‹ Bien-être et concorde des classes du peuple françaisChapitre 17 sur 21 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

Le sort du peuple amélioré par le peuple.

« Après ce tableau très-imparfait des secours que les classes supérieures sont heureuses de prodiguer aux classes inférieures (1), pccuponsnous des moyens par lesquels les nK)indres citoyens améliorent leur propre sort.

« Il n*est pas un ouvrier qui, combinant Tordre avec Téconomie , ne puisse prendre rang panni les citoyens qui possèdent une propriété.

(1) Je dois demander pardon pour ces expressions de IS40, puisque aiijoard*bal Fon nous assuré qu*il n*y a plus de classes en France. Il serait plus exact de dire qu'il n*ya plus de classes marquées, définies par les lois. Aujourd'hui, les citoyens, depuis le plus faible jusqu'au plus fort, depuis le plus inepte jusqu'au plus intelligent, depuis le plus pauvre jusqu'au plus riche , et depuis le plus obsonr jusqu'au plus illustre, lous égaux en droits civils, n'en sont pas moins étages dans l'ordre social • sans qu'aucune puissance humaine puisse effacer les différences qui naissent de la nature des choses.

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Pour les ouvriers de la campagne , Timmense subdivision du grand territoire de France offre à chacun la parcelle de terre qui correspond à sesmoindres économies. AussitôtrÉtat lecompte au nombre des citoyens qui trouvent un nouvel et puissant intérêt à défendre Tordre, à révérer les lois , parce que l'État protège et garantit sa modeste propriété, à l'égal des plus grands biens des hommes les plus puissants.

« Dans le sem des villes , il n'est pas moins précieux de procurer aux ouvriers la jouissance de la propriété. Aussitôt qu'un ouvrier est possesseur d'un capital qui fait partie de la richesse nationale, et qui produit un revenu, si petit qu'il soit , mais proportionnel au revenu des grands capitaux de l'État, il participe à tous les bienfaits de Tordre social ; une première économie fructueuse l'encourage à des économies nouvelles; le revenu des épargnes précédentes vient s'ajouter chaque année aux épargnes de l'année suivante. Ces placements le rassurent contre les infirmités de la vieillesse , contre les accidents de la vie , contre les chances d'un travail qui n'est pas , daiis tous les temps , également dcmandé, paiement rétribué^!

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c Des hommes opulents ont fait de leur fortune un digne usage, pour subvenir aux frais de service , et pour procurer un premier pécule aux Caisses de prévoyance et d'épargne, ouvertes en faveur des ouvriers français^ Les mêmes bienfaiteurs s'en sont faits administrateurs gratuits. Chaque dimanche, l'artisan qui veut placer la petite somme économisée dans la semaine, s'il vient au bureau de la Caisse â^épeirgnej au lieu d'un salarié subalteme, trouve à tour de rôle lés citoyens les plus éminents , des magistrats, des administrateurs, des savants, des manufacturiers, des commerçants :

voilà les commis du peuple , qui dérobent à leur vie laborieuse des moments précieux, pour en faire un admirable usage, en inscrivant de leur main les versements de l'otivrier. En même temps, nos plus riches capitalistes sont fi^s de présider à la comptabilité de l'établissement qui reçoit, avec bonheur, les moindres économies de l'artisan et du soldat , comme les plus humbles dépôts de l'orphelin et de la veuve. TeUe est l'établissement ques'enorgueillissait ajuste titre de présider le célèbre duc de la Rochefoucauidliancourt, celui qui f non content d'aççoci^^ Vè.

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vacseine aux enfants du peuple français, aspirait à leur assurer Taisance dans Tâge mûr, et le confort dans la vieillesse.

c Ledigneami de la Rochefoucauld, feu Benjamiû Belessert, un financier, après avoir présidé pendant vingt ans la caisse d'épargne de Paris, alaissé par son testament 160,000 f. pour être partagés eh premières mises de 50 fr., entre ti^is miHe jeunes gens de cette classe ouvrière , dont 3 fut toujours le conseiller et Fami fidèle.

« La Caisse d'épargne de Paris, établie la première en France, dès l'année 1818, malgré l'admirable zèle des fondateurs et Finfluence populairé de leur illustre président, n*a pas obtenu^ iès le principe, un développement facile et rapide. Elle a trouvé la classe ouvrière peu confiante d'abord, et peu disposée à profiter d'un bienfait qui ne s'était pas propagé, sous forme de vérité palpable, dans FinteHect des masses.

c Le nombre des déposants était petit à l'o^ rigine ; et parmi ces déposants, une proportion très-faible appartenait aux artisans.

« En 1826, huit ans après sa fondation, la caisse d'épargne de Paris ne comptait encore, sur cent déposants, que seize ow\Tvev^\

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4 En 18309 elle en comptait. 40

« En 1836, die en comptait 53

< En 1840, elle en comptait près de. . . . 60 a sue en compte aujourd'hui 7t

c Qu*il nous soit permis de nous applaudir de ces progrès, auxquels nosfaibles efforts^ nos conseils, nos leçons, nos calculs, ont eu peutêtre quelque part, en portant la conviction et la confiance dans l'esprit du peuple parisien*

« Étendons nos regards sur l'ensemble du royaume; depuis la loi sur ks caisses d'épar-* gna à laquelle trois fois nous avons pri^ pari comme rsqpporteur à la Chambre des dépuités y le nombre de ces caisses s'est élevé, dans m. années, d'une trentaine à plus d^ deux cents, établies sur tous les points àa territoire.

