BISN*£TR£ ET COMCOADE
par des brevets s'est aeeni <tos une proportion incomparablem^t plus rapide»
« Aux trois ^[)oques mises m paraHèle , on trouve qu'il y a pour cent mille individus qui paient patente : .
Années. Inyentions brevetées dans ranaéc.
< Reoonnaiss(Mis ici la marche féconde de FinteUigence, et le bienCsdt des sciences appliquées h rindustrie ; de ces sciences réservées aux classes supérieures, avant 1817, et, depvàs 1$18, popularisées par degrés dans les dasses inférieures. Voilà la source de F admirable progrès dos perfectîoniiements et des inventions» qui, depuis renseignement du Conservatoire des arts et métiers, a pris un si vaste essor» Les résultats obtenus déjà nous annoncent quds résultats, supérieurs «icore, sont réservés à l'avenir le plus prochain, si les ouvriers et les artistes veulent redoubler d'efTcnts et d*étud6s pour égaler, ce n'est point assez, pour surpasser les hommes industrieux qm leur ont ouvert la carrière. »
Occupoas-iK)us actueliemeni de la classe des simples ouvriers^ n'exerçant en chef aucune profession susceptible de payer patente» ei ne possédant aucune propriété.
Le premier, le plus précieux intérêt populaire est de savoir comment, pour la grande masse des industries , se forment , tour à tour, les petits ateliers , créations du simple travailleur. S'il n*a reçu de la nature qu'une intelligence trop bornée, s'il n'est pas laborieux, actif et rangé» c'est en vain qu'il essaye de se faire chef d'atelier ; il ne peut pas réussir à se procurer ou du moins i conserver des pratiques : il finit par être <^ligé d'aller demander, comme subordonné dans l'atelier d'un autre , la subsistance qu'il est incapable de se procurer comme chef» au sein de son propre ménage."
Lorsqu'il obtient de la sorte chez autrui la via que, par kii-mème, il ne savait pas assn** rier i lui, à sa femme» à ses enfants, nous le demandons aut hcHxunes smeères» lorsqu'il ne peut pas avec fruit, pour eieapLoyer un mot qni nous répugne» lorsqu'il ne peut pas s^exploiter lui-mémey dira-t-on, pour parler la langue de renvie , qu'il se fait exploiter car «atos\^. ^ss».-
42 BIEN-éTBE ET GONCOBDE
t-on que la société doit aviser, afin d'empêcher ce qu*on appelle, depuis quelque temps, par un triste abus des paroles, Vexploitation de l'homme pan F homme F Nullement.
Dans l'hypothèse où Touvrier est capable et /ange, dès qu'il a fini son apprentissage, il peut à son gré : ou rester chez son maître, y prospérer, y grandir, s'il y trouve plus d'avantage; ou travailler à ses pièces, chez lui, pour lui.
Tous les petits ateliers des villes et des campagnes sont ainsi formés par de simples ouvri«*s arrivés àti terme de leur apprentissage, aussitôt qu^ils ont fait un peu d'économie, et souvent même, s'ils sont bons sujets, avant d'avoir fait d'épargnes, secourus qu'ils sont par des pratiques bienveillantes.
Le nombre des simples travailleurs qui se déterminent k tenter les chances de l'industrie indépendante, et, qui deviennent, par degrés, des chefs ayant des compagnons à leur solde, ce nombre est si considérable dans notre heureuse patrie, que plus de la moitié des directeurs d'ateliers et de manufactures ont commencé par être simples ouvriers. Faisons connafire un autre résultat fort remarquable : les
fctiunes les plus colossales sont amassées par les industriels partis du degré le plvs inférieur f pour monter au plus élevé i c'est la libéralité , c'est l'honneur de l'industrie française, et nous en sommes fiers pour elle !
A leur tour, les ouvriers, devenus maîtres de fabriques, forment d'autres ouvriers dont les plus intelligents, exercés dans leurs ateliers, en sortent pour devenir aussi des maîtres qui grandiront comme ont fait leurs devanciers.
