CHANT PREMIER
• tenant tu dois rester seule. Gomment mon cœur ne » serait-il fms désolé?»
Ln princesse pleura umèiement et s'évanouit. Le prince vit la désolation de sa compagne et voulut se tuer, tellement il était ému : il prit la téte de la reine sur ses genoux. Par la toute-puissance du créateur de la mer, la princesse revint ii elle et se dressa.
— Et elle pleura longtemps en revoyant sa fille.
« Si je ne te retrouve plus, belle àme, que tu mère » partage ton sort! Sa vie tient à celle de son enfant; la » prunelle des yeux de la mère est obscurcie j l'espé-
> ronce est éteinte en elle, parce qu'elle. ne te verra
• plus. •
La princesse pleura et dit :
• Poids de mon cœur, prunelle de mes yeux, nous
> devons maintenant nous séparer; reste ici, mon en- » fant; vis sans soucis. •
La princesse pleura amèrement, son cœur était tout troublé : « J'espère que tu seras encore heureuse , mon
> enfant. Puisse une personne charitable te découvrir! »
Le prince essuya ses larmes en entendant parler sa compagne : « Eh bien, ma chérie! éloignons-notis
> d'ici, l'aurore va bientôt paraître. «
Le prince partit, mais il se retournait constamment et voulait revenir; enfin l'illustre roi réfléchit et s'éloigna en se retournant toujours. Les deux époux morchaient, solitaires, sans compagnons, sans amis; ils marchaient affligés et S0UCI6HX I et lo luno brilloit plus pure.
Source gallica.tjnf.fr / Bibliothèque nationaie de France
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Dans ce chant, il est question d'un marchand et de SCS richesses. Ses biens et ses trésors dtaieni immenses et son bonheur sans mélange, dans la ville d'Indrapoura, où sa fortune n'avait point d'égale.
Il possédait mille esclaves, vieux et jeunes . de Java et d'autres pays ; ses trésors étaient sons pareils , son rang plus élevé que celui de Panggawa. Il avait deux ièmmes légitime- < l plusieurs jeunes concubines; mais quelque chose manquait & son coeur, il n'avait pas un seul enfant.
' Par la volonté du créateur de la mer, le marchand sortit de grand matin avec une de ses femmes et alla droit il la rivière. '
Le marchand Lila Ujouhara entendit la voix gémissante d'un enfant qui pleurait; cette voix était riaire comme les .sons d'une flûte et venait d'une pirogue rapide. A ces cris, il alla de sa personne au-devant de la nacelle merveilleuse, et aperçut nn cnlànt avec un beau
Cil BIDASARI.
visage. Il s'en réjouit cxtrimement, comme s'il avait trouvé une mine de diamants. Les deux époux se dirent l'un il l'autre : « A qui serait cet enfant? Un homme de > haut rang doit avoir été ici , et il a déposé là cet a enfont. •
Le marchand devint joyeux en voyant briller les traits du petit être. Il le prit dans ses bras et le porla à sa demeure. Il ftit heureux d'avoir trouvé cet enfant, et réunit ses serviteurs vieux et jeunes. Quatre femmes furent chargées de lui donner des soins et deux nourrices de le nourrir. ,
Tous les appartements de la maison furent ornés et reçurent de nombreux tapis ; des rideaux et des tentures de couleur orange furent appendus.
La princesse fut placée avec les nourrices sur un lit de repos incrusté d'or, un lit de parade magnifique ; des chandelles, des lanternes et des lampes furent allumées.
Le marchand et sa femme l'airarjrent de tout cœur comme leur propre enfant. Ses traits ressemblaient ii ceux de Mcndoudari, et elle reçut le nom de Bidasari. Alors on prit un petit poisson et on lui enleva son esprit vital qu'on échangea; on le baigna dans une boite d'or, et l'on mit ensuite la boite dans une cassette. Fuis le marchand fit un jardin de plaisance avec toutes sortes de pieux et des vàses & fleurs, des berceaux de verdure et des lianes; il fit un beau vivier qu'il entoura de pierres précieuses alternées de topazes, il l'instar du pays de Pelanggam, uu charme pour les yeux. Le sable était d'or, les pierres d'albâtre, mélangées de perles
CHANT DEUXIÈME. C9 l'ouges et de saphirs. L'eau était claire et profonde.
La cassette fut déposée dans ce vivier.
Depuis que le marchand et sa femme avaient trouvé Didasari, la joie était entrée dans leur maison. Ils ne firent que boire et manger, battre des mains et danser. Ils veillèrent et soignèrent l'enfiint nuit et jour. Ils lui donnèrent des vêtements d'or, des colliers et des bijoux de formes diverses, des anneaux , des joyaux, des ceintures et des ceinturons et des cassolettes; des broches en forme de lunes et des pedakas, des fleurs d'or pour les cheveux , et des soulings de tjempakka, et des mules brodées h la mode de Sourot.
Jour et nuit, le marchand et sa femme veillaient sur elle.
Tandis que Bidasari croissait, la beauté de ses traits augmentait aussi. Son teint était blanc et jaune, et elle était excessivement jolie et gentille. Les pendants d'oreilles et les bracelets la paraient comme une pierre précieuse dons un verre. Sa beauté était sans pareille et ses traits comme ceux d'nne nymphe céleste. Le marchand en était épris et joyeux. Elle ne connut aucune contrariété; elle eut autant de robes qu'elle en voulait, autant qu'une princesse de Java. £n un mot , dans tout le pays , il n'y avait pas une seconde Bidasari.
Il est question maintenant de Djouhan Mengindra, qui régnait en qualité de sultan sur Indrapoura; son
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TO ' BIDASARI.
royaume <!tait très-ëtendu, pourvu de mantris et de bandharas, et de milliers déjeunes guerriers .d'dlitc, qui tous entouraient le trône. Ce prince illustre était marié seulement depuis deux ans à la princesse Lila Sari , aimable' et gracieuse. Dans tout le dessa ou ncgory, personne ne lui était comparable. Le roi était extrêmement beau, et n'avait pas son semblable dans Indrapoura. Sa science et ses habitudes étaient ce qu'elles devaient être, et sa conversation très-alTable. Aussi lon(jtemps qu'il a été l'heureux époux de lu princesse Llla Sari,' il l'a aimée et tendrement chérie; il satisfaisait tous ses désirs, et il était payé de retour; mais la princesse était orgueilleuse : ■ Personne, se di-
• soit>elle, n'est belle comme moi! > Leur union devint toujours de plus en plus intime, comme celle de l'Ame et du corps. Aussi le roi se persuada-lfil qu'il n'y avait pas deux femmes d'un aussi noble caractère que la princesse.
Un jour, les deux époux se livraient à des jeux cl s'amusaient; la princesse so mit a chanter :
«Venez, mon bien-aimc, écoulez-moi; vous m'as* « surez souvent de votre amour; mais je ne connais pas
• encore le fond de votre cœur. Si un molhcur m'acco-
• blait, meresteriez'Vous Bdèlc? »
Le prince sourit et dit : « Aucun malheur ne peut « l'atteindre, ma chérie; mais quoi qu'il arrive, je sens
• dans mon ftmc que si tu succombes, je succomberai » avec toi. •
Joyeuse, la princesse reprit:
CHANT DEOXIÈME. - 71
• 0 beau et excellent prince, s'il se trouvait une
> femme d'une beauté h nulle autre pareille, la pren- ■ driez-vous pour épouse? ■
Le roi répondit en riant : ■ Mon amie, ma toute
• belle, quelle femme accomplie pourrait être mise en « parallèle avec toi? Tu es charmante , tu es parfaite ; » où pourrais-je trouver une autre toi-raéme? Si je clicr-
• chais par tout le pays, je ne trouverais pas ton e'galc, « ma princesse chérie! mon âme! Tu es d'une illustre « race, tu es sans défauts , sage et belle : dans tous les » dessas , personne n'est comme toi , tu es comme les
• apparitions célestes au milieu des nuages. Tes traits
• sont ravissants, tu es douce et aimable h mes yeux, tu
> es soudée à mon cceur, et ma pensée ne peut se séparer
• de toi. •
La princesse sourit et se réjouit, et sa figure s'enflamma de bonheur; mais tout à coup cette idée traversa son esprit : > Qui sait s'il n'y a pas une femme
• plus belle que moi? >
La princesse s'écria : • Écoutez, mon ami ; s'il y avait
• une femme belle comme un chérubin , voudriez-vous
• en faire votre épousef Si elle paraissait à vos - yeux
• plus belle que moi, votre cceur ne brûlerait-il pas pour .elle?»
Le prince sourit et ne répondit pas. La princesse sourit aussi, et remarquant l'hésitation du prince, elle continua : • Puisque vous hésitez, vous l'épouseriez » certainement? »
L'illustre prince répondit olon : • Mon cœur, or pur
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Ti BIDASARI.
• de mon tme, si ses formes et sa naissance sont égales
• aux tiennes, je l'associerai k tes destinées. «
Lorsque la princesse l'entendit ainsi parler, elle trembla ets'oublia elle-même, et, lui jetant un regard oblique, elle se leva et quitta son siège royal.
Le prince la saisit aussitôt et lui dit : ■ Or, rubis,
• amie la plus chère , je t'en prie, ne sois pas fàchëe ! » Poids de mon coeur, lumière de mes yeux, ne me garde
> pns rancune dans ton cœur, parce que j'ai répondu ï » ce que tu m'as demandé. »
Le prince mangea du siri, prit Lila dans ses bras, la couvrit de baisers et lui donna un tépah; il la flatta, la caresso, et s'humilifi devant elle. Le regard de la princesse retrouve sa douceur ; elle écoute de nouveau les tendres propos de son époux, mais son cosur de femme reste endolori et sombre. Elle alla s'asseoir h l'écart et pensa en elle-même :
« Eh bien, demain je ferai faire des recherches; je
• crains qu'il n'y ait dans le pays, parmi les habitants, M une jeune fille plus belle que moi ; je tâcherai de l'ot-
• tirer par ruse en ma puissance. Je la ferai mourir » pour donner libre cour* h ma vengeance, et afin qu'elle
• ne devienne pas ma compagne. Si le roi l'épousait, ■ il l'aimerait plus que moi; il aurajt pkis d'amour
> pour la plus jeune de nous deux, et mon coeur serait
> constamment déchiré, •
Tontes ces pensées augmentèrent sa colère, comme si son cmur eût été plein de fiel : « Que je sois maudite
• si je ne vais pas jusqu'au bout dons mon amour I • La
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CIIAMT DEUXIÈME.
cœur de la princesse ne s'opaisa point; elle soupimit et gémissait dons la solitude.
