‹ Bio-bibliographie de Victor Hugo: de 1802 à 1825Chapitre 85 sur 106 · AU PETIT FRÈRE TREBUCHET · texte numérisé non relu

AU PETIT FRÈRE TREBUCHET

J'avais bien promis à Fadatte, mon cher frère, que votre affaire dans le cas d'un mauvais succès, lui nuirait infiniment plus que le sacrifice qu'il lui convenait de faire de 600 francs pour assoupir ou éteindre le souvenir d’un événement qui dans tous les cas, tendait par la publicité, à faire perdre tout le crédit de son entreprise. Mais Fadatte,

peut-être trop sûr de sa réputation, n'a

pas consulté les suites d’une conduite suggérée par l’homme de loi chargé de ses affaires ; celui-ci n'avait et ne devait

avoir d’autre but que son gain de cause, et l’autre qui n'aurait pas dû l’envisager de même, malheureusement a été de son avis. Qu'en est-il résulté, c'est que J'ai fait part à beaucoup de personnes de la fin de votre affaire et que nombre de ces personnes nées au département de l’ouest et du midi pour des relations commerciales et autres ont craint qu’en cas de perte elles en viennent à essuyer les mêmes pertes que vous et elles se sont adres:

sées ailleurs. Plusieurs Nantais ont pris la voiture de la rue Mont Martre de 10 francs moins chère, et apparemment plus sûre. Ainsi donc, Fadatte a été dupé de trop de tenacité et je ne calcule pas jusqu'où les, torts iront; ce n’est pas en public qu'il est maintenant possible d'’attaquer cet entrepreneur il a suivi les ordres de la loi et ïil est inattaquable ; mais c’est en public qu'on peüt dire J'ai essuyé cette perte par telle cause, et ce raisonnement contre lequel on ne peut arguer rien, est le plus destructeur de son crédit. Je n'ai mis dans cette affaire que l'intérêt que je mettrai toujours à vous obliger, Je "nai eu qu'un seul chagrin c'est de n'avoir pu mieux faire et en effet il était impossible d'en agir autrement et de réussir d’une autre manière ; vous avés vu d'ailleurs les raisonnements que je vous ai apportés et vous les avés jugés et bien jugés sans doute.

Sophie s'étonne toujours de ce que vous lui parlés de réponses à des lettres que vous lui avés adressées, elle n’en a reçu réellement aucune de vous, c’est ce que je puis vous certifier. Ecrivez lui donc mon cher Trébuchet et soyez certain qu'elle vous répondra car déjà plusieurs fois elle à parlé de vous écrire.

Elle à également écrit à M. Charbry (ou Chailvy ?) et à notre tante et à recu des réponses à ses lettres.

Je voudrais bien, mon cher frère, céder au désir de ma nouvelle famille, et vous aller embrasser tous à Nantes. On m'a donné une nouvelle qui pourraït peutêtre mefaciliter ce ‘plaisir onmatassuré que les conseils de guerre n'’allaient plus être chargés que des affaires purement militaires, et non des délits commis par des militaires, ce qui diminue-

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ra beaucoup la masse de mes occupations. Alors, mon cher Trébuchet, je ferais valoir auprès du directoire, pour l’obtention d’un congé limité, l'activité du service que j'ai fait depuis que je suis à Paris et je ne doute pas qu'alors il ne me soit accordé le temps de vous aller voir.

Embrassez pour moi votre bon papa, et assurez toute notre famille de mon attachement sincère. La mienne de Paris vous dit mille choses honnêtes.

Je vous embrasse de tout mon cœur.

HuGo.

Je n'ai réellement reçue aucunes lettres de toi mon cher frère et les reproches que tu me fais de ne t'avoir pas répondu m'ont plus d’une fois surprise ; Aujourd’hui je n’ai que le temps de t’assurer de la sincérité de mon amitié et de te prier d'être auprès de mon papa de mes tantes de ma sœur de Louis et généralement de toute ma famille l’interprette de mes sentiments de respect et d’attachement n'oublie pas non plus normand que j'embrasse ainsi que Jeannette et Marion : Jean craint que tu n'aye oublier sa commission il désirerai savoir des nouvelles de ses parents la première fois que tu nous écriras dis nous si tu as pris quelques informations. Adieu je t'embrasse et te souhaite une bonne santé et te prie de croire au sincère attachement de ta sœur et amie.

FeNAUEOr:

On publie officiellement la nouvelle suivante l'Anglais a commencé le bombardement d'Ostende et a fait descendre 4000 hommes sur nos côtes entre cette ville et Dunkerque, 1600 hommes républicains les ont attacués, ont fait 2000 prisonniers et tué 100 hommes, les républicains n'ent ont perdu que 16. La flotte anglaise continuait le bombardement d’Ostende sur les 8 heures du matin (2 plairial) Muscart lui a fait signifier que si elle ne cessait le feu il allait faire fusiller les prisonniers et le feu a cessé. Cette nouvelle doit réjouir tous les Nantais surtout ceux qui ont des en-

fants prisonniers en Angleterre, car dans l'état d'activité avec lequel se font les échanges c'est toujours 2000 hommes de plus qui nous seront rendus et 2000 français valent bien 6000 anglais.

Lettre du Capitaine Hugo à son beau-frère Trébuchet (1).

Paris, le 9 fructidor an 6 de la République française (Dimanche 26 août 1798).

[Eh bien mon frère, Eh bien! Le silence est-il le dieu que vous avés choiïsi? Est-ce avec moi que vous désirés célébrer son culte, je vous préviens que je n’y suis nullement disposé, et qu'ayant depuis près de cinq lustres contracté l’habitude de parler, qu'ayant aussi depuis moins de tems à la vérité, contracté celle d'écrire, je veux rester enraciné dans toutes deux, j'écris donc et c’est à vous, à vous qui vous taisés envers moi, envers votre sœur, envers votre futur neveu ou nièce.

