‹ Bidasari poëme malaisChapitre 7 sur 23 · CHANT TROISIÈME · texte numérisé non relu

CHANT TROISIÈME

Écoutez un chant où il est parlé du roi Djouhan.

Le sage et puissant prince n'agissait qu'à sa guise, et la princesse Lila Sari était très-heureuse, mais vaine. Depuis qu'elle avait fait mourir Bidasari, sa joie n'était plus pure. Elle pensait en elle-même : • Désormais

• le roi ne prendra pas une seconde épouse, puis-

• que Bldasori, ma rivale, ne se trouve plus dans la

• négory. •

Le roi sans pareil adorait la princesse Lila Sori ; il accomplissait toutes ses volontés et lui donnait tout ce qu'elle aimait. Il était épris d'elle et allait au-devant de ses moindres désirs.

Lorsque la princesse était irritée, le prince cherchait il la calmer par de douces paroles et des baisers, et lui chantait des vers et des sonnets afin qu'elle revint îi son état ordinaire. Le puissant roi se livrait avec elle, toutes les nuits, h des jeux et des ris jusqu'à l'heure de minuit.

Une fois qu'il sommeillait, couché dans son lit, il eut

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Ils BIDASARI. le cœur tounncnté par un réve. • Que signifierait ce » réve? pcnsa-t-il. Eh bien , je chereherai demain h me » l'expliquer. "

Lorsque le matin apparut, les deux époux se levèrent. Lui, il s'assit sur un tapis d'Ëgypte et déjeuna avec la princesse.

Après qu'elle eut goûté de tous les mets, les dnynii{;s arrivèrent portant une feuille chargée de parfums; le prince s'en servit et se rendit ensuite au jardin. Tous les niantris, vieux et jeunes, y étaient assemblés. l>cs qu'ils aperçurent le roi, il^s'inclinirent et firent silence.

Le puissant roi dit en voyant le ferdana mantri :

• Viens, mon oncle, approche et assieds-toi; je veux

• t'interroger. i>

\ peine le mantri eut-il entendu ces paroles qu'il , dit : • Salut, prince miséricordieux ! »

Il s'assit alors au- pied du trône. Le roi reprit : « Je » dormais depuis peu de temps, quand je rêvai que la

> pleine lune tombait des nues. Que signifie cela? »

Le ferdana mantri s'inclina et dit en souriant gracieusement : a C'est un signe que vous trouverez une com-

• pagne ; ainsi l'expliquent les devins ; quand la lune

> tombe du ciel, cela ne signifie rien autre chose que » vous trouverez une personne d'une origine égale h la » vAtrc, accomplie, sage, bien élevée, et la plus aimable

• de tout le dessa. «

A ccs'parolcs le visage du prince s'éclaircit et s'anima. Ujouhan dit en souriant : >> J'ai promis il la princesse de

• ne pas prendre une seconde femme si je n'en trouve

CHANT TROISIÈME. IIS ■I pas de pins belle qu'elle; et maintenant, mon oncle le » mantri, la princesse est a mes yeux si Ijcile, que son » dgale ne peut être trouvée nulle part et qu'on la prcn-

> droit pour une ^flcur. Mais quand elle est en colirc, » rien ne peut la calmer de longtemps, parce que son « caractère est si acariâtre ! La scufe pensée qu'elle » est si e'trange m'attriste. Si l'on ne satisfait pas ii ses

• désirs, elle devient furieuse et veut se détruire. Mais » c'est ma destinée, c'est écrit. La princesse est comme

> un joyau dont le reflet brille comme un éclair. A ce

> moment même, je le dis encore, aucune anti*e femme

> n'est plus belle b mes yeux. La princesse est liée il » mon cceur et étouffe tout autre sentiment. >

A ces mots, le inantri sourit ; u Ce que vous dites, n " roi, est juste ; si vous trouviez une personne plus bellu « qu'elle, vous pourriez observer vos promesses d'une » autre manière. Si elle est sage et bien élevée, vous

• réfléchirez davantage. La belle figure de Lila Sari

• peut s'altérer, elle peut être atteinte par les rayons

■ du aoleili D'oprès mon interprétation de ce songe,

• celle que tous éponscrez a quatre qualités. Lorsque

■ TOUS trouTcrez, A prince, une personne qui désire de-

■ Tenir la reine de Totre palais, elle doit être d'abord de

■ race noble; ensuite, elle doit être la plus riche du 1 dcssa; en troisième lieu, cxtraordinairement belle et

■ accomplie; enfin, sage et bien élevée. ■

Le prince dit en riant : " Vos paroles sont vroîes,

> mon oncle le mantri ; il y u bien des princesses, mais

■ le difficile est de trouver ces f|uatre qualités. La reine

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ItO BIDASARI.

> vst bonno et Mige et sait Gagner les cnurs. Elle com- •■ |irciiil tout, les lois et les coûtâmes, comme il convient ;

> c'est pourquoi je ne désire pas épouser une seconde i> fcniuie, ni faire de la peine il celle avec qui je vis t> ili<jH depuis trois ans en bonno liarnfoiiie. Si je voyais

> une apparition ciilcste, peut-étro in'oublierais-je, peut- " <>tre voudrais-je d'abord l'épouser et donner une corn- » pugnc de plaisir h mon épouse. «

A ces mots, le mnntri sourit : u Vous dites vrai, prince

> iiccompli, restez longtemps uni & votre bien-aimée; » elle posside tout, beauté et intelligeiice. »

La conversation finie, le roi se leva de son trône et rentra dans son palois au milieu des témoignages do respect des mantris.

