien en s'essayant sur la botanique. Elle publia sous le titre de : Conversations on Fegetable Physiology , un résumé du cours de De Candolle, en y ajoutant quelques notions plus générales qu'elle avait puisées auprès de lui. S'assimiler, après se les être éclaircies à soimême, les idées qu'on a entendu exposer par d'autres, les faire sortir ensuite de son propre fonds sous une forme originale, les compléter par ses réflexions et par une persévérance infatigable à remonter à la source : voilà le secret du succès que l'auteur des Conversations sur la Chimie a toujours ob-
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tenu dans ses diverses publications. Ce secret j M""^ Marcel le mit en œuvre dans son ouvrage sur la Physiologie végê^ taie; cela lui était facile^ car, rapprockëe naturellement de De Candolle par les liens d'une vieille amitié et par l'agrément qu'elle éprouvait dans sa société^ elle trouvait sans peine^ dans ses conversations avec le maître^ les moyens d'étendre et d'éclaircir, quand cela était nécessaire ^ ses connaissances sur le sujet dont elle était alors occupée.
Je reviens à V Organographie et à la Physiologie, Le premier de ces ouvrages est remarquable par le nombre d'observations neuves qu'il renferme ; plus original que le second^ il n'est pas cependant aussi bien au niveau de Téiat actuel de la science^ parce que cette partie de la botanique a depuis vingt ans fait d'immenses progrès^ tandis que la Physiologie^ pu* bliée quelques années plus tard ^ est le meilleur ouvrage de ce genre > sauf pour la partie chimique^ qui ne renferme pas les découvertes récentes et si importantes de la cbimie organique. L*Organograpbie sera cependant toujours un ouvrage précieux aux botanistes, à cause de ses planches^ et surtout parce que, outre la description de quelques faits spéciaux, tels que certaines monstruosités dont De Candolle a fait un emploi ingénieux, assez nouveau alors, il contient des documents propres à éclaircir ce qui^ dans ses autres ouvrages, pouvait paraître douteux.
Ce qu'on peut reprocher à la Physiologie, c'est d'être plus une compilation des recherches anciennes et de celles de l'auteur lui-même, qu'un ouvrage renfermant un grand nombre de vues et de faits nouveaux. Au reste, il peut être envisagé comme propre à contribuer au progrès de l'enseignement plutôt qu'à celui de la science proprement dite, tandis que TOrganographie, au moment de son apparition, était de nature à intéresser tout autant les botanistes consommés que ceux qui commençaient l'étude de la botanique. Je ne veux pas dire par là que la Physiologie ne renferme pas des chapitres d'un véritable
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inlërét pour les savants ; celui de Tiofluence des plantes parasites^ celui des assolements présentent^ en particulier, des faîu et des points de vue tout à fait neufs et intéressants. D'aiU leurs, s'il était besoin d'insister sur le mérite de ce bel et grand ouvrage, je n'aurais qu'à rappeler un fait, c'est qu'il a valu à son auteur la grande médaille d'or de la Société Royaks de Londres.
Si je voulais faire une énumération complète des travaux de De Candoile, j'aurais encore bien des mémoires ou des notices h mentionner. Je passe rapidement sur quelques essais de botanique historique, et en particulier sur une Histoire de la Botanique genevoise, lue sous forme de discours dans une cérémonie académique à Genève, et imprimée dans les Mémoires de la Société de Physique et d* Histoire naturelle , ainsi que sur quelques articles de botanique publiés dans la Bibliothèque Universelle, relatifs à la longévité des. arbres, et à quelques autres points particuliers de la science. Je laisse également de côté plusieurs mémoires de botanique insérés dans divers recueils scientifiques, tels que les Annales du Muséum et les Annales des Sciences naturelles. Je me bornerai à rappeler le nombre total des productions purement scientifiques de De Candolle ; ce chiffre seul en dit plus que tout ce que je pourrais ajouter. Il se compose de plus de cent mémoires ou notices, indépendamment des cinq grands ouvrages fondamentaux : la Flore française, la Théorie élémen taille, le Prodrow?M5 (y compris les deux volumes du Sjrstema), YOrganogra^ phie et la Physiologie , et de wcie/ ouvr.iges moins considérables , mais qui sont plus que de simples mémoires , tels que V Histoire des Plantes grasses , l'Essai sur les propriétés médicales, etc.
