BIEN-ÊTRE ET GONCOBDE
r^dont ruinée^ de fond en comble par Tanéantissement des fortunes graduées, c*estLyony c'est Paris dont les ouvriers, plus habiles que ceux du reste du royaume, travaillent pour l'opulence à laquelle ils participent avant tous les autres, en s'élevant au sommet des conditions laborieuses, dans Téchelle des salaires.
<K Voilà la vérité sur des utopies qui ne mériteraient que le mépris ou la pitié, si les conséquences terribles n'en étaient pas la misère finale et le désespoir des classes destinées à vivre de leur travaU. (C'est la vérité que j'annonçais huit ans d'avance.)
« Qu'il me soit permis à mon tour de dire aux novateurs qui préconisent d'aussi funestes sys* tèmes r Au lien de vous abandonner à ces folles visions, à ces coupables désirs, à ces trompeuses espérances; au lieu d'essayer la réforme de l'ordre social^ par le brisement de ses ressorts lespliis utiles, laissez dcnc aller le monde suivant les lois de la nature, et prospérer le genre humain suivant ses voies accoutumées. Ayez confiance en nos consdls, et soyez d'accord avec nous ; car twus aussi nous avons la prétention d'élever avec le temps chaque ouvrier intelli-
gent, habile et laborieux , aux jouissances sociales que peut goûter son patron^ en l'invitant à l'épargne, en prenant soin de ses économies , en les faisant fructifier. Nous voulons qu'à son tour, s'il le désire, il se monte un atelier, ouvre boutique, et prenne lui-même des ouvrier et des commis dont il sera le bourgeois ; mais comme il le sera sans avoir jamais dépouillé personne, il le sera sans crainte aussi d'être jamai3 dépouillé...
€ En vérité , je rougis de m'être appesanti si longtemps sur des projets qui devraient sembler des folies et des chimères, si, naguère, du sang répandu n'en avait pas révélé r effrayante réalité (1).
« Gomment ceux qui les ont rêvées peuventils espérer quelques succès ? Comment peuventils croire qu'ils parviendront à les faire adopter par la nation française ?
« Quoi ! c'est au nom de la force qu'ils menacent; et l^ur inconséquence n'admet pas même, en récompense , un salaire du travail proportionnel à la force ; d'abord à la force physique
(1) c'est toujours en 1840 qu'ont été prononcées ces paroles , qui semblent faites pour 1848.
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du manouvrier, tel que le produit la nature ; eiw suite à cette force multipliée par l'activité , l'adresse et l'expérience?
« Que sera-ce donc lorsque l'inégalité des facultés intellectuelles , repoussée avec dédain , comme un fait méprisé, rangera d'un côté la stupidité, l'imprévoyance , la paresse, l'oisiveté, la mollesse et l'irréflexion, de l'autre l'esprit, l'imagination , la prévoyance , le zèle et le savoir occupés à concentrer, à cumuler les résultats si puissants de toutes ces facultés ? Que sera-ce lorsqu'on osera déclarer que tout ce qu'il y a de supérieur doit se ravaler au niveau de tout ce qu'il y a d'inférieur, se contenter d'un même et misérable salaire : et cela, pour l'honneur d'une impossible égalité? Ne voyez-vous pas, dans ce conflit, à qui restera la victoire !
« Il y a peu de semaines encore, on m^aurait accusé de m'arrêter, je le répète , à des chimères , et de combattre des absurdités que l'évidence réprouve. On aurait cru que je rêvais, si j'avais osé prédire qu'au xix* siècle, dans ce siècle proclamé comme celui du progrès et des lumières au milieu du pays qui s'enorgueillit, à juste titre, de sa civilisation, dans la capitale des sciences
etdesartSyCetteannée, cetété(l), Ton pouvait tromper des professions entières , et faire déclarer, à des masses d'ouvriers, qu'ils ne travailleront plus si les maîtres ne s'engagent pas à souscrire l'égalité des salaires, suivant des tarifs imposés par la violence.
< Comme il n'entre dans ma pensée de causer la moindre peine à quelque genre d'industrie que ce puisse être, je ne vous nommerai pas celles où Ion a pu tourner aussi grossièrement les ouvriers contre leurs propres intérêts, et contre les intérêts mêmes des travailleurs pour lesquels on affecte une hypocrite sympathie , c'est-à-dire des travailleurs les moins capables et les plus paresseux.
« En effet, si dans mon atelier je dois payer tout le monde au même taux, j'emploierai tous mes efforts, mon activité, mon adresse à me procurer les meilleurs ouvriers : ceux qui, dans un temps dpnné, me feront le plus d'ouvrage, et d'ouvrage le mieux exécuté.
« Ce sera donc à qui repoussera le mauvais ouvrier, le faible, le paresseux , le maladroit et l'inepte.
(1) Je répèle qu'il s'agissait ici de Télé de 1840.
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< On réclamait, on commandait pour lui l'égalité; on le jette dans la misère. On le condamne à mourir de faim , -en brisant son existence contre l'écueil d'un faux principe.
«Voilà pourtant le bonheur que descharlatans d'égalité promettent à leurs crédules sectateurs ; et les moyens qu'ils proposent sont dignes de leurs conceptions bornées.
c n suffira, pour faire violence à la nature des choses, de coaliser les hommes de chaque profession; de leur faire décréter, à la majorité des voix, l'égalité des salaires; d'imposer un taux exorbitant, auquel tous les chefs d'atelier devront fixer le prix des journées , en réduisant le nombre des heures de travail. Afin d'assurer ensuite l'exécution de l'impossible décret, on décidera, sous peine de meurtre ^ au nom de la liberté, qu'aucun ouvrier ne travaQl^pa dans l'atelier dont le maître ne cédera pas au despotisme des conditions dictées par la violence ! r
« Il fut jadis en France une autorité dominante, la Convention, qui proclamait ses décrets avec la même alternative, et vous pouvez encore apercevoir dans quelques carrefours , en lettres rouges, sur de vieux murs négligés, son
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arrêt terrible : « Liberté y égaUté^fratef-nité^ou la mort/ » La fraternité ! en trois années de terreur , de famine et de misère , les soi-disant . frères se sontégorgéslesuns les autres ; la liberté! . ils l'ont foulée aux pieds, en révoltant toutes les consciences , en outrageant toutes les convictions; l'égalité! j'ai présents encore à l'esprit des souvenirs que l'histoire devrait graver, en lettres d'or , aux pprtes de la mairie de J^yon. En 1 793 , un fougueux démagogue prêchait cette égalité régénératrice , sur les décombres de la grande cité del'industne. Hélas ! il fallut dix ans pour tirer les ouvriers lyonnais de la plus horrible misère, tandis que l'heureux apôtre de l'égalité fut créé sénateur , grand aigle , duc de l'empire, pair de France et premier ministre de . la légitimité ! Voilà ce que je voudrais dire aux ouvriers decette ville, si j'étais en lair présence, lorsque les grands cordons futurs , démagogues temporaires , essayent de les éjgacer au nom dé l'égaUté.
. « Befvenons à l'étude fructueuse et paisible de la simple vérité.
« L'égalité dans l'industrie, c'est l'égale faculté de travailler et d'être récompensé propor-