Tel est le mouvement ascensionnel de tous les Ueux, de tous les jours ; mouvement fécond, généreux, qui vivifie sans cesse l'industrie nationale. C'est un immense et libre concours de toutes les intelligences qui se développent, de toutes les expériences qui s'accumtdent, de tous les perfectionn^nents de la main-d'œuvre et des produits, en un mot de tous les progrès des choses et des personnes, secondé plus ou moins par l'activité de chacun, par son esprit d'ordre, par son économie, par toutes les vertus qui, dans les métiers comme dans le monde, contribuent à la prospérité des hommes.
Dans ce mouvement fortuné de la population industrielle, l'intérêt personnel^ c'es(rèi-dk^ ^t^-
44 BMJS'ÛTWR st covgobos
tre tous tes conseillers le {4us eomplaisammcBit et le mieux écouté, Hntérét personod sppdle sans cesse chaque chef d'atelier à choiâr» à préférer .pour contre-maîtres et pour ouvriers' de diverses classes, les plus adroits, les fdus expé^ rimentés, les plus inteOigents et les phis rangés, en un mot, et dans toute l'étendue du terme, les meilleurs sujets et les plus distingués. Son intérêt, celui de sa fortune bien entmdue, bien calculée, est d'avancer chacun suivant son mé* rite, et de le rétribuer suivant son travail; ti*eûtil pas l'amour de la vertOi c'est par égoi^me qu'il serait tenu d'être équitable, dans la dtVi-* sion, la répartition et la réooitipense du iHaLvaiU
Voilà ce qui peut exfrfiquer l'avtoMîemenft né* cessaire de tous les sujets dkvm vrai mérite, et de chacun suivant son mérke^ dans cette grande et libre armée deTindnstrie, ou les généraux les plus renommés ont aussi o(»nmencé par être soldats*
Nos armées répuUicaines où, dans leurs plus beaux jours de gloire, on a vu des dernier»
rangs sortir ainsi de tels. chefs, oserait^on les définir rexpioUaiion de Vhommeipar thmnme?
Thn) Le qaeetacle oonttaire, qu'elles bait ofTerft
DES C&ABSBS DU PBUPtB FBÂNÇAI8. 45
à riinivers» c'est la justice de rhoimeur» eior j^ée à tirer de la foule » à pr<tnouToir, de gnide en grade, parmi les ituisses et sur le ebamp de bataille, quiconque tend à s'élever par • son courage et son intelligence.
Il faut mettre en lumière d'autres résultats relatifs aux ét^lissements d'industrie qui, pour prospérer, ont besoin de grands captaux, et qui réunissent, à l'ombre du même toit, un nom-»
bre d'ouvriers considérable.
C'est depuis le commencement de ce siècle, et surtout depuis la paix générale, que ces vastes établissements sesont développés, en France, avec une merveilleuse rapidité. Les industries pratiquées dans les grandes manufactures sont des créations la plupart nouvelles. Il a faHu que les fabricants qui les introduisaient sur notre sol demandassent aux adultes employés par les industries plus anciennes, ou bien à la jeunesse encore inoccupée, des essaims de travailleurs : ceux-ci n*ont préféré les professions d'un genre nouveau qu'en (d>tenant des salaires supérimtrs à ceux des professions existantes.
C'est donc en améliorant la condition des travailleurs ,. et non pas en l'empirant « c^ Vê&
4^ bier-£tbe bt concobdb
grandes manufactures ont rassemblé, ont conservé leurs ouvriers. Loin qu'il en soit résulté, pour ceux-ci, des souffrances on de la misère, leur bien-être s'est accru par l'effet d'un libre appel au travail collectif.
Dans ces conditions nouvelles et meilleures données à la classe ouvrière par les grands manufacturiers, nous le demandons, serait-il équitable, serait-il sensé de voir, avec la mauvaise acception du mot, l'exploitation de rhomme par V homme? — Nous n'hésitons pas un instant à déclarer le contraire, et, d'un bout à l'autre de la France , tous les bons ouvriers partagent la même conviction.
L'agrandissement des manufactures, loin de porter atteinte à l'aisance des travailleurs, tend, au contraire, à l'améliorer.
Les frais généraux restant à fort peu près les mêmes lorsqu'une manufacture accroît sa production, et le travail pouvant être mieux divise^ mieux réparti suivant l'aptitude et l'habileté d'un plus grand nombre d'ouvriers, le travail alors produit davantage.- Par là les pluspiiis^ santés fabriques , toutes choses égales d'aillèurs, sont en état de vendre à plus bas prix.