Notre bon papa est-il de retour] à Nantes ? A:-t-il fait une heureuse vacance, est-il rendu à votre amitié, à vos soins affectionnés ? Si comme je le désite, Lil est au -mileurde vous, je vous charge, et vous fait à cet effet mon plénipotentiaire, de l’embrasser autant de fois, que vous espérés sous trois mois compter de parents à Paris ; de lui dire que nous espérons lui écrire et qu'il sortira de la règle qu'il s’est prescrite, pour nous répondre ne fussent que deux mots. Mais s’il n’est point à Nantes, mon cher frère, rappelés vous de vos pleins pouvoirs et dites lui tout ce que vous trouverés de joli, d’aimable et de sentimental.

[Savés vous bien une chose, c'est que je désire vous voir cet hyver, et que je crois ne pas désirer en vain. Une loi nouvelle qui répartit entre les deux Conseils de guerre toute la besogne d’abord attribuée au premier, me permettra de

(1) Cf. Le Figaro, 1er août 1888.

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demander au directoire la permission de courir jusqu’à Nantes.] Alors nous nous r’embrasserons de bon cœur.

Mon cher Trébuchet, comment se porte-t-on dans la famille. Le cousin et la cousine Mathis, mes tantes, ma sœur et tout ce qui la compose se porte-t-il à souhait. Et vous que faites-vous ? A quoi passés vous vos moments précieux, n'êtes vous pas employé au département.

[Votre sœur se porte bien, bien ma foi!

et le travail qu'elle dispose ne l’incommode nullement. Elle s'amuse, elle a fait peu d’amies, mais elles les à bien choisies, très bien. Il est vrai que notre position est différente que celle dans laquelle vous nous avés vus, alors nous étions seulement en ménage, nous n'étions que très peu à notre aise, aujourd’'hui cela va mieux. J'avais alors l’inquiétude de faire partie de l’armée d’Angleterre et nous n’en avons fait partie que sur le tableau. Ce n'est pas, mon ami, que j'eusse craint les dangers et les fatigues, mais je délaissais une nouvelle épouse, et cela n’est pas régalant.

La guerre aura peut-être recommencée avant que vous n'eussiés reçu ma lettre, au moment où vous la lirés nos ar- : mées auront déjà brillé par la victoire, tout est en mesure et tout ira bien.] Si par la circonscription militaire, vous veniés à être classé dans un corps tachés que ce soit dans la 20°, on vous y procurerait des avantages, si vous vous trouviés dans le cas de rejoindre.

[Je vous embrasse, Sophie en fait autant] et nous vous engageons à ne nous oublier auprès de personne de la famille ni auprès du Cr Delair de chez vous, et du citoyen Delaire de Paris.

HuGo.

[Louis vous dit bonjour.

Le citoyen Boulay-Paty, membre du Conseil des 500 m'a chargé de dire miile choses honnêtes de sa part à notre bon papa} veuillés bien le lui dire.

Lettre du Capitaine Hugo à son beau-frère Trébuchet (1).

Paris, le 26 fructidor an 6 de la République française (Mercredi 12 septembre 1798).

Mon cher frère, votre réponse est charmante, ma femme et moi l’avons lue avec une satisfaction vive, entière et tous deux nous vous en votons des remerciements. Puisque vous n’encensés que le dieu de la tendre, de la douce amitié, j'unis mes soins aux votres pour fêter cette divinité si chère aux bons cœurs et si souvent défigurée par les mauvais, malheureusement pas assez rares.

Votre défense est excellente, ma foil tout à fait excellente et la persuasion qui pénètre en la lisant, suffit au juge pour assurer votre succès, ainsi donc vous avés raison.

Vous trouverez ci-joint une lettre pour notre bon Papa, vous qui aimez à mettre les adresses des personnes qui vous sont chères, mettez-y la sienne et qu’elle le trouve en joye et bonne santé.

[J'ai toujours les mêmes désirs d’aller vous voir, mais des désirs vifs, tout à fait vifs: une réflexion cependant me frappe et je me dis le petit enfant pourra-t-il supporter cette longue route, je lenpensescmlendesrétde ses forcesnous fera juger si nous pouvons prudemment nous mettre en voyage, car vous ne doutés pas, mon cher frère, que Sophie veut être tout à fait mère de son enfant, qu'elle ne veut pas l’abandonner à un sein étranger avant d'avoir essayé de lui donner le sien ; qu’elle veut en nourrissant elle-même son poupon, ne faire couler dans ses veines qu'un sang de famille, source des habitudes, et trop souvent guide de la vie. Né d’honnêtes gens, il doit avoir leurs principes, et 1l ne sucera dans le sein de sa mère aucun des vices qui dégradent tant d'êtres dans la société.

Sophie en se chargeant de nourrir son enfant, obéit à la nature ; elle aura des peines, mais aussi que de jouissances ne se procurera-t-elle pas, elle jouira du pre-

(1) Cf. Le Figaro, 1 août 1888.

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mier sourire de l'innocence et verra prospérer sous ses yeux ce qu'elle aura de plus cher.]

Continués, mon cher Trebuchet, à me donner des nouvelles de notre famille, Sophie et moi vous en sommes et, vous en serons toujours reconnaissants.

[Vous devriez bien, mon ami, vous livrer aux mathématiques. Par la suite elles pourraient vous procurer de grands avantages et, à votre Âge il est temps encore de commencer. Mon jeune frère qui est à Nancy et qui s'est livré depuis quelque temps à cette étude brillante, sera au premier moment reçu second Lieutenant dans les troupes de la marine et la conscription ne l’enveloppera que comme officier. Dans l’Infanterie il y a peu d'avancement et si peu que depuis 18 mois “Je n'al pu encore y procurer “un grade à Louis. Il est vrai qu'il n’est pas instruit, mais il l’est encore beaucoup plus que d’autres qui occupent des grades supérieurs et qui n’en sont pas meilleurs à la vérité. Louis est brave autant qu'on peut l'être, à Fleurus, au siège de Maestricht et dans la Franconie, il s’est distingué et je ne sais pourquoi il est resté là ],1l a de bonnes qualités, des dehors avantageux et il ne peut obtenir rien.

