IM BID«81HI
Alor> le roi lit ap|>vler gracieusement le roantri fer- «lunii.
Celui-ci entra dans la demeure de Bidasari, inclina la téte et ^3 baisa les mains.
Le roi dit en souriant : • Qu'en ditei-vout, mon ■ oncle ? Je n'ai plus de parents : j'espère dono que vous
• me donnerez conseil. Car je vous ai donné ma con-
• fiance, c'est pourquoi je vous demande conseil. •
Le fèrdann wantri se courba en souriant, et parla d'une douce voix : « Eh bien , toi, marchand Lila Djou- » hara, que dis-tu? Le prince veut élever ton enfant ou " rang d'une puissante épouse. Quel bonheur pour loi,
> mon ami, elle va devenir sa jeune compagne ! »
A ces mots, le marchand s'inclina devant le roi : u Je » dis qu'il ne convient pas qu'il la préfère et l'aime ; il « lui sied mieux d'en fiiira une servante, pour lui ap- - » porteries mets et les provisions; s'il u quelque chose à » donner, qu'il le lui donne en présent ; et s'il est Hicbd ■I contre elle, qu'il lui paMonne ; et s'il la punit mille » fois, je ne lui en ferai pas un reproche, car je lui ai M destiné Bidasnri pour son esclave, parce qu'il ne conf vient pas qu'elle devienne sa compagne, égale à la » glorieuse reine : d'ailleurs je crains et redoute que la » colère de la princesse augmente. Déjà elle a été si
• irritée à cause de l'affection du prince pour Bida-
• sari. >
Le roi, en l'entendant ainsi parler, iiit davantage porté vers lui : « Mon onde, s'écriu-t-il, n'ayez point
> d'inquiétude, je ne veux pas taire ma servante de votre
ClUMT THOISIKMB. 15»
» «pfhnl. > Kt en même temps il dit au ferdona mantri : • Je dësiru bùlir ici un château. •
A ces mots, le mantri convoqua tous les ouvriers. Là il construisit un cbAteau avec trois remparts. A la première porte, s'éleva un palais d'or, pesant dix carats. La première porte était de (er avec des armes chargdes, ctBordëo par des démons et des Éthiopiens, avec beaucou)) de mauvais esprits. Tous ceux-ci étaiefit les gardiens des portes du cliAtenu avec leurs coursiers sauvages. Ils avaient de'gatnc leurs armes et attendaient les ordres du prince. La seconde porto était de cuivre ciselé, garnie de canons et de poudre, gardée par des êtres surnaturels qui étaient là joyeusement assis. Ces êtres surnaturels et ces esprits montaient la garde tout le jour; chargés de leurs armes, ils allaient çà et là dans l'attente des ordres du roi. La troisième porte était d'argent, comme il s'en trouve h un rempart du pays d'Eirak ; il y avoit là une armée bruyante, mais cliai|uc soldat se tenait immobile. La beauté de ce ch&teau était incomparable. Vu de loin , il paraissait double comme un éléphant avec deux dents d'ivoire. Ou tiouvcrait-on son pareil ? Trois diamants le surmontaient dans lesquels se reflétait tout l'éclat du soleil ; ils étaient de l'eau la plus pure et grands comme im melon aquatique. Gc château étant achevé, le roi voulut l'entourer d'un jardin de plaisance, orné de pavillons et de toutes sortes de plantes. Le pavillon central avait neuf oppartements, un pour les audiences royales, très-richement orné et agréable comme une parure de fleurs.
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KM) BlUASAm.
Après uvoir ainsi disposé la ncgory, il enjoignit nu fcrtiiiitii iimntri de russeiubler tous les étrungei's t*t siiiitris, et d'ordonner à une partie d'entre eux de se rendre au eliùtcau qui venait d'être construit.
Lo roi donna le signal des fêtes, qui durèrent quarante jours." Les jeux duraient du motin au soir. Le sipuk cagn fut aussi joué. Tous les gens de guerre , vieux et jeunes, se divertirent beaucoup. Quelques-uns s'amuseront au lopeng javanais, d'autres représentèrent le wayaiig ou drame • Pendawa > . Ainsi se passèrent les jours au palais.
Ici l'on dansait et l'on frappait des mains; ailleurs, ii la manière de lambang sarie. Il y avait Iti toutes sortes de jeux avec leurs accessoires. Riches et pauvres assistèrent au dalang baiinais et nu wayang chinois. Jai.,ais on n'avait vu tant d'animation ajipalaisdu roi. On mangeait et l'on buvait, et l'aiguière circulait au milieu des mantris, des pahlouans et des houloubalangs. Tous mangeaient et buvaient aux sons d'instruments de musique. La richesse des vêtements éclatait a la lumière des lan-. ternes et des flambeaux.
Un vase orné de joyaux est présenté au sultan royal. On boit tour û tour à la santé de chacun. A ce moment la fête avait atteint son apogée. Les buveurs deviennent ivres, leurs yeux s'enflamment, et leurs. paroles insensées ressemblent aux hurlements du tigre. Leur ivresse était comme la fleur du basilic; leurs sountings desséchèrent et couvrirent leurs oreilles. Tous ceux qui virent leur ivresse furent stupéfaits. Tous les jeunes
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CHANT THUISIKMK. 101 inantris dtaient ivres (ruiiioiir et île volupté , et les be- (lounndas eliiintiiient il haute voix,
Les bedounudas chantaient la chanson « Malei t)jcn- > djoungau » sur un air inimitable. Lilu llaiifjsawau battait le ribana qui acconipugnuit uvcc liurnionio les chants d'amour.
Tout était bruit et mouvement au palais.
niuibang Gonlaua se dressa djwnlue, et Pous|>a Warini se mitii danser ; de même, Pouspa Lalsana se leva pour danser; leur beautd était connue celle des êtres célestes.
Ceux qui les regardaient s'oubliaient eux-mêmes et ne s'apercevaient pus que leur coiffure se dénouait. I.ila Mcngindru se leva aussi pour danser ; ses mouvements étaient le comble de la perfection. Mais elle avait ù peine dansé quelques instants, qu'elle invita Uou- ■Ijangga Indra il danser avec elle. Boudjonggu Indra s.' leva pour danser et plaça son kriss à gauche ; ses poses gracieuses étaient celles de quelqu'un qui danse de tout cteuT; il agitait les basques de son vêtement comme un paon qui étend ses ailes. Les assistants s'oubliaient euxmêmes à la vue de ses traits, pareils à ceux d'une statue.