DES CLASSES PU PEfJPLE FBANÇAIS. 47
Qu'en résulte-t-il ? que les pays de plus grandes manufactures peuvent le mieux payer les ouvriers, et que. les pays de moindres manufactures sont forcément obligés de les payer plus mal.
Nous avons montré» depuis un demi-siècle, le progrès de nos manufactures les plus importantes. On les a d'abord établies dans des p^portions modestes, avec des capitaux restreints, et surtout avec du crédit ; leurs bénéfices ont permis de rembourser les avances qu'exigeait leur création, puis ont permis de les agrandir et de les multiplier. Be proche en proche, le territobe des départ^nents les plus heureusement situés s'est couvert de fabriques, où la population, attirée par l'avantage des salaires, a trouvé l'occupation et le bien-être*
Si dès le commencement de ce siècle, lorsque le Premier Consul prodiguait les encouragements aux fabriques françaises , il avait, au contraire, déclaré la guerre aux C£q)itaux productifs; s'il avait éventré la poule aux oeufs d'cH*, en supprimant des profits la part féconde qui permettait aux manufacturiers d'agrandir et de multiplier leurs établissements, alors les magnifiques in-
4B BIEN-âTBB#ET CONCORDE
dustries qui font vivre aujourd'hui nos ouvriers par centaines de mille , ou n'auraient pas été fondées, ou seraient restées petites, stationnaires et misérables. Pendant ce temps, rAngleterre, les États-Unis/la Suisse, l'Allemagne et tous les autres pays manufacturiers auraient pris sur nous une énorme avance; ils nous auraient exdus des marchés de l'univers, et se seraient emparés de notre propre marché.
Ainsi parle Texpérience. Ainsi répond-elle victorieusement à des projets injustifiables ayant pour but : cP un côté, d'attaquer^ d'entamer les capitaux producteurs; de l'autre, d'amoindrir, au nom de la force et de la peur, les bénéfices naturellement et loyalement obtenus par les promoteurs, par les bienfaiteurs de l'industrie nationale. Ainsi répond-efie, au nom de l'humanité même, à des projets ayant pour résultat progressif d'appauvrir d'abord et d'anéantir, à la fin , les manufactures de la plus haute importance, naturalisées en France, et qui font subsister des populations entières, par des mirades d'activité, de bon ordre, de patience et de génie.
En pleine paix, avec la concurrence formi-
DES CLAfitBS Ml rBUPbl FRANÇAIS. 49
ddble ttes nations circonvoisines, et surtout de rAn^leterre, les bénéfices des &bricants étrangers restant les m&nes, si ceux des nôtres étaient toi|t à coup et forcément entamés, confisqués, nous le demandions, quelle concurr^ce efficace nos manufacturiers pourraient^-ils soutenir encore? Il faudrait abandonner 800 millions de produits annpels vendus, au dehors, par Tindi»trie nationale. Dos lors, huit cent mille ouvriers, qui nourrisisent le double de femmes et d'enfants, seraient privés d'emploi, d*babits, de gîte et de pain ; et c'est là qu'on arriverait en croyant avoir mis en pratique un moyen nouveau, merveilleux, d'être utile aux travailleurs ! Ce qu'on aurait mis en pratique, c'est l'ai^uvrissement égalitaire, et la philanthropie de k famine.. •«
Lorsqu'on pénètre le secret des affaires industrielles, qu'aperçoit-on trop de fois , sotil^ le dehors des profits les plus attrayants? Pea sources cachées de revers inévitables, dont les déductions réduisent aux résultats les plus modestes la valeur définitive des revenus manufacturiers. Souvent mème^ loin que les revenus surabondent, le fabricant se trouve en perte et n'en dit mot. L'ouvrier, cependant, continue
50 BIEN^-ÉTBB BT CONCOSDB
d*ôtre payé ; il l'est sur le capital. Le mmiufacturier, qui sent la terre manquer sous ses pas, saisit en idée le moindre rameau qu'il croit jpou* voir le sauver ; il se cramponne à l'espérance ! il continue le j^eu de sa décadence, et, dans l'ex* pectative d'un retour à la fortune, ce qu'il trouve dU terme de cette pente, c'est la ruine finale. Ainsi, tels établissements qu'on enviait, qu'on admirait, on les voit tout à coup tomber, même au milieu des temps paisibles, où la conâance est au comble, et fait si vite oublier la prudence : n'en soyons donc pas jaloux.