Rentré, il s'assit auprès de la princesse; il l'embrassa, carcssn ses joues et dit : • Tu es le rayon d'une belle » reine; oui, tes traits brillent de beauté, comme un » joyau dans uu vtrrc. Quand je dois me séparer de toi,

> j'en suis .attristé et n'ai d'autre désir que de revenir; >- tu es comme le mont Maha Mirou. <•

La princesse dit au roi : « Pourquoi étes-vous si vif? :i vous êtes comme un jeune fiancé. »

roi sourit et dit : • Hameau de mon cœur, ma

■ chérie, ne te fnche pas contre moi, ne puis-je donc « pas te parler? 0 ma bien-aimée, ma toute chère, ne » t'inquiète pas. Je t'ai parlé avec toutes les convenan-

ces qui te sont dues, n'interprète pas autrement mes

■ poroles. C'est comme dans ce vieux dicton : D'abord • on est épris d'un joli visage, ensuite viennent la sagesse

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CHANT TnOISIÉME, Itl

• et la |>nidence, et avec elles on acconi|H)Biie lu liiun-

> aimée jusqu'il la mort. Si tu te comportes «insi, ma

> toute belle, jamais mon cœur no se |iarta(;era entn>

• deux femmes, tu l'auras seule. »

Loin d'être irritée, In reine fut charmée des bonnes paroles du roi et do ses tendresses pour elle.

Quand le soir fut venu, les deux époux se bercèrent mutuellement. I.n reine s'endormit, mais le roi vcilluit encore. Il dlnit tout ému h In vue de la lune qui brillait au travers des nuages. Il fut nuict d'étonncmcnt en se rappelant son réve.

Il ne sommeilla qu'à l'approche de l'aube ; il entendit la voix d'un hibou, semblable ii la voix d'un |ieladou.

Quand il fit jour, le roi et la reine so levèrent. Knsenible ils déjeunèrent, et le roi se rendit ensuite il l'assemblée des mantris, Lb, il donna des ordres : « Préparez » tout pour demain , mes seigneurs ; rassemblez les » houloubalangs et les pafalouwans, et les chiens de

> chasse, »

Ainsi parlait le puissant roi : « Préparez tout demnin i> et aprèS'demain ; voyez tout par vous-mêmes ; je veux t me livrer au plaisir de la chasse aux cerfs, >

Ayant ainsi parlé aux pegawas et aux bedonwandas, le prince rentra dans son palais et dit a la reine : « l'ré- » pare, ma chérie, des provisions ; je venx aller parcoii-

• rir les ibréts ; ordonne il nos esclaves que tout soit prêt ■* pour l'heuro où les étoiles brilleront au ciel. «

En entendant ces paroles, la reine fut toute joyeuse et ordonna aux bitis de faire tous les préparatifs : « Fai-

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111 llinASAIII.

» tca ccin encore celle iiiiil, clil-elle; iju'oii no niuii- » ijiiederien. Le roi vent partir celle niiil; cberchciitoiil » ce qui est ndccssnirc. »

Alors les ilayungs s'inclinèrent rcs|M!clueiisemcnl cl (lirrnt : « Ponlonnez-noiis, ô priiiceiisc ! que votre bon-

• lii'iir nujjuii^ntc! Ne vous lioiiblcii pns; nous ferons

• imindilliilcnicnt Ions les pri'|iarntirs. >

A minuit, les deux i'|ioux allèrent se reposer derrière des rideaux d'Ëgypte; le prince berça et embrassa son épouse. Ils ne dormirent pas toute la nuit; lui, il pensait à son rivo et il en était affliQi!, comme un hibou soupire n]irès le cbant du peladou.

A l'aube, le couple royal se leva.

Le roi, le lonrire sur les lèvres, demanda : • Les

• lioulonbalangs et les maniris sont-ils di-jh rassem-

• blés?»

« Un des bedonwandas s'epprocba en s'inclinnnt et dit ; « Salut à vous, mon prince ! Tous sont présents ; » tous les mantris, vieux et jeunes, attendent vos » ordres. «

Alors le roi dit il la reine, en l'embrassant et lui dondunt un sëpah : • Hcste ici, ma toute belle ; je le quitte, « mais je reviens ennore aujourd'hui. »

La princesse était joyeuse et elle dit en souriant : « Cherche-moi une jeune biclio et emporte avec loi im

> kidjang; je t'en conjure, n'oublicpas la petite biche. » J'ordonnerai il mes serviteurs d'en avoir soin, a&n

> qu'elle soit apprivoisée. >

Le roi répondit en souriont : « Tout ce qu'il est possi-

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ClIAXT TROISIKMK.

• lile ili! fuiru, nui t livric, j« lo ferai, el tes ildsirs .suroiil

• Sfllisfiiits, •

Le roi prit coiigi! de la princesse, l'embrassa et lui ilouna un sépuli.

Il se rendit diiiis In cour en avant du jardin, entonr» des muntris, <|ui piii lércnt il su droite et II su (jiiucliu luiis

les ustensiles do elmsse.

Le toi montait un clievul l)iiiu n\i':. nue selle de velniiis ornée de franges de pelles. Des porteurs di' lances, de boucliers, de flèches et de fusils à vent en rotin se trouvaient autour du prince, h son entrée duns les bois.