Durant quarante jours, tes gongs et les {jendarangs, les serouni et les na6ri avaient résonné au chAteuu et dans la négory. — Le roi retourna a son palais; tous les mentris, vieux et jeunes, lui amenèrent la jeune fdie. Quiconque la voyait fiit étonné et demeura ébahi, l'artout on se disait : u Gomme Bidasari est belle ! Elle a la • figure d'un ange I Mille fois plus belle que la reine I "Avec raison le rui est épris d'amour, car clic est
■ Il
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I6Ï BIDASARI.
» accomplie. Son port est ce qu'il doit être ; dans la nd- » gory et sur toute la côte elle est sans dgale. Heureux le marchand et sa femme qui deviennent les parents » du roi 1 Bien qu'ils soient de la classe des étrangers et » des sunlris, ils seront maintenant d'un rang plus élevé » que toute la négory. »
Quelques-uns disaient tout bas : « Qu'y a-t-il d'éton-
• nant que Lila Djouhara ne ressemble pas à Bidasari ? » les traits du marchand et de sa femme n'ont rien de » ceux de Bidasari : qui sait si elle n'est pas un liabi- > tant déguisé du céleste séjour et que sa beauté ne soit » par \h aussi parfaite? •
D'autres disaient : » J'ai entendu raconter que le » marchand possède beaucoup d'esclaves et de servi- » teurs, mais qu'il n'a pas d'enfant. »
D'autres, qui étaient tout près, reprenaient : • Cer-
• tainement, il a trouvé un enfant étranger dans une » pirogue sur la côte, l'a recueiUi et adopté. >
A insi parlait-on entre soi, et le roi entendait tout cela et feignait de ne pas comprendre ; mais il ne pensait pas moins, en lui-même : < Les mantris parlent juste du » marchand et de sa femme. Leurs traits didërent de i> ceux de Bidasari ; qui sait si c'est bien leur propre en- » fant? Plus tard jc-m'en informerai j pourquoi me le ca- » cheraient-ils? Peut-étrp auruis-je ainsi la preuve de sa n haute naissance. Qui sait si elle n'est pas de noble " sang ou descendue du ciel? Car son maintien cl sa
• voix, tout cela réuni trouble et agite le cœur des bu-
• mains. »
CHANT rnOISIEMK. 163
Après quatre jours écoutés, la jeune fille fut Imbilldc par les femmes des mantris. lËllc fut vétuc do satin d'Egypte enduit d'une eau d'or liquéfié, orné de pierreries enchâssées dans l'dv en furnie de dragon, et bordé de mille joyaux. Sa beauté en fut plus relevée et elle ressembla a un ùlre céleste. Elle avait une tunique cramoisie et de couleur de grenade ; les boutons avaient la forme du papillon. Elle fut parée d*un pedaka ù cinq agrafes et portait une ceinture nommée Naya souhma. Son capuchon était foit comme un koundée et enrichi de pierreries ; ses membres étaient comme de l'or de dix carats, et sa beauté était pareille ii celle de Kila Kcudi. La jeune mariée resplendissait» car elle était superbe avec ses sountings et ses tresses de diamants et d'agates rares. Elle avait des pendants d'oreilles faits de diamant et d'or pur, magnifiquement travaillés et (|ui projetaient des rayons de lumière. Elle avait une bague nommée astakouna et une autre qui a reçu le nom de glang kana ; de plus, un autre anneau fait ù Ceylun de pierres précieuses. Ses yeux, étaient comme des étoiles de TOrient ; ses sourcils, très-bien dessinés, se détachaient uu-^essous de su fine chevelure, cuinmc un dessin dans un beau cadre. Ses dents étaient noires et courbées, et sa figure brillait comme une goutte d'eau. Son nez élnit en saillie, on l'aurait dit découpé avec un ciseau et semblable à une fleur fraîchement cueillie. Lorsqu'elle fut Iinbillée. sa mère la coucha sur un lit de perles; son corps était souple et également blatte; elle était Ih entourée des bitis.
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le» HIUASAKI.
Le prince revêtit ses habits royaux, et quiconque les voyait en fut ébloui. (Ils étaient faits d'or, et on y avait brodé des fleurs de lotus sur lesquelles croisaient des joyaux.) Il se coiffa d'une couronne éclatante que surmontait un diamant étincelant et qu'ornaient des uméthystes et beaucoup de pierreries. Tout cela fît ressortir davantage hi majesté de sa figure.
Toutes les femmes des mantris firent l'éloge de Bidasnri : • Elle est, s'écrièrent-elles, près du roi comme ■I une divinité près d'un ange, >
On apporte maintenant du riz pour le repas ; toutes les dayangs étaient présentes et rien ne manquait. Le roi mangea avec plaisir et joie. II accorda le superflu aux femmes des mantris.
Le repas fini, il prit du siri dans la boite de bétel, fit usagede toutes sortes de parfums, et contempla sa jeune ('pouse. Tout son être était charmant; ses cheveux fribuicnt avec grâce, ses yeux gardaient les traces de larmes versées, et tout cela ajoutait à ses charmes. On fit tomber les rideaux de la chambre h coucher ; le roi caressa sa bien-aimée, la prit sur ses genoux, l'embrassa et la couvrit de baisers.
Il est question Maintenant de la nourie , qui étendit les ailes comme si elle voulait sautiller, descendit en volant tout près de Bidasari et chanta le panton suivant :
> La nicre de ce poulain est morte. De l'eau chaude
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CHANT TROISIÈME. 105 » dans un bambou. Le sage roi caressa la jeune fille, et » lu transperça jusqu'au ibnieau de son cœur.
• Quel vivier est I&, tout près, à Perbatosari ', A n Heisa Woiilan ' ? Qu'est ce jour pour une nuit où le r soleil coiiTre la lune de baisers ? >
En entendant ce chant, Bidasari eut les traits assombris, et dit : « La nourie est-elle folle? » Et aussitôt elle lui lança un pinang. Mais le roi s'était réjoui de cette mélodie de lu nourie.
Lorsque vint la nuit toutes les portes de l'amour lurent ouvertes, et ii minuit Bidasari languissait dans sa couche.
2 La fleur de l'olivier et ta soundnl répandaient, toute la nuit et partout, leurs senteurs les plus exquises. Bidasari sommeillait h peine ; son vêtement était tombé et ses membres furent nus. Elle ressemblait h la branche d'un ongsouko. Le prince l'embrassa et satisfit su passion.