Que n'aurions-nous pas à dire des époques excq[)tionnelles et calamiteuses, non moins inévitables, dans les phases de l'industrie, que les orages et la foudre dans les plus beaux étés de nos climats ! Revenons des chefs aux ouvriers. Des amis de l'humanité, dont nous concevons les illusions généreuses , dont nous respectons même les erreurs^ trouvant trop faible la rémunération des travailleurs, telle que rétablit la libre concurrence , au sein d'un même pays , ont voulu substituer , au prix loyalement débattu entre le maître et l'ouvrier, des conditions nou- Fé^y^j^ y/npo5ées de force et subies par le fabricant
DBS CLASSES DU PEUPLE FBANÇAIS. 5t
Sans compter les motifs puissants que déjà BOUS avons fait valoir , la liberté dans IHndus^ trie est, à nos yeux, un bien si grand, une condition si nécessaire de puissance et de progrès, que ses droits nous paraissent devoir dominer et modérer toutes les théories, toutes les conceptions, tous les projets imaginés, même dans le dessein le plus louable, celui de favoriser les travailleurs.
L'industrie manufacturière , en cela semblable au commerce , n'est pas , comme l'agriculture, inévitablement enchaînée au sol : alarmez, maltraitez, décimez ses capitaux, et vous Tallez voir déserter une patrie qui la traiterait en marâtre. Retirez à l'industrie la liberté complète qu'elle a conquise en 1791, par l'abolition des maîtrises , des corporations et des privilèges; supprimez ses garanties, afin de faire triompher on ne sait quelle orthodoxie communiste ; déchirez son édit de Nantes , et vous allez la voir au XIX* siècle, ainsi qu'on l'a vue au xvii®, quitter ^ pleurant, mais quitter le pays natal , et transporter de nouveau ses métiers les phis précieux en Angleterre, en Suisse, en Prusse , en Hollande et jusqu'aux États-Unis.
52 BIBn-AfBB BT GONCOBDB
Ces émigrations, ruineuses pour la patrie, déplorables pour son honneur, révéleraient aux i peuples des deux mondes jusqu'où pourrait aller l'abus, l'excès d*un pouvoir ultra-réglementaire , exercé pour satisfaire en apparence , et seulement en apparence , à des sentiments généreux» Au Ueu de propager dans Tunivers Tadmiration et l'amour des idées françaises, les fabricants expatriés en propageraient lé mépris et l'exécration , comme ont fait les réfugiés de 1685 , expulsés par le despotisme du grand règne de Louis XIV.
Descendons un moment, des considérations les plus élevées et les plus générales, à l'un des cas spéciaux qui , depuis quelques temps , ont Oxé l'attention publique. Nous alkms si kââ dons notre amour des libertés de l'industrie , que nous ne pouvons pas même approuver la suppression officielle des sous-éntreprises connues souslenoiademarchaTidages, Ici l'ouvrier se plaint , non pas d'être ejiîploité par son patron, mais par un ouvrier comme lui. Nous voudrions qu'on cherchât ^ aVec zèle, avec sincérité , les moyens de remédier aux abus du nwvAaadage; nous voudrions que le patron
BBS G&AS&SS DU PBOVIB FHAKÇAIS. 63
intervint Goiâtne partie ootitractanté, afin de protéger^ avec bienveillance , avec sollicitude , jusqu'au dernier des travailleurs. Alors on n'éprouverait plus aucun besoin» aucun désir d^interdiref* et surtout par acte public, des transactions intermédiairesy qui sont un degré d'élévaticm précieux pour les artisand habiles, actifs, entreprenants ; c'est le premier pai^ qui conduit le bon ouvrier aux positions supérieures de notre industrie*
Malgré nos penchants, éclairés et fortifiés par Texpérience , abandonnons pour un instant ce grand principe de liberté, qui devrait surtout être sacré dans un pays républicain ! Ckinsultons, et de grand coeur , l'utilité matérielle^ absolue de l'ouvrier; demandons^^nous s^il eAi possible de la servir par des conditions coercittves, exigeant du manufacturier, sous quelque forme quece doit, un salaire siqiérieiir à cdùi que pro^ duirait b Vbre et juste cpnventioii qu'il peut condilre avec ses travailleurs ?
