‹ Bidasari poëme malaisChapitre 3 sur 23 · VII · texte numérisé non relu

VII

Ainsi parla te héron.

^ Un jour Il c6toyoii an« riviire<

L'onda étoit iranapareote ainii qu'auK plus beaai Jonriy Ma commère la carpe y faiioil mille lourtf

Avec le brocliet ion comp^rct Le héron en eât fait attément ton profit t Tout apptoclkoieot du bord, l'oiieau o'avoU qu'i prendra ;

Mali il crnt nlmi Mre d'tttendK.

Et il attendit si bien qu'il ne vit plu» aucun poisson.

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Dans les deux fables, la morale à en tirer est la même : Il faut savoir modérer ses désirs et se contenter de ce que l'on a. Et La Fontaine ajoute :

Ne soyon» pas lî difficiles,' Let plus accommodants ce sont les plas habiles; On Itasarde de perdre en Toalant trop gagner.

Dans la fable du Lion et du Moucheron, le fabuliste français fait dire au Lion :

■ Va-t*en ^ chétif insecte, excrément de la terre. ■ L'autre (le Moucheron) lui déclara la guerre . Penses-tu, lui dît-il, que ton litre de Rot Me fasse peur ni me soucie?

A peine il achevait ces mots, Que lui-même il sonna la charge.

Fui le trompette et le héros.

Dans l'aboid il se met au large, Puis prend son temps, fopd mr le cou Du lion qu'il rend presque fou.

Le qnadnipide jcume, et son œil jlincèie i Il rugît. On te cache , on tremble i l'enfiron Et celte alarme universelle Est l'ouvrage d'un moocheroo.

Au royaume de Siam, cette fableest ainsi racontée :

« A Schin-taï, tous les habitants de la forêt vinrent présenter leurs homma^||É|l lion, le roi des animaux. La petite fourmi vint s'humilier devant lui. Mais les gens nobles la repoussèrent avec mépris. Lorsque le roi des fourmis apprit cette injure, a entra en fureur et excita un ver à pénétrer daub

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U INTRODUCTION, l'orcitte du lion et à' le tourmenter. Aux terribles burtements que lui fait pousser la souffrance, les animaux accourent de tous les côtés et lui offrent leurs services pour combattre l'ennemi partout où il se présenterait. Mais aucun ne pouvait l'aider. A la fin, après beaucoup de négociations difficiles , le roi des fourmis se laisse attendrir et permet à un de ses sujets d'entrer dans cette oreille et d'en extraire le ver. Depuis ce temps, les fourmis ont le privilège de vivre partout et en tout lieu, tandis qu'un séjour spécial est assigné aux autres animaux.

La conclusion que La Fontaine a tirée de sa fable, c'est que les grands doivent ménager les petits, parce qu'ils peuvent en être tourmentés. Le fabuliste siamois insinue au contraire qu'un bienfait n'est jamais perdu, et il conseille d'être partout et toujours bienveillant et généreux. Le dévouement doit être universel, comme la fourmi qui habite par tonte la terre.

SI nous étudions maintenant le poëme de Bidasari en lni.4néme, nous sommes obligé d'avouer qne nous n'avons pu en découvrir l'auteur, et que nons ne savons rien quant au lieu et au temps où il a été écrit.

Les quatre premières lignes de ce roman nous apprennent «enlement qu'un faquir, nn moine men-

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INTRODDCTIOK. U

diant ou un iiicudiaDt au service de Dieu, en a emprunté le sujet k un r^cit en prose, et qu'il l'a mis en vers malais. Anx huit dernières lignes de son œuvre, le.poctc parle encore de lui, mais ce n'est que pour nous dire qu'il l'a composée avec l'intention de se distraire et de se consoler de sa triste destinée.