« Au 1^' janvier isso , les classes économes de la France entière avaient en dépôt moins de cinq miffions et demi; dès 1840, dans Paris seul , elles avaient un dépôt de plus de soixante millions.

c Depuis 1840, jusqu'en 1845, les progrès des caisses d'épargne ont été si beaux , qu'ils ont fini par alarmer des esprits étroits et des cœur& .

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sans inspirations. On s*est ép(mf9S0ié<, devoir quatre cent cinquante caisses d'épargne possédant déjà plus de 350 milfions de francs, qui »*d» croissaient, avec une régularité presque mathématique, de 40millionspar année ! On s'est avisé 'lout à coup d'aimer àcroire qu'elles ne remplisiaient pas leur objet primitif, qu'elles n'étaient pas en réalité la banque du peuple. On s'est ef^ forcé de trouver, çà et'là, quelques déposants qu'on pût classer parmi les riches; et pour atteindre le nombre infiniment petit de ces riches exceptionnels, on a frappé sur la masse âes humbles déposants. La loi permettait aux ouvriers d'accumuler à la caisse un capital qui représentait un revenu de 30 centimes par jour ; on a trouvé que c'était trop ! On n'a pas voulu qu'ils parvinssent à se trouver dépositaires d'un capital qui leur assurât par jour plus de 20 centimes ! Je demandais qu'on permit une accumulation moins dérisoire, ne fût-ce qu'au profit des orphelins , tant qu'ils resteraient mineurs ; on a rejeté ma demande, en déclarant qu'il ne s'agissait pas ici de faire de la pitié !. ..

« Dès le 1*^^ janvier 1845, j'ai publié, sous le ù'ire de Conslilution^ histoire et avenir des

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eaUses (ff épargne, le recueil de tous mes travail pour diriger, développer et défendre ces établissements populaires.

< Cinquante jours avant cette publication, j'avais soutenu la cause si nationale des caisses d'épargne» devant un éminent auditoire, en ouvrant mon ooursduGonservatoiredes arts et métiers. Je ne puis me défendre d'un saisissement profonde et douloureux, au souvenir des dernières paroles que j'ai prononcées alors, en invoquant un avenir que la Providence ne devait pas réaliser. J'y trouve une leçon que tous les gouvernements, républicains ou monarchiques, feront bien de méditer, s'ils veulent vivre :

« Une pensée s'offre à moi. L'hi^ire rapporte avec admiration qu'aux funérailles du sage et vaillant Saladin, l'on portait un drapeau lugubre , sur lequel une inscription disait au peuple : « Voilà ce qui reste du grand Saladin, et le néant des choses ici-bas. »

« J'aperçois dans l'avenir une inscription , non de néant, mais de vie ; non d'humiliation, mais de gloire ; et je vais vous la dire.

« Parmi lesplus grands résultats que présente chaque règne dont la postérité garde la mé-

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moire , il en est bien peu quimériientde traverser les siècles : j*en découvre un particulier au règne que le peuple libre de Juillet s*est donné. Puisse ce règne durer assez de temps pour que les caisses d'épargne achèvent d'accumuler, par le bien-être cKi peuple i préciséiaent le^miUittrd dont leurs ennemis s'^>ottvantent. Puisse, après trente ans de paix et de proi^ârité^ te. monarque qui nous régit aujoui^'buii ^mériter qu'on porte à ses funérailles une bannièk^ qu*au<cun souverain n'a m^itée jusqu'à lui, qu'aucun ne méritera de longtemps, et qui portera simplement ces mots :

« J*ai tmm^ six miUians d'épargne à la caisse du peuple^ et j'y laissé nn miUiard.

« Nos enfants qui liront cette inscription funéraire, comprendront quel res^t des personnes et des propriétés^ qlieile protection du cornnunrce et de l'industrie , quel amoui" de la paix et quel besoin de la justice il a fallu déployer pour arriver, lorsqu'on partait des barricades de 1S30, à ce degré d'opulence et de bonheur, en faveur du populaire»

« Il s'agit de savoir si nous obtiendrons ou si nous /l'oJbliendrons pas que celte inscription

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reste possible, et s'inscrive, non-seulement sur des bannières , mais au fond de tous las cœurs! »

Hélas ! dès 1845, au tieu d'avancer aveo confiance vers le milliard de dépôts que j'appelais de tous mes vœux, on a flagellé ^sans relâche l'institution des caisses d'épargn«> C'est à partir de janvier 1 848 qu'on a réalisé la restitution forcée des dernières sommes que respectait une législation primitivement généreuse et foulée aux pieds; on sait quels ont été les événements de février.

Le nouveau gouvernement a de grands devoirs à remplir envers les caisses d'épargne. Il pouvait les respecter; il n'aurait pas eu Hou de se repentir de cette équité. Il a suspendu les^ remboursements; puis il a changé les dépôts métalliques en inscriptions fprcées de rente, et de rente au-dessous du cours raisonnablement appréciable(l).Jeformelesvœuxlesplussincèi'es

(1) Je me suis fait un devoir de protester, à la tribune de TAssemblée nationale, contre le mode improvisé d'appréciation qu'on a fait triompher, mode qui fait perdreplus d'un liuitième de la valeur réelle actuelle des sommes appartenant aux dc|)08ants. Aujourd'hui le ministr«r

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pour qu'il répare ces tristes erreurs. U doit sentir le besoin de restituer une confiance à la fois généreuse el fructueuse, à l'institution la plus populaire qu'aient vue nsdtre les temps modernes. C'est une institution que les républiques devraient inventer, si les monarchies n'en avaient pas offert les premiers et magnifiques développements.

deg finances, ayec nne sincérité <}oi l'honore , reoonnatt cette liyufltioe; mais U reste à U réparer.

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