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PRÉFACE
dont nous n’avons pu retrouver trace et qui ont été composés, nous semble-il, en 1834, l’un au commencement, un autre vers le milieu, le troisième termine le Journal. Ces pages ont-elles été disposées avec intention ? On peut se le demander ; elles seraient alors ordonnées dans un ouvrage où l’ordre fait défaut.
. Le premier article est sur l'avenir de la Russie (Luttérature et Philosophie mélées. pp. 47-49) (1). Au second (pp. 114-112) Victor Hugo donne pour date Avr! 1820: il traite de l’année littéraire 1820 (2). Victor Hugo se plaint de la pauvreté de la poésie en cette année-là. « Force vers, dit-il, point de poésie ; force vaudevilles, point de thé- « àtre », et il termine par ces mots : « Quand donc ce siècle aura-t-1il une littérature au « niveau de son mouvement social, des poètes aussi grands que les évènements ? » Estce en 4820 qu’il se pose cette question? Non,mais bien en 1834 et il se chargeaït à la même époque d’y répondre. « Il y a déjà dans la nouvelle génération née avec ce siècle des com- « mencements de grands poètes. Attendez quelques années encore » (Littérature et Philosophie mélées, p.130). C’est d’un orgueil un peu enfantin de faire après coup des prophélies. On devine ainsi facilement l'avenir qui est le passé et l'on peut sans crainte de se tromper prédire sa propre gloire.
Dans le troisième article (Littérature et Philosophie mélées, pp. 171-173), il prédisait de même ses varialions en politique. Ces pages n’ont point élé écrites en décembre 14820, mais tout bonnement en 1834. M. Biré l’a prouvé surabondamment (3), mais il a oublié une preuve ; Victor Hugo n’a pu entendre en 1820 son père proférer la parole fameuse : Laissons faire le temps. L'enfant est de l'opinion de sa mère, l’homme sera de l'opinion de son père, puisqu’à ce moment le général Hugo, séparé de sa femme et de ses enfants, n'avait, on peut dire, aucune relation avec eux. Dans un altavisme inconscient, Victor Hugo cherchait une excuse à son évolution politique et voulait en 1834 prouver que dès 1820 il savait juger les hommes et les évènements et que déjà « l'expérience modifiait en lui l'impression faite par le premier aspect des « choses à son entrée dans la vie ».
Le journal d'un jacobite de 1819 est loin de renfermer tous les articles composés par Victor Hugo vers 1820 puisque quarante cinq au moins n’ont pas été jugés dignes par lui d’être reproduits. Nous en avons déjà dit un mot mais il est utile d'y revenir. Victor Hugo a négligé toutes les Æevues Littéraires (4), une Revue poéfique (5). trois articles sur les Beaux-Arts (6), onze critiques dramatiques (7).
(1) En 1820 parut une /istoire de la Russie, de Karamsin, dont Z (Hoffman) rendit compte dans le Journal des Débats i8, 10, 12 décembre 1820). Victor Hugo aurait-il composé à cette époque un article sur le même sujet sans l'imprimer ? On ne sait.
(2) On trouve enchassés dedans deux morceaux l'un sur le Monastère de W. Scottet l’autre sur M. Decazes, empruntés tous deux au Conservateur Littéraire. Le premier (t. If, livrais. 12%, p. 54) est bien d’avril 1820. Le second (t. III, livrais. 24e, p. 142) est de novembre 1820.
(3) E. Biré. Victor Hugo avant 1830, pp. 188-193.