Je m'arrêterai seulement encore quelques instants sur des morceaux d'un tout autre genre dont De Candolle a enrichi la Bibliothèque Universelle h différentes époques : je veux parler des nombreuses notices biographiques qu'il y a
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ifisiSrées. Il ayaU un talent particulier pour raconter, avec cha» leur et en même temps d'une manière aussi exacte que cornplète^ la tie de ceux dont il faisait la biographie. Son style i la fois clair et entraînant, et dont quelques It^gères négligences ne faisaient que mieux ressortir le naturel , donnait un grand charme aux articles de ce genre, qui d'ordinaire ne sont remarqués que lorsqu'ils ont pour objet des hommes d*un ordre supérieur. Et quand il se tr*ou?ait que ceux dont il parlait vivaient été ses amis^ il laissait percer un sentiment si vrai d'attachement pour eux, qu'il entraînait ses lecteurs à les pleurer avec lui. Ses notices sur Cuvier et sur Desfontaines portent ce cachet <!e véritable sensibilité que je viens de rappeler, en même temps qu'elles ont^ comme celle sur Linné, une grande valeur sous le rapport scienlifique. Rien n'est plus gracieux et plus entraînant que ses biographies de Dumont et du naturaliste Huber. Au reste, ce n'est pas dans la Bibliothèque Uni^ verselle seule qu'il montra ce talent d'intéresser en parlant des autres. Deux fois^ comme recteur de l'Académie, et quinze fois comme président de la Société des Arts, il fut appelé à faire la biographie de Membres que l'Académie ou la Société des Arts avaient perdus pendant Tannée. Tantôt c'était de savants émincnis ou d'artistes célèbres, tantôt de modestes professeurs ou de simples artisans, qu*il avait à parler; et toujours il savait exciter l'intérêt aussi bien en décrivant la vie paisible et ignorée des uns, qu'en racontant les succès brillants et les travaux remarquables des autres.
Je choisis, pour donner une idée de la manière dont De Candolle traitait ce genre de sujet , un passage que j'emprunte à sa notice sur F. Huber, naturaliste que ses observations sur les abeilles ont rendu d'autant plus célèbre qu'il les fit , ou plutôt les dirigea, malgré l'infirmité qui Tafait privé de la vue dès l'âge de vingt ans.
€ L'activité de son esprit, dit De Candolle, en parlant d'Huber et des moyens ingénieux par lesquels il cherchait à sup- LIV 2J
plëer aux privations que lui imposait sa cécité , raciivité de son esprit lui rendait ces distractions nécessaires; elle eût pu le rendre le plus malheureux des hommes , s'il eût été moins bien entouré : mais toua ceux qui vivaient autour de lui n'avaient d'autre pensée que de lui plaire et de suppléer à son infirmité. Doué naturellement d'une âme bienveillante ^ comment cette heureuse disposition, que le frottement des hommes détruit trop souvent, ne se serait-elle pas conservée en lui ? Il ne recevait de tout ce qui l'entourait , que des services et des égards. Le monde pratique, ce monde hérissé de tant de petite» aspérités , avait disparu pour lui. On soignait sa maison , sa fortune, sans Ten embarrasser. Etranger aux fonctions publiques , il ignorait une grande partie des embarras des affaires , des ruses et des fraudes des hommes. Ayant pu rarement , et sans qu'on eût droit de le lui reprocher, être utile aux autres, il n'avait jamais éprouvé tout ce que l'ingratitude offre d'amer. La jalousie même se taisait, malgré ses succès , devant son infirmité. On lui savait gré d*étre heureux, comme d*une vertu, dans une position où tant d'autres se seraient livrés à des regrets continuels. Les femmes lui apparaissaient toutes, pourvu que leur voix fût douce, comme il les avait vues à dix-huit ans. Son âme a donc toujours conservé cette fraîcheur d'imagination, celte candeur des sentiments de l'adolescence, qui en fait le charme et le bonheur ; aussi aimait-il la jeunesse, qui, plus que l'âge de l'expérience , se trouvait en accord de sentiments avec lui ; jusqu'à la fin de sa vie il a pris goût à diriger les études dés jeunes personnes, et avait au plus haut degré l'art de leur plaire et de les intéresser. Quoique avide de liaisons nouvelles, il n'abandonnait jamais ses anciennes amitiés, ce Une chose que je n'ai jamais pu apprendre ^ x» disait-il dans son extrême vieillesse, € c*est à désaimer, » Ainsi de vraies compensations , tirées de sa position même , s'étaient présentées à lui dans son malheur, et il avait eu le bon esprit de les apprécier et de savoir en jouir. Il semble même qu'il craignait ou
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la perle de bien des illusions , ou Texciuiion d^espérances qui pourraient élre déçues^ car il a toujours repousse les idëes qui fui ont èié quelquefois offertes , de lui rendre une partie de In ▼ue en opérant Tun de %ti yeux , qui paraissait attaqué d*une simple cataracte; Tautre Tétait en méiue temps d'une goutte sereine 9 qui le rendait incurable. »
Il est dilTicile de peindre d'une manière plus simple et en même temps plus gracieuse , les compensations qu'Huber trourait lui-même dans son infirmité, et qui n*empécbaîent pas d Villeurs de sentir, comme ajoute De Candolie^ tout ce que sa philosophie avait de noble et de courageux.
