CHANT PREMIER
Écoutez un cliant de l'histoire tlu roi d'un dcssa du |iays de Kembajat. Un faquir a compiM ce rdcit avec l'intention d'en (aire un po£nie.
Il y avait un roi, un sultan, beau, instruit, parlait. Il était de la race des plus grands rois. Il faisait regorger le pays d'ëtrangeis et de marchands. D'après ce qu'ont dit les hoDunes de ce temps, il était un prince valeureux, qui n'avait pas encore éprouvé de contrariétés. Mais le jour du lendemain et du surlendemain est incertain.
Après que le sultan royal, l'homme accompli, (al marié de quelques mois et quelques jours, ^a royale épouse devint enceinte; lonqu'il s'en aperçut, l'amour
M BIDASAHI.
onHanima davantage ton cœur. C'diait comino s'il avait tmiivf^ une mine do dïauiuntâ, vu voyant i)uu su Tumme allait devenir mère.
Quel(|ues jours encorp durèrent lu joie et le bonheur sans nuages. Mais lo luoinent vint où le |>rince connut, le malheur et dut abandonner le siiSgc de son royaume. Un oiieuu sauvage plana dans les airs, c'était un f«rouda, un oiseau effrayant. Il désola et ravagea tout le pays. Il volait en étendant les ailes et les serres , en poussant des cris épouvantables, Tous, grands et petits, furent frappés de stupeur ; tout le pays fiit affligé et craintif, et l'on courut de ci et de lit. Le peuple alors se présenta au roi; celui-ci entendit la rumeur, semblable h celle d'une mclée , et demanda irrité : « D'où » vient ce bruit? «Dès que le prince eut parlé , un garde du corps lui répondit respectueusement : « Illustre sei- H gneur, prince miséricordieux! nous sommes tous • jioursuivis par un garouda. » Quand le roi eut entendu ces paroles, son doux visage piilit.
Les mantris se levèrent et se frappèrent la poitrine.
L'anxiété du prince était d'autant plus grande, que la reine était grosse de sept mois; son trouble augmenta de plus en plus ; il prit sa compagne par la main et partit sans se pourvoir d'aucun moyen d'existence pendant le voyage. Il se confia et laissa tout & la garde de Dieu, le souverain dispensateur du salut de l'univers. La reine ne prononçait pas une parole et marchait en versant des larmes. Ils allèrent alternativement par les
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CHANT PRBMIBH. 61 koinpoiigs et les champs , uccnbli^s d'une chiileiir lirAluiitu. La princesse, qui éluit d'un jiiune pùle devint noire, ce qui oHligca encore lu |)opululion. Le prince atteignit le désert et eu* le corps blessé pur les épines des ronces et des rotins.
Son anxiété et sa douleur furent & leur comble lorsqu'il vit l'état de sa compagne , qui ne pouvait mcinc plus se traîner et qu'il fallut diriger par la uiuiu. Il fut très^ésolé en considérant le sort de lu reine. Durant tout le voyage , il s'efforça de satisfaire à tous ses désirs. Après une période de deux mois et deux jours, lu reine était si affiiiblie qu'elle ne pouvait plus rien supporter. Alors, le roi se rendit tout droit au kauipoug d'un marchand. Le chemin était ruhuteux et Irès-difHcile il parcourir. Le prince s'arrêta devant les |ialissades j — Dieu l'avuit fait arrêter et s'asseoir.
Le sultan royal dit :
• Quel serait ce kampong? Je voudrais bien y entrer,
> mais je n'ose... Eh bien, je me reposerai ici. >
La reine pleura et dit :
» 0 mon bien-aimë, que dirais-je? Je souffre toutes
> les douleurs ; mon cœur est troublé et je tombe de
• défaillance. ■
Le roi fut tout hors de lui, il perdit connaissance et avec elle la parole. En6n il murmura d'une douce voix : « Peut-être allez-vous enfanter. Partons, efforcez-vous u un peu; cherchons un lieu de repos auprès d'une
• rivière, afin que nous ne soyons pas surpris. » Le roi et la reine partirent, et le roi soutint lu reine ; ils aile-
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n BIDASARI. .
mil chercher le bord iruiic rivière; mnii ii chaque pas
ils s'uri^taient.
Quand le roi fut arrivé au bord de la riviire, il vit une |iiroguu nyec un toit de bambous fendus et une tente de kadjang ; alors il dit : ■ Itcposcz-vous ici, prin- * cesse, a Lu lune projetait des rayons de féte et le ciel scintillait de toutes ses étoiles. Mais la princesse souffrait d'indicibles souffrances, et le prince dlait triste de la voir ainsi souffrir.
La lune avait quinze jours, et c'iitait trois heures avant l'aube; les rayons de la lune brillaient d'un 0rahd éclat, — Mais le prince était désolé do voir sou^ frir la reine. Un irais zéphyr sountait du cAté du midi, les coqs des bruyères chantaient et les paons leur répondaient comme pour saluer un enfant royal. Un nuage couvrit la moitié de la lune, semblable h une vierge qui voile son visage et rcgorde timidement du côté de son amant. Alors la reine mit au monde une fille. Elle enfanta une princesse dont les traits ressemblaient il Mendoudari'. Elle souffrait le martyre; le prince fit reposer sur ses genoux la tète de sa compagne. Son eniànt était pareille il une fleur; elle était belle comme une statue d'or et avait la couleur des fleurs du ijempakka cueillies par une reine '.
' KiwuM de Ranana, Knommée ponr ta grande beauté, aei charmée et son bon caractère. Dans preique tout lei poèmes inalaîs, les belles femmes tui sont comparées.
3 Une statue d'or est, dans la poésie oialaiie, le type de la beauté.
3 Ije Ijempaklia est une fleur jatine, ayaot la forme d'une tulipe et quelque! fetttilei obloogiies.
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CHANT pbemieh. os
Lorsque la reine fut accouchiie, le prince In rcfjnnlii et lui dit :
• Ma bien-aimée , levez-vous et allez vous baigner a avec votre enfant. »
Quand elle se fut purifiée , clic prit l'enfant dans ses bras et lui donna le sein ; mais son cœur ëtait triste de ce qu'elle devait partir et abandonner son preniier-nv. Tous les deux furent anxieux et affligés en admirant les traits charmants de la jeune princesse.
Le roi pleura et dit : «Ilnescra pas facile de la prendre ■ avec nous , par ce chemin parsemé de ronces et > d'épines, et brûlé d'une chaleur excessive. » — « Amie, a dit-il a sa compagne, amie, perle de mon -palais I no a pleurez pas ainsi sur le fruit d« vos entrailles ; conficz-
• vous au Dieu tout-puissant! Abandonnons notre en-
• fant et offrons-le à Dieu. Puisse Dieu lui accorder » d'être recueillie par des humains qui la soigneront et t la nourriront! >
Des qu'ils eurent résolu d'abandonner la jeune princesse, leur douleur ne connut plus de bornes. Us voulurent aussitôt s'éloigner, — mais le prince prit l'enfant dans ses bras, la berça sur ses genoux, accablé de douleur, et l'endormit : • Dors, fruit de mon cœur; dors,
• mon Ame; dors, mon enfant; dors, miroir de» yeux » de ton père. Ne pleure pas sur ta mère; elle veut te » prendre avec elle , mais les difficultés sont trop gran- » des. Dors, mon enfant, prunelle de mes yeux; enfant,
• reflet de ton père. Reste ici, ne crains pas, je te confie » au Seigneur du monde. Dors , mon enfant ; couronne
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