Aujourd'hui , quelle est la base maperçae , ïom cettaÎBe , du salaire obtenu par le simple HKUM>uvrier, dans les grandes manufactures?
C'est la valeur comparative de la force doaaéft
54 BIEN-ETBB BT CONCOBBB
par le cheval de manège , ou par le cheval de vapeur, ou par Factton du vent , ou par Faction de Teau, pour égaler le travail de l'homme.
Supposez que, tout à coup, ce travail des ani* maux, ou de la vapeur, ou de. l'ah*, ou de l'eau, ratant au même prix, le législateur, pour favoriser le travail humain , le renchânsse par un acte d'autorité ; c'est ce qu'il peut faire en sui* vaut deux voies, soit par un prix constant de la journée rendue plus courte, soit par le prix supérieur d'une longueur fixe de journée.
A l'instant même, au sein des manufactures, l'équilibre des forces productives se trouve rompu ; le travail animal , ainsi que le travail mécanique, devient plus économique, et le travail humain plus dispendieux.
Si le manufacturier, conune il arrive d'ordinaire , ne peut se défendre des concurrences, soit au dedans, soit au ddiors, que par des éco^ nomies Uicessantes , il n'y aura plos d'autre ressource que de restreindre le travail à prix forcé produit par l'homme , en le remplaçant par le travail à prix libre et moins onéreux produit par les animaux , ou par l'eau , ou par le vent, ou par la vapeur.
Ainsi l 'âctebienveillant de rautorité suprême , imaginé dans le dessein d'améliorer le sort des ouvriers, aurait pour résultat infaillible de resserrer , de diminuer» de défavoriser le travail humain ; il priverait de tout emploi des masses de travailleurs. C'est le résultat contraire auquel il importe de parvenir.
Ira-t-ou jusqu'à dire, en désespoir de cause, qu'il faut non-seulement rehausser , par acte ooercitif , le salaii*e de la main-d'ceuvre ; mais , de plus, interdire, au nom de la loi, tout perfectionnement , tobte réduction de prix dans les forces mécaniques?
Si , par un intérêt mal entendu pour les travailleurs, un système aussi monstrueux pouvait être mis en pratique, on arrêterait tout progrès ; on nous rendrait stationnaires , lorsque les nations rivales avanceraient à grands pas. EUes nous enlèveraient notre part sur tous les marchés de l'univers, non-seulement hors de France, mais même au sein de la France, dussions-nous l'entourer d'un triple mur de la Qhine.
Puisque l'inévitable nécessité commande aux nations modernes d'avancer toujours dans l'amélioration de leurs arts et dans Taocroissû-
56 BIE!f-£TBB ET CONCOBDÊ
ment des forces empruntées à la nature, non pas pour appauvrir le genre humain, mais pour Tenrichir au moyen de produits plus abondants, il ne nous reste plus qu'à chereher les meSleurs moyens d^empêcher que ces biens généraux ne soient acquis à la société aux dépens des exis^ tences individuelleSé
C'est à rÉtat de songet au devoir â^asêwrer ^existence aux individus privés d^ emploi par des invefUions fumveUes;une adm&iistrati<Ki tutélaire et vigilante ne doit jamais cesser d*atoir les yem ouverts sur de pareils besoins. Elle y peut satisfaire au moyen des travaux publics^ mais par une main-4'ceuvré à ia tdehe; afin de ne pas tenir école de fainéantise. Ces tra* vaux, il £suii les varier^ il faut les multiplier dans eertatfl» cas , sauf à les reitreindre plus tfiu^d , lorsque l'industrie , par ses retours-faroarables , réeiamera de nouveaux travailleurs.
£d définitive, au lieu de proscrire les perfecti(HiD6Qieiits ei les inventions du génie, an fien de hausser, par caprice ou par tyrannie, le taux dec^rtains salaires, au lieu de £aroenter des luttes à la fioîs inefficaces et fatales , il est um moyen jdus intelligent ^ plus équitable et plus
DES Ci.A8SR6 DU JPBUPLB FflANÇAIS. . SI
puissant eTenrichir les travailleurs : c'est d'augmenter leur valeur personnelle^ c'est de perfec^ lionne et d'occroître leur force productive.
