‹ Bien-être et concorde des classes du peuple françaisChapitre 3 sur 21 · BIEN-ÊTBE ET CONCORDE · texte numérisé non relu

BIEN-ÊTBE ET CONCORDE

des progrès les plus importants à la civilisation. Ce progrès donne au peuple tout entier des moyens plus faciles et plus puissants de suffire aux besoins, aux jouissances de la vie; il augmente de plus en plus le bien-être des citoyens, et s'il marche de pair avec le progrès des mœurs , le respect des lois et l'amour de la patrie , c'^est un dès moteurs les plus énergiques de la puissance et de la félicité publiques.

Si nous voulons avoir une juste idée du bien qu'il est possible de produire en suivant cette carrière, jetons un regard sur le passé, pour y reconnaître les principaux faits de la prospérite nationale. Nous y puiserons des motifs de concorde entre les diverses classes du peuple français.

Ne parlons pas de ces époques du moyen âge> où tout un peuple était serf, où le travail et ses fruits n'appartenaient pas plus au campagnard, au vilain, qui baignait de se$ sueurs une terre inféodée, qu'au manouvricr de la ville et du bourg, qui, péniblement, exerçait des arts imparfaits, pour entrelenir un luxe barbare, dont l'éclat contrastait avec la misère et Thumiliation des mains qui Tavulent ^>rcparc.

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Arrêtons-nous aux plus beaux temps d'une époque moins malheureuse pour le peuple, à ces âges célébrés pour la renaissance, et bientôt après pour Féclat des sciences, des lettres , et des arts d'imagination , plus spécialement honorés sous le nom de beaux-arts.

L'agriculture alors était encore dans l'enfance : elle suffisait à peine à la chétive subsistance de quinze millions d'habitants , sur le même sol qui maintenant nourrit avec abondance trente-six millions de Français. Les ai*tisans habitaient de misérables masures qu'aucan vitrage ne protégeait contre les mjures de l'air et la rigueur des hivers; les objets les plus utiles à notre habillement confortable /les souliers , les gants, les bas , un col , une chemise même, étaient autant d'articles de luxe inconnus au simple ouvrier , qui végétait ainsi dans un dénûment presque absolu.

Id était le sort des habitants de nos villes et de nos villages , même à la fin du siècle si fameux de Louis XIV, de ce siècle où la France a brillé d'un si vif éclat. Tel nous le présente aussi l'admirable tableau qu'un grand citoyen, ami du peuple, le maréchal de Vauban, traçait,

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il y a hîentât cent cinquante ans, de la misère où nos paysans vivaient , dans le cœur même de la France. Vauban ne composait pas des tableaux de fantaisie , pour apitoyer sur la dé» tresse des pauvres cultivateurs ; û décrivait avec une fidélité scrupuleuse ce qui se passait, ce qu'il voyait autour de sa demeure, et dans un rayon de plusieurs lieues. Jamais plus hideuse pdn* turé n'a désolé le cœur d'un ami de l'huma* nité.

Si Ton doutait qu'il fût possible que la masse d'une population existât si malheiveuse et dans un appauvrissement à tel point éloigné de l'état actuel , il nous suffirait d'attirer les regards vers des peuples qui sont encore aujourd'hui ce qu'étaient nos aSeux il y a deux ou trois siècles* Ce& lazzaroni demi^nus , dont tout le bonheur consiste à peu travailler pour mal vivre ; ces prolétaires espagnols , dont la fierté ffônéante ne peut cacher une misère qui perce à travers des vètanents délabrés ; ces Irlandais que l'Angle^ terre habillé avec les haillons de Londres , envoyés à plems navires, et que portent tout déchirés des êtres qui s'abandonnent à Tapathie de la dégradation : voilà des exemples qui pcu*^

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vent rendre croyable un état socicKl qui pour nous, heureusement , n'appartient plus à notre âge^ et s'éloigne avec rapidité dans le passé de l'histoire.

Un souvenir précieux nous est resté du traitement qu'éprouvaient y au siècle si brillant de Louis Xiy , les serviteurs de l'opulence et du haut rang, ces hommes dont la livrée, couverte d'or, cachait au fond tant de misère : c'est l'exiguïté des dépenses que l'épouse de ce monarque (i) calculait pour les domestiques d'une maison considérable. Aujourd'hui, le moindre serviteur de la moyenne propriété ne voudftiit pas se contenter de la nourriture, et surtout du salaire qu'on accordait pour peupler l'antichambre des grands seigneurs du grand simple.

Passons au règne de Louis XV, à celui pendant lequel les pères de nos pères sont nés.

Jugez quel était encore le sort déplorable des paysans, par le. simple récit des in^pressions que leur abjection produisit sur le fils d'un artisan de Genève, sur un honmie auquel la mauvaise fortune avait rendu familières les priva-

(1) Lettres de madame de Maiutenoii.