Après avoir suivi De Candolle dans sa vie sociale, politique et^scientifique à Genève, il me reste à ajouter quelques mots sur la partie plus intime de sa vie. Peu de temps après son retour, en 1817, il eut le malheur de perdre sa mère, Femme d'un grand mérite et d'un caractère très-attachant. Il fut très-sensible à cette perte, et je ne puis mieux exprimer ce qu*avait été sa mère pour lui , qu'en transcrivant ce qu*il écrivait luimême dans sa notice sur Mr. Dumont. «c Madame Dumont , dit De Candolle, resta, sans aucune Fortune, chargée de cinq en- Fanls en bas âge ; elle montra dans cette situation difficile tout ce que l'amour maternel peut donner de courage et d'habileté. » •—a On a souvent remarqué, ajoute-l-il, et c*est ce passage surtout qui s'applique à lui-même^ que la plupart des hommes qui se sont distingués par leurs talents ^ ont eu pour mères des femmes d'un esprit élevé ; il y a dans ces soins tendres et continus que dès le jeune âge une mère sait donner à ses fils, quelque chose de plus intime et de plus efficace que toutes les autres leçons ; le jeune Dumont en fit Theureuse expérience. i> Trois ans plus tard, en 1820, De Candolle perdait son père âgé de 81 ans; et comme il Ta dit souvent, il perdait en lui son meilleur ami , réflexion touchante , dont bien d'autres, dans des circonstances semblables, ont pu reconnaître la par* faite vérité. Un chagrin d'un autre ordre^ et bien plus poi-
{jnant parce qu'il est contraire aux lois de la nature^ frappa De Candolle en 1825 : il eut Taffreux roalbeur de perdre, pendant une absence de quelques jours, son fils cadet igé de treize ans^ qui lui fut enlevé à la suite d'une courte mais foudroyante maladie. Ce fut pour lui un coup d'autant plus rude^ qu'il avait à la fois à supporter sa douleur et à soulaj^er celle de sa femme^ et qu'il avait fondé sur l'avenir de cet enfant bien des espérances que désormais il lui fallait concentrer sur le seul fils qui lui restât. Heureusement que ce fils a su porter dignement le fardeau de cette grande responsabilité, et qu'il a été soiu tous les rapports, pour son père^ la source des plus douces jouissances.
Le goût de De Candolle pour les voyages, ne diminua point pendant la dernière période de sa vie qu'il passa à Genève. En 1817^ il était retourné à Montpellier pour y donner un dernier cours ; l'accueil qu'il y reçut fut des plus flatteurs, mais il n'est pas à comparer à celui dont il fut l'objet quand, vingt ans plut tard^ il revint faire une visite aux amis qu'il avait encore dans cette ville. Le travail du Prodromus obligeait De Candolle à des voyages fréquents^ surtout à Paris , où il pouvait trouver soit au Jardin des Plantes, soit dans les herbiers , les échantillons qui lui manquaient Si Genève. Ces voyages étaient pour lui dos occasions de revoir ses anciens amis de Paris, avec lesquels il aimait à entretenir des relations qui lui étaient chères; ils lui servaient en même temps a se retremper au milieu de cette brillante société, où il était toujours accueilli avec tant de faveur.
En 1827, il alla à Munich assister à la première réunion du congrès scientifique de l'Allemagne ; il y rencontra presque tous les personnages éminenls dans la science, que renferme ce grand pays. Mais c'est Marlius^ tout fratcbement arrivé du Brésil, et le précieux herbier qu'il en avait rapporté, qui furent pour De Candolle ta partie la plus intéressante de son séjour à Munich. Il était accompagné de son fils dans ce voyage^ qu'il prolongea en visitant rAiitrirhc et la Hongrie, et en
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s*arré(ant quelques jours i Vienne , pour bien voir le Jardin botanique j et faire connaissance avec son habile directeur Mr. Jacquin.
JVi déjà parlé des voyages que De Candolle avait faits en Angleterre en 1815 et en 1816, essentiellement dans le but de visiter les collections botaniques que ce pays possède, et en particulier l'herbier de Linné dont Mr. Sinilh était devenu le propriétaire. Quoique peu anglomane, il jouit beaucoup de ces deux voyages ; mais il est juste de dire qu'il fut reçu à Londres avec les égards dus à son illustration scientifique, par sir J. Banks, président de la Société royale, et par d'autres savants, tels que le docteur Marcet, Wollaston, etc. Il fit un séjour chez Smith, et put ainsi étudier tout à son s^ise le précieux herbier de ce savant ; il a consigné les résultats de cet examen dans une notice sur Linné, insérée dans la Bibl. Univ. (tome LI, page 133, année 1833.) 11 constate en particulier que cet herbier, le plus complet qui existât à Tépoque de la mort de Linné, c'est-à-dire en 1778, ne contenait que 8000 espèces au plus^ nombre bien faible si on le compare à celui des espèces connues actuellement^ et à celui que présentent roainlenanèles grands herbiers, en particulier le sien, qui comptait en 1835 plus de 75 mille espèces, et plus de 135 mille échantillons.