Le matin, au premier rayon du jour, les b£tcs fauves s'enfuirent. Lorsque le soleil Ait levd, les niantris et les |>alhouwaDS l&chirent les chiens, et les chasseurs poussèrent des cris sauvages. Vers midi, on aperçut un des animaux que l'on pourchassait.

Alors te roi dit à ses niiintris qui étaient assis sous un nnrjasiri : « Nous sommes tous si écliiiiifrcs et fnti{;iiés ! « neposons-noiis ici. »

La moitié de son escorte s'était égarée, parce <|iic chacun voulait être le premier. L'illustre roi, suivi de trois mantris qui ne l'avaient point quitté, se reposa lù et dit il ses trois mantris : ■ Allez, mantris, chercher de

• l'eau et apportez-la-moi. J'ai une suif brûlante; chern ches-moi seulement un pe» ti boire. <•

Aussitdt les trois mantris allèrent h la découverte d'une rivière ou d'un vivier, ils coururent oux alentours et vinrent ii la fin au jardin de plaisance de Didasari.

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lit BIDASARI.

lU s'arrêtèrent dbaliis, puis s'ap|irochèreiit.

Quant ils furent prés tic ce lienu jiirdiii, ils so dirent entre cnx : « Autrefois il n'y avait pas de jardin ici, • Kt l'un demanda h l'autre : ■ A qui donc appartiendrait-

> il ? C'est un endroit charmant i c'est peut-être un

• sdjour des esprits. On n'entend pas une voix humoino,

> et seulement le cri des minalis et des bajans. Qui

• iippellerons-nous? Pourvu que les spectres n'apparaisn sent p<is à notre appel ! »

Les niantris errèrent autour des remparts et y découvrircnt une porte fermée uvec une lourde barrode ter, et essuyèrent inutilement de l'ouvrir.

Un des jeunes niantris revint auprès du roi, s'inclina (levant lui et dit : • Salut, A souverain roi, nous avons

• clicrchd partout et n'avons pas trouvi! d'eau ; mais

• nous avons vu un kampong aii milieu du désert, ma- " gnifique comme celui d'un sultan, avec tontes sortes de » mangis et de rnraboutans ; nous n'y avons pas vu un

• seul mortel. Il est entouré de doubles remparts et de » sasaks, et il ne s'y trouve pas une inscription. Toutes » les portes sont fermées, de sorte que nous n'avons pu » y enfrer. •

A peine le roi eut-il entendu ces paroles de la bouche de ses mantris, qu'il se précipita vers cette demeure. Arrivé h la porte, il s'arrêta stupéfait et dit à ses mantris : « Vraiment, c'est comme vous m'avez dit ; j'ai été ■ ici autrefois, et le bois était alors rempli d'épines et de a rotins. Ce n'est pas le kampong d'un noble , et le

• jardin doit être fait depuis peu de temps. Essayez

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CIIAKT TltOISlKMK. IM

• d'appeler les iimnlris, et voyons s'ils auront jieur et nu

> nipondront pus. >

Le> uianiris crièrent arec une voix perçante : ■ Fri- » res, amii, dconte:-nons I — Vcneis ici, je vous en

■ prie I Donnez-nous un peu d'eau. •

Ik crièrent ainsi sept fois par intervalles) mais il n'y avait personne qui rdiiondtt. Alors le roi dit : « C'est

• bien, c'est assez; c'est comme si l'on parlait à des » morts. »

« C'est ainsi, reprirent les mnntris; car s'il y avait

• quelqu'un, il en serait autrciiicnt. Qui sait si eu n'est

> pus le séjour de démons et de spectres? 11 vaut mieux » ne pas y entrer ; nous avons peur et sommes sans

• couroge ; que tarderions-nous plus longtemps ici? Ce

> sont certainement des esprits qui errent ici. Nous vous ■< en prions) seigneur, retournez plutôt ; s'ils sortaient,

> il pourrait vous arriver malheur; ne vous exposez pas, » notre crainte est grande, »

Le roi sourit aux mantris et leur parla d'un ton amical ; « Comment, vous craignez dc'mons et spectres?

■ Moi je n'ai oucunu peur. Allez, appelez les lioulouba-

• langs ; je veux aussitôt leur ordonner Je forcer les

> serrures et briser les obstacles, etalorsj'cntrerai seul. »

Les mantris partirent, rencontrèrent les houloubalangs et leur dirent : « Arrivez bien vite , lioulonba-

> langs I >

Les houloubalangs se rendirent auprès du prince. Le roi dit en riant : « Venez, jeunes houloubalangs, brisez

■ les serrures qui sont ]h, >

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m HIDASAIII.

Aussitôt les lioiiloubalaiitjs se |>ri'cipitcrciit et lirisimit facilement les serrures.

Le roi s'en réjouit, et lorsque les portes lurent ouvertes, il eiilru seul. Tons 1rs mantris furent affligés et craignirent qu'il ne lui arrivAt quelque malheur.