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I lions et la misère, qu'il avait longtemps éprouvées. Lorsque le célçbre J. J. Bousseau passe du pays si pauvre de Savoie sur le territoire de France , le croirez-vous ? ce n'est pas un spectacle de sécurité , de bien-être ni d'aisance qui ^ient réjouir ses regards; et la peinture qu'il retrace laisse au fond de l'âme l'impression la plus douloureuse.

Autrefois, dans nos campagnes , les classes privilégiées possédaient la terre à l'exclusion du paysan. La dîme, prélevée sur les produits bruts y ne tenait aucun compte des frais de la cuTture; elle pesait , en réalité, comme un impôt du cinquième ou du quart, sur le produit net de presque toutes les industries agricoles.

Au seyii des villes, l'industrie des arts et métiers se hérissait d'autres entraves ; elle opposait d'autres exclusions à la simple classe ouvrière. Les diverses professions étaient organisées en corporations isolées, égoïstes, répulsives, où les chefs de travaux étaient des privilégiés eh nombre limité. Quelle était la destinée de l'ouvrier le plus habile , le plus laborieux , le plus sage dans sa conduite ? Si, par de l'or ou des protections, il ne parvenait pas à remplir quel-

que vacance parmi les favoris de la maîtrise, il restait simple manouvrier. Il se voyait condamné, par le vice odieux des institutions, à croupir dans la plus infime des situations ; tandis que ses facultés, son esprit d'ordre et son énergie l'appelaient, de par la justice, à s'élever au premier rang.

La révolution française a fait disparaître ces entraves,, ces abus et ces privilèges. Tous les enfants du travail sont devenus égaux en droits. Le laboureur affranchi du tribut de la dîme , et l'artisan délivré du monopole dès maîtrises, chacun a pu devenir libre possesseur d'un champ, d'un atelier, d'une boutique, aussitôt que la moindre épargne a permis, en ce genre, la plus modeste acquisition.

On croira peut-être que cette simple faculté d'être propriétaire aux champs, d'être patron dans les cités , n'aura produit que des résultats d'une lenteur désespérante et qu'un bienfait apparent : nous pouvons offrir la preuve manifeste d'un résultat tout opposé.

Les propriétés foncières de la France, comptées par propriétaires dans chaque commune, forment un total de onze millions. Tel serait le

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nombre des possesseurs de biens fonciers, si beaucoup d'entre eux n'en avaient pas dans plusieurs conununes à la fois. Cette déduction es- .sentielle, mais difficile à faire» réduit environ à sept nûUioHs le nombre des chefs de familles propriétaires de champs ou de maisons. Si l'on admet quatre personnes par famille, Y on trouvera vingt-huit millions d'individus participant à la propriété foncière.

Il ne restera, par conséquent, dans les villes et les campagnes , que huit millions d'habitants dépourvus de propriétés. Mais, parmi ces derniers, chaque jour augmente le nombre de$ possesseurs d'un capital, fruit légitime du travail, de l'ordre et de la sagesse : c'est ce progrès dont il faut vous faire apprécier la vitesse et l'étendue*

A coup sûr, au moment où les biens nationaux furent morcelés et vendus pour la première fois, il se produisit un grand et soudain accroissement dans le nombre des petits propriétaires. Mais, l'on se tromperait beaucoup si Ton croyait que ce nombre n'ait pas, ensuite^ continué de s'accroître par la diffusion naturelle de la richesse entre toutes les classes laborieu-

sts. La petite cuhure est devenue si profitable, elle a tellement stimulé l'industrie des paysans, qu'ils ont pu payer les terres , convenablement morcelées, un prix devant lequel les possesseurs de grands capitaux ont reculé. Des bandes noires se sont formées , non-seulement au temps du directoire exécutif et sous l'empire , mais sous la restauration, pour démolir les châteaux, morceler les grandes fermes et les vendre par faibles parcelles.

Depuis la paix générale et grâce aux bienfaits qu'elle multiplie pour le peuple, la subdivision des propriétés a pris un développement de plus en plus rapide. Ainsi la quantité des cotes foncières, accrue d'environ deux cent mille dans les onze premières années de la restauration, s'est augmentée de six cent mille dans les neuf années suivantes.

Par conséquent , chaque année, un nombre croissant de citoyens deviennent propriétaires fonciers. Le progrès est tel , qu'aujourd'hui , dans la plupart de hos départements , il devient rare de trouver une famille de campagne qui ne possède aucun bien-fond.

Voilà ce qui donne à la France des» ^TîiX!*ûfiSi

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si puissantes d'ordre social à l'intérieur et de force nationale pour repousser l'ennemi qui viendrait de l'extérieur.

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