BIEN-ÊTBE ET CONCORDE
frappa le peuple français , de nos jours , dans la plus funeste année du choléra.
£n temps ordinaire, Faccroissement annuel de la population française est rarement inférieur à 170,000 âmes et surpasse quelquefois 200,000. Mais, en 1832 , la terrible année du choléra, la mortalité fut si grande, que Taugmentation se trouva réduite à 4,453 personnes.
Eh bien! malgré cet excès de mortalité qu'offre Tannée la plus malheureuse dont nos temps modernes aient gardé la mémoire, comme elle est une déchéance au milieu d'une époque de très-grand progrès , la perte , par million d'habitants, ne s'élève qu'à 27,577 habitants.
Et la mortalité moyenne pendant dix années de l'ancien régime , sans épidémies extraordinaires , avait été , par million d'hommes , de 35,608 habitants, c'est-à-dire de vingt-neuf pour cent plus grande que dans la plus mortelle année du choléra L..
Voici donc ce qu'a gagné le peuple français : A présent , même dans les années les plus funestes, lorsque la nature sévit contre nous avec une excessive cruauté, le progrès des a/is, Je développement général de l'aisance, le
bien-être, et les lumières des habitants , toutes ces causes réunies font beaucoup plus que compenser les sévices de la nature et les fléaux accourus d'un autre hémisphère*
Depuis l'époque où j'ai présenté ces résultats, une philanthropie qui vit de haine et de malheur s'est efforcée d'en affaiblir la conséquence par une dernière objection, à laquelle aussi nous devons une réponse péremptoire. Il n'est pas étonnant » a-t-elle dit , que la mortalité soit aujourd'hui moindre qu'autrefois : ce n'est pas que les adultes vivent plus longtemps; c'est seulement que le nombre de naissances annuelles est diminué , ce qui diminue en proportion les décès totijours si nombreux du premier âge.
Voici comment il m'a semblé qu'on peut apprécier la valeur d'une semblable objection.
J'ai pris pour première base d'évaluation le travail de Duvillard, couronné par l'Acâdâfnie des sciences. Je me suis servi de sa table de population, dressée d'après des observations antérieures à 1 790. Cette population (calculée [)0ur un million de naissances annuelles), je Tai divisée en trois parties :
La première comprend l<?s enfants depuis la^
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naissance jusqu'à l'âge de 15 ans. Cette partie de la population ne peut pas encore suffire, par son travail, à sa nourriture ainsi qu'à son entrelien.
La seconde partie , de 1 5 à 65 ans , comprend la partie vraiment efficace de la population, celle qui suffit, par son travail , à la nourriture, à Fentretien, et des enfants et des vieillards.
La troisième partie comprend les vieillards ayant plus de 65 ans, et dont les forces déclinent 'chaque jour avec une rapidité qui croit de plus en plus jusqu'à la mort.
Une table qui correspond aux années écoulées de 1814 à 1883, dressée par M. de Montfw* rand, nous fournit, pour un temps voisin de notre époque actuelle, un seccmd terme de com<paraisqn pour ces trois catégories.
J'ai cherché ocMlùbien , pour un million d'adultes de 15 à 65 ans, il y a d'un côté d'enfants et de l'autre de vieillards. Voici les résultats que j'ai trouvés:
aV. i7M. cte MI4 à ins.
Enfants au-dessous de 15 ans, 403,730 423,391 yieillardsaudessusde65ans^ 88,106 129,667
Totaux. 581,836 553,058
Ici nous ferons remarquer deux résultats extrêmement remarquables.
Comparaison des enfants au-dessotis de ts ans qu'il faut gu^unmiUion d'adultes de 15 à 65 ans nourrisse, pour assurer la propagation de la population française.
Avant 1790 493,730
Depuis 1814 423,391
Différence 70,339.
C'étaient donc 70,339 enfants qu'il fallait élever en plus autrefois, à tous les différents âges depuis la naissance jusqu'à 15 ans, pour ne pas obtenir un plus grand résultat que de nos jours.