Nous pouvons atteindre ce noble but, en dé^vel(^£uit leur intelligence par rinstructiûn et leur moralité par l'éducation, en leur aj^renani la dextérité, cet art de foire vite et bien, qui sait économiser la force au lieu de la prodiguer.
Nous pouvons enseigner aiu élèves de l'indùs*^ trie le perfectionnement des sens travûilieurs g le toucher, l'ouïe, et surtout la vue. Nou6 pou-' vons mettre h leur portée les éléments des scienceis utiles ^ la géométrie, la mécanique, la physique et la chimie^ qui s'appliquent à chaque instant à la conception, à la pratique, au progrès des arts et métiers.
Qu'on voie les résultats obtenus déjà, malgré ce qu'ont d'incomplet encore et d'imparfait l'é-* ducation et l'instruction des ouvriers.
Bans le même atelier ou le simple manou* vrier gagnera 2 francs au pluâ, l'ouvrier d'art^ l'ouvrier d'intdligence obtiendra a fr.^ 4 fr., ' 6 fir., 8 fr., 10 fr., 12 fr. ; il gagnera^ dans la partie supérieure de certaines professions^ 1 6 fr * et jusqu'à 20 fir. par jour.
58 bien-£tbb et concorde
Les 2 francs du manouvrier, qui payent uniquement sa force physique, sa force brute, pour porter, tirer, traîner, tourner, conune le ferait un cheval, un piston, une roue, une aile de moulin , ces 2 francs restent un même salaire payant le même labeur de Thomme de peine , réduit à s^a puissance animale; tandis que les 3, les 4, les 6, les 12 et les 20 francs sont acquis à l'artisan dont nous avons étendu, aiguise, fortifié les facultés intellectuelles, doht nous avons accru le savoir et fécondé l'expérience. Par con- . séquent, toute la richesse personnelle Créée progressivement par ce surplus de salaire, et tout le bien-être qui s'ensuit, pour l'ouvrier perfectionné, n'ont rien ôté de ce que gagne Fouvrier-machine, l'ouvrier stationnaire, l'ouvrier-borne , qui teste réduit à sa faculté musculaire.
Ce n'est point assez dire : quand la grande majorité des ouvriers perfectibles s'élève ainsi par ses efforts , le petit nombre qui n'a pas su, qui n'a pas voulu ou qui n'a pas pu suivre uii mouvement si fortuné , ce petit nombre profite enccnre des progrès que l'industt'ie doit à ses ouvriers d'élite. Les produits perfectionnés sans
les renchérir, ou faits à meilleur marché sans les détériorer, pour le vêtement, pour le logement €t pour l'alimentation, permettent au plus médiocre manouvrier d'ajouter à son bien-être, en se pM)Curant avec sa paye, restât-elle stationnaire, un plus grand nombre d'objets d'art, mieux appropriés à ses besoins. Nous le demandons, pourrait-il se plaindre du bienfait qu*il reçoit ainsi de tous les bons travaiUeurs, et qu'il ne rend à personne?
En définitive , cette élévation graduelle d'un nombre toujours croissant d'ouvriers rendus plus habiles, plus producteurs et plu$ fortement rétrilméi , voilà le progrès que les amis de rh;idustrie et de Fhumanité n'ont jamais cessé d'invoquer, de favoriser et de récompenser.
Ce progrès est celui que nous sollicitons plus que jamais , lorsque nous nous adressons au législateur, en lui demandant des écoles primaires industrielles et des écoles secondaires pour offrir, aux enfants, aux adolescents et Blême aux ouvriers adultes , les perfectionnements nombreux que peuvent recevoir leurs mouvements mécaniques , et l'usage de leurs
60 BlEN-^TBB ET C09C0BI)£
sens , et rapplication fructueuse (jie leur inteUî-* g^ce-
La natiou française est, entre toutes, la plus heureusement » la plus libéralement dou^ de cette intelUgenoe vive et pénétrante, si remar* quable dans nos années, chez les sous-ofBeier» et che; les simples soldats.