Si je vous offre mon Corps plutôt que tout autre, c’est que, mon cher Trebuchet, il vaut mieux, dans l’état où est la discipline, servir avec ses parents et des parents amis, que dans des troupes où tout est étranger. D'ailleurs on s’aide et ceux qui le peuvent en ces cas, ne doivent-ils pas faire. Je doute fort cependant aue vous soyez conscript à marcher de suite, Je pense au contraire qu'étant conscript d'un âge plus éloigné de Vendémiaire, vous pourrés finir chez vous vos cinq ans.

Depuis le départ de Paris du Cr Delaire, J'ai été plusieurs fois pour saluer sa famille et je n'ai eu le plaisir qu’une fois d'y trouver Mile Archambeau, j'y suis retourné pour y faire vos compliments et n’y ai trouvé personne. Néanmoins croyés que je m'acquitterai de votre commission.

Je vous engage toujours, mon cher

Crs Delaire, à leur dire

Trebuchet, à témoigner aux tout ce que vous trouverés d'obligeant de ma part.

Martin, son Epouse et Louis vous remercient de votre souvenir et ils se rappellent avec plaisir, Trebuchet qu'ils aiment bien.

Veuillez dire au cousin Mathis que j'ai fait sa commission et que demain je lui écrirai.

Témoignés notre attachement à toute notre famille et dites lui que si Sophie n'écrit à personne c'est que depuis sa grossesse elle a un dégoût étonnant pour lire et pour écrire et que ce dégoût est insurmontable.

[Allons, Trébuchet, je finis mon Epitre, ma longue épitre et je vous embrasse bien franchement.]

HuGo.

Leltre du Capitaine Hugo à son beau-frère Trébuchet, chez Lenormand, Juge au Tribunal civil (4). Premier conseil de guerre permanent de la {17e division militaire, greffe du 4er conseil de guerre à Paris, maison commune, place de Grève, Hugo adjudant-major au 4er bataillon de la 20e demi-brigade d'infanterie de ligne, rapporteur près du 4er conseil de guerre.

Paris, le 1° brumaire an 7 de la République française (Lundi, 2£ octobre 1798).

Je ne m'amuse jamais, mon Cher Trébuchet à faire des phrases pour le bon plaisir de dire ce que je ne pense pas, pour donner des éloges à qui n’en mérite pas, pour mentir avec élégance : Quand J'écris à mes amis, ou à des parents que J'aime, la source de mon stile part de mon cœur et d'elle ne découlent que des expressions pleines de franchise. A quoi servent ces beaux discours qu’onne pense pas, ces périodes brillantes que le sentiment repousse lorsqu'il ne s'y sent pas porté, à nulle autre chose qu'à prouver que leur “auteur ment: quand il le faut et souvent sans nécessité.

Je vous ai donné mon avis et [je

(1) Cf. Ze Figaro, 8 août 1888.

to

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vous ai félicité sur ce que j'avais vu dans vos lettres, je vous ai dit ce que ie vous répète, qu'elles sont pleines d'idées neuves et justes et que votre stile peut être plus qu'ordinaire, si vous travaillez à le soigner, si vous vous donnés de l'application à l'étude. Je le disais encore à Sophie en recevant votre dernière du 3 Vendémiaire et elle était de mon avis. À votre Âge on a du temps de reste et lorsqu'on le divise bien on en trouve pour l’agréable et pour l'utile, on acquiert quelques talents nécessaires et déjà vous avés commencés cette marche.

Déjà vous vous êtes adonné aux mathématiques : Essayés d'étudier vous même une langue, l'italienne par exemple est facile et il faut peu de temps pour l’apprendre. Nos conquêtes nous rendent cette étude indispensable et elle offre beaucoup d’agréments. Ah! si la carrière des armes que J'ai embrassée trop tôt pour mes goûts puisqu'à peine militaire, J'ai été forcé d'abandonner les sciences, eut prescrit que je m'adonnasse au dessin, à l'allemand, à la musique que j'avais commencés. Aujourd'hui je me récréerais le matin en traçant un léger paysage, Je parlerais allemand le jour et je me désennuyerais le soir. On ne peut plus travailler pour sa propre instruction, quand on remplit des fonctions publiques, telles encore que celles qui absorbent tous mes instants. Si-la paix-se fait je “répa:

rerai le tems perdu, si je m'apperçois qu'il ne soit plus trop tard.]

Il me paraît que vous vous êtes amusé à St-Fiacre et que notre bon papa a été satisfait de sa récolte ; excellente et en quantité, m'a-t-il écrit, aussi devés vous bien vous être amusés en vendange.

Sophie aurait bien désiré partager vos plaisirs et sans sa rotondité, ma foi, il eut été possible qu'elle fut allée vous voir. Moi, j'ai passé le tems dans mes occupations habituelles. Je m'attendais à les voir diminuer un peu parce que la répartition des affaires entre les deux Conseils devait me le faire croire, celà n'empêchera pas que de quelques mois nous ne travaillerons beaucoup. Nous 2avons entre les mains une affaire qui contient plus de huit cents pièces, dont la

majorité à trois et quatre cents rolles ; cette affaire concerne vingt sept chauffeurs de la même bande, elle nécessitera l'appel à Paris de plus de deux cents témoins, et ne finira guère qu’en nivose ou pluviose. Si mon Collègue s'en charge, j'aurai le tems du jugement pour vacance et tacherai d'en profiter.

J'ai recu la lettre de notre bon papa et la note du Cousin Mathis qui y était jointe, J'y répondrai sous peu de Jours, en attendant, mon Cher Trebuchet, assurés toujours ma sœur et notre famille de notre souvenir. Sophie et moi vous embrassons de bon cœur.

HUGo.

