‹ Bio-bibliographie de Victor Hugo: de 1802 à 1825Chapitre 82 sur 106 · MON CHER PAPA · texte numérisé non relu

MON CHER PAPA

[Des lettres de mon frère et de Hugo vous ayant annoncé notre heureuse arrivée ici et mon mariage qui a eus lieu il y a quatre jours il ne me reste plus qu’à vous parler du bonheur qu'il me promet qui sera sans doute parfait puisque j'ai trouvé dans mon époux toutes

les qualités qui caractérisent l’honnête homme je suis persuadée que je serai infiniment heureuse avec lui. Sa sensi-

bilité son attachement pour ses parens celui qu'il ressent déjà pour vous; tout me garantie la bonté de son cœur et la durer de ses sentiments pour moi c'est à vous mon cher papa que je dois mon bonheur en consentant à mon union avec mon cher Hugo vous avez mis le comble à tous vos bienfaits aussi en suisje extrêmement reconnaissante. |

Mon mari fait ses efforts pour procurer à mon frère une place avantageuse s’il ne réussit pas ce ne sera pas défaut de soins et de démarches nécessaires. Voulez-vous bien nous envoyer la grande malle que (nous) avons laissez par une voie sure et la moins coûteuse qu'il se pourra dut elle ne pas nous parvenir si promptement.

[Jeannette m'avez dit que votre intention était de nous donner quelques serviettes cela nous fera bien plaisir. Vivant chez nous et le linge étant extrèmement cher ici si vous vouliez avoir la bonté d'y joindre deux paires de draps et deux ou trois napes nous vous serions bien obligées comme je prévois que la malle ne sera pas pleine si vous vouliez aussi avoir la bonté de nous envoyer dix livres de caffé et douze livres de sucre du prix de vingt cinq à trente sols les marchandises coloniales n'onts point de prix dans cette ville immense vous nous enverriez la note et de suite nous vous en ferions passer le montant ou

(1) Cf. Figaro, 15 août 1888.

APPENDICE

un reçu si cela vous était égal je vous prie aussi de dire à Jeannette de mettre dans la malle deux robes à ma mère une fond rouge avec des fleurs blanches et une fond bleue avec des fleurs blanches aussi j'en ait besoin pour quelques arrangement de ménage et j'en tiendrez compte à ma sœur.] Mon frère ne veut point de son violon il craint qu'il ne soit casser en route adieu mon cher papa jJouissez d'une bonne santé vos trois enfants qui vous chérissent égallement prie le ciel qu’il vous conserve longtemps à leurs tendres et respectueux attachement.

Je suis avec respect

Votre très obéissante fille

TREBUCHET HuUGo.

MoN CHER PAPA,

Voulez-vous bien permettre que Normand Mr Delair Jeannette Marion trouvent ici l'assurance de notre souvenir et de notre sincère amitié. [Je prie Jeannette de ne pas oublier les couteaux.]

Lettre de Hugo, adjudant-major au 1er bataillon de la 20e demi-brigade d'infanterie de ligne, capitaine rapporteur près le conseil de guerre de la 17e division militaire au citoyen Trébuchet chez le citoyen Lenormand, juge, rue des Carmélites à Nantes. Inédite.

Le 17 nivôse de l'an 6 (Samedi, 6 janvier 1798).

J'ai recu hier votre lettre très tard, mon cher Trébuchet, et malgré cela je me suis rendu à la maison Longueville, elle était fermée. J'y suis retourné ce matin et on m'a fait voir une réponse que l’on venait de faire à la lettre que vous aviez écrite d'Orléans.

Je vous avoue que je n'ai pas été aussi satisfait de cette réponse que je croyais devoir l'être, j'ai vu dans l'absence véritable ou prétendue du chef de l’administration des moyens de lenteur qui m'ont paru de nature à tout annuller si l’on met de la négligence à cette affaire.

Aussi je vous engage à faire promptement et sans tarder un inventaire des

effets qui se trouvèrent dans votre malle et d’en porter l'estimation à la valeur qu'ils avaient étant neufs, de le faire certifier par plusieurs citoyens et ensuite de faire vérifier la signature de ces citoyens par l'administration municipale, vous m'en adresserez un et l’autre vous l’enverrez à l’administration. Je crois cette mesure nécessaire, pour presser vivement le remboursement des effets volés. Ne négligez donc rien de votre côté et du mien je vous réponds de tout ce dont mon zèle et mon activité me rendent capable.

Si l'administration est honnête, ce remboursement ne tardera pas. Si elle ne l’est pas, alors elle prendra des moyens de détours contre lesquels il faudra se mettre en garde. Instruisez-moi donc de tout ce qu’elle vous annoncera, afin que je la presse.

Dans le cas où elle ne se conduira pas bien, il n'y aura plus de ménagement à garder et je vous donnerai alors un conseil qui lui fera regretter de ne pas vous avoir satisfait.

Sophie et moi quoique bien affligés de votre évènement malheureux vous embrassons et vous prions d'en faire autant à l'égard de notre famille, et notamment de notre papa.

HUGo.

Des choses ‘honnêtes au Cr Delaire.

J'ai réfléchi que des citoyens de Nantes ne pouvaient pas donner eux-mêmes le certificat de ce qu'il y avait dans la malle, faites en un cependant et je le ferai signer par mon frère et le signerai moi-même. Donnez l'état au juste, mais estimez tout à sa valeur primitive.

N.-B. — Marie-Joseph Trébuchet écrivit lui-même sur la lettre de Hugo la petite note suivante qui nous rend plus compréhensibles les évènements :

« Réponse à la lettre que je lui écri- «vis de Blois qui lui apprenait le vol «que j'avais éprouvé sur la route de Pa- «ris à Orléans, et par laquelle je l’en- « gageais à faire des démarches auprès « de l’entreprise responsable de toute ma- «nière des effets qui lui sont confiés.»

APPENDICE

Lettre du Capitaine Hugo à son beau-frère Trébuchet. Inédite.

Paris, 27 pluviôse de l'an 6 de la République française (Jeudi 15 février 1798).

Vous aurez sans doute été bien prêt, mon cher Trébuchet, à m'accuser de négligence, puisque j'ai été si longtemps à vous écrire, mais c'est qu'attendant de jour en jour le résultat de l'affaire dont vous m'aviez chargé, je voulais vous le présenter en vous donnant de mes nouvelles.

J'ai vu le Cn Fadat, après avoir été au moins vingt fois chez lui avant de le trouver ; j'ai causé avec lui dans ma première entrevue et nous avions paru être fort contents l’un de l’autre, quoiqu'’alors il n'eut rien pu terminer sans prendre de renseignements .Je lui adressai d’après sa demande un double de vos pertes il devait le présenter au conducteur à la charge duquel il paraissait vouloir faire tomber le remboursement, mais voyant qu'il ne répondait pas je luiadressai plusieurs lettres, après cependant avoir été infructueusement pour le trouver et pressé de me répondre, puisque j'avais chargé l'ordonnance d'attendre, il m'écrivit la lettre dont voici le contenu.

Paris le 22 pluviôse an 6.

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