Le dernier voyage que fit De Candolle fut celui de Turin en 1840. J'eus le plaisir de l'accompagner au congrès scientifique de l'Italie qui avait lieu le 12 septembre dans cette ville. De Candolle était déjà bien souffrant de la cruelle maladie qui Ta enlevé ; néanmoins sa patience et sa bonne humeur ne Tabandonnèrent pas un instant pendant son séjour à Turin. Charmant cl aimable tout le long de la roule, il éprouvait une vive jouis* sance à revoir le pays que nous traversions, et où il n'était pas revenu depuis que , environ trente ans auparavant , il l'avait parcouru pour en étudier la botanique. Sa conversation pendant ce voyage fut d'un grand iiïrérét pour moi , d*autant plus
qu'elle portait principalement sur l'histoire de sa vie passée. Elle a laissé dans mon esprit des traces profondes j et j'y ai puisé la plupart des faits que j'ai rapportés dans cette notice , ainsi que les impressions que je n'ai pas craint d'y laisser percer.
Son arrivée h Turin fut une véritable ovation ; tous les bo* tanistes du congrès l'attendaient à Thôlel où il devait desceiv dre^ et il ne put se soustraire k la brillante réception qui lui avait été préparée. Pendant la durée de son séjour il fut Tobjet de véritables honneurs^ et le roi Cbarles-Âlbert lui donna les témoignages les plus flatteurs et les plus aimables de la haute considération qu'il avait pour lui, voulant honorer ainsi la science dans l'un de ses plus dignes représentants.
Le jour où il partit, la section de botanique du congrès se transporta de bonne heure a Rivoli j qui est le premier relai de Turin, et où, à sa grande surprise, il la trouva réunie pour le recevoir une dernière fois. Un jeune enfant lui récita une pièce de vert composée en son honneur ; tous les assistants lui exprimèrent, de la manière la plus cordiale, leur joie de pouvoir lui dire encore adieu ; et cette fête improvisée le Coucha si profondément, qu'il ne pouvait en parler sans être ému jusqu'aux larmes.
Notre retour à Genève fut passablement mélancolique. De Candolle s*était fatigué à Turin; il était sous. l'empire de la réaction qui devait nécessairement suivre la surexcitation qu'il venait d*éprouver ; quelque bonne contenance qu'il tti, je voyais qu'il souffrait beaucoup, et que la distraction du voyage n'avait pas arrêté les progrès de la maladie qui le minait. L'hiver qui suivit (ut bien pénible. De GandoUe, après quelques essais infructueux, sévit obligé de renoncer complètement i toute espèce de travail ; il eut, en outre, le chagrin de perdre au commencement de janvier un frère unique auquel le liait une intime affection. Je me souviens des paroles tristement prophétiques qu'il me dit à cette occasion : Nota sommes nés mon frère et moi la même année , itoia devons mourir aussi la même an^
DK A .-F. ÙÉM %AA»u\Jiéi*tu,
née. Mais au milieu de $e$ angoisses^ il aimail a se voir entouré de ses arais^ qu'il cherchait lui-même avec autant de bonté que de grâce à distraire des tristes pensées que son état faisait nal« tre en eux. L'espèce d'irritation bien naturelle qu'il avait souvent laissé percer dans sa précédente maladie , avait disparu dans celle-ci. Reconnaissant des soins aussi tendres que judicieux dont il était l'objet de la part de sa famille et de tous ses alentours^ il montrait une grande douceur et une résignation qui ne pouvaient provenir que des pensées d*un ordre élevé^ qu'il ne communiquait pas ^ de peur d'attrister les siens^ mais qu'on pouvait facilement deviner sous la réserve qu'il s'imposait. Il conserva jusqu'à ses derniers jours sa parfaite présence d'esprit , et jamais je n'oublierai l'accueil tout aimable qu*il me fit, bien peu de temps avant sa mort, la der* nière fois que j'eus le bonheur de le voir : je retrouvai encore ce jour-là, en lui, sa haute intelligence et son excellent cœur; il était encore lui-même, et n'a cessé de Tétre tant qu'il a vécu.
Il mourut le 9 septembre 1 8 i t ; il n*était âgé que de soixante-trois ans; c'est aussi l'âge auquel Cuvier était mort. Y aurait-il donc une limite dans ce qu'une vie peut renfermer d'années actives, et serait- il dit que celui qui a commencé de bonne heure à vivre pour la science doit aussi finir de bonne heure? L'exemple de Cuvier et celui de DeCandolle sembleraient le faire croire.