(4) Conservateur Littéraire, 25 décembre 1819, &. I, livrais. 2, pp. 77-80, Les trois nuits d'un goüteux de Neufchâteau et Aux Missionnaires de l'irréligion, poème par Vieillard ; 45 avril 4820, t. E, livrais. 40e, pp. 393- 396, Epitre de la comtesse de Salm et Berriuna par Saint-Prosper ; 3 juin 4820, t. IL, livrais. 13e, pp. 445-416, Les Plaisirs de Clichy et Lithographie morale et politique de MM. les Membres de la Chambre des Députés ; 40 juin 1820, €. I, livrais, 14e, pp. 168-170, Nuits Françaises de d'Egvilly et Nos Regrets par le Chevalier de Port de Guy ; {er juillet 1820, t. IT, livrais. 16e, p. 288, Jommage de l'aveugie de Nanterre aux mûânes du duc de Berry ; 9 décembre 1820, t. IL, livrais. 26°, pp. 242-243, Epitre à Dieu par le chevalier de Port de Guy, Carmen Sacrum de Carr, Dissertation sur la Césure, lraduction par Boulard, À la duchesse de Berri par Bérenger de Labaume.
(5) Conservateur Littéraire, 21 octobre 1820, t. III, livrais. 26°, pp. 86-96. Victor Hugo rendait compte de petits volumes de vers que lui avaient envoyés cinq auteurs : Reymond, de Labouïsse, Gasp. Descombes, Gabriel, Aug. Richomme.
(6) Conservateur littéraire, 5 août 1820, t. II, livrais. 48e, pp. 296-299 ; 4 novembre 1820, t. III, livrais. 24e, pp. 145-147, ; 9 décembre 1820, t. IIT, livrais. 26e, pp. 229-9230. On remarquera dans ces trois articles qu'il est souvent question du duc et de la duchesse de Berry.
.. (7) Conservateur littéraire, 11 décembre 1819, t. I, livrais. re, pp. 30-35, Le Frondeur de Royou ; 15 janvier 1820, t. I, livrais. 8e, pp. 109-414, Olympie, de Brifaut et Dieulafoy, Le marquis de Pomenars, de Sophie Gay ; 29 janvier 1820, t. I, livrais. 4e, pp. 10-458, Les Comédiens, de Cas. Delavigne ; 25 mars 1820, t. I, livrais. 8e, pp. 307-311, Charles de Navarre, de Brifaut ; 15 avril 1820, t. I, livrais. 10°, p. 382-392, même sujet ; 6 mai
2 A0 pr à #7 :
PRÉFACE
dix-neuf articles de critique littéraire ou artistique, mélanges, actualités (1),
Ajoutons que quatorze articles de tout genre, critique dramatique, revue poétique, critique littéraire des ouvrages de ses meilleurs amis n’ont mérité à ses yeux qu'une toute petite place, si petite même que dans certains cas personne ne semble s’en être aperçu (2). Nous ne pouvons ne pas parler en particulier d’un article de l'Etoile du 24 mars 1822 sur les Poèmes de Vigny dont Victor Hugo a extrait seulement sept lignes. Il a glissé les deux premières, qui forment le début, dans son article sur les Méditations de Lamartine. « Voici donc enfin des poèmes d'un poète, des poé- « Sies qui sont de la poésie » (Litt. et Philos. mélées, p. 93). On retrouvera les cinq dernières, c’est-à-dire la conclusion au bas de la p. 159 de Zattérature et P hilosophie mêlées. 1 les a jetées là, dans un coin, comme en passant. Elles n’ont d’ailleurs aucun rapport avec les Poèmes de Vigny. Le cas est curieux. On dira bien que Victor Hugo de parti pris n’a pas voulu dans Luttérature et Philosophie mélées nommer des auteurs vivants. Cependant les Héditations désignent suffisamment leur auteur, « le poèle paru en 1820 », puis pourquoi a-t-il accordé à Lamartine un éloge qu’en 1822 il
1820, t. IT, livrais. 44e, pp. 51-37, Le Flatteur, de Gosse et l'Æomme poli,de Merville ; 10 juin 4820, t, Ivrais], li. 44e, pp. 160-165, Demetrius, par Delrieu ; 10 jun 1820, &. IT, livrais. 14e, pp. 465-167, La Dame noire ; 1# juillet 1820, &. II, livrais. 46e, pp. 223-231, le Folliculaire. de Delaville de Mirmontet l'Artiste ambitieux, de Théaulon ; 5 août 4820, t. IT, livrais. 18°, pp. 310-314, Aspasie et Périclès, par Viennet. Une promenade dans Paris ou De Près et de Loin ; 18 novembre 1820, €. III, livrais. 25e, pp. 201-208, Clovis, par Viennet. Notons que deux articles sur les Vépres Siciliennes de C. Delavigne et Louis ZX de Ancelot (Conserv. Litt., t. I, livrais. 2e, pp. 66-69 et livrais. 4e, pp. 133-145) négligés par Littérature et Philosophie mêlées ont été reproduits depuis dans Victor Hugo raconté, pp. 437-446.
