‹ Bien-être et concorde des classes du peuple françaisChapitre 6 sur 21 · CHAPITRE ni · texte numérisé non relu

CHAPITRE ni

Progrès récents du bien-être populaire , chez les diverses classes industrielles.

La plupart des citoyens ignorent comment»

aujourd'hui, se remplissent 1^ innombrables positions que présentent les professions industrielles, à partir du rang de simple ouvrier; c'est ce qu'il faut leur apprendre, afin qu'ils comprennent l'organisation bienfaisante et féconde qu'a produite en France la liberté ^ pour le bien-être de la population laborieuse.

Ainsi que nous l'avons indiqué déjà , depuis notre première révolution, celle de 1789, tout ouvrier qui trouve trop faible sa part de compagnon peut s'établir, à son tour, maître ou pa • tron; il n'a plus besoin d'être reçu chef d'industrie; il ne peut [dus être repoussé , qu'il ait fait ou non son chef-d'œuvre.

Cette faculté si précieuse constitue maintenant la liberté de l'industrie.

Et cette faculté n'est pas une lettre morte l

36 BIËN-JÊTRE ET CONCORDE

Aujourd'hui dix-huit C6nt mille citbyeus , chefs de famille, exercent des industries patentées, attendu que diacun d'eux fait vivre au moins un compagnon, ou un commis.

Un bien plus grand nombre d'ouvriers, chefs de ménage, travaillent chez eux, en chambre, dans l'atelier de famille, sans payer aucune patente, et favorisés, par conséquent, au lieu d'être opprimés , comme ils Tétaient avant 1789.

Pour se former une idée juste de la situation des ouvriers adonnés à nos diverses professions et comprenant, l'agriculture exceptée, dix-sept mUlions d'hommes, de femmes et d'enfants, il faut, en premier lieu, compfer tous ceux qui travaillent dans l'atelier de famille et qui composent beaucoup plus de la moitié des ouvriers. Dans l'autre partie, c'est pareillement beaucoup plus de la moitié qui ne compte pas au delà d'un compagnon par atelier.

En un mot, de même que la France est le pays de la propriété divisée, celui de la petite propriété, la France est le pays de l'industrie divisée, et des petits ateliers.

L'administration des finances nous a fourni Je moyen de conslater authentiquement le pro-

DES (XASSES BU PEUPLE AâNÇAIS. 87

grès des industries exercées en chef , soit pour kl fabrication, soit pour lecomm^t^.

On assujettit à payer patente tout individu fabricant qui fait vivre au mdns un compagnon de travail.

D'après les comptes officiels, nous trouvons que le nombre des chefs de famille exerçant m chef une profession manufacturière ou eom-^ merciale, s*est élevé suocessivetnent,

En 1802 à 791,500 individus patentes.

Si nous évaluons à quatre personnes ^aque famille de chefs d'industrie, nous trouverons^ que la popidation industridle qui travdlle en chef et possède l'ind^ndance était ,

Gn 1802, de 3,166,000 individus.

— 1817, de 3,d88,000.

— 1840, de 5,664,000.

On sera, sans doute, frappé de voir que dans les quinze pr^nières années, de 1802 à 1817, le nombre des individus appartenant aux fa^ des chefs de l'industrie we ^'^^'t^A. '^'^

38 BIEN-ÊTBE ET CONGOBDÊ

de quinze mille, année moyenne; tandis que dans les vingiirois années suirahtes, il s'aceroK annuellement de quatre-vingt-dix-neuf mille personnes. Telle est l'énorme difTérence que ces deux périodes, Tune de guerre et l'autre de paix , apportent dans les progrès de l'industrie, et dans l'amélioration du sort des classes laborieuses.

Après,avoir cité ces faits en 1840, dans mon cours du Conservatoire des arts et métiers, fait pour la classe ouvrière, j'ajoutais ces paroles qu'on peut aujourd'hui répéter avec non moins d'oiqportunité :

< Eappelez-vous bien, ouvriers, fabricants et commerçants français , si jamais on vous INTopose la guerre, pour d'autres causes que la défense de l'hoiineur national outragé, que la défense du sol sacré de la patrie, si jamais on vous invite à faire les frais, avec vos sueurs et votre sang, de l'ambition et de la folie qui sont la soif de quelques hommes , rappelez-vous , alors, qu'on vous invite , purement et simplement^ à sacrifier chaque année quatre-vingt-dixneuf mille avancements industriels à quinze nulle 1 Bappélez - vous qu'on vous condamne

ainsi , durant chaque année de combats, à renoncer, sans compensation aucune, pour quatre-vingt-quatre mille individus des familles ouvrières, au progrès qui leur procure Findépendance, lei bien-être, la considération d'un chef d'industrie; et cette perte immense, on l'exigerait du peuple pour procurer de l'avancement à quelques officiers, de l'or à quelques fournisseurs, de la fumée à des gouvernants et du malheur au genre humain ! Voilà ce qu'on ne vous a jamais dit et ce que je veux, pour votre bonheur, pour celui de l'huihanité tout entière, graver dans votre mémoire, et laisser en dépôt dans vos cœurs (l ). •

« J'ai monUé par quelle heureuse progression s'est accru le nombre des chefs d'industrie, de- .puis 1802. Le nombre des inventions constatées

(1) Voici ce<{a'on iit dans le Mmdtettr del840, qui cite ce passage :

ft Le professeur, écouté jusqu'alors dans un religieux silence , est interrompu tout à coup par les acclamations spontanées de l'auditoire, et perdes applaudissements prolongés. Ce mouvement naturel du peuple montre combien étaient factices les clameurs qu'on faisait entendre à ta même époque pour demander une guerre insensée, de la France seule, contre le reste de VCmx^ï^. ^i^

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