Lorsque le jour parut, le roi et la reine se levèrent et allèrent, comme de jeunes mariés, se baigner; In beauté de leurs formes était inexprimable ; ils étaient comme des fleurs rassemblées.
Après avoir mangé, le roi partit accompagne de tous (es mantris et d'un grand nombre de marchands.
Dans l'intervalle, la princesse Lila Sari fit mander un orfèvre; elle appela en même temps ses quatre dayangs, qui arrivèrent et s'assirent.
Dang Wilapat s'inclina et dit : • Salut h toi, 6 prin- » cesse accomplie I a
Alors la reine lui dit : ■ Allez, dayangs , me chercher
• de l'or et de la poussière d'or, et portez le tout il un
• orfèvre; allez, duyangs, et dites-lui de prendre cet
> or et de faire pour moi un éventail entouré de joyaux,
• orné de rubis et de perles, et une ceinture virginale
• complète. Surtout, ne faites aucune dlIBcultd pour le
> prix. Je désire posséder tout cela le plus tôt passible, »
Les dayangs se hâtèrent, prirent l'or, s'inclinèrent, sortirent de la ville et parcoururent tout le kamponq des orfèvres. Les dayangs s'approchèrent de la maison de l'un d'eux, s'inclinèrent, et en étalant l'or lui enjoigniient d'en faire un ceinturon aussitôt. L'or fut martelé et brilla de diverses améthystes et de joyaux; ce Alt merveille de voir cette partie de la toilette d'une
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H BIDASARI.
femme de sultan ; plusieurs pierres précieuses y furent incrusldcs , et on ne peut en estimer la valeur. Trois jours après, nu quatrième jour, la ceinture était achcTée, Tout ce temps, la princesse n'avait pas maogë, à cause de lu douleur qu'elle éprouvait. L'orféTFO s'inclina et présenta l'éventail qu'il avait fait. La princesse le prit et sourit en le voyant si beau, qu'il n'y avait pus son pareil parmi les objets de toilette des princesses de Javo, Elle eut du plaisir à le regarder, ét appela les quatre dayangs : • Je vous en prie, dayangs, dit-elle, «je veux vous confier un secret; allez, dayangs, je 9 vous en conjure, au kampong des mantris, pour mon- » trcr cet objet et l'exposer ep vente. Faites-le voir à s quiconque le désire, mais ne le conBez pas à d'autres.
• Exposez-le en vente, mais n'en dites pas le prix.
• Voyez en même temps s'il est quelque part une per- » sonne plus belle que moi, et si vous la trouvez, retonr-
• nez aussitAt auprès de moi. 8i vous obéissez il nies » ordres, je vous accorderai tout ce que vous désirez, »jc vous élèverai toutes quatre en autorité et vous s nommerai inspectrices du palais. »
Les dayangs promirent et partirent. Tous ceux qu'elles rencontrèrent étaient leurs amis ou connus d'eux. Elles surent plaire il tout le monde , visitèrent tous les kampongs, s'arrêtèrent à tous les carrefours et se tinrent comme des prisonnières. Quand les serviteurs des mantris dirent aux dayangs : > Qu'aves-vousdonc h vendre? I ne voulez-vous pas nous montrervotre marchandise? • les quatre dayangs très-joyeuses répondirent à tons.
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CHANT DEUXIÈME. 75 vieux et jeunes ; « Il ne nous convient pas de la uion- » trer. » Mais la plupart insistèrent et dirent : « Allons! » dayangs, qu'est-ce donc? Montrez-nous ce que vous V avez, nous mourons d'envie de le voir; si la chose n n'est pas faite pour nous, nous la porterons à nos x mattrès. »
Les dayangs sourirent et dirent :,> Pouvons-nous vous
> accompagner ? a Et elles laissèrent voir un bracelet qui les étonna tous par sa beauté.
Chacun des serviteurs alla dire h son maître : n You-
> lez-vous acheter des bijoux? Les dayangs de la ville » ont un objet magnifique à vendre. » Lorsque les filles des mantrîs entendirent ces paroles « elles en furent réjouies, et dirent ; « Vite, courez, apportez-le ici. » Les serviteurs des mantris sortirent , allèrent rejoindre les dayangs et dirent : « Notre maitrc désire votre mar- ■ chandise. »
Les dayangs les accompagnèrent et entrèrent dans les maisons en faisant mille politesses. Et les jeunes filles leur dirent : • Quel est le prix, dayang Wirayanî 'La dayang Poudagah leur répondit : « Je retournerai ii la r> maison pour m'en informer et reviendrai aussitôt. « Lu dayang Wiravan ajouta ; « C'est un objet princier; » quand je saurai le prix, je vous le dirai. «Ainsi elles parlèrent, et quand elles eurent regardé autour d'elles, et n'ayant pas vu parmi ces jeunes filles une seule qui fût plus belle que la princesse, elles se disposèrent ii partir. Alors les dayangs se dirent entre elles, fatiguées d'avoir couru tout le jour : « Où chercherions-nous en-
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T« BIDASABI.
■ core? Attendez) dans le kampong des étniDgers et des
• prêtres. •
Les dayangs allèrent donc aussi de ce c6ié et y apportèrent l'objet de toilette d'or pur; mais quiconque le vit dit : • Cet objet ne nous convient pas, > Et chacun pensa en soi-même : < Qu'a donc la reine, qu'elle laisse » vendre un tel objet de toilette? >
Personne n'osa même le toucher.
Alors les dàyangs se rendirent au kampong des marchands, qui avait une double ligne de remparts, et d'où il s'élevait une grande rumeur. Elles y pénétrèrent, allèrent au Irnigar et se dirent l'une à l'antre : • Dans
• ce kampong, il y a pins de bmit, plut de mouvetment, de jeux et de danses que dans celui des » mantris; voyons un peu ce que nous pourrons y
• faire. •
Les quatre dayangs s'informèrent partout si le chef était Ih : u Ne voudrait-il pas acheter des objets de toi- » lette? Nous vendons cette "hose rare et curieuse? »
Lorsque les jeunes gens entendirent ces paroles, ils ouvrirent leur porte et dirent :
« Que demandez-vous, dayangs? n
Alors les dayangs se dirent l'une à l'autre : • Nous
• désirons parler au marchand ; nous avons a faire voir
• beaucoup d'objets- de toilette, si sa femme veut les » acheter. ■<
Les dayangs ajoutèrent en riant :
■ L'objet que nous avons avec nous est magnifique et
• sans pareil; il a Hé lait par un artiste de Java. •
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CIIAMT DEUXIÈME. 77 Lorsque les gens de Bidasari virent les dayangs, ils leur dirent :
• Apportez ici ces objets. Donnez-les-nous; nous les
> montrerons & notre maître, qui en achètera bien un
> ou deux. •>
Les dayangs sourirent et dirent :
« Ces biens ne sont point à nous ; si une des pierres t précieuses s'égarait, nous serions punies, car tous les
> objets de toilette que nous avons emportés avec nous
> appartiennent à la reine. »
Alors les dayangs de Bidasari se réjouirent et dirent :
• Asseyez-vous, amies, et attendez; nous rapporte-
• rons ceci h Bidasari et lui demanderons si elle veut s voir ces objets. •
Elles s'en retournèrent et trouvèrent la jeune fille nssise dans son fauteuil , et & côté d'elle ses nourrices et ses femmes.
Les dayangs s'inclinèrent et dirent : « Voulez-vous » acheter des objets de toilette faits d'or pur et d'une » rare beauté? De jeunes dayangs en ont apporte , et
> elles disent qu'elles sont chargées de les vendre de la
> part de la reine. •
Bidasari entendant ces paroles se réjouit beaucoup , et dit en souriant : > Allez, dayangs, et apportez- moi ■ ces objets de toilette , afin que je les voie. »
Les dayangs répondirent :
• Nous avons déjà dit cela nous-mêmes, et exprimé
• le désir de vous les montrer; mais les dayangs ne veu- » lent pas y consentir, parce qu'elles craignent que cet
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78 niDASAItl.
» objet d'origine royale ne s'dgare. Quiconque veut
> racheter pcpt les appeler, et elles rapporteront clles- ) 'mêmes. «
nidosari reprit :
« Faites venir ici les dayangs; si leurs objets me plai-
> sent, je les achèterai. •
La dnyang dang Ratna Watie sortit et leur apprit que la jeune fille Bidasari désirait voir leurs marchandises.
Les (jualre Haymigs entrèrent ensemble. La joie rayonnait sur leur figure, mais leur maintien était celui de la politesse et de la modestie , comme si elles avaient ïîtiî craintives et timides.
Aussitôt les femmes de Bidasari leur adressèrent In parole : « Venez, jeunes dames, nous sommes toutes 9 soumises au roi ; entrez , sœurs atndes et amies. >■
Lorsque les dayangs eurent regardé nutoiu* d*elles , elles furent ëbohics en voyant la stature de Bida. Le cœur battait violemment dans leur poitrine lorsqu'elles contemplaient ses beaux traits. Elles se dirent l'une ii l'autre : « Lu personne de Bidasari est plus belle que » celle de la reine; Bidasari la surpasse en beauté, c'est » comme la fille d'un être céleste; si le roi la voit, il la > prendra certainement pour dpouse ; elle n'a pas sa » pareille dans le pays , ses traits sont comme ceux de « Mendoudari. >
Les femmes dirent en riant : • Pourquoi étcs-vous si
• dtonnées, dayangs? Hontrez-nous tout ce que \ous
• avez opportd; où sont-ils ces objets fabriqués h Java? t
Les dayangs tremblèrent et eurent honte , et dirent toutes troublées : * Voici Tobjet de toilette que veut » vendre notre glorieuse princesse? i>
Puis riant, elles ajoutèrent : • Nous sommes tontes a ravies de voir cette charmante jeune fille , et nous en a sommes éprises. »
Lorsque Bidasari vit ces superbes choses à l'usage des ièmmes, et révcntail enrichi de joyaux, d'opale et de pierres lazuli , elle s'empara de la botte de bdtel comme pour manger du siri, et prit l'éventail entre ses mains : n Voyez un peu, nourrices; comme cet éventail est nuir gnifique. J'ai toutes sortes de robes, mais un tel éventail » me manque. Allez vite , mes chères , et demandez de V l'or à mon père, »
Une d'elles alla trouver le marchand et sa Femme, et s'inclinant devant eux, dit : « Votre fille m'envoie vers » vous et m'ordonne de vous demander de l'or, parce » qu'elle veut acheter un éventail orné de joyaux , » qu'ont apporté ici les dayangs de la ville et qui nppar- " tient à la reine. »
Après avoir entendu les dayangs , le marchand dit à sa femme : • Allez vite, voyez ce dont il s'agit, pesez l'or » et donnez-le-lui. »
Elle alla, et lui la suivit. Ils s'assirent près de leur enfant, virent ces choses extraonliiuiircs et les admirèrent tout stupéfaits. Mais la femme du marchand, qni avait de l'esprit, se dit licurcuscment en elle-même : ■ Cette manière de trafiquer de In princesse est étrange ; » qui sait s'il n'y a pas lii-desiîous quelque piège? »
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13 BIDASAHI.