Les noms des personnes et des lieux cités dans le poëme ne peuvent pas davantage faire connaître le temps et le pays où il a paru. M. Jacquet est d'avis qu'il faut chercher dans le sanscrit le nom de l'héroïne Birfasari, qu'un devrait lire, dit-il, Bida Sri; mais Van Hocvell persiste à croire que Bidasari est le vrai nom , parce qu'il concorde parfaitement avec le javanais Widhosari, qui signifie « fleur » ou« belle, aimable. » En javanais, beaucoup de noms propres ressemblent à celui de Bidasari et tous signifient • fleur remarquable , étincelante • . On pourrait donc conclure de là que le poiime est d'origine javanaise. Mais quand on considère, d'un autre côté, qu'il s'y trouve aussi beaucoup de noms malais et que les scènes et les mœurs qui y sont décrites sont malaises ; que les dénominations des rangs et dps offices sont celles des Malais; que tout ce qui est javanais y passe pour être d'origine étrangère; qu'enfin, si on compare le manuscrit du poëme avec les manuscrits de Palembang, on pourra peut-être soutenir que cette contrée est la patrie de Bidasari, et que l'épopùc qui porte son nom est postérieure h l'arrivée des Européens dans l'Archipel d'Asie.

Cependant, nous croyons qu'il faut distinguer entre l'époque où le poenie a été écrit et celle où circulait la légende recueillie par le pôi>tc,

Pourdélennincr celle dernière époque, un passage du poème pourra nous être de quelque secours. Au deuxième chant, le poète dit :

• Alors, on prit un petit poisson, on lui enleva son

• esprit vital et on le fit aspirer à Bidasarï; puis on

• déposa le petit poisson dans une boite d'or, la botte » d'or dans une caisse et la caisse dans un vivier. >>

Or, les Mal.iis lionJdhistes croient que l'âme d'une personne peut passer dans le corps d'une autre personne ou dans celui d'un animal, et qu'il existe alors entre ces deux êtres un rapport mystérieux qui fait dépendre le sort de l'un de celui de l'aulre.

Cette croyance repose sur ce principe de là théologie hindoue, à savoir que l'esprit divin, âme du monde, s'unit dans tous les êtres animés, et que l'ftme humaine est Dieu même. On lit en effet dans le Pourana intitnié Slatsyia ou le Poisson , que <. le maître du monde prend diverses formes pour préserver de la destruction les animaux, les brahmanes, les hommes vertueux, les Védas et toutes les choses précieuses i mais sous toutes ces formes qu'il anime, comme l'air qui pénètire dans tous les corps, il est toujours le même, parce que son essence est inaltérable. »

INTlinUUCTION. il

La croyance ft l'âme iinivci'selle al donc bioii ancienne. L'Eccli^sinste avait aussi posé la qnestion : Où va l'ftme des animaux? Platon vante dans un de ses dialogues la communication de l'homme avec les bétes de l'Age d'or, et Montaigne fait rcmanfucr la parité qui existe entre nous et les animaux, « nos confrères et compaignons. »

Aujourd'hui encore, les Malais ne voient dans tons les êti-es de la criialion que de purs esprits qui ont pris les formes d'honnnes, de quadrupèdes, d'oiseaux et de reptiles. Ainsi, pour eux le dimanche est le jour du feu. Dieu créa ce jour-l.'l les sept sphères dans le ciel et sous la terre, et fit des esprits ayant la forme de serpents ponr veiller sur ces sphères. Le lundi est le jour des êtres fabuleux. Dieu créa le soleil, la Inné et les étoiles, et fit des esprits sous la forme de cerfs pour veiller sur le soleil, la lune et les étoiles. T^e mardi est le jour du padi. Dieu créa les esprits qui sont dans le ciel et sur la terre, et tout ce qui est et vit dans la mer. Il fit des esprits sous la forme d'élrphants ponr veiller sur la terre. Le mercredi est le jour de la fleur du cocotier. Dieu créa toutes les eaux , la mer , les rivières et les sources avec tout ce qui y croît; aussi les arbres de la terre. Il fit des esprits ayant la forme humaine pour veiller sur ce nouveau domaine. Le jeudi est le jour des singes. Dieu créa le ciel et ses ornements, et l'enfer et le paradis, des esprits vengeurs et des esprits produisant des fruits. 11 fit des esprits sous la forme de souris