Bidasari s'était évanouie et ne recouvra ses sens qu'au premier rayon du jour. Elle Bit aux yeux du roi comme une apparition céleste, et il oublia toutes les autres œuvres de Dieu, parce que ce qu'il voyait était divin. Il fut inondé de cette grftce divine comme s'il avait été sub-
■ Perbalaiari, 011 mieux PrabotoMii, était le Bh du roi de Kediri, frire de la princemeTjoadIiio Kirono, qui était mariée an liémi Pa..dji, tréa-rrnommé dan§ ta littératurr javanaise.
3 Mei*a Woulan, ou tniea\ Mnhr»o Woulan, él.iil tm ilrml-rrùro ili> ce Pandji. Pe^bataaari cl Meiaa Woulan «ont rites daim l'iiistoiro t\v9 royaumes de Kedirl et de Djen^lo.
100 VIDASARI.
mcrgé dans la mer de Dieu. Il ne sentit même plus son corps et se crut dans le ciel ; son corps et son ùmc étaient ëpuisës et sans forces, comme s'il avait entendu le chant des anges. Puis il passa la main sur le corps roiroidi de la jeune fille, la prit sur ses genoux et l'embrassa : u Toi, ma bien-aimife, s'dcria-t-il, sois mn » soiin(in(; et nia couronne ! reviens h la vio, mon amie, n
Le roi dtalt ému ; il l'aspergea d'enu <lc rose. Alors nidasa^i se réveilla et dit en pleurant : • Mon aroi, en » rêvant de toutes sortes de choses, j'ai vu im palmier > chargé de branches touffues et de fruits mûrs. »
A l'nnhe du jour, ses traits étaient piles. Elle se baigna et s'enduisit du jus de plantes ; le prince l'habilla lui-même, la conduisit ii son lit de repos, l'embrassa et lui dit : ■ Amie, or virginal, j'ai réalisé tous mes désus; » tu es égale il Mendondari '. »
Kt il l'cnibrassa de nouveau et Jui donna un sépah.
Bidnsari courba la tête et se tut; sa p&le figure était .souriante.
Trois jours après , le roi et Bidasari s'habillèrent , s'assirent ensemble dans le char triomphal et furent conduits par toute la négory. Ils entrèrent ensuite dans la salle de bain , et les femmes des mantris les baignèrent.
Après s'être bdigné, le roi liit'de nouveau conduit par toute la négory. Ensuite il retourna au palais et y
) Éponse de Rawana, nnoiniiite fonr M beauté, m clisnnei et «m bon caractère.
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CHANT TROISIÊMC. m prit place & côté de son épouse. Il l'aimait tendrement; il éleva Bidasari au rang de princesse.
Son amour était extrême; il la combla de biens et de trésors, et lui donna bràucoup de jeunes dayangs, autant qu'il s'en trouvait dans son palais. Tout ce que Bidasari désirait, le roi le lui accorda, et il n'y avait rien que les dayangs ne dussent lui apporter. Le roi l'aimait beaucoup, et il lui dit en l'embriissant : « Eh bien ! mu 1 chérie, ma pure et belle âme, Inissons-nous vivre et B mourir ensemble; pensons chaque jour davantage l'un » à l'autre, et gardons notre amour comme l'huile versée • à plein bord dans le creux de la main, et dont il ne » tombe pas une seule goutte. >
Le marchand et sa femme allèrent s'installer dans la nouvelle négory; dans le voisinage une demeure leur iiit octroyée, non loin du palais de la princesse Bidasari. Ils s'établirent en face du magasin qui renfermait leurs marchandisos et la clef leur en fut confiée. Cent serviteurs exécutèrent leurs ordres.
Depuis qu'ils avaient adopté Bidasari, Ils envoyaient des messagers h de nombreuses négorys, leur donnant cent mille pièces d'or pour se procurer les vêtements les plus fins et les plus précieux. Ils en envoyaient aussi à tous leurs parents et amis. Quelques-uns allèrent par mer, d'autcvs par terra. Tous s'étaient munis de provisions pour un mois.
On certain jour il arriva que la princesse Bidasari
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(lit : « O roi, A prince accompli, pourquoi n'allez-vous
> pos nne fois k votre antre ndgory? Pour sûr, la prin- » cesse Lila Sàri sera fitehëe de ce que vous l'avez
• abandonnée depuis si longtemps. Elle va croire: que je
• vous détourne d'elle et que je ne veux pas vous laisser X partir? >
Ainsi essayait Bidasari, par toutes sortes de paroles, d'exhorter le roi à aller visiter la princesse. Celui-ci r^ pondit amicalement et en souriant : ■ J'irai demain a la » nëgory. »
Le jour suivant venu, il partit. Ayant atteint le seuil de son palais, il y entra et rencontra la princesse. Elle était sur son lit de repos, et en voyant avancer le roi elle ferma la porte, lui tourna le dos et l'accabla de reproches ; ■ N'avancez pas, malheureux, je ne veux
> pas voir votre visage, — Je ne vous aime plus, — je » vous hais I Vous êtes le gendre de Li)a Djouhara ; vous « n'êtes Jonc plus mon dgal. Votre femme est l'égale a d'un loutong ou d'un singe, dont le séjour est dans les
• bols, •
Le roi en entendant ces vociférations de la reine , répondit : « Damcau de mon cœur, rayon de mes yeux ,
• ne sois pas irritée, ma chère ; ce n'est pas moi qui ai
> commencé par. mal faire, mais ce qui est arrivé a été » causé par ta propre conduite. C'est toi qui l'as provoi> qué, toi qui as tout fait par la volonté de Dieu, Je n'y
> suis pour rien. Tu m'as tout caché et tu m'as poussé » h cette extrémité; -pourquoi es-tu ftichée contre moi?
• Si tu veux lui être dévouée et attacher ton ccéur au
CHANT TROISIÈME. IC« a sien, tu pourras obtenir le pardon et changer un V ennemi en ami. »
 ces mots, la princesse s'enflamma de plus en plus de colère ; elle ne put se contenir davantage ot dclatn de nouTean en reproches : « Sors d'ici , maudit de Oien !
• Tu n'es plus mon époux ; vis avec ceUe que Dieu a
• frappée, mais que tu honores et portes sur ta tète.