Alors elie dit & Bidasarî : « N'ucbetez pas cet ëren-
> tait! Non pas, ma chère, que je ne veuille pas vous le » donner : j'en clicrcherai pour vous nn aussi beau. » Votre mère ira chez l'orfévrc en faire faire un qui » sera plus orné de pierres précieuses que celui-là. i> Laissez ces femmes emporter l'éventail de la prin- » cesse. >
Mais lorsque la mère vit la désolation de la jeune fille, elle eut pitié d'elle, l'embrassa et lui dit : « Consolex-
■ vous, mon enfant, ma chère et bonne fille, cet éven- » tail n'est pas si extraordinaire, j'en ferai faire un plus
• beau que celui-ci, et qui, sous le rapport de la forme, » ne lui sera pas comparable, n
Mais Bidasari pleurait toujours Sa mère l'cm-
brassn , mais elle s'était fâchée : k Si je n'ai pas cet « éventail, je me détruis moi-même « , dit-cllc.
Le marchand Lila Djouhara entendit ces paroles et courut aussitôt vers Bidasari. Il prit sa fille sur ses genoux, la caressa et lui donna un sépah : « Rameau de
■ mon cœur, ne vous ftichez pas, ne vous désolez pas
• oinsi. Que le prix de cet éventail soit aussi lourd que » toi, je l'achèterai. Eh bien! dayangs, vous qui avez
> apporté ici cet éventail, quel en est le prix?
La dayang Tjendra Melinei répondit : « S'il était de " deux timbangs , oseriez-vous l'ochetcrî «
Le marchand sourit et dit : > Je suis pauvre , bien » pauvre ; mais parce que mon enfant est la prunelle » de mes yeux, j'achèterai l'éventail i> tout prix. »
L'or fut pesé et donné; les dayangs s'inclinèrent et
partirent; elles retournèrent auprès de la princesse, qui en les voyant s'écria : ■> Venez ici. »
Alors la princesse leur demanda si elles avaient pu tout voir.
Les dayangs s'inclinèrent et dirent : «Oui! et nous « avons agi avec finesse. «
Elles entrèrent toutes quatre dans la chambre il coucher de la reine, s'inclinèrent lentement et dirent :
> Par un bonheur extrême , nous avons trouvé ce que n vous désiriez. Nous avons parcouru divers kampongs a et nous nous sommes fatiguées il les parcourir, et nous < avons souffert la faim et la soif. Noiis avons été par-
> tout , et personne n'a paru plus belle îi nos yeux que » notre illustre reine.
» Cependant, il y avait un kampon^; de marchands, ■ gens très-graves et riches ; le chemin pour y arriver » était difficile et étroit h cause d'un <loublc rcm-
> part. Lii , s'est trouvée une princesse avec des traits « cxtroordinairement beaux , avec des formes sembla-
• bles h celles d'un ange du ciel; elle était comme une a digue de miel contre les flots de la mer. Oui, le nombre
• des anges peut être grand , mais aucune des femmes a de ce pays ne penl lui être comparée. Son maintien
• est ce qu'il doit être; elle est bien élcvcc et instruite; » son nom est Bidasari. Si notre glorieux roi la voit,
• qu'arrivera-t-il? 11 fera ^e cette jcuni; fille sa coinpat gne, et lui accordera tout l'amour de son cœur. I''ll'* a est délicate , élancée, bien faite, liiuntùt nubile; ses
• mouvements et son innocence sont charniants. Gonmic
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8a BIOASARI.
» un nuage qui couvre un rayon de lumière, ainsi veil-
• lent sur elle un marchand et sa femme. Sa chevc- » lure est bouclée comme une fleur épanouie. Vainement » chercherait-on ailleurs sa pareille ; bien qu'elle ne soit
• que l'enfant d'un marchand, elle est certes plus belle » qu'un enfont de mantri. Son front ressemble & la » lune qui n'a qu'uu jour; il est comme un anneau fait n 'a Ceylan. Si vous- la prenez pour compagpe, elle » éclipsera votre beauté. •
La princesse entendit cela et réjMindit : * Je sens la
> haine s'enflammer dans mon ùme ; que mes yeux ne la » voient jamais! Mon cœur brûle de colère, rien que
• d'en entendre parler. A quoi voyez-vous qu'elle soit » plus belle que moi? »
Les dayangs reprirent humblement : « Votre agréable » langage , princesse , nous ne l'avons pas encore cnn tendu ; mais le regard de ses yeux est doux , son sou- < rire est gracieux et attrayant, son teint est de In con- » leur d'un tjempokka vert ; elle est pareille h une
> statue bien faite. Ses joues sont comme le bec d'un a oiseau qui vole , ses épaules comme les épaules du
> wayang ; nous aimions il contempler son cou ; quand « elle mange un pinang, celui-ci est éclipsé par sa beauté. >. Son nez est comme le bouton du jasmin ; sa physio-
• numie est comme le jaune d'iui œuf, tpa pensées sont
> pures comme le cristal. Sa coiffure nmyang moukoor
> lui va bien ; ses lèvres sont comme une petite boite
> bien polie ; son cou est comme un récipient ciselé.
n Les soulings de fleurs d'angnk lui vont bien et aug-
> mentent la pureté de ses traits. Ses dents sont comme » une grenade éclatante, et le coeur s'épanouit <|uaqd
> on la voit. Il y a aussi dix âmes qui se lamentent, mais
> elles se réjouissent en la voyant. Sa taille est sycIIc, « sa gorge bien fiiitc, son sein est comme des œufs de
• kepandang. C'était notre bonheur de la contempler, » semblable à une princesse du mont Lidang. Sa dé-
> marche est légère; sa grâce est sans pareille; qui' « conque la voit en est épris; ses jambes sont souples » comme les tiges du padi, ses paroles et son intelli' H gciice sont parfaites; elle est aimable, compatissante « et bonne; ses traits sont ceux de Nilagcndi. Ses talons
> sont comme des oeufs de poule , et la font ressembler
• il une princesse de Siam. Ob! elle peut paraître ici, ■ si vous voulez In voir. Ses doigts sont plus effilés que 1 les plumes du hérisson, et l'ongle de sa main gauche
• est solide. Les mantris ont beaucoup de jeunes filles,
> mais pas une n'est domporable h Didosuri. ■> Lorsque la princesse entendit les dayangs faire ainsi
l'éloge de Bidasuri, elle eut l'àme attristée comme si une épine l'eût blessée. Ses yeux jetaient des éclairs; elle dit:
« Ne me poricz plus d'elle, si vous m'aimez encore;
i> n'ébruitez pas ce que vous venez de m'apprcndrc. » La dayang dang Bidouri s'inclina et dit : • Sans
• doute, nous vous aimons; que pourrions-nous désirer
• davanta^f — Vous êtes line princesse accomplie. • La princesse Lila Sort reprit : « Eli bien, dayang
a dang Bidouri, si ce que vous me dites est vrai, amc- > nez-moi Bidasari. >
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8» RIDASARI.
La ilayaiig s'inclina et dit : • Permettez, princesse, » que nous disposions d'abord les présents, il nous sera
> plus iiicile d'atteindre le but qne nous poursuivons, n Les dayangs s'inclinèrent et partirent pour aller trouver Bidasari. Si elles laissaient passer un jour sans voir lu jeune fille, celle-ci les faisait appeler. Il s'âx>ula ainsi deux mois dans des entretiens mutuels ; les dnyangs nouèrent des liens d'amitid avec Bidasari, et l'aimèrent sincèrement.
Le marchand et sa femme remarquèrent les visites assidues des dayangs, et combien elles aimaient leur fille. C'est pourquoi ils leur donnèrent tout ce qu'elles désiraient.
Alors les dayangs se dirent entre elles : • Gomment
• pourrons-nous l'omener? Car nous avons pitié d'elle,
• et elle nous aime de tout cceur. Son père et sa mère
• ont confiance en nous et nous accoblent de présents.
> — Mois quand la princesse nous interrogera, que lui
• répondrons-nousf Car elle est une reine puissante, et « elle exécute ce qu'elle dit. — Et si nou? rendons mal- " heureuse l'enfant de ces braves gens, est-ce que nous » ne commettrons pas de péché? Mais la princesse est » si violente de caractère ! nous avons déjà entendu son
langage emporté, et sa jalousie s'enflammera et n'aura
> |>as de bornes si le roi entend parler de cette aiTairc. •
Dang Djoudah répondit : • Nous pourrions aller vers ■ elle ; une bonne parole serait peut-être utile pour apai-
• ser son ressentiment. Elle est bien notre souveraine, n mais le roi a la puissance suprême : si Bidasari dédai-
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CIIAiNT DEUXIÈME. 85
> gne le trùne, nous renoncerons a nos fonctions; cnr » ce que la reine désire est injuste, et si nous lui sommes a infidèlesi nous serons accablées de malédictions. »
Après avoir ainsi parlé, elles se rendirent au kanipong des marchands; elles avaient l'intention d'aUer trouver Djouhara pour en obtenir ce qu'elles désiraient.
Cependant la princesse Lila .Sari attendait tous les jours l'arrivée de Bidasari, et les dayongs ne revenaient pas.
Un mander alla les trouver, et rencontra dang Didouri; le mandar lui dit : « Venez, amie; la princesse n VOUS appelle. >
Aussitôt les dayangs «e rendirent auprès d'elle, et virent le roi occupé h diner. Elles s'approchèrent en s'inclinent toujours, La princesse les aperçut, et leur flt comprendre d'un clin d'œil de ne pas parler de manière à être entendues du prince.
Les dayangs sourirent joyeuses, et leurs regards dirent qu'elles avaient compris.
Le prince a fini son repas. Il prend du siri de la hotte au bétel, se couvre de parfums, et se livre au plaisir et il la gaieté : « Donne7-nioi du siri, ma chère; je vais nie
• rendre au pavillon, et apprendre à tous les jeunes gens n h monter a cheval et ii tirer de l'arc. »
La princesse sourit et dit : u l^h bien , mon ami, allez
• vous distraire ; apprenez ii nos guerriers il exceller
> dans le maniement des armes, n
Le prince se dirigea ensuite vers le pavillon, réunit tous ceux qui s'y trouvaient, leur proposa toutes sortes
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de jeux, et s'amusa beaucoup à les voir se livrera ces
divertissemcnb.