La mort de De Candolle fut un vrai deuil pour Genève ; les citoyens de tous les rangs , de tous les âges vinrent se joindre à ses parents, aux membres de l'Académie et des autres Corps dont il faisait partie, pour accompagner sa dépouille mortelle jusqu'à sa dernière demeure. Chacun suivait tristement ce convoi funèbre, dans le sentiment que Genève venait de perdre un des plus brillants rayons de sa gloire, et l'un de ses enfants les plus dévoués.
Je viens d'achever la tâche difficile que je in*élais imposée, mais que j'avais à cc&ur d'accomplir : j'ai essayé de faire con* nattre De Candolle en racontant sa vie. Peut-être devrais-je tn'arréter là, et laisser à chacun le soin de résumer et déjuger cette vie si instructive par la variété de ses phases et par sa féconde activité. Je ne puis cependant résister au désir de compléter l'histoire de De Candolle, en cherchant h envisager quelques instants dans son ensemble cette physionomie, dont jusqu'ici je n'ai esquissé que séparément les différents traits caractéristiques.
Au moment où De Candolle entra dans la carrière, l'étude des sciences venait d'éprouver l'une de ces grandes crises pé* riodiques qui signalent de temps à autre leur marche progressive. Le dix-huitième siècle, qui semblait ne pas devoir sortir de l'ornière que lui avaient tracée les grands génies dont les œuvres l'avaient inauguré après avoir illustré le dix-septième^ avait depuis peu secoué le joug de l'autorité en se frayant des routes toutes nouvelles. Lavoisier, Laplace, Cuvier signalaient, dans des genres différents, cet élan remarquable vers un ordre de faits et d'idées jusqu'alors inabordé. Les découvertes les plus inattendues, les résultats des conceptions les plus sublimes auxquelles jusqu'alors l'intelligence humaine eût pu s'élever, venaient tous les jours enrichir le domaine de la science. La France, il faut le reconnaître, était à la tête de ce grand mouvement, qui ne tarda pas à se communiquer aux autres pays et dont l'impression, si vive pendant le premier quart de notre siècle, dure encore, quoiqu'elle tende à s'affaiblir.
C'était une circonstance des plus heureuses, pour un jeune homme plein de feu, de commencer sa vie scientifique à cette époque de fraîcheur et de nouveauté, à ce moment de printemps, pour la science. Ceux qui sont venus plus tard ont trouvé, il est vrai, une route plus facile, parce qu'elle était déjà tracée; mais, s'ils ont eu moins à défricher, ils ont eu aussi moins à cultiver ; s'ils ont eu UMMns à semer, ils ont eu moins
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h recoller. Rien ne peut remplacer ce temps d'effervescence pour la science^ oà chaque pas est marqué par une belle perspective, où tout trayail consciencieux conduit it un beau résultat. Plus tard y alor« que le moment de yerve est passé, et qu'il faut regarder de près pour glaner encore quelque épi dans ce champ moissonné, l'entrain n'est plus le méroC) parce que Tes* poir de réussir est moindre et le but à atteindre moins brillant. Nous sommes actuellement arrivés h l'une de ces époques où la science, du moins dans sa partie générale, semble avoir épuisé tes trésors. Sans doute, il y a encore à récolter pour les esprits persévérants et pour les génies transcendants, car le champ de la nature est aussi inépuisable que celui de Tintelligence. Dans Pbistoire naturelle surtout, la multitude de faits nouveaux, dont la science s'enrichit tous les jours, semble promettre encore de beaux résultats. Mais il ne suffit plus, maintenant , de toucher h un sujet pour en faire saillir une découverte brillante ou une loi générale; loin de là : si les faits subsistent, bien des lois qu'on avait regardées longtemps comme l'expression rigoureuse des phénomènes naturels, ne tiennent pas devant les progrès de l'observation et de l'analyse. Nous sommes dans une période qu'on pourrait appeler de stagnation, si l'esprit humain ne devait pas placer en première ligne la recherche de la vérité^ et considérer comme progrès réel tout ce qui contribue h l'établir.
Mais ce n'est pas du momeilt présent qu'il s'agit; revenons it l'époque où De Candolle débutait dans la carrière scientifique, et nous comprendrons Pardeur avec laquelle il y entra. J'ai indiqué les circonstances qui déterminèrent son choix, ou plutôt, comme je l'ai fait remarquer, qui accompagnèrent le choix qu'il fit de la botanique pour objet spécial de son étude. La disposition même de son esprit, qui le porta vers, cette branche des sciences, se retrouve jusque dans la manière dont il la cultiva. Les facultés qui dominaient chez De Candolle étaient essentiellement l'activité, la mémoire; c'était
en outre uoe proropliuide de conception , une clarté %^^a .^ idées et une puissance de généralisation que Tactivité et la mémoire ne donnent pas, mais auxquelles elles sont indispensables. Aussi , travaux généraux et travaux de détail ; théorie élémentaire et prodromus ; organograpbie, physiologie et géographie botanique, monographies, mémoires spéciaux et flores locales : voilà autant de formes variées sous lesquelles apparaissent les productions de De Candolle. On dirait que plein de ses idées d'ensemble, embrassant d'un seul coup d'oeil ce règne végétal dont il ambitionne d'être le régulateur, il veut tout à la fois le saisir dans $et lois générales et dans chacun de ses individus : tâche immense devant laquelle il n'a pas reculé, qu'il a bien avancée, mais qu'il n'a pu pourtant accomplir en entier.