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u iHTnooncTioii.

pour lot garder. l<e veniiredi eut le jour de l'oUeau l'ôka. Dieu cria l'hoinme et la femme, let laiua errer dans le cù^l et fil ilnt esprits sons la forme de chamois pour les surveiller. I.c samedi est le jour des sauterelles. Dieu n fini de ctiet en haut ut au-dessous delà tvnc, niais il fit l'ncorc des esprits sous la forme de grenouilles pour veiller sur ses œuvres.

li'intolliQcnce humaine s'est donc préoccupée de tout temps, et dans tous les pays, de la recherche de lii solution du problème qu'ont suscité les rapports do l'homme avec tout ce qui a vie et n'est pas homme, avec la nature animale et végétale tout entière. .l'ai cjté ailleiin ' la page éloquente que la marquise de lllocqnevillo a consacrée à cette étude. Avant elle, Mickiewiez avait dit du haut de sa chaire du Collège do France : « l.es livres des chrétiens se trouvent remplis d'exemples d'une sympathie profonde entre riionimc pieux et l'animal, .le lis dans mon bréviaire que, lorsque saint Antoine mourut dans le désert, les lions arrivèrent la nuit et creusèrent une fosse, où son compagnon l'enterra. Lorsque saint Antoine de l'adouc parlait, les animaux dressaient les oreilles, et on a va les poissons se diriger vers lui. Ne noua en étounons pas ! La même force qui ouvre nos oreilles et nos &me$ aux accents d'une voi.\ inspirée, ce rayon invisible qui traverse la parole palpable se fait sentir même à un esprit inférieur. Saint François d'Assise,

L'Àrchîpel intlien.

le grand thaumaturge, avec quel nmour pnrlail-ll dei oUeanx et des animaux, qu'il appelnit toujours set frères, ses sanu'sl » Et le philosophe aiiii^ricaiu Ëmmerson ajoute : « I.e temps est veuu de donner A In base de nos connaissances plus de largeur et plus de profondeur ; mais pour l'élargir et pour la réformer, il faut nous réformer intérieurement. Il faut commencer une vie nouvelle, se faire une conscience nouvelle, en aspirant une nouvelle dose de cet esprit universel qui anime et ranime tout. ■

lia sympathie entre deux êtres vivants, quoique de nature différente, mais participant également A l'Ame universelle de Dieu, est donc l'explication rationnelle de ce passage où, dans le poëmc Je Ilidasari, se trouve mentionné l'écliange des deux esprits vilaux entre la jeune Klle et le petit poisson. De là aussi on peut conclure que ce fait remonte A imc époque antérieure à l'invasion de l'islamisme dans l'Archipel indien , antérieure par conséquent au quatorzième siicle. D'aillcurs,rensemblemème du poëmc parait se rapporter à une époque où la civilisation n'a pas encore élevé l'amour conjugal à la dignité d'un sentiment.

Dans le Bidiisari, nous ne voyons que l'instinel. Vax effet, comment le roi d'Indraponra exprînie-t-il son affection pour son épouse? I.c poëte répondra :

a Le prince mangea du siri, prit l.ila dans ses bras, • la couvrit (le baisera et. lui donna un » sépah «; il

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U IHTIIOODCTIO!!.