Bien des choses honnêtes au Cr Delente,

Le Cr Delair et sa famille vous disent aussi bien des choses. Martin, sa femme et Louis vous aiment toujours bien et se rappellent à votre souvenir.

Lettre du Capitaine Hugo à son beau-frère Trébuchet. Inédite.

Paris, ‘le 9 Nivôse an 7 de la République française (Samedi, 29 décembre 1798).

S'il y a longtemps, mon cher Trebuchet, que je ne vous ai écrit, c’est parce que je n'ai pu le faire: mille soins divers m'ont occupé au point que je ne sais comment je ferai pour réparer ma négligence envers mes parents et mes amis ; il faudra que les uns et les autres m'excusent, et ils en viendront là facilement quand ils sauront que je ne les ai pas un moment délaissés que dans l'in-

tention de leur donner plus de temps, quand mes occupations me le permettraient.

Je ne sais si vous pourrés me lire,

je ne peins pas, J'écrit comme un chat; je peine comme quatre et je griffonne presque nuit et jour. Il n’en peut être autrement quand l’on est chargé de besogne et surtout à la veille de quitter

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des fonctions, qui ne permettent pas de rien laisser en arrière.

J'aurais cependant désiré que moins d'occupations m'eussent permis de vous entretenir plus fréquemment. Vous avés tant gagné depuis que vous vous occupés de votre éducation, que cela me fait un plaisir inexprimable. Continués, continués les mathématiques, pour moi depuis quelque tems mes devoirs m'ont fait abandonner les sciences, délaisser les muses, et ne plus rien donner (?) aux plai- Sirs.

Je vais à la campagne et je m'appliquerai si je puis car les soins qu’on m'y destine, laissent également peu de repos.

J'espère que vous m'écrirés et parce que votre frère trop occupé ne vous écrit presque pas, vous ne le délaisserés pas absolument.

Adieu, mon petit Trebuchet, ma femme et mon fils et son père, vous embrassent ainsi que toute votre famille.

Louis est caporal.

HuGo.

Lettre du Capitaine Hugo à son beau-frère Trébuchet (1).

Paris, le 15 pluviôse an 7 de la République française (3 février 1799).

J'ai reçu avec plaisir, mon cher Trebuchet, la lettre que vous m'avés écrite le 26 du mois dernier, et dans laquelle vous m'exposés les craintes, que votre bon cœur vous fait ressentir sur mon changement de fonctions ; vous craignés qu'elles soient d’un moindre traitement et que le séjour de Courbevoye, n'ait pas pour nous autant de charmes que celui de Paris. Je dois vous remercier de l'intérêt que vous prenés à ce qui nous regarde, et vous dire comment j'envisage ma nouvelle situation.

Je vais vivre à mon Corps plus ignoré sans doute que je ne l'étais dans les fonctions de Rapporteur d'un Conseil de Guer-

(1) CE Le Figaro, 8 août 1888.

re séant à Paris: mais l'espèce d'obscurité à laquelle je vais être réduit, surtout dans un cantonnement ne sera pas sans quelque charme pour moi ; elle pourra m'offrir le temps qui m'est nécessaire à [réparer le vide de travaux studieux, que j'éprouve depuis trois ans, pendant lesquels je me suis consacré en entier pour la chose publique.] Il m'est doux je vous l'avoue de quitter aussi honorablement des fonctions aussi délicates, desquelles souvent, avec les meilleures intentions, on ne se tire pas comme on le désirerait.

La calomnie ne m'atteindra pas avec sa patte aux cent griffes, j'ai pour m'en préserver, le bouclier de l'opinion publique et l’ordre général de la Division, dont j'ai envoyé copie à notre bon papa.

[Je ne regrette pas Paris, je vous l’assure, et mon Epouse doit moins le regretter encore. Elle n'a pu y jouir des plaisirs qu'il offre chaque jour, et si elle s’est quelquefois distraite à Idalie (?), à Mousseaux ou à Tivoli, elle a passé bien de tristes journées, dans notre antique maison Commune. Quand elle a voulu sortir elle a été couverte de boue, elle a été fatiguée avant d'être rendue aux promenades publiques, elle a risqué de fouler le piéton avec un cabriolet, et tout cela, a bien suffi sans doute pour la dégoûter d’une ville, où l’on est toujours forcé de courir une et deux heures pour voir un ami, au risque de ne pas le trouver : À Courbevoye, elle aura peu de courses à faire pour trouver quelques femmes aimables, elle jouira des plaisirs de la campagne, elle verra croître Abel et elle sera bien satisfaite.| Elle désire autant que moi d'y être rendue bientôt, et je suis malheureusement encore à Paris pour plus de vingt jours. Vous pensés, mon cher frère, que la cessation de mes fonctions doit m'offrir moins d'’appointements, Je conviens que cela est vrai, que logement, chauffage et indemnités, j'aurai par an 2.000 francs de moins, eh bien avec cette diminution je n’en serai pas plus mal, par la raison que je vais vivre à la campagne, où mes chevaux me coûteront beaucoup moins, et où je n’aurai pas tant de dépenses à faire. Au reste les avantages dont j'ai joui jusqu'à ce jour

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n'ont été et ne seront toujours que des avantages éphémères et cette chose que je quitte aujourd'hui peut encore me revenir demain.

Savés-vous bien dans tout cela ce que je considère. C'est le plaisir qu'éprouve Sophie d'aller à la campagne, celui d'y voir prospérer notre jeune enfant : l’honneur de former un bataillon capable de se couvrir de gloires, et l'amitié de tous mes camarades. Pour du reste, l'argent est le nerf de la guerre et pourvu que j'en aye assés pour vivre en paix, je vis sans dettes et sans soucis.

Sophie vous embrasse de tout son cœur et je me joins à elle.

Renouvelés à notre bon papa et à notre famille l’assurance de notre attachement.