À côté de ce qu'elle présente de grand et de séduisant pour l'imagination, cette manière d'envisager et d'étudier la science a bien ses écueils, et De Candolle ne les a pas complètement évités. Les détails doivent souffrir dans les recherches où le point de vue d'ensemble domine essentiellement; la multitude des travaux entraîne nécessairement , avec elle, quelques inexactitudes , quelques négligences. On a reproché à De Candolle de ne pas avoir su toujours s'en préserver ; on a articulé ^ au sujet de ses recherches physiologiques, quelques erreurs d'observation; on a signalé dans son Prodromus quelques plantes mal nommées , d'autres imparfaitement décrites ; on a assez généralement reconnu qu'il était un peu trop enclin i multiplier les genres, un peu trop prompt a admettre des espèces nouvelles. J'accorde que ces reproches soient fondés ^ quoiqu'il y en ait qui ne le soient pas et que d'autres soient exagérés. Y a-t*il là de quoi entamer le moins du monde la gloire scientifique de De Candolle? Quand un savant aurait employé sa vie à produire irois ou quatre chefs-d'œuvre et qu'on viendrait à découvrir quelques points erronés dans celui de ces ouvrages où il aurait visé à la perfection des détails^ je cônce-
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vrais» qu'une pareille découverte pût faire brèche h sa réputation. Mais telle n'a point été la manière dont De Candoile a cultivé la science. Ce qu'il a surtout cherché, c'est à lui imprimer un vigoureux élan, c'est à produire lui-même et à faire produire, c'est à répandre des idées nouvelles, à signaler des points de vue jusqu'alors inaperçus. Qu'au milieu de tant de productions, dont quelques-unes sont parfaites, certaines parties aient été moins irréprochables que d'autres, ce devait étre^ cela a été. La question est de savoir si^ malgré ces légères taches, le savant qui, en devenant d'un assentiment unanime le centre de la botanique , a donné à cette branche des sciences une activité et un développement dont on n'avait jusqu'alors aucune idée, n'a pas plus fait pour elle que tel autre qui se sera borné à faire solitairement (quelques recherches d'un mérite incontestable et d'un fini parfait. Au reste, je ne veux pas comparer ; il faut des savants de Tune et de l'autre espèce. Seulement je demande qu'on n'oublie pas , à cause de quelques imperfections de détail, les services qu'a rendus à la botanique celui dont les travaux auraient sulfi a remplir bien des vies de botanistes , celui dont les ouvrages sont devenus la base de la science, celui vers qui affluait pendant sa vie, comme tui horomage spontané rendu à son mérite , tout ce qui se recueillait de nouveau en fait de plantes sur la surface du globe^ celui, en un mot, qui a fondé une école et* qui, à lui seul, a fait autant d'élèves distingués que d'autres ont décrit d'espèces. Un des traits particuliers de De Candoile, c*est l'influence que son caractère et son genre d'esprit ont exercée sur sa vie scientifique, aussi bien que sur sa vie sociale et sur sa vie privée. Peu d'hommes ont été, plus que lui, toujours eux-mêmes dans toutes les situations de leur vie et dans toutes les formes qu'a revêtues leur activité. Ainsi la vivacité de son caractère, dont nous avons vu l'influence daiu les premières années de sa carrière scientifique, avait aussi eu pour effet de déterminer chez lui cette légère tendance à |a susceptibilité, qui avait con-
•laminent, il est vrai, diminué avec Tâge et h mesure que sa position avait grandi. Si de temps ^ autre on en voyait apparaître encore quelques traces, elles étaient singulièrement adoucies par l'extrême bonté et par la confiance affectueuse avec lesquelles il répondait h tous les témoignages de considération et d'estime dont il était l'objet ; car le besoin d'obliger étail^ cbez lui, aussi impérieux qu'était vif au premier abord le sentiment des torts qu'on pouvait avoir eus envers lui. C'est que son cœur était excellent, et que c'est le coeur qui^ en modérant sa vivacité, avait fait de l'homme enclin peut-être naturellement i^ la sévérité , un être de la plus rare bienveillance.