Les niuntris lui crièrent ! ■ Laissez-nous vous nccoui-

• [luguer, car il y a peut-itre beaucoup do démons et

• du spectres qui se cachent et restent silencieux. •

Lc! prince entendit les vieux mantris parler ainsi cl leur rdpondit guicment : « Non, révérends mantris, je

> nu veux pas vous prendre avec moi, j'entrerai seul; » ne soyez pas inquiets et ne parlez plus de cela. Quand » Dieu a décidé quel<|ue chose , ses desseins doivent

> s'exécuter. Même, si je devais brûler dans les flammes, «je me confierais encore & Dieu; ta volonté est infàilli- » ble ; il détournera tout malheur. Nous, hommes, nous

> n'avons aucune puissance. Je veux voir une (bis cette

> apparition ; si c'est ma destinée de la voir et la volonté

• du Dieu unique, je sortirai sain et sauf, mes amis; » soyez sans inquiétude pour moi. Si mes yeux dccou-

> vrcnt quelque chose de mal, je vous appellerai et vous

> accourrez. J'ai peur aussi et ne suis pus courageux,

> mais voua ne devez pas pour cela m'accompagner. Main-

> tenant j'entre, et vous, attendez-mdi ici, »

Les mantris ^clinèrent et dirent : « Nous ne pou-

• vous pas noua y opposer, puisque vous le voulez ;

• entrez donc seul. •

Lorsque le roi eut entendu ces paroles, il entra sans aucune suite. Il vit tout cet intérieur richement orné

CHANT TIIOUIKME. IK comme un Icinplt' ; iiiiiouibrnlilvs tapis tic suiu ut tentures |iciiiteS| fi{;ui'uiit des niii){jes et des ruues ruydiiiiaiiles, et des luuij>es up)ieudues idleniuiil uvec îles Imiteviies et des cundélubrcs. C'était comme uii palais de roi ; les nuages représenbiieiit des flcursi les yeux en étaient éblouis, et des sidges et des lubies complétaient l'nincubicmont.

Le roi on |Hircourant les appartements fut de plus en plus étonné de tout ce qu'il voyait. C'était un signe de lu toute-puissance de Dieu. Le roi alla ii droite, a gm- (hc, et nulle part il n'aperçut de vestige bumnin. A]>cine vit-il une nourie qui étendait ses uilcs vers lu terre et criait : • O roi , ù illustre sultan , que faites-vous ici ?

> C'est le séjour d'esprits et de démons (|ui vous décbi- » reront dans le désert. >

« Dang Semie est originaire de Pétanie et est devenue ■> belle-Slle do dang Lila; j'ai pitié de cet homme, que

> les esprits happeront, sans que personne l'acconipa- • gne dans la mort. »

Le roi leva les yeux et s'étonna d'entendre un oiseau parler, qui s'envola ensuite et s» cacha derrière un lit de repos.

Il fut stupéfait de la disparition de la nourie : « Où ■ s'cst-elle envolée? s'écria-t-il ; cherchons-la tout de » suite. »

Le roi ouvrit les rideaux et aperçut, étendu sur un lit de repos en forme de dragon, un être humain qui dormait lii comme un mort, couvert d'un drap bleu de ciel, mais dont les traits reflétaient la douleur. Son

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tu BIDAiilRI.

sommeil dtuit semblable à celui d'une rhoiiette qui gémit, mais doux comme une mer de miel.

Le lui pensa en lui-méniu : » Seruit-ce un enfant » d'origine céleste 1 ou bien aurait-it feint de dormir à » rapproche de quelqu'un et se serait-il couvert de ce » drop ? ■

> Pourquoi, dit le prince, pourquoi ferme-t-il telle-

• ment les yeux? F^veille-toi, viens, faisons connnis-

• sance, soyons amis et aimons-nous, n

Ainsi parla le prince trois fois, muls il ne remarqua aucun mouvement.

Il se plaça de sa personne sur le lit de repos et pensa en lui-même : » Si c'est un démon ou un fantôme, pour- » quoi tient-il les yeux si fermés? S'il s'obstine à se taire,

• il quittera au moins le lit en me sentant près de lui.

• l'eut-étre est-ce bien un mort qui est possédé par sou

• père, «

Le roi devint de plus en plus audacieux.

Un parfum délicieux s'échappait de ce corps , mais ce corps était immobile comme le cceur d'un arbre.

Il découvrit h ses cdtés une botte de bétel pleine de siri et de pinang.

Alors il eut d'autres pensées : .• Cette personne parait » être une femme qui n'est pas morte-, .mais qui est bon-

• teuse; elle est certainement d'origine céleste, mais » née peut-être d'une princesse. <•

Alors le roi s'approche davantage, enlève le drap qui couvre Bidasari, et à peine l'eut-il aperçue, qu'il resta muet d'étonnement , car la beauté de ses traits était

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ciiaSt troisikme. ng

comme l'nsiivru d'un uriistu. Tout hors <lc lui, il s'ccriii : ■ l-îveille-toi, iiiu clidrlc, dvcillv-toi. >

Et en mémo tem|is il souleva Uidu et dit en l'cmlirostant : • Kon, amie, n'aie point peurdotaoi; Inisso

• moi cntcndro ta voix, mon ori mon rubis, mon joyau

• vireinal; ton ùmo est lidc h mon cœur. »

De nouveau il lu serra dons ses bras, et In couvrant de baisers il lui chanta diverses chansons : • Mn biuna airode, tu ne recouvres pns ta pcnsûe; je te rpfjimlo, V mais tu es évanouie. C'est cependant un être Inuuiiiu » que j'ai devant moi, puisque je io vois respirer. <•

Le roi ne put revenir de son ctonnemcnt ni rien s'expliquer : « Comment tes yeux sont-ils ainsi fermës? > dit-il. Ne sommeille pas trop longtemps, ma biena aimdd I Ton visage est si beaii, il n conquis mon cœur : » mon trouble est extrême. •

Et il l'embrasso de nouveau ; en la serrant dans ses bras il la couvrit de nouveau de baisers.