Dites à ma sœur que quoique il y ait longtems que nous n'’ayons reçu de ses nouvelles nous ne l'en aimons pas moins et que je la prie de permettre à son frère le militaire de l’embrasser de bon cœur et d’embrasser aussi pour lui notre tante.

Louis se porte si bien que bientôt il ne pourra plus passer par notre porte, tant il devient gros et grand.

Bien des choses honnêtes au Cn laire.

Ecrivés moi toujours en ma qualité de Rapporteur et à la maison commune.

[La place de Grève est couverte d’eau, tant la Seine est grande, on ne vient chez moi qu'en bateau, et je désire que la présente ne se noye pas en chemin et vous arrive saine et entière.|

HuGo.

De-

Lettre de Hugo, adjudant-major au 3e bataillon de la 20e demi-brigade à son beau-frère Trébuchet (1).

Paris, 23 ventôse an 7 (13 mars 1799).

[Me voilà, mon cher Trebuchet,tout à fait installé dans mes nouvelles fonctions ; depuis le seize je suis logé à l’école militaire ; mon épouse et mon fils m'y ont

(1) Cf. Le Figaro, 1er août 1888.

suivi et l’une comme l’autre ne semblent pas s’y déplaire, la maman parce qu'elle étend la vue sur les fertiles coteaux de Vaugirard, sur les plaines qui bordent la Seine, sur des avenues que le printemps va rendre charmantes ; le petit Abel parce qu'il aime le bruit des tambours qui se fait entendre du matin au soir ; qu'il sautille aux fanfares guerriers de la superbe musique de la 20€ qu'il s’égaye au bruit perçant des trompettes et que ses yeux ne peuvent suivre trop loin ces bouches à feu que conduit au grand galop une magnifique artillerie légère. Tout ce qui effraye les enfants de son Âge, l’amuse et le satisfait] aussi sa bonne est-elle toujours au Champ de Mars depuis midi jusqu'à cinq heures, à le promener et là lui faire prendre le bon air.

[Voilà les plaisirs de mon épouse, voilà ceux de mon fils, voici, mon cher Trebuchet, les miens] les plus constants. [Du matin au soir je manie mon bataillon je m'occupe de tous les détails qui le concernent et que l'absence du chef, laisse en partie à ma surveillance. Ensuite les jours pairs je me rends au Conseil de guerre où je travaille à terminer les affaires qui me restent.]

Nous devrions être à Courbevoye, mais les fatigues du service de Paris et les élections nous retiennent ici; peut-être nous y rendrons-nous quand elles seront faites du moins on en parle.

Nous avons su le 9 pluviose les effets du tremblement de terre qui a eu lieu le 6 sur les rives de l'Océan et qui s’est étendu à vingt myriamètres au moins dans l’intérieur de la République, je suis charmé d'apprendre que ce phénomène ne vous ait causé aucun malheur et que toute notre famille en ait comme vous été quitte pour la peur.

Les inondations ont été aussi grandes à Paris qu'à Nantes. Nous avons été obligés de sortir de la maison commune en bateau et l’on ne traversait pas autrement la place de Grève, les quais du Louvre et de la Grève ont été inondés jusqu’au premier étage.

Ce que vous me dites de certaine personne me fait deviner pourquoi elle n’a pas daigné répondre à la lettre que je

t© pe

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lui avais écrite quelque temps après mon mariage.

Mon frère Louis est détaché à Chelles où il est Commandant de la place avec une garnison de seize hommes: je lui ferai un grand plaisir en lui disant avec quel plaisir vous l’embrassez.

Je vous embrasse, mon cher frère, du meilleur de mon cœur, mon épouse et mon fils en font autant et tous trois réunis, nous embrassons notre bon papa et vous prions d’être auprès de lui et de notre famille l’organe de notre affection.

H5Go.

Sensibles aux civilités et au bon souvenir du Cr Delaire, du Cr Marion et de Jeannette, nous les remercions de bon cœur et les assurons de notre bon souvenir.

Adressez-moi jusqu’à nouvelle adresse, mes lettres à la Maison Commune.

Lettre de Hugo, adjudant-major au 3e bataillon, 20e demi-brigade d'infanterie de ligne à son beau-frère Trébuchet (1).

Nancy, le 17 floréal an 7 (Mardi 6 Mai 1799)

Vous devez être étonné, mon cher frère, de recevoir une lettre timbrée de Nancy, lorsque vous me croyez encore au sein de l’ancienne capitale de la France ; vous cesserez de l'être lorsque vous serez instruit que [chargé d’une mission particulière au moment où Je venais de perdre un père aussi chéri de sa famille qu’estimé des bons citoyens je n'ai pas perdu un moment et pour apporter s'il était possible des consolations à ma bonne mère et pour remplir le but de ma mission. Ma chère Sophie et mon Abel ont été du voyage, et sont avec moi, au sein d’une famille qui les chérit.]

Vous vous plaignez de mon silence sur Abel, vos plaintes doivent être fondées

(4) Le Figaro, 1+ août 1888.

puisqu'elles ont lieu; je vais les faire cesser.

[Si je vous ‘parle en père de! mon Abel, vous me croirez partial je ne veux vous répéter que ce que j'en entends dire et d'avance je vous dis que c’est la vérité.

Dès qu'il s'éveille, il gazouille et ne pleure jamais. On soulève le rideau de sa couchette et il sourit à quiconque lui rend le premier ce service. Si c’est sa maman il veut lui dire quelque chose et se fait embrasser mille fois. Tout le long du jour il. ne fait que sauter, rire, téter ou dormir. Tous disent qu'il a les traits les plus délicats, aussi s’'entend-il dire souvent : oh! la jolie petite fille, et ce petit bonhomme, comme s'il comprenait le compliment, rit aux éclats à ceux qui lui parlent ainsi. Il a les yeux bien ouverts, un teint de Vénus ; c’est un amour, aussi est-il adoré de sa mère, de son père et de ses tantes.] Ta. Ta. Joignez à tous ces attraits dont une Jolie fille offre l'assemblage, une force dans les reins et dans les bras, qui si elle accroît avec l’âge dans la proportion en fera un luron des plus nerveux.