Pendant ce temps, la princesse Lila Sari appela les dayangs auprès d'elle ; <• Pourquoi rentrez-vous si taid?
• Où est-elle, cette BidasariT »
Dang Bidouri s'approcha en s'inclinant et répondit ; « C'était difficile de vous l'amener, car le marchand et
• sa femme ne la quittaient pas un seul jour : sa mère » l'aime extrêmement, veille sur elle et la garde de près; » et toutes ses nourrices et ses femmes l'entourent » constamment. Si vous désirez la voir, princesse, vous
> ferez bien de la demander à ses parents ; traitez-la
• comme votre enfant, car elle est encore si jeunci Si tf vous l'aimez, vous obtiendrez de son père tout ce que i> voua voudrez, car son père est très-riche, et son enfant » sera en outre confiée h vos soins. Si vous ordonnez de 1 la conduire ici, laissez-nous partir seules et la cher- •> cher, car Bidasari nous suivra volontiers. »
Ensuite elles s'efforcèrent de calmer le ressentiment de la princesse. Mais la princesse courba le front et se tut; son unie était trcs-affligée. Son cgour hypocrite brûlait de haine et d'envie : « Les dayangs, n se dit-elle, » aiment l'enfant du marchand; c'est une chose bien » difficile. Eh bien , je l'attirerai ici par ruae, et je ferai
• qu'elle ne devienne pas ma compagne. Lorsque Bida-
> sari sera en ma puissance, mon cœur ne souffrira n plus. •
Kt la princesse reprit : ■■ Allez, dayangs, je vous nr- » donne d'aller trouver le marchand et sa femme, et de
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> conduire ici Bidasari. Si le marchand Lila Djouhnra
■ m'aime et m'est dévoué, et que sa femme et lui veuila lent £tre tous les deux ma sœur et mon frère, j'élc-
• verai Bidasari au rang de princesse. Dëjà depuis trois
■ ans je suis marine au roi; en cet espace de temps, 4 beaucoup de trésors ont été perdus : mon corps cbon-
• géra bientôt de vieillesse, et je n'ai pas encore d'en- » font. C'est pourquoi, dnyangs, partez aussitôt; prenez » ovcc vous la dayang Magendra. Quand Bidasari sera » arrivée, cachez-la pendant un ou deux jours, et parlez " avec douceur et amicalement au marchand et h sn » femme. Dites au marahand Lila Djouhara : «' Si vous » consentez à vous séparer de Bidasari, la considéra-
> tion pour les étrangers et. les prêtres deviendra plus
> grande. > Entourez le marchand de toutes les conso-
• lations. Je n'abaisserai pas son eniànt; quand il vou-
• dra la voir, laissez-le venir auprès de mol. »
A ces mots, les dayangs s'inclinèrent toutes joyeuses ; elles prirent avec elles le nécessaire, et dix mandars les suivirent.
À leur orrivée, les dayangs s'inclinèrent devant le marchand et sa femme, et s'inclinèrent anssi devant Bidasari, qui leur cria aussitôt : • Venez ici I >
Mais le marchand dit : > Que voulez-vous donc? et
• pourquoi venez-vous ici en si grand nombre? >
lies dayangs répondirent : • Notre reine bien-aiméc '
• nous a envoyées. La princesse salua le maître du oéans
• et sa iémme ; si vous lui êtes dévoués et que Tons' le
• permettiez, nous venons chercher Bidasari. »
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81 BIDASAHI.
Lorsque le marchand et sa femme entendirent ces pnroles, ib se frappèrent la poitrine : « Ah ! notre fille » est l'unique enfant de ses parents ! il lui est bien diffi-
• cile de devenir la servante d'un prince. En outre, notre » cnfiint est très-capricieuse; elle est habituée & faire n sa volonté en toutes choses; ses traits ne sont pas' non n plus formés. Nous vous en prions, dayangs, retournez;
> priez la princesse de nous pardonner, inclinez-vous «'jusqu'à terre devant l'illustre princesse, dites-lui com- » bien nous souffrons et quels sont les déchirements » de nos entrailles! »
Les dayangs furent désolée», et dirent doucement : « Ne vous eifrayez pas des commandements de la prin-
> cesse. •
Les dayangs rapportèrent toutes les paroles de la princesse.
D'abord les traits du marchand s'cclaircirent. Lui et sa femme espérèrent que la reine Lila Sari aimerait Ilidasari, et le marchand reprit : • Je porte les ordres « de la princesse sur ma téte. Non pas que je n'aie pas
> voulu consentir, je craignais seulement que Didasari V (iit hlûniéc : je la fais donc la servante de la princesse, < d'autant plus qu'elle l'u adoptée pour son enfant. » Uidasari vous accompagnera. Seulement je supplie i> la reine de la laisser revenir au bout de trois jours,
> parce que l'enfant n'est pas habituée a se trouver avec » des étrangers; elle ne nous a jamais quittés d'un
• jour. •
Alors la dayang dnng Bidonri reprit : • Nous fisrans
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CHANT DEUXIÈMK. 89 » part de ceci à la princesse; car pourquoi notre reine i> accomplie n'accordËroit-elle pas cette faveur à Bidn- • sari? ■
Bidasori lut conduite au bain par ses porents, et ses nourrices àtèrent ses vêtements ; elle fut lavëe por ses jeunes compagnes et enduite de parfiims. Quand elle fut baignée, on la couvrit et l'on changea ses vêtements. Elle (ut vêtue d'une sijriisli ornée de fleurs de peknn , une ,robe de satin, fleiirogé d'occident et garnie de frangt^s d'or. Elle portait une plaque en or repo-'ssé, atlacliée à un collier ciselé et enrichi de joyaux. La tunique de dessus était de soie coideur orange, garnie de bouton.s sur lesquels des serpents avaient été gravés. A ses deux mains elle avait trois bracelets, des bagues a ses doigts, d'une Valeur considérable, et des pendants d'oreilles ayant la forme d'une roue en mouvement, d'une très-grande richesse. Des anneaux d'or artistement travaillés relevaient encore sa beauté. Puis, elle avait en oulru des sountings faits d'or,' couronnés de tjempakka d'or, rivés à des fleurs de mcndalicks; on regrettait seulement qu'elle pc portât j>as de pedaka.
Ainsi habillée, elle fut resplendissante de grâce et de beauté. Sa figure ressemblait îi la spraba céleste, lorsqu'elle descend sur la terre.
La doyang Limangan l'avait vctue comme il convenait, de sorte que sa beauté était comme une apparition du ciel, comme une fleur dans un vase, dont le parfum se répand aussi loin qu'on la voit.
Quand elle fiit ainsi parée, elle fut cadirasséc avec
rn niDASARi.
des larmes t car l'amour pour elle augmentait de plus
en plus, et clic parut aussi vouloir pleurer.
Alors le marchand et sa femme lui dirent en la serrant dans leurs bras : « Humiliez-Tous profondément aux
• pieds de la princesse; souvenez-vous toujours que tous
• £tcs Ih en prdsencc du prince et des mantris. Quand
• vous désirerez venir nous visiter, vous en demanderez
• In permission a lu princesse. Vous êtes en présence
• du trùnc ; observez toutes les convenances ; parlez
• avec douceur et amicalement, et n'élevez pas trop « la voix. ■>
Le marchand l'avertissait ainsi sans cesse.
< Kt vous, dayangs, continua-t il, mes enfants, si » vous aimez Bidasari, ne la troublez pas. >
Les dnynngs répondirent, attristées, en séchant leurs larmes : > Soyez sans inquiétude; cpnGe< votre enfant > il notre maîtresse. »
• — Mon enfant, reprit le marchand, voiis allez » maintenant habiter le palais, au pied du trône du » puissant roi. Je viendrai vous y visiter souvent, vous ■ y serez mieux qu'ici. •
Uiduânri fléchit la této et resta silencieuse ; elle pleurait : « Venez, ma mère, s'écria-t-elle enfin, venez avec M moi; ne voulez-vous pas m'nccompagnerî ■
Les deux époux, en entendant ces paroles, se frappèrent la poitrine ; ils étaient étonnés do ce que la reine n'avait pas invité la mère.
Cependant le marchand prit Didasori et la porta au dehors do l'enceinte du kamponQ; la mère demeura et
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Tcrsa des larmes nmèrcs; elle avait le cœur déciiiré et brûlant. Lui, il accompagna sa fille jusqu'aux portes de la ville. Là, il s'assit et dit : « Ici, je me sépare de toi, I mon enfant; prunelle de mes yeux, fruit de mon
• cœur, sois sans crainte. •
Bidosari liit alors portiSe plus loin par les nourrices, et le marchand la suivit des yeuV. Ses larmes coulaient et son cœur était serré.
Bidasari fut introduite par lu porte dérobée, entourée des dayangs et des niandars : un grand nombre d'autres dayangs vinrent la voir, mais Bidasari tenait toujours la tétc baissée, et ne la relevait jamais.
Lorsque le soleil annonça le soir, ctque le rni ctait encore entouré de ses mantris, Ilidasari entra dons le jiiilais et parut devant la reine. Tontes les dnyangs s'assirent il terre, et aussi les nourrices et les suivantes. Bidasari s'inclina h la manière des pengawos, en présence de toutes les dayangs de la reine.
Celles-ci étalèrent devant la reine tons les présents du marchand et de sa femme en signe d'hommage.
La souveraine fiit étonnée et ébahie ; elle prit Bidasari pour une divinité sous une forme luun.iinc.
Dang Bidouri s'approcha alors seule et dit : <• Vous
• voyez, princesse, Bidasari, la fille du marchand Lila > Djouhari. >
A ces mots, la reine se troubla, fut stupéfaite, et pensa en elle-même : • Vraiment, c'est commit les dayangs » l'avaient dit. Elle est belle comme un chef-d'œuvre
• de l'art. «
M iiinAS.ini.
Tout ru le iiinrchaml et m fciiiine aruient dit fut (iilèlc'inc'iit i-ii|)|iortr pur flaii(; Itidoiirî,
l.u ri-iiii! .s'iiiL'Iiiiii l'I se lut, inuU du mauvaises |icns(!es travei'sèreul son cerveau,
l'ii cniiihat violent so fit iliins son Ainc; elle craignait que le rni ne vit tu jeune fille,
Kiifin, elle dit uux ilaynngs : « Faites retirer les nour- N riees et les suivantes,
lliilusari, enteiulant (|ue la reine renvoyait les nourrices et ses femmes, devint triste, baissa la tète et [dcura aincrvmenl,
La reine l'appela ii elle : «Kc pleurez pas, Bidasuri; » idies reviendront plus tard. Quand vous voudrez retour- • lier, je leur dirai de vous accompagner. — Dayangs, > sortez ; vous n'avez plus il vous ocriipcr de Uidasari , t» je lui procurerai moi-même des nourrices et des chaînes » de compafjnic ; vous pouvez venir de temps eu temps, u
A cet ordre, les dayangs se levèrent et saluèrent.
