‹ Bio-bibliographie de Victor Hugo: de 1802 à 1825Chapitre 83 sur 106 · CITOYEN · texte numérisé non relu

CITOYEN

Le malheur arrivé au Cr Trébuchet, votre ami, ne peut être considéré comme devant être sous la responsabilité du conducteur, attendu que le vol de la malle a eu lieu par effraction et qu'il n’a pu être paré en aucune manière toutes les précautions ayant été prises par le bureau et le conducteur pour la préservation de cet article.

J'ai pris à cet égard toutes les informations convenables pour m'assurer s’il n’y avait pas de négligence de la part du conducteur et j'ai été convaincu que son magasin était baché avec sa chaine et la bache recouverte attachée.

Comme le vol de la malle a eu lieu avec effraction et pendant la nuit, le

conducteur ne peut être et encore moins

l'entrepreneur, responsable de ce’ délit qui est entièrement à la charge du propriélaire.

Je suis fâché de ne pouvoir vous donner une réponse plus satisfaisante.

J'ai l'honneur, Citoyen, de vous saluer de tout mon cœur.

Signé : FADATTE.

J'ai été d'autant plus étonné du stile de cette lettre que je m'attendais d’après la conversation ‘que j'avais eue avec ce Fadatte, à une réponse favorable à vos intétérêts : et voulant intimider son administration et ne plus lui montrer de ménagement, je lui fis la réponse ci-dessous, que je suis certain qu'elle a reçue.

Paris le 22 pluviôse 6.

HUGO "CI NAU Car FADATTE,

Je m'étais persuadé, Citoyen, que les lenteurs apportées dans l'affaire du Cn Trébuchet, mon beau-frère, se seraient terminées par une décision favorable et

conciliation de tous les intérêts lésés.

Mais votre lettre d'hier annonce assez ouvertement les intentions de lui faire

supporter seul la perte de sa malle, pour que j'entre avec vous dans les détails nécessaires à légitimer la conduite qu'il va tenir envers vous.

Le Cr Trébuchet a un titre qui prouve que sa malle a été confiée à votre administration, c'est l'extrait de la feuille de votre diligence signé Démore.

Lors d'une première vérification de la voiture à Bourg-Egalité, on s’est aperçu que des attaches de cuir avaient été coupées et que des effets avaient été enlevés.

On a dit au Cn Trébuchet que sa malle en faisait partie et plein de bonne foi il a eu assez de confiance en vous pour croire qu'on ne lui mentait pas : moi qui suis son fondé de pouvoir par procuration légale, je révoque en doute le vol de la malle dans la voiture ; parce que je n’ai aucune preuve qu'elle ait été comprise dans les effets dont elle a été chargée :

je sais bien que vos registres, vos com-

AS

APPENDICE

mis, vos garçons, voudront certifier pour vous, mais vos registres étant faits par vous, vos Commis, vos garçons étant vos salariés, étant à votre service ne peuvent aux termes de l'article 351 de la loi du 3 brumaire tester ni pour ni contre vous.

Je n'aurai donc aucune preuve que la malle du Cn Trébuchet ait été comprise dans le chargement de la voiture, partie le 12 nivôse, et je pourrai taxer d'escroquerie manifeste la conduite tenue à son égard.

Ma loyauté ne me permet pas de vous cacher ma conduite, vous avez tranché vous-même l'importante question du remboursement, moi j'en appelle aux tribunaux il n'appartient qu'à eux seuls de la décider.

Mais comme la justice des tribunaux en vous atteignant ne fera pas assez connaître la conduite que vous avez tenue envers le Cr Trébuchet et qu'il sera important que le public ne puisse désormais être dupé, je vous préviens que son intentention est que la déclaration ci-jointe et ci-dessous soit affichée en placards à Nantes, à Paris et où besoin sera si vous lui faites perdre vingt-cinq louis, 1l peut en sacrifier autant pour renverser la confiance que le public a jusqu’à ce moment eu dans votre administration : Voici cette déclaration :

«Ne vous fiés pas à l'Administration des Messageries de la Maison Longueville.

«Je lui ai confié le 12 Nivôse, une malle pesant 90 livres pour qu'elle soit transportée à Nantes. Je n’ai aucune preuve que cette malle ait été comprise dans le chargement de la voiture partie le 12 et cependant on m'a décläré qu'elle avait été prise.

« J'ai demandé un remboursement, puisqu'elle n'avait pas, de l'avis du conducteur, été enlevée à force ouverte : l'Administration s’est ri de mes déclarations et m'a déclaré par le Cr Fadatte, qu'elle ne pouvait, ni son conducteur, être responsable de la perte éprouvée par moi.

« L'Administration des Messageries Nationales mérite plus de confiance. Celle rue Mont-Martre a toujours rendu fidèlement les objets qui lui ont été confiés,

et Je n'aurais pas à me plaindre si j'eusse remis ma malle dans ses voitures.»

Paris, le Pluviose, an 6.

Signé : TRÉBUCHET, Citoyen de Nantes

J'attendrai jusqu’au 26 de ce mois pour porter devant le Juge de Paix cette affaire et pour la présenter à l'opinion publique par les placards et j'agirai comme je viens d’avoir l'honneur de vous le dire, si d'ici à cette époque je ne reçois de vous, non l'avis d’une indemnité, mais celui du remboursement des effets du C»A Trébuchet.

La conduite que je tiens est légitimée par la vôtre. J'aurais voulu chez vous plus de loyauté et je me serais fait un plaisir de conserver avec vous le ton d'honnêteté et de confiance que vous m’aviez d’abord inspiré.

Signé : HUGO.

ChestAtoudhuMTEmonacher Trebuchet et l'Administration Fadat n’a rien répondu : vous avez senti sans doute quels effets produiraient des placards semblables à ceux dont je la menace, surtout à Nantes et à Orléans. — Mais voilà seulement mon manifeste, c’est à vous à consulter notre bon papa sur la marche qu'il croit la plus prudente et la plus convenable. Je sens bien qu'on peut faire un tort infini à Fadatte par de telles affiches, et que Fadat ne peut rien contre l’auteur d’un tel moyen puisqu'il n'offre que la vérité. Mais si notre papa, trouvait un plus sûr moyen de forcer Fadat à payer, je pense qu'il faudrait ne pas ba-

lancer à le prendre.

J'ai remis au dossier toutes les pièces de cette affaire, ma lettre et celle de Fadat y sont jointes. Répondez-moi donc après avoir consulté notre papa, sur ce que son dessein est que nous fassions maintenant, et je verrai ce qu'il y a à faire en conséquence.

Mon épouse se porte à merveille, elle a cependant été malade quelques jours, elle vous embrasse d'un bon cœur, ainsi que moi, et tous deux nous vous chargeons de mille choses affectueuses pour notre bon papa et sa famille.

APPENDICE

Vous verrés bien par l'écriture illisible de ma lettre, que je l’écris à la hâte, je n'ai jamais en effet eu tant d’occupations que depuis une quinzaine.

Je crois bien définitivement que je n'irai pas en Angleterre.

Louis, Martin et sa femme, et Maphte (?) vous saluent.

Le Cn Delaire et sa famille vous saluent ainsi que notre papa.

Et moi je vous embrasse.

HUGo.

Lettre du Capilaine Hugo au greffe du 4er conseil de guerre, à Paris, Maison commnne, place de Grève, au citoyen Lenormand, Juge au Tribu-

. naleivil, rue Maupertuis No 19, Nantes. Inédite.

Paris, 1 floréal de l'an 6 (Vendredi 20 avril 1798),

Page 1