Ne croyez pas, mon cher Trebuchet, que mon Abel, dans ses promenades, soit confié à de jeunes filles, à des étourdis, il échapperait de leurs mains ; il lui faut des bonnes raisonnables et nerveuses. La route que nous avons faite et dans laquelle il est presque toujours resté sur les genoux de sa mère ou sur les miens, loin de lui faire le moindre mal, me semble ainsi qu’à tout le monde, avoir accru ses qualités physiques. Voilà je crois le portrait d'Abel, de votre premier, de votre plus cher neveu.

Je repartirai d'ici le 30. Je serai rendu à Paris le 6 du mois prochain, parce que je dois m'arrêter à Toul et vous pourrez m'adresser vos lettres à l’école militaire, sous la qualité que je vous donne en tête de la présente.

J'aurais bien désiré, mon cher Trebuchet, que le temps de ma mission n'eut pas été limité, j'aurais fait deux ou trois cents lieues de plus et j'aurais été embrasser mon papa, mes tantes, ma famille et vous aussi. Sophie eut vu ses parents chéris, vous eussiez tous vu mon fils, et

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tous réunis, nous eussions été contents.

Mais, mes ordres sont impératifs, il faut que Je sois à Paris le 6 prairial, et je vais quitter Nancy en y laissant mes affaires domestiques entre les mains d'un fondé de pouvoir, ou de ma mère si la chose est possible.

Adieu, mon cher Trebuchet, embrassez pour ma femme, pour mon fils et pour moi, nos chers et bons parents, et surtout faites en sorte de me donner de leurs nouvelles à mon retour à Paris.

Nous sommes tous à vous.

HuGo.

Lettre de l’adjudant-major Hugo à son beau-frère Trébuchet chez le citoyen Lenormand. juge au Tribunal civil, rue Maupertuis, n° 49 (1).

l'aris, le 25 prairial an 7 de la République française (13 juin 1799).

[Le moment le plus pénible de ma vie est arrivé, mon cher Trébuchet, je pars et Je suis forcé de me séparer de mon épouse chérie et de mon cher Abel : Tous deux ont pris hier tristement la route de Nancy et demain je vais prendre celle de Worms, près Mayence ; mon cœur est dans la même situation que le leur] il éprouve un double chagrin et si quelque chose peut me consoler c’est l’espoir de revoir Abel et Sophie le 8 Messidor à mon passage à Metz. Je tacherai de les revoir quelquefois et si je puis trouver quelque occasion de les rapprocher de moi, je la saisirai avec empressement.

Si j'eusse pu prévoir ce départ précipité, j'aurais laissé tous mes effets à Nancy, lorsque j'y étais, j'aurais dispensé ma petite famille du retour à Paris et je l’aurais quittée bien arrangée. Malheureusement je n'ai pu pressentir ce départ, et d'autant moins encore que j'avais recu dans mes foyers des lettres quime promettaient un long séjour à l’école militaire.

(1) Cf. Le Figaro, 1e août 1888.

Sophie a balancé entre sa famille et la mienne, elle fut retournée à Nantes, si elle n'eut pas eu l’espérance de me revoir plus facilement en allant à Nancy qui n'est distant de Worms que d’environ vingt myriamètres, et d’où elle peut avoir de mes nouvelles tous les huit jours.

J'ai fini par la décider, et comme elle y est connue et aimée, elle ne peut qu'y être bien.

Le Cr Conaud (?) est venu chez moi pendant mon absence ; à mon retour j'ai appris du Cn Boulay-Paty qu'il n'était plus à Paris, ce dont j'ai été d'autant plus fâché, que j'aurais avec bien de la satisfaction fait sa connaissance, parlé de vous et satisfait à vos désirs.

Mon Abel est toujours gay ; il se fortifie chaque jour et quoiqu'il n'ait que son septième mois aujourd'hui, il dit déjà distinctement papa et maman: peu d'enfans donnent autant de satisfaction et se font autant et généralement aimer que lui.

Embrassés pour moi, pa.

Voyés je vous prie mon cousin Mathis, embrassés-le pour moi ainsi que ma cousine, et dites-lui que quoique je ne lui aye pas répondu, je n’en ai pas moins remis les pétitions qu'il m'a adressées entre les mains du Cr Boulay-Paty, qui m'a assuré les avoir apostillées et déposées à la Commission. Dites-lui de plus que si leMnAISDAsS répondu ce nieS Das par négligence, mais c'est qu'ici comme au Conseil de Guerre, je n'ai pas une minute à moi et que peut-être je ne vous écrirais pas sitôt si, pour raison du départ, mes occupations n'étaient par là suspendues.

[Voici l'adresse de Sophie :

A la Cnne Hugo la jeune, chez sa mère, Rue des Maréchaux No 81, Ville vieille à Nancy.]

mon grand Pa-

Voici quelle sera la mienne :

Au Cr Hugo, à Worms, armée du Danube.

Je vous prie, mon cher frère, de croire à ma sincère amitié, elle vous est vouée sans bornes.

La famille Labrosse vous salue ainsi

APPENDICE

que mon grand papa. Mes amitiés aux jeunes Delair et Brosson.

Ne m'oubliés pas auprès de notre famille.

Tachés de me donner de vos nouvelles promptement et pour ce adressés-moi votre lettre Poste restante à Metz, faites en sorte qu'elle y soit rendue le 7 de Messidor, Sophie en prendra connaissance.

Votre ami, HuGo.

Toutes les fois que vous m'adresserés une lettre simple à l’armée, affranchissés-la pour trois sols elle me parviendra plus surement.

Lettre de l'adjudant-major Hugo, armée du Rhin, 4e division militaire, quartier général Nancy, au citoyen Trébuchet, lieutenant d’une compagnie franche de la Loire-Inférieure, rue Maupertuis, n° 49, Nantes (1).