Les quatre dayangs étaient inquiètes, leur cliarniant visage s'assombrit.
La reine conduisit Bidasari dans un appartement, où elle la laissa seule et tout effrayée.
Lorsque le soir fut venu, le grand roi se h&ta d'aller trouver lu princesse.
Dong Sendari apporta le souper. Le roi s'assit et invita sa campagne ii s'asseoir & ses câtds : • Venez sou- » pcr, ma mie! »
Il se leva et alla au-devant d'elle, et elle s'assit auprès de lui. Il sourit et parla tout joyeux, comme s'il
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CIIAXT KKUXIKMK. U:i avait été le juiiiu! Iti-dotiwaïutas à ihoval, If t;h)ivc k sa tciiiliue. >' Ma ilicif, ma loyalt- l'iiuiisc, comme tu > m'aiincs! ItiiMi lii .soiilVrcs la l'aiin vi la soit', lii
» ii'iis pus voulu suu|icr sans ntui. •
L'illustre rui uiuii{{eii uiiisi, ou uuuiuuruut do loiulr<>.s ot doucos paroles, et lors([u'il eut iiui, il so retira duus sa rlimnljro a cuuchor.
Muis Itidiisuri ôtait ubulluc de duuleur et versait <les flots de larmes. Kilo re.-.tait lii dans une olisenrité proloude ot ne pouvait parler tt personne. Klle pensait à bes parents, étant seule. » U mon Dieu, pounpiui suis-jo » dans cet état ! » La solitude lui faisait pt-ur.
Klle voulait clierolior ses nourrices ot ses lonnncs comme si elle avait été tluns la maison paternelle. 8a douleur était telle qu'elle pleura jusipi'iiu milieu de lu nuit; elle se lamentait en pensant ù sa mère.
u Qu'est cela? dit le roi. (Juollo est cette voix si triste » et si douce à la fois? »
A peine la l'Oine eut-elle entcmlu ces mots, qu'elle ont l'^s sens tout troublés et trembla. •« Pou importe, • s'écria-t-cUe; c'est sans doute un enfant qui erre dans » l'obscurité. »
Le cœur de la reine était brûlant; oHo Bt dire îi Uidasari de ne pas pleurer. Klle était soulevée de colère, mais elle se contint et attendit le matin.
Et Bidasari pleurait toujours, et tous ceux qui l'entendirent furent touchés de compassion. Elle cria à haute voix qu'elle voulait s'en retourner.
Toutes les dayangs accoururent pour voir Bidasari ;
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94 llinASAlIl.
iiiilis ra|i|iui't('n<i'nl «'tait fi'nuô ii elof, et personne ne pouvait y entrer.
lliJuauri épouvantée pensa en elle luéuic : « Qu'ui-je » (loue tait à la princesse, qu'elle est si irritée contre « moi? M
Lui'sipie le jour njiparut, le roi retourna au pavillon , et la reine, inipiicte, ouvrit la porte de l'uppartciucnt (le lliiliisari et y entra seule.
Ués i|\ie Itidasai i aperçut la princesse Lila Suri , fWf inclina le front, la salua, haisa ses doi^'ts et la su|>j>lia de la laisser partir : <* Illustre princesse , que Votre Ma-
> jestc ait pitié de moi , je désire partir ; plus tard je t> reviendrai. »
Mais In reine la frappa de sa main et répondit,: " Je » ne t'accorde pas cela; n'espère plus, Uidusari, revoir n la maison paternelle. >
Uidasari laissa tomber la téte et pleura , tonte tremblante de peur. Kllc nu put comprendre pourquoi la reine était si irritée ; elle s'approcha en s'inclinant et se jeta en pleurant aux pieds de la princesse, n Je m'hu-
• mille devant vous, à ma souveraine; pardonnez-moi
> le 'mol que j'ai commis en paraissant devant vous. Ne » me suis-je pas présentée assez respectueusement, et
• est-ce pour cela que vous êtes fâchée contre moi? Je
• suis encore une enfant, bien ignorante; pardennez- » moi , je vous en prie , la faute que j'ai commise. »
La reine, en entendont ces paroles, la frqppa encore davantage et dit ; • Bidasari, je connais tes desseins, tes
• projets. Gomment! je devrais rester indifférente lors-
CIIAXT RKI'XIKMK. 03 « (liii! jo tf vois élaler ti-s yriiccs l't |iri'ti'inlri! (h-vi-nii- V piirta hcuulû ma rivale et la i-oin|)aj;ii(! *lu roi? «
Alnrà sculoiiieiit Iliilasari comprit ijinr la jalonsir était la l'ausv lie la colère ilc lu roiiiu; su |iuur uii(jmvulu; t'ile tressaillit et gc'mit sur son surt.
Tout le jour elle fut insultée, liuttue et privée tie iiuurriture.
La reine sortit de l'appartement il(! Ilidusari avant II- retour du roi. Didasiiri avait perdu s<tii teint d'autrefois; elle était devenue noire, eonnne si elle avait été ])rùlée; elle voulait ouvrir les yeux, mais elle ne put. Klle souffrait tant; aucun de ses membres n'uliéissuit plus à su volonté. Klle (jéniit et s*ccria : ■ 0 UieUi ci
> SciQucur, créateur de lu mer, je ne me connuis pus
> de mdfiiit , et lu reine me traite comme si j'étais cou- » [uible; je n'ui pas le moindre péché û me reproclier,
> et kl reine me fuit tant souffrir ! Je n'en puis plus , « c'est comme si un serpent empoisonné nie mordait le K4»eur. Par votre toute-puissance, je souffre tout nn
• enfer sur cette terre. Plutôt que de vivre aussi nial- « heureuse , je veux mourir ! Vous êtes lion et com])a- 0 tissant , faites-moi mourir dans la foi ; oui , Sci^jneur,
> laissez-moi mourir ; ma douleur augmente , mon unie » est toute troublée , mon visage est devenu noir de
• chagrin. Oui, Dieu Très-Haut, je ne veux plus vivre; » toutes sortes de ]icines m'ont martyrisée. — Faites-moi
• mourir avant le lever de l'aurore. Mes parents ne me
• sont plus utiles, Us m'ont abandonnée dans ce pa-
> lais. Qui donc m'a ainsi calomniée et accusée, pour
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IIO iSID.tSAIII.
<• ùlrf lict-iililL'L- sous iiiiu tc-llf iiifuituiii' ? Jif iio lu ^ultis » que ili'puis (|uit jn lui! suis til'o un\ iluyiutjjs cuiiiuit! ti » ilus .MiMii's. Jt< iriiuniis |ias ilù It's i-(';;iii-(l<*i' ainsi ; U'Ui'if « lèvres siiiit !ioiiriiiiiti'.s , iiiuis leur coeur est corroniim. ' Leur Louche est duucc coiumu du miel, mai» leur
■ cœur veut le uml. C'est |Mir leur liy|)acrisie que ce ■> luiillicur in'ucciible. Que ilirai-jef C'est la volonti! ilu
• Ulcu tout-|iui$saut. >
Tcllu l'ut lu diuilvur de llidusiu'i, et ses larmes con- Ii'i'cnt.
Ouuiul le roi t'iit sorli tie nouveau, la reine revint an- |M'ès fie Uidu ; elle l'injuria , la frappa et dit : « Punr- » f|Uoi pousses-tu des ^'emissenicnts si bruyants? Ne
• clicrchc pas par tes cris ii attirer l'utteutiuu du rui
• sur la beauté. Tu V8|icres , Bida , devenir sa jeune
> épouse? Tu es liciv de tes belles formes. — Je saurai
• bien te trouver I Tes jolis traits sont ù peine changés,
• niais tu espères devenir plus belle encore. •
Bidasari fut stupéfaite; elle dit en versant d'abondantes larmes : « Je suis votre très-humbîc servante, .<• mais <|ne je suis maudite si j'ai eu un tel dessein ; vous "êtes nne princes'^e, mie puissante reine; je vous de- « mande pardon; voyez, et si j'ai mal fait, que je sois n punie ! Car si j'ai péché contre vous , que je meure ù
■ l'instant; la vie est inutile au malheureux! M'avez-
• vous fait venir ici pour me maltraiter! Jr suis un sujet
• 6dcle , je ne nourris aucune mauvaise pensée, et ce-
> pendant vous m'avez fait tant souffrir! — Vous n'avez I donc aucune compassion f ■
ClUNT DEUXIÈMIi. UT Kiiiportde ilv coivrv, lu princesse re|irit : • Niiii, je
• n'ui |>us lie |>itie; je te luiU <|uiiml mes yeux te voient,
• N'ouvre ])liis lu liouclio! »
Et lu reine lu suisit |iur les cheveux et s'empara d'une pièce de bois pour eu rrup])er Bidusari. La jeune fille no put retenir ses lurmes et s'évunouit.
On entendit alors la voix du roi qui revenait. Aussitôt la reine se liàtu de sortir et ordouna à un mandnr de fermer rupjwrteuient do Uidusari , atin que rien ne pAt étro remarqué .
Le roi demanda : • Qui avez-vous Iruppd? >
La princesse repondit hypocritement : « Un enfant » qui n'olieissuit |)as à tues ordres, »
Le roi dit en souriant et avec amabilité : • D'y a-t-il » lias des vicillaids pour cela? Devez-vous frapper vous- > même? a
Alors le roi s'assit pour manger du siri ; il caressa les genoux de la princesse, prit un sépab et le lui mit dans la bouche. Elle (e pria do le saupoudrer d'ingrédients.
Tant que la princesse fut Ih, toutes les dayangs du palais virent h désolation de Bidasari ; elles en eurent pitié et se dirent entre elles : •> Qu'elle est cruelle lu » conduite de lu princesse! Klle nous fait mener ici une a enfant pour la maltraiter te long du jour. Si c'était su
• servante, sa conduite pourruit être excusable; mais <• elle n'a jusqu'à présent aucun motif pour la traiter
• ainsi; c'est comme si elle voulait la tuer. •
Les dayangs entrèrent à t(itou£.£Lh la dérobée; quel- ' ques mies d'entre elles reslùâ^'>/«d^tto pour prévenir
Il I.' r.\
9t lllDASAni.
lit- l'urrivi')! do lu |ii'incvssc; elles prirent do l'ciui et In vmèrent sur Itidasuri. Lorsqu'elle revint à elle ut i|irclle ouvrit les yeux, elle leur dit ; • Amies, ayez, pitié de
• moi et :ue reconduise; 'a la maison putcrnelie. «
Une duyang fu' toute émue et versa des larmes : • l're- » nez courage, ina pauvre enfant, dit-elle; ne soyez pas
• inquiète, résignez-vous à la volonté du Trcs-llaut.