Il prit du siri de la boite de bétel et en sortit le sépnli ; il la contempla et l'aima d'un cœur hrùlunt. E t il s'ccriii : <Ahl ma chérie, ahl être céleste, le plus digne d'amour a du monde entier I ■

Maintenant, il est encore question des mintris.

Gomme ils étaient assis, ils se levèrent et se dirent l'un h l'autre : • Que fait donc ici le roi si longtemps t »

Dn de< bedouandas dit : • 0 mantris accomplis, priez a donc le roi de retourner; si quelque, malheur lui sur-

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> venait, que devicndniit'nt les niontris? Tout le pays en

> serait afflige, llnppelez-le, mes seigneurs, •

AussitAt le ferdnna inantri longea la maison et s'écria :

> Prince accompli, retournez, je vous en prie, h la ni!- >' gory ! Vous vous oubliez ; qu'attendez-vous donc ? » Odjh lo soir approclie; revenez pli)tàt demain avant » le lover de l'nurore. Nous craignons fort que les esprits » ne se mêlent il celti visite. Itevcnez donc, ù roi ; vos " mantris et vos liouloulialangs ont faim. •

Itlais l'illustre prince était fou d'amour pour Bidasai i. Lorsqu'il entendit la voix du mantri, il revint h lui. Il était tout ému et troublé; il l'embrassa et dit :

• Rameau de mon coeur, rayon do nies yeux, je t'aban-

> donne, ma bien-aimde, mon or virginal. >

Il couvrit alors BiJasfri d'un drap nommé sersaric » :

• Oui, ma chérie, vous êtes comme un ange; je revien- " drai demain pour sûr. •

Alors il quitta le lit de repos, tout attristé et sans pouvoir proférer une parole.

Après avoir fait deux ou trois pas, il retourna près d'elle : ■ Ah I ma bien-aimée, mon adorée, mon cœur

> est horriblement déchiré lorsque je te contemple, o

> ma belle. «

Il l'embrassa encore une fois et s'écria, comme s'il rêvait éveillé : « Ah ! ma bien-aiuie'e , si lu étais vrai- » ment morte, mon cœur ne t'aimer,ait pas ainsi ; qunnd je te regarde attentivement, tu vis, ma chérie, lu n'es » pas morte. Peut-être es-tu irritée? et ii cause de cela,

> ton cœur serait-il tout troublé ? »

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CHANT THOISIÊMB. Ul Le prince finit |uir surmonter son t'molioii et sortit. Il trouva les mantris assis les uns à càté des autres, ■nurinuront et Irès-conlrurids : • Pourc|uoi, A roi, vous

• iittordez-vous si longtemps, comme si vous ilouiiic/.

• audience clans votre palais? Kous, vos humbles sujets,

• nous craignions qu'il ne vous arrivât malheur. Qu'y

• a-t-il (loue il voir Ul de ai étrange, que vous loyoz si » imprudent? •

Le roi répondit en riant : • Il n'y a lit rien h voir. > Les mantris remarquèrent que son regard s'obscurcissait; ils s'approchèrent lentement, s'inclinèrent et dirent : ■■ 11 nous parait, 6 roi, que vous êtes très-

• offligé. >

Le prince rt'pondit en riant : > Pas la moindre cmo- « tion n'agite mon coeur. Mais parce que j'eus mal il la » téte, je m'endormis surun lit de repos. G'estsans con<

• tredit un séjour de démons et d'esprits, mais ils se

• tiennent cachés ; lorsque j'entendis la voix du mantri, " je me troublai et fus effrayé. »

Ainsi parla le roi ; il se leva, ferma lui-même la porte et dit : • Venez, mantris, et retournons, de peur que

> les démons ne viennent nous surprendre. >

Les mantris approuvèrent le roi parce qu'ils étaient anxieux et tremblants. Et le roi s'en retourna entoure de ses muntris.

11 partit très-ému et dit au mantri ferdana : « Nous

> nous sommes Citigués bien inutilement, mon oncle ; <■ nous n'avons eu aucun avantage, revenez cette nuit ■ et nous recommencerons demain. Car j'ai promis h la

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m BIDASAIII.

o princesse de lui rap|)orter une jeune biche et un

> kidjunf;. »

IjCS innntris et les houloiibalangs furent très-réjouis et dirent : « Nous esdcuterons tous vos ordres ; ce jour-

> ci nous a élé contraire, demain peut-être nous aurons » du gibier. >

Loi-squ'ils turent rentrés dans lu négory et que le roi eut passé le seuil de son palais, il pcnsu il Didasari en voyant In princesse,

Il se sDulagcM en lui adressant la parole : ■ Ali ! mu

> bien-nimée, or virginal, je n'ai pns réussi il l'apporter

• ce que tu désires; ne sois pas fâchée, mu chérie, je

• n'ai pu rien découvrir. Mais j'ai résolu de retourner

• demain à la chasse, afin de mériter une récQinj>cnso n comme j'ai mérité aujourd'hui tes reproches. Mon

• rubis, ina chérie, mon cicur étouffe d'amour pour

> toi et j'éprouve une peine indicible h me séparer de » toi. Hameau de mon cœur, rayon de mes yeux, ton y image est gravée dans mon àme. »

La princesse répandit en lui souriant: < Soyez apaisé, ' mon ami ; je ne suis nullement fâchée contre vous. Ce « n'était pas notre destinée d'avoirdu gibier aujourd'hui. » Kh bien, ne me quittCK plus.