(1) Conservateur littéraire, 25 mars 1820, t. I, livrais. 8, pp. 290-293, Annales du Musée, Salon de 1819, par Landon; 25 mars 1820, t. I, livrais. 8e, pp. 298-307, L'Ecole du Cavalier, par Millet, L'art du Tour, par Libois ; 25 mars 1820, t. I, livrais. 8e, pp. 307-311, Dithyrambe sur l'assassinat du duc de Berri, par Tezenas de Montbrison, Ode sur la mort du duc de Berri, par Lebrun des Charmettes, La France royaliste aux mûänes du duc de Berri, par Saint-Prosper ; 20 mai 1820, t. Il, livrais. 12%, pp. 72-74, /nstitut : séance publique annuelle des 4 Académies (24 avril 1820) ; 10 juin 1820, €. IT, livrais. 14e, pp. 125-145, Mémoires, Lettres et Pièces authentiques touchant la Vie et la Mort du duc de Berri, par Chateaubriand ; à août 1820, t. II, livrais. 18e, pp. 324-395, Collége royal de France, Clôture du cours de poésie latine de Tissot ; 19 août 1820, t. II, livrais. 19e, pp. 351-358, Les Psaumes de Boishuguet : 2 septembre 1820, t. II, livrais. 20e, pp. 394-395, Manuel de recrutement ; 9 septembre 1820, &. III, livrais. 21e, pp. 31-37. Mélanges. Institut royal de France. Séance annuelle de la Suint-Louis ; T octobre 1820, t. III, livrais. 22%, pp. 50-64, Projet d'accusation contre le duc Decases, Observations sur cet écrit par le Comte d'Argout ; 21 octobre 1820, t. If, livrais. 23e, pp. 119-190, Séance publique de la Société académique de Nantes ; k novembre 1820, t. INT, livrais. 24e, pp. 155-158, Correspondance aux rédacteurs du Conservateur Littéraire (c’est une critique littéraire) ; 17 fevrier 482, t. III, livrais. 29e, pp. 338-345, Poésies de Mme Desbordes-Valmore ; 17 février 1821, t. IL, livrais. 29e, pp. 345- 346, La Matinée du 29 septembre, poème de Talayrat ; 31 mars 1821, t. III, livrais. 30e, pp. 385-388, Odes, par Antoine Charles, pp. 388-389, Mémoires de la Société d'émulation de Cambrai. pp. 389-392, Correspondance aux rédacteurs du Conservateur Littéraire sur la biographie des Contemporains.
Annales de la Littérature et des Arts, 9 juin 1821, t. IIT, livrais. 36e, pp. 379-392, Æecueil de l’Académie des Jeux Floraux.
Choix moral des Lettres ‘de Mme de Sévigné, 13 mars 1824, Préface, Notice sur Mme de Sévigne, pp. xIx-xxx, in-Â8, Paris, Boulland. B. KF. 13 mars 1824, no 1313.