— • Hélas I répandit la jeune fille, ne vous préoccupez ■ pas de moi ; mon sort uo peut être changé, il est écrit < de toute éternité, l'riez la princesse de me délivrer de » la vie, car mon corps est comme une colline inclinée ; > je ne puis plus me dresser. Mes os sont faibles ; elle « n'u pas pour moi la moindre comn>isération.... •
Ces paroles de Bidasari émurent profondément les dayangs, qui s'éloignèrent à la hate dans la crainte d'être surprises par la reine.
Durant ce temps, le marchand et su femme pleuraient tout le jour, et soupiraient uprès leur enfant Bidasari.
Depuis que Bidasari habitait le palais , ils n'avaient cessé de gémir; la nuit, ils ne dormaient plus, et ils se lamentaient sans cesse.
Chaque jour, ils envoyaient à la princesse des présents de toutes sortes; la moitié en devait être destinée il Bidasari , mais la princesse ne lui donnait rien.
Lorsque Bidasari eut passé cinq nuits chez la reine , leur désir de la voir fiit si violent, qu'ils soupiraient tous les jours après elle. Ils appelèrent la dayang Mengara : a l\J\ez au palais, dirent-ils, vers la reiue,
• cette fleur superbe , avec beaucoup de respect et de
ClUNT DEUXIÉMK. W
• l'onvciiance; deinancioz puiiloii h lu reine, et dites-lui u que je désire rcvuir mon entant Hidijsari, et <jii*u|irès
> deux ou trois jours je la reconiluirui nioi-mi'nie. •
Lu dayaiiQ so rendit auprès do la rcino, s'inclina rcspectiicusonicnt et dit :
• Le marchand et sa ièmiue vous saluent; ils laugnis- » sent après le retour de Bidasari. •
A ces mots, les traits do la princesse se contracté* renl; elle lanvn sur lu ilayang un n'gard de colère et dit :
« Ne ni'ont-ils pas donné leur enrant? Klle est à peine » ici de quelques jours, et déjà ils veulent la revoir ! Kst- «ce peut-être votre propre désir, ou est-ce celui du
> marchand qui est impatient? J'ai dit moi-même que In
• jeune fille peut aller et venir à su guise. Si Ilidasari
> tient à s'en retourner, ne puis- je pas la faire recon- » duire? •
La dayang entendantcè langoge s'inclina, et partit en se frappant la poitrine et étant très-affligée de ce qu'elle n'avait pu voir la jeune fille. Elle avait voulu la demander ; mais elle n'osa jias, terrifiée qu'elle fut de lu colère de U princesse. '
Sur ces entrefaites, Bidasari entendit la voix de la dayang et sentit son cœur éclater dans sa poitrine, parce qu'elle ne pouvait la voir et qu'elle désirait tant lui parler pour envoyer de ses nouvelles h ses parents.
Le lendemain matin, après que le roi se lut rendu de nouveau auprès de ses mantris, ta princesse gagna de son cAtë l'appartement de Bidasari pour la maltraiter.
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100 BIDASAHI.
A |iviiio celle-ci l'eut-ellc aperçue t|u'c'lle la sii|>|>lia en
CCS Ivrini's ;
u Ail ! ma sntivcraiiie , reine Hrrnm|>llv , luissci-iiioi " m'en retourner îi la in"ison de mon père ! > . Mais lu reine tremblait de colère, et son visage était br&lant comme le feu. • N'ouvre plus la bouche, mal- • heureuse! s'écria-t-clle, je veux t'ussassinerl >
A ces mots, Uidasari l'ut hors d'ulle-méme; elle sentit ses forces ttisparultre de craiiitn et de douleur; elle tremblait et ctoun'u'it dans les larmes. A (|ui pourraitelle s'adresser maintenant? Elle se soumit à la volonté du ïrcs-llaut, et dit d'une douce voix :
> Seigneur mon Dieu , mon Seigneur, en quoi ai-je > donc failli, que vos créatures n'ont plus pitié de moi?
■ Elles n'éprouvent plus la moindre pitié à la vue de mes
■ maux. Oui , Seigneur, à mon Dieu , faites-moi mourir » a l'instant! Exaucez a l'instant les vœux de la reine , » car, dans sa colère excessive, elle m'accable de repro- » ches immérités, bien que je sois faible et pauvre, et que
■ je n'aie fait tort à personne. Je suis séparée de mes pu- < rents, et ils ne nie témoignent pas le moindre souvenir. »
En entendant ces paroles, la reine sentit la colère enflammer davantage son cœur; elle frappa la jeune fille des pieds et des mains, mais celle-ci avait perdu connaissance. Âlor^ lu princesse prit une serviette, la tordit comme une coide, et appela dang Ratna Wali : ■ Aide-moi à arracher ce bois du sol, je veux la tuer. ■
Bidasari allait expirer sous tes mauvais traitements de ht reine; et s'en apercevant, cette femme, aussi
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CIIAM nEDMÉME. 101 IAi'liv(|uc ciiii'llp, |>rit la fiiilc. I.c s|i(<oti'c >li> Ilidnsnii se dressa souvent dcvniit elle. (',e|)eiulunt l'Iiifoitiiiue jeune tille re|irit connaissance ; elle sentit tontes ses dui:. leurs : soncurps^tait exttfnué, son cœurlirisi'; elle verin d'abondantes larmes.
Elle pensait en elle-même : ■ Je réciterai ii lu reine » le conte de ce poisson d'or, a6n qu'elle le sache, car
> je ne puis pas endurer plus longtemps mes souffrnn-
> ces. > Et elle dit il la reine :
« N'Iiésitez j)as, à ma souveraine; vous voulez, que je K n:cure à l'instant. Faites chercher une petite caisse » qui est cachée dans le vivier de mes parents et où il se 9 trouve un poisson. Si vous la faites chercher, je vous 1 dirai aussitôt ce dont il s'agit. »
A ces mots, la princesse appela la dayang Sendari et lui dit : « Faites venir tout de syite les dayangs du mar-
> chand. > Lorsquecclles-diiirent arrivées, la princesse sortit et leur dit : • Allez, dayangs ; Bidasari dit qu'il y a
• une petite caisse à l'endroit où elle se baigne ; attendez » que tout soit silencieux et que personne ne vous voie;
• allez donc, dayangs, enlever la petite cuisse que le » marchand et sa femme y ont déposée. Allez la chercher
> et apportez-la ici. »
Les dayangs répondirent : « Nous vous prions pour « Bidasari ; les désirs de ses parents sont extrêmes, car » ils en sont séparés depuis sept jours. Ses parents sont ■ dans une inquiétude mortelle et versent des larmes
• amères. Pardonnez-nous, princesse, nous désirons la » ramener avec nous. •
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101 IIIDA8ARI.
iiU reine l'éjxiiidit en souriant : * Ia\ jeune (ilte est
• hi'Uivuse et joyeuse ; (jne ses |iurents ne soient pus dé-
> soles ; je dcsii'c la garder encore deux jours, et si
• llidasari veut s'en retourner, je lu laisserai partir. Klle
> est trc's<xintrarii!edc co que vous venez ici si souvent. •
Les dayangs s'inclinèrent en souriant et dirent d'une douce voix :
• Venvi, churniunte enfiint, fliuo |iuro, sorlea ; vrai- » ment, ce n'est pas gentil de vous comporter ainsi,
> Nous venons ici pour vous voir, pour nous délecter, » o clierio, de votre re(;Qrd. »
lliilnsari entendit la voix des dayangs et fut d'autant plus désolée ; et ne pouvant leur parler, elle leur répondit par des larmes.
Mais la princesse dit aux dayangs : • Ne parlez pi^ < davontoge; si vous pouvez opporter ici la petite caisse,
• vous réjouirez le mur de Bidosori. » . *
Alors les dayangs s'inclinèrent devant la reine et so retirèrent. Elles se rendirent il la maison de plaisance de Bidasari. Elles voidaient d'abord s'en retourner. EnBn elles enlevèrent la petite caisse et l'opportèrent au palais de la reine. Elles appelèrent Bidasari : «Venez » ici, chérie, recevez-la vous-même. »
Mais la princesse leur dit : • Vous pouvez vous reti-
> rer, dayangs, car Bidasari dort en ce moment ; revenez » demain. •
Les dayangs, h ces mots, s'inclinèrent et quittèrent de nouveau la ville, tandis que la princesse rentra dans l'appartement de Bidasari, portant la petite
CHANT IIEUXIÊMK. 103 cuisse. Kllc t'ouvrit sous les yeux île la jeune fille. Il s'y trouvait une boUe très'hellc eu ti{;ale, reui- |ilie d'eau où nageait un |)ois4Uh vivant tl'uue l'uruie ravissante. La princesse fut dbaliic en voyant avec tles yeux de feu un poisson nager.
Alors elle se crut heureuse et dit avec un accent do joie en s'rdrcssnnt h Bidosiiri : • Quel rapport ce poisson
■ a-t-il avec toi ? Qu'en ferai'je ici ? •
Didasari s'inclina et dit : • L'ùnio de inu vie est dans
• ce poisson. Le matin vous devez l'enlever de l'eau et
• le soir l'y replacer. Ne le laisser pas reposer ici ou lii, u mais attachez-le à votre cou. Si vous agissez ainsi, je
> mourrai bientôt. Mes paroles sont vraies. Ne négligez
■ pas un seul jour de faire ce que je vousdis ; avant trois
■ mois je serai morte. »
A peine la reine eut-elle entendu ces paroles, (ju'elle lut dans une joie indicible.' Elle prit le poisson, lui attacha*un ruban et se le mit autour du cou.
Bidasori lui dit alors lentement : • Si vous avez piti^
> de moi, rendez mon corps o mes parents quand j'aurai
• cessé de vivre. • A ces mots, elle s'iSvanouit.
La princesse crut ce que Bidasari lui avait dit. Elle la crut morte, et elle cessa de la maltraiter.
Bidasari vivait cependant, mais elle ^tait comnae morte.