Puis, le roi invita la princesse il se mettre à table, entourée d'un grand nombre de dayangs. Mais pendant le repas il était tout distrait et son cœur agité.

Après avoir diné, il prit du siri dans la boite de bétel et dit : •> Viens, ma bien-aimée !» Et il la conduisit par la main dans sa chambre à coucher. Tout son être était

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ClUNT TROISIÈMI!. 193

tourmcntë et son ca-ur i!tnit |irc> <li' Ilid». Il cIu-itIiii il M'ilistniiru vu cnibrasiuint lii |>i'inc('ssvct<>iiliit'arc!is!iiit. Kllc s'assit sur sus genoux.

Le prince etuit Irrs-ttfjilé ; il .iou|iirH et (jemit prolontlenient. De toute la nuit il ne ferniu l'œil et s'ussit en s'a|>j)uyunt uux coussins ; ses jiensées étaient au|très de là jeune fille, et il se rc|irdsentait toute su beauté.

Avant l'aulie, ou i-luint tics coqs, le cuu]ilt royal se leva.

Le prince donna l'oidrc aux niantris de so réunir et de se rendre près de lui, et 6 ceux qui voulaient l'ucuonipagner de paraître avec leurs armes. A l'aurore, le roi partit.

Revenons maintenant à Uidasari. Lorsque la iniit l'ut dissipée, elle se leva dans sa solitude ; elle mangea et but ce qu'elle désirait. Puis elle alla se jiaigncr, et après s'être parfumée, elle revint dans sa cliumbre à coucher et prit du siri dans la boite de bétel. Kllc y a|icrçut un sdpah récemment employé ; elle le jeta loin d'elle et pensa en elle-même : <■ Qui aurait l'ait usage de cela i Quelqu'un est-il venu ici? »

Très-inquiète, elle parcourut ses ujqiartements, allant Vh et là, mais rien n'était dérangé^ Icsépah fut la seules chos<! qu'elle trouva dans la boite de liétel. Puis elle sc! dit ; Quelqu'un a été ici tout près de moi et s'est >> caché quand je me suis levée. > Tout ce qui lui vint ti l'esprit était enveloppé de doute et elle s'écria : ^ Dieu

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13» BIDASAHI.

• nous ganic ! bnUil voir ici l'action d'un démon qui a m'aurait Tendue malhcurcuso? Si c'eftt été un homme, n il m'aurait certaiD.:ment embrassée. Si c'eût ëté mon

• père, il en serait reste quelque trace ; les mets seraient > augmentés de ceux qu'il m'aurait apportés.

Elle découvrît ensuite sur son lit que la courte-pointe était déplacée et que le siri de la boite de bétel était répandu; à cause de cela elle devint tonte craintive : » Qui donc a été ici, pensa-t-elle, et s'est arrêté

• ainsi près de moi? Mon père a été bien imprudent de » me laisser ici seule. «

Elle s'assit sur son lit de repos, le cœur affligé, et versa un torrent de larmes sans pouvoir confier sa peine & àmc qui vive.

Elle se dit en elle-même en pleurant sans cesse : n Quand on ne peut vivre comme il convient, il vaut « mieux mourir. Mes parents ne peuvent être pnrdonnés > de m'avoir abandonnée ici comme une impie. Quand H je serai malheureuse, ils seront inconsolables. ■

Et les minas , et les bajaus , et les nouries commencèrent il chanter. Elle prit un drap chargé de dessms, s'en couvrit et s'endonnit.

On raconte maintenant comment le roi erra dans le désert et les bois, suivi de ses houloubalangs et de ses maniris auxquels il avait ordonné de l'accompagner à la chasse. Il suivait le chemin qu'il avait choisi. Son cheval frappa du pied le sol et voIa au kampong de Bidasuri.

CHANT THOISIÉME. I3S

Tous les inantris s'iiiclincrciit devant lui et dirent : ■ Vous ne prenez pas le bon chemin, 6 roi ! Ceci, ù

• prince accompli, est le kampong des démons et des

> spectres. Vous suivez un chemin où tous ne trouverez

• pas de gibier. Ne nous y engogeons pas, car les spec- » très nous déchireront. »

A ces mots, le roi se tut et sourit; il fit comme s'il n'avait pas entendu et se dirigea vers le kanipong de Bidasari.

Les mantris et quelques autres voulurent s'y opposer; ils revinrent ii la charge, s'inclinèrent et dirent: « Rien, » 6 prince, ne peut vous faire obstacle ; votre courage

• est imprudent. >

Lorsqu'on liit arrivd près des palissades, les mantris crièrent et firent du bruit : « Soyez maudits, dénions,

• sortez d'ici, envolcz-vous dans les ronces. ■ — «Ne « sont-ils pas des pegawis d'élite, ceux qui suivent por-

• tout le roi ? S'ils étaient lâches et sans courage, ils ne » pourraient porter ce nom. »

Tous s'inclinèrent alors en souriant et repondirent avec politesse : « Si vous voulez éprouver le courage de » vos vieux serviteurs, nous vous prions de nous con-

• duirc au milieu des mauvais esprits. •

Le prince leur dit en riant et en ouvrant la porte de Bida : • Ne vous inquiétez pas, mcsseigneura, laissez- » moi seulement un instant ; j'entre et sors oussitAt. •

Les mantris répondirent en s'inclinant : < Faites, o

• prince, comme vous dites , nous |iortons vos ordres sur

> nos tètes et vous recommandons au Tout-Puissant, •

IM BIOASAKI.