• AutreCais tu étais de noble sang, maintenant tu es » semblable h la paille hachée. Ta femme est d'une race
• de muets, rude, épaisse comme de la toile grossière. « Toi-même tu es un insensé ; il ne t'appartient plus de » me flatter ni de m'estimer encore. Tu te laverais et <• puriBerais sept fois, je ne te permettrais pas encore de
• m'approcher. i>
Lorsque le roi entendit ce langage étrange de la princesse, il en lut humilié, et emporté de colère il dit :
■ C'est toi qui es un être bas et méprisahie ; ton intelli-
• gence ne te sert de rien ; c'est toi qui as mal fait et agi
> avec ruse ; tu as été jalouse sans motif. Ta conduite a » été celle du commun peuple; ton esprit est bien nu-
> dessous de ta beauté. Si je ne m'occupe plus de toi, le
■ malheur te poursuivra. »
« — En quoi ai-je mal fait? reprit la princesse ; ui-jc
> méconnu ma noble origine ? Est-ce que je t'adresse n des paroles aussi amcres, h toi qui tiens une conduite 0 si indigne? Ton intelligence te fait défaut I S'abaisser
• jusqu'h des gens de si basse extroction I Partout,, on
> sait maintenant ta honte d'avoir épousé 'une coureuse » aussi méprisable. Est-ce l'usage des princes de prendre
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110 BIDASAIU.
■> pour épouse la fille d'un marchand ? Elle ne mérite
> d'autre demeure que les forêts sauvages, et que les cha- » grins et les malédictions. ■
Le roi sourit et dit : • Quel est le. déshonneur que
• j'ai encouru? Si cet événement est ébruité, c'est toi-
> même qui en recevras un. mauvais renom 1 Qui, dans H tout mon royaume, osera m'empécher de me marier ?
• Je devrais reprendre tout ce que j'ai donné à une » femme de ton espèce. Mais je veux bien avoir pitié de » toi et ne pas t'humilier devant le peuple. Est-ce parce
• que j'ai satisfait tous tes désirs, que tu es devenue si
> méchante ? C'est toi qui t'es conduite d'une manière
• indigne, et c'est pourquoi je suis irrité contre toi. >
Et, brûlant de colère, le prince retourna auprès de Bidasari.
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Dans ce chnnt, il est de nouTeon parlë du puissant prince de Kembajat.
Il avait été chassé par un garouda, un oiseau venu du ciel, et était parti pour un autre dcssa. Il s'était dirigé vers Indrapoura. A l'auhe du jour et dans une pirogue attachée a la cAte, non loin de la négory, la reine, sa femme, ëtnit devenue mire d'une princesse.
Après qu'il fut rentr<< dans son palais royal, il passait les jours h pleurer et h essuyer ses larmes, sans' avoir aucune nouvelle de son cnrant. • Ah I mon cniànt,
• s'écriait-il , ah I ma chérie , dans quelles mains te
• trouvcs-tu maintenant? Nous no savons si tu es vivante ■ ou morte? C'est pourquoi ton père n'a pas de rcjnis. " Ah I mon enfant, prunelle de mes yeux, où es-tu, mon
• or virjjinul ! Tes parents sont si inquiets; le coeur est
• déchiré dans leur sein I Hélas I quel malheureux sort » est le nAtre, d'avoir dft te cacher! mais nous nous en
m RIDASARI.
» repentons bien. Peut-être es-tu tombée entre les mains
» de pnuvres gens. Peut-être es-tu esclave ! »
Le fils du roi était là présent et voyait la douleur de sa mère qui ne cessait de pleurer; ce qui l'émut profondément.
Le rejeton royal s'inclina et dit : • Ai-je encore une
• soeur? Pourquoi l'avez-vous cachée si loin d'ici? Ne o pouviez-TOus pas la soigner comme votre enfant? Vous ■ était-elle si à charge que vous avez dû la reléguer loin » de vous? Une femme est exposée h bien des dangers ! » Ne craig;iiez-vous pas que la honte vous accable ? »
Le roi soupira et parla en versant des larmes abondantes. Il raconta à son fils tout ce qui s'était passé ; combien il avait sonflert depuis sa fuite ; comment il avait abordé à un dessa au milieu de la mer; comment sa femme y était devenue inère dans un kampong qui paraissait appartenir à des gens riches, mais dont on ignorait s'ils étaient de noble ou de ba.sse extraction ; comment lo mère, ép'ulsce de forces et privée de tout secours, abandonna son enfant.
A peine le fils du roi eut-il entendu ces mots, qu'il dit en s'inclinant : ■ Mon père, accordez-moi d'aller par-
• tout pour rechercher ma sœur. Si vous me le pennet- » tez, je ne serai pas longtemps hors de la négory, et si
• je trouve ma sœur, je reviens aussitôt. » ,
Le roi entendant ces paroles fut saisi et se frappa la poitrine : « Ah I s'écria-t-il, ah ! mon fils, n'abandonne 'f pas tes parents t Cor tu es notre enfiint , et nous
• n'avons pas d'autre lignée ; comme un oiseau appn-
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CHANT QUATRIÈME. lU »Toisi!, nous t'avons portë sur nos épaules. Dans les
• bois, nous avons eu les plus grands soins de toi; lu M nuit, nous t'avons veillé et gardé, afin que les insectes
• ne te tourmentent pas. Quelle idée as-tu, mon fils, > d'abandonner tes vieux parentsî Ne pars pas, mon
• enfont, ne pars pas; car, au lieu d'un, j'en perdrais « deux. N'abandonne pas ton père; ne t'inquiète pas de « ta sœur. Nous nous informerons auprès des voya-
{jeurs et nous tâcherons d'abord de découvrir sa dc- » meure. »
Le prince s'inclina et dit : <■ Grâces vous soient ren* B dues, mon seigneur; grâces vous soient rendues, mon
• prince ; depuis que j'ai entendu votre récit, je n'ai » plus de repos. En vous écoutant, j'ai pris une résolu-
• tion. Laissez-moi partir, laissez-moi cheidber mu
• sœur et en avoir des nouvelles. •
Alor« le roi répondit : • Eh bien , mon fils, j'approuve
• ce que tu me dis ; bien que tu sois encore un enfant, » tu es déjii sensé. ■
Le roi était très-aOligc, dans la crainte d'être blâme de ce qu'il avait fait. « Que dirai-je? pensa-t-il; il veut >i en avoir une fois des nouvelles ! »
Mais le rejeton^royal retourna ù su royale demeure, rassembla autour de lui tous les étrangers et les marchands qui venaient trafiquer dans la négory.