La reine, toute joyeuse, la couvrit d'un drap blanc et s'écria : f Oayangs, emportez Bidasari avec vous, à la
• maison de son père. •
Les dayangs, en voyant que Bidasari avait rendu le dernier soupir, tremblèrent et gémirent de douleur et
lOV BIDASAHI.
ilo compassion. Elles dirent, toutes hors irelles-mtmvs et en versant tl'olmnilanlcs Inrmes : ■ Ah ! chdrie , or n vir{>ii)nl ! que (lirons-iiuus (jiiuiiil vus |)ui'ci>t!i vous
• verront? — Us mourront <le se fru|>|ier la |ioitrine,
> lU vous ont donnée au roi, parce qu'ils se liaient il
> nous ! »
Mais la reine, la figure rouge de colère : « Que restez-
> vous lit encore ensemble ? llemporlv2-lu chez elle, cette
• nialhenreuso ! »
Les dayangs, voyant lu princesse dans une telle colère, chareèrent la jeune fille sur leurs épaules et l'emportèrent h la maison de son père.
Elles partirent aux premières ombres du soir et arrivèrent & minuit. Bidasari fut portée hors du palais du roi, quand la lune se cachait. Elle toucha au seuil paternel, portée par les dayangs éplorées.
Le marchand fut saisi de frayeur et demanda : «Qu'est-ce que cela? — • Quoi? — Pourquoi? Que
■ |iortez-vous ici, dayangs? Et pourquoi vous donnez-
■ vous tant de peine? »
Les daydngs répondirent : • Venez ici 1 Tandis qu'elle
• lui plaisait, elle lui a donné un autre vêtement. •
Puis, les dayangs la déposèrent il terre.
Le marchand et sa femme, hors d'eux-mêmes, pleurèrent, onéantis, et embrassèrent Bidasari. « Je me > fiais, s'écria-t-il, h la reine, et c'est pourquoi je lui ai
• confié Bidasari ; je lui ai accordé tout ce qu'elle a
• demandé et lui ai envoyé tous les jours des témoigna- » ges de mon respect. Ah ! mon enfant, si jeune et si
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CtlANT OEUXIËMR. Ifl.1
» accomplie ! Qii'as-tii donc fuit qui iiil ii la iviiiu n pour en être ainsi |iuiiie et f Ire rrtiiiito en cet élut ?
Cimque jour tou yèle te faisuit ilfUHUitlci- ii lÂ\n [uif » les tlaynngs. Elles disnicnt i|nc In prlucesse étiilt très- » ddvouëe à Ilidasari. Je les ui crues, d'autant plus (|uv V les dnyan{;s t'aimaient aussi, Ft parce que j'ai cru
■ ce qu'elles nie disaient, je t'ai laissé conduire au palais. » — Et la princesse pouvait-elle avoir le cccnr de nial-
> traiter ainsi Didasori ? Pendant sept \mirs, elle l'u gnr- « déo jusc]u*ù ce qu'elle fiU niurtc, et "Ile lu renvoie sans
• vie..., Ahl mon enfant de noMe siiiig, tu affliges et « déchires le cœur de ton père ; il n'entend plus ta voix ! . . . » Parle à ton père, mon enfant, ma perle, joyau de toutes » tes femmes, rameau de mon cœur, or épuré, pourquoi
> ne me tranquillises-tu pas? 0 mon entant, ma Ilida-
• sari ! pourqu"! gardes-tu le silence ? Console tes pa- » lents. — Mais tu gardes toujours le silence, je t'inter- « loge et tu ne me réponds pas. — Ks-tu irritée cbntre » ton père? Lève-toi, mon enfant, lève-toi, Icvc-toi pour
• jouer avec tes nourrices. Tu dors si fermement, mon
■ enfant bien-aimée... Vois, ta mère vient il loi, — dis-
> la bienvenue. Pourquoi es-tu si insensible? n'as-tu pas
■ pitié, nia chérie, de voir ton père accablé de douleur?
> Mon cœur éclate de désespoir, parce que tu es « perdue pour moi. *
Le marchand gémit ainsi longtemps : « Tu es, mon » enfant, comme l'ombre d'une déesse, — et quand tes » parents te retrouvent, urne pure, tu es |)crdue pour
> eux I Qu'ai-je maintenant encore & vivre? Puisque tu
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lOS OIDASAHI.
» es morte, ton père vent portir aussi. C'est son sort de
» soupirer jour et nuit après toi. Mon Dieu ! je ne com-
• prends pas, c'est au-dessus de mon intelligence , que » mon enfant soit victime d'un tel malheur; lesdayangs ' seules en sont les auteurs ! <•
l'ous les marchands du kampong poussèrent des lamentations ; ils se roulèrent à terre avec un bruit de tonnerre; leur cœur, était brûlant; ils voulurent parler, mais ils ne le purent. Le marchand reprit et raconta son infortune ; il redemandait sa fille. '
Les dayangs dmues versèrent des larmes et dirent doucement : • Ne parlez pas si haut et avec tant d'ani- » motion ! Nous ne sommes que de pauvres servantes ; n nous craignons que la princesse nous entende ! Si » quelqu'une de nous avait commis ce méfait, nous » irions le dire au roi. Le destin seul est coupable; ne ' soyez pas irrite contre nous, notre dessein n'était point
> méchant. Nous n'avions d'autre but que de voir votre
> enfant grande et puissante. Le roi ne sait rien de ce
• qui vient de se passer ; — la reine est très-jalouse et » envieuse ! »
Le marchand et sa femme pensèrent : • Ces paroles » des dayangs sont justes ; la conduite de la reine est celle » d'une lemmejalouse; elle se sera aigrie contre Bidasari.t
Lorsque la nuit fut plus avancée, le marchand et sa femme dirent : • Khbien, dayangs, vous pouvez vous en
• aller chez vous. Je parleen vérité, je crains que la prin- " cesse opprennc que vous vous attardez auprès de nous ■ et que vous soyez punies. >
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CHANT DEUXIÈME. 107 Les dayangs reprirent : • C'est vrai, la princesse tse ficherait contre nous, ses esclaves. > Puis elles s'inclinèrent et s'en retournèrent ; elles s'en retournèrent le cœur enflaniincî.
Alors le marchand et sa femme soulevèrent leur enfant Ijidasfiri. Ils pleuraient, se lamentaient et défailluient de douleur.
.Le marchand, en gémissant, la prit sur ses genoux, toute enveloppée de soie cramoisie. Lorsqu'il eut en- Ir'ouvert ce linceul, il sentit la chaleur revenir «Inus son corps. Il pensa h son esprit vital qui était dans l'eau, déposa la jeune fille sur une natte et ordonna n dang Poulam d'oller chercher la petite caisse du vivier ; mais on ne la trouva pas.
i^e marchand se troubla; les nourrices et les ièmmes allèrent aussi à la découverte, mais ne trouvèrent pas la petite caisse de Didasari. Le murcliund se fru|>|ii) In poitrine. Toiis les deux, lui et sa femme, pleurèrent.
• Lui, embrassant la jeune tille, il dit : • Hameau de mon
• cœur, prunelle de mes yeux , nousr espérions que tu
• serais devenue une princesse. Où irons-nous mainte- » nant pour nous plaindre ; j'ai perdu ma raison. J'espé-
> rais retrouver ton esprit vital, mais la petite caisse est » perdue. Ah I l'espoir de tes parents est anéanti I Les
• dayangs l'auront peut-être volée ; elles sont fidèles ii
> leur souveraine, et nous ne pouvons pas nous fier ii
• elles, car elles ne sont que haine et ruse. »
Bidasari était toujours sans connaissance. Mais au milieu de la nuit, elle se remua pour la première fois.
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m BIDASARI.
On alluma alors des flambeaux et on les plaça à droite et à gauche derrière des rideaux égyptiens. Diverses lampes furent aussi placées par les nourrices et les mandars. Beaucoup de serviteurs veillèrent et observèrent ses mouvements avec la plus grande attention. L'anxiété des parents fut grande. Le père ne quittait pas sa 6lle (lu regard, et épiait le moment où sa bien-aimée reviendrait a elle.
Il était déjà bien tard dans la nuit, lorsque Bidasari fit un nouveau mouvement; à peine le marchand et sa femme s'en furent-ils aperçus, que leurs traits s'enluminèrent.
Bidasari, en ouvrant les yeux, se vit dans sa propre couche et entourée de ses parents, de ses nourrices et de ses femmes. Elle voulut parler, mais elle ne le put ; ses larmes coulaient. Elle se retourna lentement et leva les yeux sur ses parents.
Lorsque le mnreliand vit que Bidasari était revenue à elle, il la plaça .sur ses genoux, fit venir du riz et le lui présenta. Son corps était comme une colline inclinée; elle ne pouvait se lever parce qu'elle avait les membres endoloris. Le marchand lui présenta un peu de riz. Bidasari reprit quelques forces et put gagner elle-même son lit de repos.
Lorsqu'elle se ressouvint des agissements de la reine, elle se mit h pleurer amèrement.
Le marchand et su femme essuyèrent ses larmes. Ils lui présentèrent toutes sortes d'aliments et lui mirent dans la bouche tout ce qu'elle désirait.
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CHANT DEUXIÈME. 109 Le marchand murmura avec tendresse : « Mon enfant,
» ma Bidasari, quel mal as^tu donc fait pour que la prin-
» cesse se conduisit ainsi envers tçi ? » • Bidasari versa des flots de larmes et dit : « Je n'ai
■ commis aucun méfait; ù l'împrovistc elle vint se mo-
X quer de moi et m'insulter. »
Et toute la conduite de la reine fut racontée par
Le marchand et sa femme furent stupéfaits en entcntendant ce récit.
Le marchand s'écria en gémissant : « Rayon de mes s yeux, ma bien-aimée, sans doute tu es innocente, a car sa conduite est celle d'une insensée. Je nie préoc- « cupe peu de sa haute naissance. Seules^ la sagesse et V la vertu lient les cœurs. Ces dayangs, on no doit pas Il les nommer amies; elles sont du poison et non pas » d'îs plantes médicinales. Le temps présent est mé- » chant; il en est beaucoup qui commettent l'injustice, t Toutes ces dayangs sont des personnes pusillanimes;
> elles ne sont pas dignes d'habiter le palais; leurs pro- » messes et leur fidélité ne sont pas fermes, et elles nienn dient pour nous posséder. Groycz-le, amis, ceci est * le signe que le dernier jour approche. Mahomet, le » sceau des prophètes, a dit : « Cela est visiblement le t signe de Timam Mohadi. » Ces dayaugs sont de la n race des esclaves. Elles trompent et occasionnent de
> plus en plus des mensonges. Puisqu'elles se compor- " tent ainsi, leur cœur doit être insensible h toutce qui est » bon. Dès que la princesse saura que Bidasari vil encore,
Source gallica.tjnf.fr / Bibliothèque nationaie de France
» tous nous devrons mourir, car la princesse est très-
f irritée et ne craint personne. Sa conduite est arbitraire;
> aussi il n'est personne qui la contredise. Elle est bien » unu reine illustre, mais ses paroles sont dures et ■ cruelles. Elle ne connaît pas la justice et ne craint pas
> le Seigneur du monde. Est-ce la coutume des princes » puissonts de mettre à mort des innocents ? Que la ma-
• l^iction dii Dieu unique l'atteigiie et l'anéantisse !