12) Conservateur Littéraire, 19 décembre 1819, t. I, livrais. 2e, pp. 70-76, Un moment d'imprudence, comédie, par Wafflard et Fulgence, La Somnambule, vaudeville, par Scribe et A. Delavigne, Cadet-Roussel Procida, parodie des Vépres Siciliennes, par Dupin et Carmouche (cf. Zütt. et Philos. mélées, p. 138) ; 12 février 1820, t. I, livrais. Ge, pp. 217-228, Clovis, de Népomucène Lemercier (cf. Zaitt. et Philos. mêlées, p. 98) :6 mai 1820, t. 2, livrais. 11e, pp. 13-20, Œuvres posthumes, de Delille (cf. Litt. et Philos. mêlées,
. 149) ; 17 juin 1820, t. 2, livrais. 45e, pp. 180-487, Lalla-Roukh, par Thomas Moore (cf. Lift. et Philos. méées pp. 52-53); 22 juillet 4820, t. IT, livrais. 17, pp. 134-142, Revue poétique, de Labouïsse, Cipeirel, etc. (cf. Lalt. et Philos. mêlées, 5 lignes, p. 157); # novembre 1820, t. III, livrais. 24°, pp. 134-142, Mémoires, par le vicomte Donnadieu. Réponse, par le Comte de Saint-Aulaire (cf. Litt. et Philos. mèlées, quelques lignes à la p. 112) ; 6 janvier 1821, t. IT, livrais. 27°, pp. 259-265. L’observateur, de Saint-Prosper (cf. Lit. et Philos. mêlées, quelques lignes à la p. 153) ; 6 Janvier 1821, t. IT, livrais. 27°, pp. 279-284, Eugène et Guillaume et Don Carlos, de Lefèvre (il y a deux articles et deux signatures H, et M, le début de l’article sur Don Carlos est dans Litt. et Philos. mêlées, pp. 139-140). Ve
L'Etoile du 24 mars 1822, article sur les Poèmes de Vigny (cf. Lift. et Philos. mélées, pp. 93 et 159; on en trouve sept lignes. | À DRAM À
Le Réveil des 7 et 10 décembre 1822 contient deux articles sur les Méditations de Lamartine et le Trappiste de Vigny (cf. Lètt. et Philos. mêlées pp. 153-156). Le Réveil du 19 février 1823 contient un article sur le Parricide de Jules Lefèvre (cf. Litt. et Philos. mèlées, pp. 157-159). | .
La Muse française, 45 mai 1824, (t. II, livrais. 11e, pp. 275-286) contient un article sur Æloa de Vigny (cf. Lit. et Philos. mèlées, pp. 276-278).
PRÉFACE
décernait à de Vigny. Biré aurait peut-être raison lorsqu'il accuse Victor Hugo d'avoir eu honte de l'amitié qu'il porta jadis à son cher Alfred.
Enfin il est un point sur lequel il convient d'insister en terminant cetle préface. Victor Hugo s’est plaint assez souvent des journaux qui l’attaquaient, le criliquaient, ou « n'honoraient pas d’un article son pauvre recueil. » (1) Ses amis répétaient la même antienne, Dans les Annales de la Littérature et des Arts (2), Saint-Valry avant lui avait critiqué la conduite des journaux quotidiens. Il se demandait si la supériorité d'Hugo les offusquait : un sentiment bien bas les aurait alors poussés. Qu’importait d'ailleurs à Victor Hugo ce silence ? C'était un homme heureux puisque l'édition de ses Odes était épuisée sans annonce. Les éloges et l'amitié de Chateaubriand et de Lamennais étaient une compensation. A. Trébuchet se plaignait également du silence des journaux parisiens et du peu de cas qu'ils semblaient faire des ouvrages de Victor (3). Celui-ci et ses amis avaient-il raison de se plaindre si fort de la presse parisienne. Je ne le crois pas.