Comparaison des vieillards au-dessus de 65 ans qu'il faut qu^Ufi million (Tadultes de 15 à 65 ans nourrisse y dans Vétat habituel de la population française.
Avant 1790 88,106 ,^
\- Depuis 1814 129,667
\ Différence 41,561. X^^
Ce sont par conséquent 41,561 vieillards en plus pour l'époque actuelle. Le nombre des
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vieillards est maintenant accru de 47 pour ceut comparativement au même nombre d'adultes en -âge de travailler avec efficacité.
11 faut donc que les vieillards de notre époque, en traversant les deux tiers de siècle que nous avons étudiés , aient éprouvé plus de bien-être et de soins conservateurs. Il le faut pour qu'ils se trouvent survivants en plus grand nombre, et dans une prc^rtion aussi considérable, comparativement aux vieillards de l'époque immédiatement antérieure.
En définitive, d'après mes Calculs qui concordent avec les recherches de Duvillard pour l'époque ancienne , la longueur de la vie moyenne des Français y entre les années 1770 et 1780, était inférieure à vingt^huit ans et demi; tandis qu'elle surpasse aujourd'hui quarante ans.
Depuis deux tiers de siècle^ c'est, en valeur moyenne, onze ans et demi d*existence ajoutés par la prospérité publique , à la durée de la vie, pour chaque citoyen français. Quel résultat plus admirable eût-on pu Jamais espérer?
Je ne me suis pas contenté de calculer ces longueurs de la vie pour des époques extrêmes, j'ai voulu comparer aussi les longévités iutcrmédiai-
res. J'ai reconnu qu'à travers certaines fluctuations qui tiennent à des causes perturbatrices et transitoires, il est une progression continue, régulière qui, vers le milieu de la période étudiée, donne un accroisselnent égal à la moitié du total observé.
En France, depuis deux tiers de siècle, il existe donc une cause générale et constante de progrès pour la longueur de la vie; une cause qui ne dépend ni des' lois politiques ni des événements qui les modifient; une cause qui ne dépend, ni de la monarchie, ni de la république^ ni du consulat, ni de Tempire. Cette cause! mais c'est le génie de la France, mai^ c'est le talent , c'est l'activité dç ses enfants ; ce sont les développements, ce sont les perfectionnements de tous les arts, éclairés par toutes les sciences. Voilà les éléments féconds qui produisent d'aussi grands effets, quelle que soit la forme du gouvernement. Je suis certain que , dans quelques mois, la même force d'intelligence, de bon vouloir et de travail reprendra le dessus en France, et rétablira la prospérité de notre patrie.
Je le répète, lorsque nous voyons cette force, qui est inhérente à la nation, cetle force qui tra-
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vaille en sa faveur, et qui produit d'aussi beaux développements, marcher de telle manière:
lorsqu'elle augmente la vie de onze années en deux tiers de siècle , pour arriver à l'état de 1848 , il ne faut pas craindre que nous ayons atteint le dernier terme de la progression croissante; il ne faut pas craindre que nous entrions dans une ère de rétrogradation , de malheurs, de misère et d'atrophie, qui mériterait que le peuple, pour s'en venger, prît les armes afin de renverser la 'société même! La société est debout; elle survivra, elle prospérera. Tous les bons citoyens réuniront leurs efforts pour la défendre, quels que soient les assaillants. Par ce moyen, la France reprendra, je l'espère, elle dépassera même ce degré de prospérité qu'elle avait conquis; elle continuera de progresser sous un gouvernement nouveau, comme elle l'a fait sous les gouvernements antérieurs. Il suffira que la nouvelle administration respecte les lois sociales , qui sont le palladium du progrès de nos modernes sociétés, et la sauvegarde de notre civilisation. Voilà la conviction profonde, acquise dans mon esprit et dans ma conscience, après un sincère exam^a des faits.