• Par toi, Dieu de bontë , elle recevra la rànanëration
• de tels forlàits. Celui qui poursuit et martyrise un
> autre sera rempli d'inquiétude et de remords ; ainsi » Dieu l'a voulu.
" Dieu Ta voulu. Celui qui nuit à autrui souffre bienn tôt à son tour, et il lui est fait selon qu'il a agi envers » les autres. Eh bien , mon enfant, couronne de ma » téte, ne t'alarme pas davantage, confie -toi îi Dieu, » notre guide. Elle sera traitée comme elle t'a traitée, k
Le marchand gémissait ainsi à minuit; ses tannes étaient comme des saphirs.
L'innocente jeune fiUe, beauté de marbre, dormit jusqu'au crépuscule du soir. Vers l'aube, elle s'évanouît de nouveau.
Le marchand et sa fiBmme fiwent très-inquiets de ce que la nuit elle revenait it la vie, et qu'ils la perdaient pour ainsi dire le jour. Cela désolait le marchand. Il voulut chercher une retraite isolée.
Les deux époux s'écriaient; « Ah! chère enfant, » ce temps est un temps de trahison ; la haine et la > colère sont les compagnes des gémissements et de la
CHANT DEDXIÉHË. ' lit
• malédiction. On inendic pour de l'or et des biens, et
• l'on dédaigne les promesses de Dieu et la fidclitc qu'un I lui doit. Pardonnez, ô Dieu ! Je n'avais pas pensé que
> les dayangs agiraient ainsi. Parce qu'elles ont commis j ce méfait, Bidasari a subi cet outrage. E!i bien , puis- » que les duyangs sont si méchantes, et que leurs a^jis- » scments sont ceux du démon, allons bâtir une demeure
> au désert, et qu'elle soit un rédige caché et inabort dable. >
Après qu'il eut emporté tout son bien et satisfait tous ses serviteurs, il mit ses résolutions à exécution et bâtit une demeure au désert, un pays agréable. Il construisit lii une cabane, entourée de remparts et de sasaks, pourvue comme un beau kampong de sept doubles rangs de |Hilissades et de sasaks cloués h l'intérieur. On y plaça beaucoup de vases et des fleurs, et toutes sortes d'arbres fruitiers y furent plantés. Le jardin se faisait admirer par des arbres couronnes de pinang et par de nombreux pavillons. Le marchand donna ii ce jardin de plaisance le nom de Penglipourlara. Sa splendeur était iiidici* bic, comme celle du jardin de Batara Indra '. Tout prés de sa demeure le marchand planta des raisins et des grenades. Niil autre jardin n'était si beau ; c'était comme le jardin de plaisance du puissant Balurn Brahma '. Il s'y trouvait diverses sortes de fruits.
Quand tout fiit prêt, le marchand et sa femme s'y
' DÎTinitc hindoue, dieu du cieii S Dieu créateur hindou.
Source gallica.bnf.fr / BibliothèquË nationale às France
m DIDASARI.
rendirent. Ils partirent vers le soir, emmenant leur fille Bidasari et emportant des provisions. Après avoir voynj;é deux jours, ils eurent atteint leur demeure dans le désert. Des tapis de Chine furent étendus et les décors étaient de couleur variée. Toute l'habitation iiit ornée de tentures et le plafond figurait le ciel et des nuées; des lanternes et des lampes furent uppendues partout. Des rideaux et un lit de repos complétèrent ce séjour enchanteur. La lumière était uniforme, une lumière éclatante. C'était comme un palais de roi, élégant et magnifique a voir. Il y avait aussi une table posée sur un tapis humide et où se trouvaient des boissons pour Bidasari seule, et des bols d'or et des vases de souasa remplis d'eau. Tout cela était à coté du Ut de repos avec du siri jaune et du pinang odorant et trèspur, il )'usage de la douce jeune fille. Le tout était recouvert d'un tissu de fils de soie.
Bidasari portait des bracelets, des bagues et des pendants d'oreilles chargés de brillants. Quatre vêtements ornés de bijoux étaient disposés pour elle sur un coussin .
Quand le soir fut venu, Bidasari se réveilla; elle fut baignée par ses parents et enduite d'aloès et de musc. Après avoir été baignée, elle fut parée de ses vêtements. Ses traits étaient alors beaux et superbes j elle était élancée, svcite .ct tendre, et elle était redevenue ce qu'elle avait été auparavant; de sorte que le marchand iiit tout étonné en la contemplant. Il ne lui cacha point qu'il voulait l'abandonner, et en lui parlant ainsi il perdit toute sa sagesse et sa prudence. Il l'embrassa et lui
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CHANT DEUXIÈME. 113 dit : ■ Rameau de mon cœur, prunelle de mes yeux,
» mon enfant, ne sois pas inquiète ; ce que je dis n'est s pas pour te rendre mallieureuse. »
Le marchand lui fit toutes sortes de recommandations et lui chanta les plus douces paroles : « Ton père
• ne veut pas te m^nnaltre, mais te dérober h la
• mort. >
A ces mots, Bidasari pleura amèrement ; elle réfléchit sur son sort, sejeta sur les genoux de son père et s'écria, en versant d'abondantes larmes et comme hors d'ellemême : « Pourquoi voulez-vous me rebuter, mon père ;
• pourquoi délaisser votre enfant dans ce désert? Je « n'aurai personne autour dé moi , et si j'encourais quel-
> que danger, qui me viendrait en aide? Je redoute de
> rester seule ici ; avec qui parlerai-je ? Quand mes pat rents sont ici près de moi, alors seulement je me sens ■ heureuse et joyeuse, n
Le marchand entendit ces paroles de Bidasari, et il pleura avec sa femme. Leur cœur était brisé de douleur; cependant ils purent donner h leur enfant maint bon conseil : • Ah I ma fille, ornement de ma téte, ma coui> renne, rameau de mon coeur, rayon de mes yeux,
• écoute ton père ; ne sois nullement inquiète. Je t'ai f conduite ici dans cette retraite, loin de la ville, parce a que si la reine apprenait que tu vis encore la nuit, les
• dayangs reviendraient ici aussitàt; et qui aurait le «courage de l'empêcher?... Nous, jiauvres et humbles
• serviteurs , nous sommes haïs aux yeux des autres. « Les dayangs sont des ]iersonnes comme des (leurs
lU 'BIUASARI.
n multicolores, très-versées dans toutes sortes de ruses ; u ici, elles sont très-aimabtes ; lù, cruelles. C'est à elles » que nous devons tout ce malheur. Je li'ai plus con- 11 fionce en elles, car elles sont ruse'es et trompeuses. Si >> elles venaient ici et voyaient que tu es ici (car c'est "leur habitude d'errer paitout], elles iraient aussitôt ■ l'annoncer h la reine qui te ferait chercher, et elles « sauraient bien s'en disculper. Mais plutAt que cela
• arrive, je suis bien ddcidëà mouriretà me faire hacher » en morceaux. Ne sois donc pas tourmentée h ce sujet, » mu chérie, ma jeune et belle enfant, ma fille accomn plie, ne laisse pas ton 'cœur brûler d'inquiétude. Ton » père ne peut pas te laisser une compagne, mais après u deux jours il reviendra : demeure ici , ma fille , ma ^ Uidasari; tes parents retournent h la ville, niais leur » absence sera de courte durée et ils seront bientôt de » retour. •
Bidasari pensa en elle-même : • Mes parents disent > vrai ; si l'on se doutait que je suis ici , elles revienn draicnt pour ffle maltraiter. »
Bidasari dit ensuite, tout éplorée et saisie de frayeur : « Donnez-moi au moins une compagne. »
Le marchand répondit en adoucissant la voix : • Mon » enfant, ne te fie pas aux domestiques tii aux esclaves,
• car ces gens-là n'agissent que moyennant salaire. »
Bidasari se tut; elle ne pouvait rien objecter il ces paroles.
Le marchand et sa femme inclinèrent le front et pleurèrent amèrement.
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CHANT DEUXIKMH. 115
Uidasari invita alors ses parents ii manger des friandises qui se trouvaient sur la table ; mais ils en goiilèrcnt peu, à cause de la douleur qu'ils ressentaient dans leur cœur.
A l'aurore, Bidasari perdit de nouveau connaissance.
Le marchand et sa femme voulurent s'en retourner h la ville. Lui, il pleura d'attendrissement et dit : « Pru- » nclle de mes yeux, perle de toutes les femmes, ra- » meau de mon coeur, or pur, teo parents te quittent
> avec une profonde tristesse; ils sont affligés et niallieun reux parce qu'ils n'ont plus un seul enfant ; mais » console-toi, ma chérie, nous revenons bientôt, n
Les deux époux partirent et laissèrent à leur enfant une « nourie ' a , qui avait la parole agréable , pour distraire Bidasari.
Le marchand ferma toutes les portes des sept remparts.
Les deux époux se dirigèrent par un bois touffu cQ suivant un sentier étroit et rabotenit. Ils marchaient, ruisselants de fatigue et de larmes, et pleins de confiance en Dieu, k Oui, Seigneur; oui, mon Dieu, soyez avec
> elle; donnez-lui votre aide et votre protection. «
Lorsque les deux époux curent atteint leur maison, ils s'assirent anxieux. Ils prièrent tout le jour et donnèrent beaucoup d'aumAncs.
Le soir venu, Bidasari se réveilla, et se voyant seule, elle fut troublée et eut peur. Des larmes amères roulè-
* Un otwait,
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IM. BIDASARI.
rent de ses yeux. Que dira-t-elle? Elle se livra au Dieu du ciel.
Hélas ! la destinée est comme un roc, et sa destinée fut d'être seule. Il n'est au pouvoir de personne de détourner, de changer ce qui est fotal.
Bidasarî s'assied désolée ; elle ne peut plus dormir ; le hibou gémit lorsqu'il entend le cri du • peladou » .
A l'arrivée de ses parents, chargés de toutes sortes de fruits, elle oublia un peu son malheur et mangea et but toute joyeuse. Son courage se ranima aussi à la voix de cette nourie avec qui elle pouvait causer.
Ainsi s'écoulèrent ses jours; le m&rchand revint constamment auprès d'elle, sous prétexte de chasser les cerfis.
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