» lii flâna, la caresia et s'humilia devant elle. • — Et ailleurs : • Le roi s'assit pour manger du slrl,

<• caiTssn les gmoiix de la princesse , piit un « sépah >

> et le lui mit dans la boiicbo. Et elle, elle le pria de " le saupouilrer d'ingrédients. » — « Le puissant roi H se livrait avec elle toutes les nuits & des jeu\ et des

> ris jusqu'à l'Iieure de minuit. > — u Rentré, il s'assit a auprès de la princesse ; il l'embrassa et caressa ses

> joues. « — « Quand le soir lut venu, les deux époux » se bercèrent mutuellement. • — « A minuit, les

> deux époux allèrent ae reposer derrière des rideaux ■ d'Ëgypte ; le prince berça et embrassa sa femme, a

Cette manière d'exprimer l'amour conjugal indique bien-que le poète primitif a A(i vivre à une époque où l'instinct, qui incite deux personnes de sexe différent l'une vers l'autre, n'est pas encore parvenu à l'état de sentiment. ■ Quand l'homtaio est grossier, dit M. Saint-Marc Girardin, ses sentiments ne sont pour ainsi dire que des instincts ; quand l'bomme est poli par l'éducation, ses instincts deviennent des sentiments; et plus l'éducation est forte et pure, plus les sentiments sont à la fois énergiques et délicats. lia supériorité de l'bomme tient ii la faculté qu'il a d'épurer ses instincts et d'en faire des sentimei)t3. C'est là le pouvoir de l'homme j c'est aussi son devoir '. »

1 Court tUf tîut'rùlun dmiHalijiitf t. II.

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INTBOODCTION. M Enfin, ce qui me fait croire encore que la légende rccneillie par In poëie de BUasari eit bien antérieure

& l'époque où ce poitme a Hé écrit, c'est qu'on y voit citëi des noms de dieux du Panthéon brainnanique, tels que BataraDrahma, le dieu suprême ou créateur, et Datera Indra , le dieu du ciel. Ce dernier y a de beaux palais et des jardins magnifiques, auxquels les poètes malais et javanais comparent souvent ceux de lalerre. Ainsi, dans le Aoino, la demeure du roi Ohosoroto est semblable an paradis céleste, et tons les ornements sont comme ceux du palais de Datoro Ilendro. La jeune flidasari est comparée, tantôt & RIcndondari, qui est l'épouse de Rawana et renommée pour sa beauté, ses charmes et sonbon caractère; tantôt X Souprobo, qui est la pins belle des Widhodaris du Sourolojo, ce qui signifie en langue knwi « nymphes du ciel « , ou en d'autres termes « habitantes du séjour lumineux. » Aussi, quand nous rencontrerons dans le texte des pensées empnintécs au Koran, nous les attribuerons h l'écrivain qui était islamite, et non à la légende qu'il a écrite en vers.

Il nous reste à parler de notre traduction du Bidasari. Nous nous sommes servi de celle de Van Hœuvell, qui a translaté lé texte malais en néerlandais.

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M INTHODDCTION.

Cet idiome du Nord a pu conicrv'er fidèlement le seai de l'oriningl. I<o néerlandalt a pour cela une aptitude' particulière i il a la faculté do composer doi rnotn, nt cette toupleite lui donne la pniisance de s'auimilcr avec une grande facillti! l'idiome des Malais; tandis que le français de nos jours, si bref, si précis, si net, su plio avec peine aux caprices enfantins d'une langue Agglutinante. Nous avons voulu observer le précepte que M. Egger nous a enseigné à une des séances du congrès scientifique d'Amiens. Nous avons tenu compte du degré de développement auquel est parvenu le néerlandais et de la convenance naturelle qui existe entre cette langue et celle de l'origi-. nal, et nous espérons être, au moyen de cet intermédiaire, l'interprète fidèle de l'auteur de Bidasari.

Toutefois, il est un épisode de ce poème que nous n'avons pas cru devoir traduire ; c'est celui oA le poëte raconte l'enivrement du fils du roi de Kembajat après son mariage avec les Widhodaris. Ce passage peut ne pas paraître obscène à des populations asiatiques ; il blesserait certainement des oreilles françaises. Cependant de Ilumboldt était d'avis de ne pas le supprimer, porce qu'il permet, disait-il, d'apprécier le degré de délicatesse des sentiments d'un peuple et comment il comprend raccomplissement de ses devoirs. Nous n'avons pas osé suivie le conseil de l'illustre savant allemand.

BJDASARI

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