Lorsqu'ils eurent connu les ordres de l'illustre prince, ils s'inclinèrent tous, se baisèrent les mains et ap|)ortèrent leurs marchandises parce que le prince voulait leur fiiire des achats : ils apportèrent toutes sortes d'objets.
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m BIDASARI.
entrirent et panirant devant le prince. Entouré de ses Itérants, il donna aussitôt audience aux étrangers. Tous inclinèrent devant lui le front jusqu'à terre et lui ofFrirent des présents. Ils considéraient le jeune prince, sa gentillesse', ses manières distinguées et parfaites, la beauté de ses traits, son affabilité, sa douceur, la sonorilc de sa voix lorsqu'il parlait; ils admiraient tout cela en cux-mémcs.
Alors le rejeton royal leur demanda les noms de leurs diverses négorys. A ces mots tous s'inclinèrent joyeux, dirent leurs noms et ceux de leurs négorys. Tous ces marchands trafiquaient en toutes sortes de' denrées. Il en acheta aux uns et aux autres et paya comptant.
Ils s'assirent ensemble et dirent : u Le prince veut « savoir de nous des nouvelles. » Ils s'inclinèrent tout joyeux devant lui et lui rocontèrent ce qu'ils savaient de cliacunc des négorys. Il y avait parmi eux un jeune homme d'une figure aimable et intéressante, le frère de luit de Bidasari, qui vécut longtemps dans ce dessa. Il était assis au milieu d'eux, devant le prince. Il était assis au pied du tràne parmi les autres étrangers. Le jeune homme se' nommait Sinopati ; il était vaillant et sage de caroctèra. Il observa longtemps le priyce, courba ensuite le front etpensoen lui-même : • C'est étrange, quand je H regarde les traits du prince, comme je lui trouve de
• la ressemblance avec Bida ; autant que dans un jeune > pinong fendu en deux , il n'y a entre eux aucune
• différence. •
Il avait quitté la négory il l'époque où Bidasari monta
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CHANT QUATRIÈME. 1T5 sur le trAne, Tout en Bxant le prince, il pensait & Bidasari ; il fut très-aflligi! et versa des larmes.
Le prince l'avait aussi observé, et il lui dit en souriant : ■ Jeune homme, mon ami, de quel dessa cs-tu ? T Pourquoi pleures-tu si amèrement? Quelles pens(îes » s'agitent dans ton cerveau et ont rendu ton visage si ' > sombre? Nous t'avons invité pour te faire plaisir, pour-
> quoi ton coeur est-il attristé? »
Sinapati s'inclina et dit : • Je vous demande pardon
• au pied de votre trAne, je suis un humble sujet et
• espère en votre miséricorde. Je suis venu d'Indrapoura
■ avec up navire pour feire ici le commerce, et me suis » trouvé en votre présence, 6 prince accompli. Ce n'est " pas de cela que je suis attristé; il m'est au contraire " Ires-agréable d'avoir paru devant vous. Mais la tris- » tcsse est entrée un peu dans mon cœur, lorsque je pen-
> sais il mes frères et sœurs. «
A ces mots, le prince se réjouit et pense en luimême : « J'apprendrai maintenant quelque nouvelle, et
■ l'on saura où elle se trouve. >
Alors il fit offirir aux étrangers beaucoup de sorbets et toutes sortes de friandises. Les coupes circulèrent aussi depuis le matin jusqu'il midi. Et après s'être rassasiés, les marchands s'en retournèrent.
Mais le prince retint Sinapati. 11 éprouvait déjà de l'aflection pour lui.
Sinapati en fut trcs-touché. Le prince lui dit d'une douce voix « Mou ami, je me sens porté vers toi et
• veux te regarder désormais comme mon frère ! Tu
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170 HlUASAHI.
• demeures à Indraponra, mais qui est ton patron ? »
Sinupati sourit, s'inclina et dit : " Le nom de mon 1 patron est Lila Djouhara : il fait le commerce par > toutes les nëgorys, fait naviguer six ou sept navires,
• et depuis qu'il a adopté Bidasari, il travaille avec plus li de zèle à sa fortune. »
Le prince s'assit et l'interrogea, et lui, il lui répondit tout ce qu'il savait.
Alora le prince |>ensa en lui-même : a Le marchand
• l'aurait-il trouvée aussi ? •
Deux joursaprcs, il revintchez ses parents et Sinaputi l'avait accompagné.
Ses parents lui adressèrent la parole, et le roi lui demanda avec intérêt : Rapportes-tu des nouvelles de » ta sœur? >>
Le prince s'assit près de sa mère, s'inclina devant le roi et dit : <> Grâces vous soient rendues, 6 prince » accompli , j'ai appris des nouvelles ; mais ce n'est
• pas encore sûr et certain. Voil& quelqu'un d'Indra-
• poura, j'ai obtenu de lui des renseignements. Kllcdoit
■ avoir été recueillie par Lila Djouhara, un très-riche » marchand du Pcsara. Tout concorde avec ce que vous
■ m'avez dit; s'il en est ainsi, il n'y a plus de doute pos-
■ sible. Il conviendra de prendre de plus amples Infor' » mations pour avoir la certitude. ■
Le roi fut réjoui et poussa avec oITabilité plus loin ses questions. Sinopoti répéta tout ce qu'il avait entendu dire de si mère.
Lorsqu'il eut itiit part de ses renseignements, on le
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CHANT QUATRIÈME. 177 remercia avec joie et on lui donna de l'or, de l'argent et (les bijoux.
Alors le roi dit : » S'il en est ainsi, j'enverrai là-bas ■ un ambassadeur chargé de présents et de vêtements,
• et avec une lettre de remerciments et de rcconnois- 1 sance. >
Alors le. prince s'inclina et dit : ■> Je vous en prie ,
• mon père, confiez-moi cette mission. Je veux voir
• Lila Djouhora ; peut-Atre est-il jnstc et vertueux. Si »je m'assure qu'elle est ma sœur, je vous enverrai » quelqu'un avec une lettre, et si vous le permettez, >' moi-même je rnccompagncrni. »
En entendant ainsi parler .son fils, il fut tout ému et lui dit en l'embrassant : « Ah ! mon enfant, mon cher " enfant, jeune homme aux traits éclatants, ce n'est pas » facile d'aller à ce dessa; si pour quelque raison vous > restiez longtemps absent, il serait mienx de vous faire » accompagner de tous les houloubalangs. »
Le prince s'inclina et répondit ; » Pourquoi resterais- «je longtemps absent? Si LilaDjouhara ne veut pas la
• laisser partir, je m'en retourne aussitôt. »
Le roi ne sut plus rien objecter. 11 ordonna h tous ses serviteurs et esclaves de préparer tout ce qu'il avoit de plus riche et toutes sortes de moyens d'existence pour le voyage du prince; les enfants du mantri fei-dona durent l'accompagner.