Nancy, le 19 thermidor an 7 de la République française (6 août 1799).

En quittant Paris, mon cher frère, j’avais envoyé mon épouse et mon fils à Nancy, elle y demeurait chez ma mère, j'avais préféré lui donner cette destination parce que je regardais comme possible qu'elle me revit quelque fois, et que j'étais persuadé qu'elle recevrait plus facilement de mes nouvelles que si elle eut été à Nantes, beaucoup trop éloigné de notre armée ; mes espérances se sont réalisées d’une manière agréable pour elle et pour moi, puisque nous sommes réunis et que je suis employé comme adjoint aux adjudants généraux de cette division, je ne sais combien de tems je resterai ici, majs il serait possible que j'y restasse l’hyver et alors j'aurais la satisfaction de passer cette rude saison au sein de ma famille. S'il en était autrement, je me résignerais encore, mais [je sais prendre le bon tems quand il vient.

(1) Cf. Le Figaro, 1e août 1888.

Sophie se porte toujours bien, elle nourrit encore son Abel et veut qu'il tette jusqu’à un an, parce que, dit-elle, c'est la mode dans vos départemens et que les enfants s’y portent mieux qu'ailleurs.

Je pense que c'est assés jusqu’au neuvième mois, pour la mère comme pour l’enfant/ carvsi celui (ci), profitelce nel doit être qu'aux dépens de la santé de sa mère et je craindrais que celle de Sophie n’en fut altérée, avec un luron de l’appétit d’Abel.] Il a heureusement fait deux dents, j'espère que les autres pousseront de même et jé regarderai comme un grand bonheur s'il échappe à tous les dangers de l'enfance, qui chaque jour jettent l'épouvante et le deuil dans les familles. La petite vérole a fait ici des ravages, Je crois que mon fils en sera exempt cette année. Je voudrais bien, mon cher Trébuchet, que les circonstances me permissent d'aller revoir Nantes, d'aller faire connaissance avec ma famille, et de vous présenter ce que J'ai de plus cher.

Donnés-moi des nouvelles de notre grand papa et de nos parents de Nantes, il y a longtemps que je n'ai rien reçu et que je désire en recevoir. Dites de notre part bien des choses honnêtes au Cr Delaire et aux Cns Delaire fils de Paris.

[L'armée reçoit chaque jour des renforts. Les bataillons auxiliaires s’organisent et avant peu je pense que nos armées reprendront victorieusement l’offensive.]

Donnés moi de vos nouvelles, de celles de votre Pays et de l'Etat de la guerre qui s’y fait.

Louis doit être nommé actuellement sous-lieutenant de Grenadiers, le Cr Moulin (?) membre du Directoire m’annonce qu'il a apostillé la demande que j'ai faite de ce grade pour lui, et je m'’attends à recevoir de jour à autre sa commission.

Je vous embrasse de tout mon cœur.

HuGo.

Adjoint aux adjudants généraux,

des Maréchaux, No Nancy (Meurthe), 4e

rue 81, Vieille ville, à division militaire.

APPENDICE

Lettre de Hugo, adjudant-major à la 20e de ligne, adjoint aux adjudants généraux, capitaine rapporteur du 2e conseil de guerre. Armée du Rhin, second conseil de guerre permanent de la 4e division militaire, au greffe du 2% conseil de guerre, à Nancy, rue Callot, n° 40%, à son beau-frère Trébuchet. Inédite.

Nancy, le 8 vendémiaire an 8 de la République française (30 septembre 1799).

Sophie et moi, mon cher frère, avons été sensiblement affligés de la maladie de notre grand papa, et nous l’eussions été bien davantage, si en nous annonçant cette nouvelle, vous ne l’eussiez pas accompagnée de celle qui nous l'annonce hors de tout danger : Nous vous remercions tous deux de l'intention que vous avez eùe à ne pas nous jetter dans l'inquiétude, et nous vous prions au nom de tout cel que-vous avés de plus-cher a engager ce bon Papa a beaucoup de ménagements. Je sais qu'il est grand travailleur, qu'il se fatigue sans cesse, son Âge veut du repos et il doit en prendre.

Que je serais heureux mon cher Trebuchet, si je pouvais l'embrasser, lui présenter mon fils, mon épouse... Si je pouvais connaître la famille à laquelle j'appartiens. Sera-ce donc envain que j'en formerai le désir? Me voilà à cent myriamètres de vous, quand pourrai-je les franchir pour aller vous embrasser tous.

Quand ? Ah, mon ami, que l'espoir en est encore loin de moi.

L'armée dont je fais partie a repassé le Rhin, il ne reste plus au delà que les garnisons d'Ehrenbresthein, Neuvied, Cassel, Kehl et Huningue, qui gardent ces forts. Ce qui a déterminé ce mouvement rétrograde était la suite d’une combinaison militaire, dont le but était de découvrir l’armée du Danube commandée par Masséna, afin que ce général put chasser entièrement l'ennemi des lignes grises, et détacher ensuite un corps de vingt mille hommes par la vallée d’Airolo sur le Milanais où le Général Championnet devait attaquer les Austro-Russes et faire sa Jonction tant avec cette colonne détachée de l’armée du Danube, qu'avec l’armée des Alpes. Une partie

de ce plan a réussi, la bataille de Novi, où la France a perdu Joubert, devait préparer nos succès en Italie, elle a été livrée, mais les troupes ont été forcées de reprendre leurs positions primitives.

Néanmoins Championnet a pénétré dans le Piémont, Lecourbe dans la vallée d’Airolo, après quelques succès de Masséna, et l’on s’attend à la jonction deces deux généraux. La passage du Rhin exécuté par notre armée et sa marche sur Schwetzingen ont forcé le général Autrichien Charles à se rendre à marches forcées sur nous et quand il n’en était qu'à deux Journées, nous nous sommes retirés, ses forces étant infiniment supérieures aux nôtres, numériquement Seulement. À peine nous retirions-nous sur la rive gauche de ce fleuve, que l’armée a reçu ordre de détacher douze mille hommes vers la Hollande, de sorte que ce qu'il en restait a été de suite réparti dans les places fortes et cantonnemens, s’attendant à voir d’un moment à l’autre l'ennemi à passer le KRhin, et n'ayant plus de moyens de l'empêcher.