Sa vivacité cependant , quoique contenue par son cœur et par sa raison en ce qu'elle pouvait avoir d'oflensif, éclatait dans quelques occasions, particulièrement quand il s'agissait de défendre les sciences et l'importance de leur étude. Peutêtre son amour pour ^es sciences était-il un peu trop exclusiT; peut-être était -il lui-même un peu trop prompt à croire qu'on voulait y porter atteinte : sur ce point sa susceptibilité était demeurée toujours la même^ et ce n'est pas h ceux qui aiment la science, qui la cultivent et qui en connaissent tout le prix, de lui en faire un reproche. Ce zèle à défendre les sciences physiques et naturelles se manifestait souvent par une opposition un peu trop systématique à l'envahissement de la philosophie, dont il redoutait avec raison les exagérations ou plutdt les folies, mais dont il avait tort, à mon avis, de repousser l'influence. C'était une chose étonnante que cette prévention contre la philosophie, de la part du naturaliste qui a mis peutêtre le plus de philosophie dans ses ouvrages. Sur quoi est basée, je le demande, la Théorie élémentaire , sinon sur l'une des idées les plus philosophiques, celle d'un type primitif ou de l'unité de composition ? Les principes de classification qui servent de base au Prodromus ne sont-ils pas fondés sur les règles de la logique la plus relevée, de celle qui touche presque
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aux régions de la mélaphysique ? De Candolle était donc philosophe quand même; il Tétait en fait plus que beaucoup de ceux qui réclament ce titre. Aussi je ne puis yoir^ dans cette espèce de répulsion qu'il semblait éprouver pour la philosophie, que l'effet de deux causes extérieures qui, à son insu, avaient agi puissamment sur lui : l'une, les impressions de sa jeunesse ; Taulre, ses points de contact avec les nalur-phtlo^ iophes de l'Allemagne.
Transporté, à l'âge de vingt ans, à Paris, au moment où les esprits, fatigués des excès de la révolution, saluaient la perspective de l'empire comme une ère de repos moral , il ne devait pas y trouver une grande disposition à s'occuper de questions générales et philosophiques : le positif était devenu un besoin, et l'idéalisme proscrit par Napoléon était loin d'être en faveur, surtout parmi les hommes occupés de sciences mathématiques et physiques, au milieu desquels vivait De Candolle. Comment^ si jeune alors, aurait -il pu échapper complètement aux impressions d*une semblable atmosphère? Heureusement que, chez lui , l'esprit seul en éprouva quelque effet et que le cœur n'en fut jamais atteint. C'est à celte influence assez puissante dans l'origine j mais qui s'était singulièrement affaiblie avec le temps, qu'on peut attribuer les préventions de De Candolle contre la. philosophie en général » et plus particulièrement contre quelques-unes de ses parties, par exemple contre tout ce qui touche aux causes finales. Ces préventions, qui du reste étaient demeurées chez lui plus instinctives que raisonnées, avaient beaucoup diminué dans les dernières années de sa vie ; je Tai vu moi-même les abandonner graduellement à mesure que, avançant en âge, il se laissait aller davantage aux impulsions de son cœur, et portail de plus en plus ses regards au delà de Thorizon borné de cette terre.
La seconde et la plus persistante des deux causes qui lui inspiraient de la défiance contre la philosophie, c'est, ai-je dit, les points de contact qu'il avait eus avec les naiur-philosophes.
Dans la Théorie èlémenlaire et dans la plupart de ses autres ouvrages généraux de botanique^ De Candolle avait rencontré sur sa route ces hommes qui, partant de quelques idées à priori, font la nature à leur guise ^ en pliant les faits, dont ils s'embarrassent fort peu, à leurs spéculations théoriques. On conçoit la profonde répugnance que devait éprouver ponr une semblable méthode, et pour ses partisans, un savant qui avait pris l'observation pour base de toutes ses recherches et de toutes ses théories. Mais De Candolle allait trop loin quand il enveloppait dans le même anathème toute la métaphysique et les métaphysiciens.
Quoi qu'il en soit , on comprend , par ce qui précède , ce qui- s'était passé dans Tesprit de De Candolle; celte explication simple et naturelle m'a paru n'être pas sans intérêt, car rien n'est indifférent quand il s'agit d'un homme de cet ordre. D'ailleurs j'étais bien aise de saisir cette occasion pour réduire \i sa juste valeur le reproche qu'on lui a fait souvent li ce sujet ; l'aborder franchement, reconnaître ce qu'il peut avoir de fondé et le repousser dans ce qu'il a d'injuste : voilà ce que j'avais à cœur de faire , voilà ce que j'ai fait.
Esprit clair et méthodique, homme d'impression plus que d'imagination, intelligence vive, prompte, léte admirablement bien organisée pour coordonner et combiner soit ses propres idées, soit celles des autres: voilà, ce me semble, les traits caractéristiques de De Candolle. Qu'on y ajoute, pour compléter le portrait , un génie toujours plein de ressources et une prodigieuse activité, et Ton comprendra ce qu'il fui.