Le prince entra seul dans la demeure de Bidasari. Il fut stupéfiiit à la vue de ses appartements; car il d(<couvrit dans la salle de bains un vitement mouillé ; il voyait des lanternes et des lampes bien entretenues pleines d'huile. Il se rendit ensuite dans uit lieu de repos, et, ouvrant les bahuts qui étaient là, il remarqua les traces d'un récent repas. Dans un autre endroit, il aperçutles restes de hois.sons <jui venaient d'être versées.

Après avoir parcouru ces chambres, il s'approcha du lit, ouvrit les rideaux et vit Bidasari couverte d'un drap cliargé d'images. Il pensa en lui-même : « Il est certain > maintenant qu'elle n'est pas morte et qu'elle vit, et n que c'est peut-être son sort de vivre la nuit et de n mourir le matin. •

Alors il s'approcha un peu plus et contempla ses traits brillants. Un parfum délicieux s'exhalait de son corps; il enleva le drap et se délecta à ce spectacle. Il 1.1 contempla et vit que des larmes avaient na{rucre roulé de ses yeux, et que les coussins ornés de broderies en étaient tout mouillés. A cet aspect, son Ame devint plus triste.

La figure de la jeune fille était belle et ses cheveux bouclés l'encadraient arlistement. Ses sourcils ressemblaient à un nuage et ses yeux étaient gonflés par les pleurs. Il loprit dans ses bras et s'écria en l'embrossant : ■i Ah I mon joyau virginal ! rameau de mon cœur, rayon » de mes yeux, pourquoi parais-tu si aFfligée ? >

Il la prit sur ses genoux, la caressa et lui donna des Iwisen,

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CHANT THOISIÈHE. ' 137 Il était ivre d'amour et Je douleur; il pleurait d'émotion : • Mon or, mon rubis , ma cnrboucle ccla- « tante ! tes traits sont comme ceux de Nila Sépraru , » ton origine est pure et sans tache ; comment ne t'ni- •> ineruis-je pas? Ta beauté est indiciMe, tu es nu-desâiis » de toutes les couronnes, la gloire de tous les pays. •I Hier, j'ai été ici pour me trouver seul avec toi, ina » cliérie, je pris alors du siri de ta boite de bétel; mais

> je vois maintenant que tu as rejeté le sépah . Mon cinur

> t'aime, mais je ne suis plus maître de moi. Je ne puis « plus vivre sans toi, tu es l'àme de mon être : n'as-tu

• donc pas pitié de moi? Je suis comme si ma rcspiran tion s'était arrêtée dans ma poitrine. Je suis accable

■ sous ton cbarme. Les membres de mon corps sont » adàiblis ut j'ai perdu ma science et mon entendement.

> Je veux satisfaire à mn passion ; — mais si vos parents » survenaient par basard, — car ils appiirtieunent à une » autre race et ont aussi d'autres mœurs, — et si qucl-

■ qu'un de nous deux pécbait, tous deux nous en subi* rions les conséquences. ■>

Plus il la regardait, plus il s'affolait et devenait éperdu. Il prit la jeune fille sur ses genoux, l'cmbrassu et lui chanta ce panton :

• Une rose de Chine dans un vase. Va au passer » acheter une boite de bétel. Ma tête s'égari^ , quunil je

• t'admire, ma belle.

» Va au passer acheter une boUe de bétel , ornée de

• sountings de tjcmpalika. Quand j'admiri! tes traits.

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m BIDASARI.

» ma chérie , tu m'apparais comme un habitant du cé-

• leste séjour.

> Ornée de soutin(|[S de tjempakka, sorbet Tersë dans

• une carafe, tu es comme un habitant du céleste sé-

• jour, la consolation d'un coeur aimant.

» Le sorbet versé dans une carafe est un excellent ra- « fmtcliissemcnt pour une femme faible. Tu es la>con- ' solation d'un cœur aimant, et soulages les tendres

• désirs. •

Revenons aux mantris. A l'approche de la nuit, ils se dirent entre eux : ■ Que Eait donc ici le roi si longtemps ? » Ils étaient très^inquiets touchant la manière d'agir du prince, qui était celle d'un homme dont le cœur est tout h ffiit changé et agité.