Cette intelligence , cultivée sur une vaste échelle , nous ne craign(»is pais de le dire , dlé peut produire , dans le court espace d'une gé^ ^ération, des résultats gigantesques, et placer riiidustrie nationale hors de pair, en compa-* raison des indu^ries du reste de l'univers»
Plus on aura n^ultiplié » si l'on veut suivre cette route, le nombre des habiles ouvriers» plus on aura développé les facuUés d^ leiiHf esprit et leurs sentiments moraus^, plus on awa travaillé pour fortifier, entre les chefs de l'industrie el les ouvriers ^ tous les degrés, la bieoviiUanoe^ la sympathie et la vraie fraternités On aura» par ce moyen , cousolidé de plus en pluts la paix de l'état social ; on aura bien mérité de la France,, et préparé des progrès immen^^ à la çiviijsih tion. ]
DES CLASSB3 DU PBIIPLE FKÂNÇÂIS. 6t
Nous n'avonç pas encore abordé la partie e^:^ trêmQ des innavations. Dans leiffs projets d*a* méliorations industrielles , quelques personnes ont imaginé « purement et simplement, la suppression des chefs de l'industrie particulière. Elles n'ont pas un moment supposé qu'il rest&t encore des lois à la France , et que la eoniiscation des biens ^ dés industries , dés existence& était interdite. , de par nos droits de citoyens i Elles ont dédaigné bien plus que les 1ms de la société > elles ont méconnu jusqu'aux lois de la nature. Non^^ulement elles ont imaginé b^ suppression de l'intérêt privé., de la ppssessÎQA individuelle et du succès personnel^ dans^ le tnn yail des ateliers y elles conçoivent un co^ur bl» main, qu'elles pétrissent au gré de leum vich pies^ pour procnrer un succès fantastique à leurs, systèmes impossibles !
En dehors de la marche natui^elle et Ubire de l'industrie nationale» telle que nous l'avons imoh trée dans ses progrès, on a conçu , pour mîeitt favoriser les travaiUeurs, des at^ers égalitaires, où le capital ne serait plus la propriété d'un chef, mais le bien indivis de tous.
Nous serions heureux de ne pas croire à l'exc^
62 BIEN-ÉTBE ET GONGOBDB
trême difficulté d'établissements pareils. S'ils obtiennent un bon chef, électif si Ton veut, qui s'identifie avec son atelier, qui s'en occupe avec autant de zèle, d'activité, d'ardeur et d'efforts d'esprit que s'il avait à soigner sa propre fortune; si tous les sous-chefs ont, dans leur sphère, les mêmes vertus que le chef, et des capacités correspondantes; si tous ménagent les matières, les outils, le local de la communauté, comme si c'était leur propre bien; si chaque ouvrier , n'ayant plus peur d'être expulsé ni réduit de paye , travaille pour tous les autres comme il travaillerait pour lui-même : en supposant qu'on réunisse à la fois c^ nombreuses conditions de prospérité, l'établissement modèle réussira.
Ces conditions indispensables, disons-le pour être vrai, jusqu'ici, dans aucun pays célèbre par son industrie, elles n'ont été communément , durablement réunies. C'est pourquoi , jusqu'à ce jour, les essais considérables tentés en Angleterre, en Allemagne, aux États-Unis , en France même, ont fini par échouer misérablement. Ainsi parle l'expérience du passé , qui ne sait pas flâiteT les illusions dil présent.
Nous le répétons : nous ne prétendons point prédire irrévocablement un sort pareil aux établissements qu on voudrait aujourd'hui fonder; nous demandons même qu'on en fasse un essai sur quelques ateliers importants conduits avec habileté , afin que la France apprenne , h ses dépens 9 s'ils peuvent réussir.
A l'égard de certains travaux, sunpleset faciles , qui n'ont pas besoin de grands capitaux ni d'un grand crédit, nous concevons que des ouvriers d'élite et d'une moralité rare, animés d*un même esprit et d'une sympathie constante^ pourront travailler et bénéficier en commun.
Mais il faut des hommes d'élite et d'une rare vertu, pour présenter le spectacle d'une pros* périté pareille. Nous serions trop heureux de voir naître et grandir beaucoup d'associations où ^par un dévouement mutuel et par un ouUi du moi , rare dans tous les temps, on arrivât, à là prospérité commune.-
L'Assemblée nationale a décidé, sur ma pco»
position, qu'on lui rendrait, chaque année, le compte raisonné du succès ou de l'insuccès des associations subventionnées; laissons parler l'expérience , et formons dés vœux^^XK ^\î«^-
84 BIEIf-ÉtâB tt (^ONCÔ&DE