D'abord Victor Hugo devait une certaine reconnaissance aux Journaux dont il avait utilisé les critiques dramatiques pour écrire les siennes dans le Conservateur Littéraire. En comparant en effet certains articles de journaux et ceux que Victor Hugo composait à la même époque. on s'aperçoit facilement que sans les copier d’une manière positive, il leur empruntait des idées et des jugements. Le Journal des Débats (4% janvier 1820) luia servi pour sa critique du 29 Janvier à propos des Comédiens de Casimir Delavigne. [la lu aussi le numéro du 3 janvier et l’a utilisé pour un article du 4 mars sur les Trois chants de l'Iliade de Bignan. Le 6 janvier 1821, il écrit sur la pièce Eugène et Guillaume quelques pages qui offrent bien des ressemblances avec les articles du 10 octobre, 21 octobre et 25 décembre 1820 du Journal des Débats. La Quotidienne du 4 mars 1820 lui sert pour étudier le 25 mars 1820 Charles de Navarre de Brifaut. La Quotidienne du 5 juin et le Drapeau blanc du 8 juin 4820 lui fournissent des matériaux pour son article S'pectacles du 1° juillet 4820. Peut-être en examinant de très près le Conservateur Littéraire et les journaux de l’époque pourrait-on rencontrer d'autres concordances curieuses.
Victor Hugo aurait dû aussi remercier les journaux de leur amabilité à son égard. Ils inséraient volontiers ses œuvres et n’ont point fait difficulté de recevoir sa copie. Disons plus, on se l’arrachait, semble-t-il, puisque parfois deux ou trois journaux le même jour publiaient une de ses odes. Les 11, 12, 13 et 14 décembre 1822, le Réveul, la Quotidienne, le Moniteur Universel, les Annales de la Littérature et des Arts, inséraient Louis A VIT, le 23 septembre 1824 ; le Drapeau blanc, la Gazette de France et le Journal des Débats imprimaient Les Funérailles de Louis XVIII.
A peine a-L-il commencé à versilier que le Lycée français (18 septembre 1819) acceple La Canadienne que reproduira en 1822 l’A/manach dédié aux demoiselles. La Foudre (5 juillet 1821) insère La Chauve-Souris. La Fille d'Olaïli trouve place dans l'A/manach des Muses (30 novembre 1822), dans l'A/manach des Dames (21 septembre 1822), dans la Foudre (15 juin 1822), dans le Courrier littéraire; Moïse sur le ÎNV,l'est imprimé dans la Foudre(25 juin 1822), dans l’A/manach des Muses chrétiennes el dans les Huses chrétiennes (30 novembre 1822). La mort du duc de Berry est publiée dans Berriana (15 avril 1820), puis dans les Annales de la Littérature et des Arts (8 février 1823) et dans le Æéver/ (13 février 1823). La Couronne de cyprès et de roses (18 août 1821), la Foudre (5 juillet 1822), l’A/manach des Dames (21 septembre 1822), les Annales de la Littérature et des Arts (1® février 1823) acceptent de réimprimer Le Baptème du duc de Bordeaux, La Chauve Souris, Le Génie, Jéhovah. Le Ly-
(1) Correspondance 1815-1835, p. 29, Lettre à J. de Rességuier du 22 juillet 1822. Il s’agit des Odes et Poésies diverses parues le 8 juin 1822.
(2) Annales, t. VIII, livrais. 94e, pp. 65-70, 20 juillet 1820. (3) Letires d’Adolphe Trébuchet à son père, 8 juin et 44 juillet 4822. cf. Appendice.
PRÉFACE
cée armoricain insère la plupart des traductions des auteurs latins, Cacus, Achéménide, L'Antre des Cyclopes, César passe le Rubicon. Victor Hugo collabore aux Annales Biomantiques (4 janvier 1823) et il leur donne La Harpe et la Lyre, Moïse sur le Nil, La Fille d'Otaïti, Jéhovah. À vingt huit reprises au moins, dans l’espace de quatre ou cinq ans, les journaux, les revues, les périodiques, nous ne parlons évidemment ni du Conservateur Littéraire, ni de la Muse française, ont publié des vers de Victor Hugo. |
Les critiques que l’on fit de ses ouvrages furent-elles inspirées par la malveillance ou la jalousie ? Non, car Victor Hugo a eu certainement une bonne presse de 4819 à 1825. Nous avons relevé environ cent quarante mentions faites de lui dans les journaux de toute nuance, nous n’affirmons pas avoir tout vu et tout lu car il a dû certainement nous en échapper, or voici les constatations que nous avons faites : cent vingt mentions, nous entendons par là articles, entrefilets, annonces, lui sont favorables, vingt à peine sont des attaques et à part trois ou quatre inspirées par l'esprit de parti, les autres sont justifiées. On avouera que pour un jeune poète, un débutant, la presse s'est montrée aimable.