Sept jours écoulés, le prince supplia son père de le laisser partir ; il s'inclina devant ses parents, et ceux-ci embrassèrent leur enfant.
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178 DlDASARl.
Les Inmies aux yeux, le roi lui dit : « îTe reste pas y trop longtemps éloigné de tes parents, car ton père » est déjà vieux et tu es mon unique espérance. Toi » seul, mon cher fils, tu dois me succéder dans mon w royaume. »
Tous furent convoqués par le roi, tous tes jeunes pcng- ■ {^'uwas et sept bcdouandas, pour accompa{;ner son fils ; tous jeunes et fidèles et pourvus de moyens d'existence.
Le départ eut lieu le quatorzième jour du mois; Sinapati accompagna le prince. Ses parents lui avaient confie leur enfant et remis des vêtements neufs et dï.*s trésors. Il s'inclina devant le roi <:l se baisii les mains.
Les jeunes gens partirent cnsemblfï avec deux iimntiis.
Les uns allèrent à pied, les autres à cheval, et lorsqu'ils eurent parcouru une partie de la route, le prince dit: «Écoute, mon ami, quand nous serons entres » dans la négory, ne fais pas connaître ma position ni » ma famille. 8i Ton s'en informe, dis que je suis quel- » qu'un d'un dessa ; il m'en coûte de foire connaître mon n rang h des personnes qui ne me connaissent pas. »
Sinapati sourit à ces mots et repartit à cet ordre du prince : f Si votr«; sœur était de basse extraction, vous n ne cacheriez pas votre rang. »
Le prince reprit en souriant : « Si elle est en réalité H ma soeur, tu peux dire ce que tu veux, car je mVn » retourne aussitôt h ma négory. m
Étant ainsi tombé d'accord, le prince continua son chemin avec courage, et bientôt il atteignit le pesara. Il quitta Sinapati et entra dans la négory avec quatre
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UHANT OUATItlÉME. 17»
de ses compagnons et six de ses bedonandas : tous ces jeunes gens le suivirent. Il se présenta en prince et fut entour<^' des tnantris. Le reste demeura hors de la négory; quelque$-uns y entrèrent. Tous ces voyageurs se rendirent au knmpong de Lila Djouhara; mais ils le virent abandonné et silencieux, et demandèrent à un niandur : • Où est allé le marchand ? Les clôtures et les » paggers sont en désordre; peut-être lui est-il arrivé » quelque malheur, et c'est là sans doute ta cause de » cette soUtude ? »
Le mandar, habilc' h déguiser la vérité, répondit: n 11 n'y a plus personne dans ce kampong; tous les » habitants, vieux et jeunes, tous ont été enlevés par
• le roi. »
Sinapati en écoutant ce renseignement fut saisi et troublé ; il se frappa la poitrine et dit : « Qu'a dune fuit » mon patron ? »
La dayang reprit en souriant : « vous inquiétez « pas davantage, mon ami; le marchand a suivi le roi, » qui a élevé Bidasari jusqu'à lui en l'cpousant et a bâti » une belle négory. Ils sont allés de ce côté. Le mur- » chand s'y est aussi rendu; il règne là maintenant joie
• et bonheur. »
sinapati s'était réjoui au delà de toute expression en apprenant que le puisiiant roi aimait beaucoup le marchand.
Sinapati dit au prince : « Partons bien vite, mon n prince; Lila Djouhara est là-bas, qui porte le titre de n Mangkoubouniï Lila Mengindrn. »
Ils partirent alors au nombre de dix, la joie dans le cœur. Tous ceux qui le voyaient furent stupéfaits il la vue de l'dclat des traits du prince.
Tous demandèrent : • Quand Sinapati est-il venu? <i Quel est ce jeune homme ? Comme sa figure est. admi- » rablemcnt belle ! «
Quelques-uns vinrent bruyamment regarder son port semblable a celui d'un dieu. Ils parlaient et babillaient : « Quel jeune homme incomparable est-il ? u
D'autres vinrent tout agittis contempler son visage éclatant : • Il est beau comme celui d'Aidjouna ' , comme
> on en voit auprès d'un trône royal I •
Sinapati leur répondit d'une douce voix : • C'est mon
• compagnon de voyage et de cortège ! Dites-moi ,
• homme du pcsarn, où est le kampong de Lila Mcn- » gindru î ■
On le lui montra : « Cette demeure par là, non loin ^ d'ici, Sinapati! Encore quelques pas à gauche, tout
■ j>rès du château et du palais. Vous verrez là un houo- « rable et beau kampong; c'est le kampong du mangkou-
> boumi. Nous n'osons pas trop en appioclier, car il est
• devenu notre chef. >
Kt ils ajoutèrent : > Entrez dans ce kempong à gau-
■ che I Votre seigneur est grand et puissont, le roi est
• devenu son beau-fils I •
Alors Sinapati franchit le kampong et trouva sa mère assise. Elle eut le cœur tout ému, so précipita au-4evant
I Le héroi dii poëne Hiucril le Wahuthanita.
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CHANT QnATBIÉME. 181 de lui, l'embrassa et lui dit : u Qui t'accompagne ' ? »
Sinajtati lui répondit : « C'est mon ami. »
Alors elle s'adressa cllc-nléine au prince : « Venez, • mon seigneur, et reposes>-Tous !» Et en même temps elle se dit en elle-même : « 11 ressemble beaucoup à ' Bidasari ! •
Et en l'observant , elle lui demanda : « Comment » vous appelez-vous , beau jeune homme 1 Vous vous ■» jiréscntcz comme une personne de noble extraction, B avec amabilité et de belles manières, b
Le prince sourit et dit avec politesse : « Mon nom est » Poutra lïangsowan; j'ai suivi ici voire fils ! »
Mais Sinapati l'entoura de beaucoup d'cyards et lui rendit tous les honneurs, et le mystère fut bieulùt découvert..