Néanmoins plus j'ai étudié sa vie, plus j'ai acquis la convietion que les circonstances par lesquelles il a passé ont concouru d'une manière remarquable au complet développement de toutes ses belles facultés. Si De Candolle n'avait jamais quitté Paris, ses travaux auraient probablement beaucoup perdu de ce qu'ils ont d'original, et ses entrepi-ises scientifiques de ce qu'elles onf dévaste; il est même permis de douteo- qu'il fût de-
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▼cnu, comme îl Ta ëlë, chef d'école et un centre pour l*ëludc de la botanique. Le séjour de Montpellier qui ^^ succédant h celui de Parisi avait exercé une influence si heureuse sur cet esprit dont l'activité avait besoin d'un repos momentané^ aurait fini , s'il eAt duré toujours , par risquer d'alanguir cette activité même , en ne lui offrant pat un champ assez vaste et assez varié. Enfin, si DeCandolle était demeuré toujours à Genève, il est probable qu'il n'aurait pas eu au même degré cette largeur de vues et cette direction scientifique que le contact un peu prolongé des hommes de science est seul capable de donner; il est probable aussi que> moins imprégné de la science pure, il aurait plus facilement cédé à certaines habitudes et à certaines préoccupations qui , dans un petit pays , absorbent trop souvent un temps précieux, et dont De Candolle lui-même avait peine h se défendre.
Je ne suis pas fataliste ; je persiste à croire que c'est de son propre fonds, que De Candolle a essentiellement tiré ce qu*il a été; mais^ en même temps^ je ne puis m'empécher d'attribuer une grande influence, dans l'heureuse forme de son développement , à la succession des circonstances extérieures qui ont marqué sa vie et que je viens de rappeler. A Paris l'éveil de cette haute intelligence, à Montpellier la méditation , :) Genève l'activité : voilà le trait saillant de l'influence de chacun de ces trois séjours ; telle est du moins l'impression que me laisse l'histoire de la vie et des travaux de De Candolle.
Si maintenant^ laissant de cdté la forme sous laquelle se manifestent les qualités de Tâme et les facultés de rintelligence, je ne considère plus que l'homme en lui-même, alors, je le reconnais, les circonstances accessoires perdent toute leur importance. Ces qualités, ces facultés fussent toujours restées les mêmes, quelle qu'eût été la vie de De Candolle, car elles sont aussi indépendantes des causes extérieures que Tesprit diffère de la matière. Voici ce qu'écrivait De Candolle d'un homme
voilé comme lui au culte de la science^ dolë comme lui ^ par In ProYidence^ des plus belles faculcés, mais dont la vie s'ëlait écoulëe dans des circonstances et dans une atmosphère bien différentes. Voici ce que De Gandolle écrivait de Cuvier ; et je ne puis mieux le peindre qu'en reproduisant ici le portrait qu'il traçait lui-même de ce grand naturaliste : preuve sans réplique que des intelligences qui ont été créées les mêmes, demeurent les mêmes ^ quel que soit le milieu dans lequel elles sont appcices à s'exercer.
<c Au milieu d'une vie si pleine^ il était loin de négliger les agréments, de la société; sa CQi];i:crsation , tantôt grave et so* lennclle, tantôt piquante et spirituelle, toujours juste, mesurée et originale, faisait Torncment des salons et le charme de rintimilé. Il était ami chaud, sincère» fidèle. Il s'emparait da Tcsprit et du cœur de ceux qui Tenlouraient, et ce n'a pas été Tune des moindres causes de ses succès que l'habileté avec laquelle il dirigeait les efforts des autres vers son but. Sa persévérance dans l'amitié , sa reconnaissance pour ceux qui ont contribué aux succès de sa jeunesse, sa modération dans toutes les discussions, le dévouement qu'il savait inspirer à tous ses alentours » sont des témoignages de ces qualités du coeur, et expliquent cet empire moral qu'on n'obtient que par des senlimenls vrais et profonds.
(c Partout se trouvent, ajoute De Gandolle en parlant des ou« vrages de Cuvier, et ajouterai-je aussi en parlant des siens, partout se trouvent entremêlées les reflexions les plus profondes sur la marche des sciences, les allusions les plus piquantes sur la nature humaine et sur l'état social de l'époque. Partout perce surtout cet amour de la vérité, ce sentiment de la di-^ gnité des éludes intellectuelles, qui était une de ses plus vives impressions : c'est à ce sentiment élevé qu'on doit rapporter, et Timparlialiié de ses éloges, de ses comptes-rendus, de .«es jugements littéraires ou scientifiques, et l'éloignement qu'il a toujours montré pour toute intrigue quciconnue, et le zèle