Victor Hugo fut toujours, a-t-on dit, très entendu dans l’art de la réclame : il commença de bonne heure son apprentissage. Il n’eut pas de peine, nous l'avons vu, à placer ses vers, mais il a su varier les revues, les journaux, les recueils pour se faire connaître d’un public plus étendu : il ne quitte pas le camp royaliste mais il va facilement de l’extrême droite à la gauche, il se hasarde en province, à l’est et à l’ouest, il ne dédaigne pas à côté des grandes revues les petits almanachs.
Il a le souci de sa gloire et de sa renommée. Il fonde avee Abel le Conservateur Littéraire mais celui-ci n’a pas encore paru que le Journal des Débats en fait une annonce élogieuse (8 novembre 1819) et un mois après (20 décembre) applaudit aux succès anlicipés de la revue. Le Conservateur de Chateaubriand (3 mars 1820) vient à la rescousse. Dans le Journal de Nantes (2 mai, 2 juin, 2 août, 20 août 1820) la plume de Trébuchet donne une aide fraternelle à leurs parents. La Quotidienne (6 et 19 octobre 1820) apporte à son tour son appui aux jeunes littérateurs. Amicale et spontanée parfois, cette réclame est aussi accordée aimablement à qui Pa demandée.
Mais Victor Hugo fait plus : il ne peut composer une ode sans le crier à tous les échos de la presse. La Vendée paraïil : aussitôt la Ruche d'Aquitaine, le Drapeau blanc, la Quotidienne l'annoncent. Le Courrier et la Renommée s'en moquent : le poète en profite aussitôt pour le dire bien haut et se faire un piédestal de ces attaques ignorées. Ïl écrit La Mort du duc de Berry, la Gasette de France, le Conservateur, les Lettres champenoises, le Moniteur Universel (1) en avertissent leurs lecteurs. Pour Moïse sur le Nil, le Journal de Paris, hbéral, joint sa voix à celle de Mély-Janin dans les Lettres champenoises et à celle de Saint-Victor dans le Défenseur. L'apparition du Génie est saluée par le Drapeau blanc, le Journal des Débats, le Journal de Nantes, les Lettres champenoises. Nous pourrions continuer et en dire autant de Quiberon, Le Baptéme du duc de Bordeaux, Vision, Bonaparte.
Avait-il raison de se plaindre le 22 juillet 4822 à propos de son recueil d’Odes et Poésies diverses. Ouvrons les journaux : le 15 juin, la Gagsette de France en fait l’annonce, le 22 juin, la Quotidienne l’imite, le 25 juin, c’est le tour du Journal de Paris, le 26 juin et le 10 juillet, Z’Etoële suit leur exemple. Le Journal des Débats (14 et 16 juillet), les Lettres champenoises (n° de Juin-Juillet) prennent part au concert d’élo-
es. Enfin le 20 juillet, les Annales de la Littérature et des Arts contiennent un long article de Saint-Valry dicté par l'amitié, Jusqu'à ce moment nous n'avons pu trouver un mot de blâme : nous n’en trouverons pas contre les Odes et Poésies diverses. Tout au
(1) Le Moniteur Universel nomme six auteurs ayant publié des vers sur la Mort du duc de Berry mais seul Victor Hugo a l'honneur de voir quelques-uns de ses vers reproduits.