Le prince passa la nuit; Sinapati monta lu garde devant la porto, parce qu'il entrait dans la maison beaucoup de monde inconnu et qu'on n'était pas silr de quelques-uns.
Bicutàt parvint l'ordre de Lila Men^jindra qui Invitait Sinapati à se rendre immédiatement auprès de lui. Sinapati arriva avec le prince, suivi de ses compagnons de voyage.
Lorsqu'il fut entre, Lila Mcngindra fut ébahi en voyant les traits du prince, si incomparablement beaux
< c'en une impoltle««e rtiez les Malais iIc dcmiinftor h qurlr^n'iin ; ■ Qui ^len-vouH? ■ ou ■ Commeiil vmia nonimpZ'VniisT ■? 0*c§t |Kjiir* fiuoi la mère «le itidawri s'adreMi- à Sinapati ri lui drn>amle (|nt?l vtt 1 {lianger qui l'iiccoiii|»a||tte.
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I8t RIDASARI.
ot cliarmants. Il ne pouvait en détourner les yeux et
)>cnsnit en lui-même : « Quel est cet homme nu maintien
• si distincte qu'il conduit ici? »
Sinapati entra, s'assit et regarda Lila Mengindra, il s'inclina et remarqua avec ctomicment combien son patron ëtait stupéfait et qu'il n'adressait pas la parole au prince qui approchait. Aussi il lui dit : • Mon maître, i> pourquoi étes-Tous si dtonné ? Parler, à Poutra Bang- X Sttwan. »
Le mangkoubonmi fut tout troub|é et dit : « Viens, » mon fils, ci ossieds-toi près de ton père !» Et il éprouvait de In sympathie pour lui parce qu'il ressemblait h Uida.
A CCS mots le prince sourit et s'assit près de lui sur su banquette.
Alors le mangkouboumi lui demanda avec joie : « Quel
■ est le but de ta visite ? »
Le prince s'inclina et dit : ■ Je suis un humble étran-
• gcr qui veux vous obéir dans l'espoir que vous me serez
• favorable. Je suis venu li Indrapoura avec l'intention
• de chercher une sicur. Si vous m'êtes vraiment dévoué, » dites-moi si je fais fhussc roule. •
A ces mots le niangkouboumi sourit : « Mon fils, » rcprit-il, ne te trouble pas; ne prends pas de ninu- » vaise part que je tr demande le nom de ta sœur, où
• elle réside, «t ce que tu en suis. Dis-moi la vérité; je > me sens porté vers loi, ne sois pas craintif, mon fils,
• confie-moi tonte l'aHairc. Si tu mo prends pour |>ère,
■ je t'accepte pour mon fils. Je me réjouis beaucoup
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CHANT QUATRIÈME. 183 V en toi, parce que tu ressembles h ma clièrc fille. »
Le prince sourit et dit : « Votre amitié, je la porte w sur ma tétc ; mais pour ce qui est de ma s«eur, je ne » sais où elle demeure. Kt le prince fticonta comment, an temps où sa négory était agitée, ses parents avaient erré çà et là et s'étaient égarés sur le pesora, et comment, après un mois écoulé, sa mère avait été surprise par la soufirance et avait donné le jour ii un enfant dans une pirogue sur la cote. Puis il dit tout ce qui était arrivé et énuméra les signes auxquels on reconnaîtrait l'enfant, «.le ne veux pas m'enorgucillir, ajouta-t-il , je veux » seulement raconter la chose ; c'était une petite fille, » où serait-elle maintenant? Si je connaissais su rési' n dence, je voudrais y être aussi le serviteur de son » maftre. ■
Lorsque Lila Mengindra entendit ce discours, sa joie fut indicible, et ha sympathie et son amitié ne firent qu'augmenter pour le frère de Bidasari. Riant et joyeux, il dit : ■ Dii^-moi, mon fils Pontra Bangsawon, dis-moi > de quelle race s'ont tes parents, aBn que je puisse " t'oidcr ù chercher ta sœur? »
Le prince courba la tête et médita profondément ; il redoutait de se découvrir et pensait en lui-méinc : ■ Mentirai-jc? » Car il n'était pas encore Ijicn certain que ce fût sa sœur, et il ne savait pas si elle se trouvait lii.
Lila remarqua son silence, il sourit et dit en le fixant avec curiosité : '« Sois sans inquiétude, .seigneur, il est ' rartoin que ta sœur est ici. Il convient que tu dises la • vérité, afin que le cœur du mangkouboumi soit réjoui.
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tSt BIDASARI.
> Ta sœur est assise sur un trône. Sa famille est comme
« un joyau brillant, Dieu l'a élevée à un tel rang. Ne
■ sois donc plus affligé ; quant à moi y j'ai le cœur » joyeux ! »
Le prince le regarda et dit : « Est-ce là l'homme à
■ qui j'ai confié mon secret? Je suis un pauvre étranger » et crains qu'on se méfie de moi. •
« Ne parles pas ainsi, reprit Sînàpati, car on sait ici » que le mangkouboumi connaît lei hommes et sait » distinguer l'or de dix carats. Eh bien , mangkou- 1 boumi> je vous le dirai ; mais il veut me le défendre, " il est le (ils d'un roi puissant qui vient ici chercher sn » sœur. 0
Lorsque le mangkouboumi entendit qu'il était desung royal, su sympathie et sa joie augmentèrent encore, comme s'il avait découvert une montagne de pierres précieuses. Il s'approcha du prince, l'embrassa et l'honora, et sa joie fut grande comme s'il avait gagné une négory.
La maison fut ornée de tapis et de rideaux. Il le conduisit dans l'intérieur des appartements et le reçut confortablement ; il le présenta ù sa femme et à tous ceux qui se trouvaient là , et son affection pour lui alla toujours croissant.
Les deux époux dirent en se souriant l'un h l'autre :
• Mon ami, mon cher, combien nous sommes hcu-
• reux dans notre vieillesse I Lorsque nous découvrîmes » votre sour, nous en fûmes tris-réjouis ; maintenant, n le roi l'a élevée jusqu'il lui et en a fait sa jeune épouse j
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CHANT OITATRIÈMB. US
* il a anobli notre famille et nous a donne un Imut «rang, tandis qu'au commencement nouine désirions
• avoir qu'un enfant. •
Le prince sonrit et dit : « J'apprends avec bonheur > que ma sœur est ici ; ne pourrais-je pas paraître devant ■ le roi et voir ma sœur? Car je suis venu ici dans le but
• de la recevoir et l'emmener avec moi ; mais je crains
* que le roi ne se fâche et ne veuille pas In laisser partir. >t Après l'avoir vue, je m'en retournerai. Mon cnu vie de paraître devant le roi est maintenant d'autimt
plus grande. » '
Tous ceux qui entendirent le prince prirent plaisir en SCS paroles qui citaient aimables et sonnaient bien ; elles étaient comme un miel qui retient la mer.