J'ai bien peur, s'écrie l'un d'eux, en voyant ce qui

• arrive nu roi ; peut-être est-il possédé par un esprit, » qu'il revient ici en moins de deux jours. >

Aussi, les houloubalaugs et les pahlouans délibérèrent sur la conduite du prince. • Pourquoi ogit-il ainsi ? se

> demandèrent-ils. Il a dit qu'il voulait chasser. » Ils s'adressèrent alors au fcrdana mantri : « Priez le roi de

• venir ici. Que fàit-il donc 1& seul jusqu'à la chute du

• jour? Il reste Ih comme s'il était ensorcelé ; les démons

> savent bien le retenir ; mais qu'en adviendra-t-il si le

• roi est mniheureiixf ■

Tous les mantris et houloubalaugs étaient on ne peut plus inquiets et etftayét. Ils s'assirent tout tristes

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CHANT TllOISlÈME. ISO et se dirent : « Pourquoi le roi tarde-t-il à partir ? • Un mantri alla très-àtlligc & la rencontre du roi ; il cria plusieurs fois : • Allons, A roi, revenez. Que voyez-

• vous donc lit, â prince? Le jour décline, la nuitappro> » che, et vos serviteurs sont ici depuis l'aurore. »

Le roi fut saisi en entendant la voix chi ferdana mantri. Il se leva lentement, déposa Bidasari et gn^jua la porte, la figure pâle mais souriante. 11 repondit uii ferdana mantri : ■ Viens ici , mon oncle ; causons enn semble ; ne sois pas inquiet ni affligé ; il ne s'agit pas

> de malheur, et s'il en était ainsi, j'en serais la première a victime, t

Le mantri se courba et dit : « Ce n'est pas. ce quo

• nous voulons, 6 roi ; si quelque malheur devait sur-

• venir, c'est nous qu'il devrait atteindre. Sultan accom- I pli, aux traits lumineux, ne craignez aucune calamité; <i c'est nom, faibles mortels, qui succomberions les pre- ' miers. Je ne vous trompe pas, 6 le plus illustre des » hommes, votre jeunesse et votre perfection dominent

> mon cœur. Seigneur, à katife, ô prince très-honorable,

> ne voulez-vous pas retourner ? ■

Le prince répondit : « Sois tranquille, mon oncle ; je

• ne reviendrai pas cette nuit ; dis aux mantris et aux

• houloubalangs que j'ai résolu de ne pas revenir. Qni-

• conque y consent peut rester près de moi pour vivre n et mourir avec moi. ■<

A ce langage, le mantri fut étonné et pensa : • Qu'ar- ■> rivera-t-il donc, si le roi donne de pareils ordrest » Il s'inclina alors devant le prince et dit : • Puisse, 6

140 BIDàSAHI.

» roi, votre bonheur être sans bornes! Qu'y a-t-il donc » à faire dans cette demeure des spectres, pour que tous » abandonniez votre négory ? Permettez que je vous

• conseille, moi votre vieux sert iteur. Que je sois mau- » dit si je désire votre mallieur ! Vous êtes pour nous

■ comme le corps ci l'iime, vous éte's notre seule espé- » rance ; répondez-moi selon la vérité, je vous ai donné " un l}on conseil. Comment, moi, sujet de votre cou-

• ronne, comment pourrais-je désirer votre bontef Je

■ suis on ne Jwut plus inquiet de ne pas vous voir revc-

• nir. Vos traits sont pAles et témoignent du trouble de » votre Ame. • .

Le roi soupira et dit : • C'est vrai, mon oncle ; tel

• est l'état de mon cœur. Mais la volonté de Dieu » est sainte et pure ; il mènera ii bonne fin ses desseins » sur moi. Hier, pendant que j'étais ici, j'ai vu un être ■> céleste, dont le visage était celui d'un ange ; il était i" seul ici. ■

Et le roi raconta au niantri tout ce qui s'était passé : ■ Mais, ojouta>t-il, n'ébruite/: pas ceci et n'en parlez a

• personne. Laissez retourner la moitié des mantris et

• faites-les nfrenir demain. Si la reine s'informe de moi,

• dites-leur de répondre que je resterai encore un jour » & me distraire. ■

Lorsque le roi eut ainsi parlé, le mantri s'inclina devant lui. '

Alors les liouloubalangs s'en retournèrent, selon les ordres du roi.

Une moitié partit, l'autre resta.

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CHANT TROISIÈME. Ul Après avoir ainsi parlé, le prince rentra, et s'assit de nouveau sur le lit de repos.

Le soir était à peine descendu. Quand toutliit devenu sombre, Bidasari fit un mouvement et se réveilla . '

. En apercevant le roi, elle fut eifrayée et voulut fuir. Mais le prince la saisit, l'embrassa et lui dit : < Mon or, « mon rubis, mon âme, ma cbëric, où vcux-iu aller? Je

> suis seul près de toi et j'étais ici il y a deux jours.

■ ' out ce temps, tu étais sans connaissance. Où veux-tu » aller, mon amie? *

Bidasari lut toute troublée et trembla. Le roi voulut la prendre sur ses genoux ; mois elle se précipita & terre en pleurant, et les pensées roulèrent dans son cerveau :

• Est-ce aussi un des démons ou des esprits? Me voyant

• seule, il a voulu venir ici? •

Le doute s'empara d'elle de plus en plus , elle s'irrita contre lui et le maudit. Toute en pleurs, elle dit :

■ Éloigne-toi d'ici , toi , démon ou spectre ! >

Le roi sourit, la caressa, la prit sur ses genoux et l'embrassa : «Ah! mn chérie aux traits célestes, je suis

• une créature comme toi. Je ne suis pas un démon, je » ne suis pas un iantâme. C'est une personne qui vient

• h toi. Ne sois donc pas craintive ; je désire faire de toi

> mon épouse. •

A ces mots, Bidasari se troubla davantage, elle se leva et voulut s'enfuir; mais le roi l'arrêta et chanta ce panlon :

• Uang Sophian plante du toumou. Conserve ce vase

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