Après qu'il eut fasié trois jours et trois nuits dans la dameure du mangkouboumi, le roi donna audience, et le mangkouboumi panit devant lui, nccompognd du prince, qui s'était làit précéder de toutes sortes de présents.
Le rejeton royal était richenibut vétu ; son port était celui d'un roi du ciel. Sa robe était bordée de soiifjkct, il la mode de Tjctarie, et sa timiquc était de couleur violette et de feu. Des agates ornaient son turban multicolore, et son kriss pendait au côté gauche de sa ceinture. Il était entièrement habillé comme il convient, et portail des bracelets avec des sornettes et des anneaux. Son haut-de-chausscs était brodé de fleurs nommées fouipa anjkttlan, et toute sa stature |iarnissait celle d'une divinité. Sa beauté était extraordinaire ; les perles attachées
180 bidasahi.
a ses vêtements ëtaicnt innombrables. En un mot, le jeune homme ëtait accompli. It possédait une amulette, un pur diamant sur lequel était écrit un vers du Koran * . Il était beau, magnifique et bien fait, de sorte que tout coeur allait ii lui. Il montait un cheval caparaçonné d'une chabraque ornée de joyaux qui brillaient et jetoient des rayons de fen. C'est ainsi qu'il se rendit chez le roi.
Il ollait avec Lila Mengindra ; tout le peuple du pesant qui le voyait était ébahi ; tous louèrent le prince de son affabilité charmante ; quelques-uns se dirent entre eux : n D'où vient donc ce jeune «homme, avec sa gracieuse " figure et devant qui se courbent les mantris ? Cet » illustre personnage paraît très-intelligent! il resscm- > blc à une guirlande de fleurs ! Sa toUetle, pareille il » celle d'un marie, lui va très-bien I »
Le prince s'était approché du pavillon. Lorsque le mangkoubounii fut venu, le roi remarque que qnelqn'un était derrière lui h cheval. Il Ait étonné et pen.- •■n luimême : a Qui serait ce jeune homme ? Avec ses roMiières
• distinguées, il est comme un champ couvert de llenrs?
• Il est beau et charmant comme un être sui-natu- ■ rel. »
Maintenant le prince met pied ii terre, ne baisr les mains et parait devant le roi. Il s'incline sej < fois respectueusement et dit : • Que votre bonheur uugm te,
• illiiitre souverain I >
' tM Matait aont ailpentilieux el ont l'Iiabitnile de porter dcR vmd* du Koran comme amulellei.
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r.JIANT QUATniÈMK. \>J Le roi dit en souriant au innngl^ouboumi : u Quel est a ce jeune homme que tu amènes, au noble mailttieni h
> la Bgurc aimable et gracieuse ? •
Lila Mengindra s'indinc et dit : « Celui-ci, votre
• esdavc, est venu de terres lointaines; de la négory s Kembajat, sur les bords de la mer, il s'est rendu ici;
• il se livre à ma protection parce qu'il désire paraître
• devant vous. Voilb ses modestes présents, qu'il espère
> vous voir accepter avec indulgence. »
Le mangkouboiimi se tut et pensa en lui-même : « Je
■ divulguerai .son rang — mais peut-être dira-t-on que B je dissimule la vérité, parce que le roi n pris pour » épouse ma fille Bidasari, et si clic voit le .souverain » d'une autre négory^ elle s'en enorgueillira et dcvicn- » drn fière. m
Le roi fut sympathique au prince et lui dit amicalement : ■ Viens ici, mon ami, assieds-toi près de moi.
• Si tu me montres de l'amitié, je te considérerai comme
• mon frère. •
Le prince s'inclina avec politesse : « Permettez-moi ■> de rester ici, mon seigneur i je suis un pauvre et mdi- » gné serviteur, et j'espère (pic vous mo pardonnerez.
■ Si vous voulez être juste, mon roi, je veux devenir im » sujet de votre couronne, «
Le roi pensa en lui-même : « Ne scrait'il pas un « rejeton royal qui se serait égaré ? Il ressemide brau-
> coup h Bidasari ; il est regrettable qu'il appartienne il
• une autre nation. « Alors il dit amicalement : « Dis la
> vérité, mon ami ; de quelle origine sont ti^s parents?
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IM RIDASARI.
» iieine cache rien. Gomment t'appelles-tuf Dis-moi la
n vdritë, afin cjue je sache tout. »
Le prince s'incHna et dit : ,« Mon nom est Poutra
• Bongaawan. Je suis un pauvre serviteur, d'humble et
• liasse extraction. J'espère que vous aurez compassion
• de moi. Si je mens, que mal m'en arrive. J'erre de
• tous cntës pour découvrir une sceur; quand je l'aurai
• trouvée, je m'en retournerai aussitôt. •
Alors le roi' dit : Où se trouve ta sœur? Si elle est o dans ma ncgory, je t'niderai à la chercher. Tiens-tu à » clic par les liens du sang? Dis-lc-moi, afin que je fasse
• faire immédiatement des recherches ! Ne pars pas tout « de suite, carnousnoussommeshpeine connus. Ilestcici » un ou deux mois, afin que nous devenions plus amis. »
Le prince inclina la téte et sourit gracieusement. Le roi admira son port et ses formes corporelles, et vit que sur tout le rivage il n'avait pas son égal.
Le prince le salua et dit : ■ Je porte vos ordres sur > ma téte. Vous êtes un roi illustre; moi, un humble, un V pauvre serviteur. Je suis un enfant de Lila Mengindru,
• mais séparé depuis longtemps de ma soeur ; je vous « supplie de lui faire tout ce que votre bonté et votre w affection vous suggéreront d'agréable. Celle que je » cherche est line swur; elle m'attire vers elle, car je
• suis certain qu'elle est devenue votre servante. Je suis « un sujet de votre père, le roi, dans la négory Kem-
• bajat, où j'ai toujours demeuré. Pardonnez-moi, mon
• seigneur, je vous en prie; vous connaissez maintenant ■ tous mes désirs. •