Néanmoins nous avons appelé dans nos places les moins exposées, les bataillons auxiliaires des départemens de l’arrondissement de l’armée, et au moyen de ces nouvelles troupes, nous tirerons les vieilles d’une partie de ces places, pour les opposer en cas de passage, ou couvrir en attendant des renforts, les points principaux. Voilà notre situation actuelle, elle peut d’un instant à l’autre beaucoup s'améliorer et j'ai lieu de penser qu’elle a encore quelque chose d'imposant, puisque: le P. Charles n’a pas encore tenté de faire usage de ses nombreux équipages de pontons.

Nos départemens sont tranquilles, très tranquilles, on y acquitte bien les contributions, on y fournit à toutes les réquisitions, mais il faut y veiller sur les prêtres. Ils avaient déjà formé des rassemblemens à des fontaines miraculeuses, ils en avaient formé sur la chaîne des Vosges, les premiers ont été dissipés par la persuasion, les derniers par des détachements de troupes qui les ont battus et dispersés, de sorte qu’à présent il n’en est plus du tout question.

APPENDICE

Me voilà encore une fois rapporteur d'un Conseil de Guerre je crois qu’à force de plaider, je finirai par en faire ma profession. De tous tems elle n’a pas été la plus mauvaise, je ne dis pas cela pour moi, elle ne me rapporte rien et depuis trois mois je n'ai pas touché un denier, mais je le dis pour tous ceux qui ont célébré Bartolet et Cujas et qui ne s’en sont pas mal trouvés.

Mon Abel a eu la petite vérole, il en est un peu masqué sur le nez, mais comme elle ne le défigure pas, et qu’au milieu de la contagion qui nous entoure, il à eu grâce au sein de sa mère le bonheur de s'échapper, nous sommes on ne peut plus contens qu'il ait eu aussi heureusement cette maladie. Sophie a eu pour lui tous les soins d'une bonne mère, cest à son sein, qu'il doit son salut puisqu'il tétait encore et que très peu d'enfants sevrés ont été sauvés depuis que cette funeste maladie existe ici.

Vous êtes donc toujours entouré de vos vilains chouans, quand donc finiront-ils leurs brigandages ? Ici nous sommes plus heureux, nous n'avons que de sales Autrichiens, que d’'horribles Russes quisont très contens de leur captivité. Les premiers sont on ne peut plus mal vêtus, une mauvaise capote les couvre et la misère s’en sert pour se couvrir avec eux ; les autres sont couverts de haïillons, ont des bonnets pointus comme les habitants de l'Isle verte, et font peur aux petits enfans par leurs longues barbes. Ce sont de très vilaines gens. Aussi depuis que nos jolies femmes les ont vus, elles ne les désirent plus et préfèrent les volontaires français, à toute cette race maudite, pouilleuse et pillarde.

Sophie se plaît beaucoup par ici. Elle court les bois, où elle trouve des sites charmans, et compare tout ce qu’elle voit aux rivages de la Chère et du fameux Chateaubriant. Là c'est une épaisse forêt qui ressemble à la petite trouppe qui couvre cette ville, ici c'est un superbe édifice qui imite la Maison Commune qu'on y voit ; là c’est la Meurthe rapide et tortueuse qui ressemble en tout à la Chère marécageuse et dormante ; Nous rions tous deux de ces comparaisons et je

finis par convenir qu'excepté Nantes, la Bretagne est un pays qui n’est pas trop agréable, malgré toutes ses richesses, qui ne valent pas la tranquillité de ce pays, où l’on dort sans inquiétude, excepté Sophie cependant qui pendant 24 heures à eu peur du prince Charles.

Adieu, mon cher Trebuchet, Embrassé par ma femme, mon fils et moi, allés, embrasser notre bon papa pour tous ainsi que notre famille.

HuGo.

Lettre de Hugo, capitaine rapporteur du 4er conseil de guerre etc... à son beau-frère Trébuchet chez le Cn Lenormand-Dubuisson, rue Maupertuis (1).

Nancy, le 19 germinal, an 8 de la République française (9 avril 1800).

Arrivé d'hier, mon cher Trebuchet, après avoir assés longtems cotoyé les Vosges, avoir été au pied du Donon, et être remonté aux sources de la Sarre, je m'attendais en retrouvant ma Sophie et mon Abel, a lire au moins une de vos lettres, étant parti extrêmement étonné de votre silence et ayant différé de vous écrire en remettant toujours au lendemain par l'espérance de recevoir de vos nouvelles et de notre chère famille. Jugés si j'ai du être surpris en ne trouvant rien chez moi de ce qui vous était relatif car je vous dirai que je n'ai pas reçu la lettre par laquelle vous nous annoncés la grave maladie de notre cher grand papa, je ne sais ce qu'elle est devenue et puisqu'elle m'a évité des inquiétudes je rends grâce à ceux qui l'ont placée aux oubliettes, je ne ferais pas de même, mon cher Trebuchet, si vous ne m'eussiez donné la nouvelle de son heureux rétablissement dont je vous prie de lui témoigner tout notre plaisir. [En arrivant ici j'ai retrouvé mon épouse bien portante mon Abel bien gai, babillant à faire rire et surtout ne pleurant pas} je voudrais que

(1) Ci. Le Figaro, 8 août 1888.

APPENDICE

vous puissiez nous revoir en famille, cela nous ferait plaisir à tous.

[Vous me dirés, qu'êtes vous allé faire dans les Vosges et je vais vous le dire : Chargé de l'instruction d’une procédure très volumineuse contre des assassins, j'ai eu besoin de me rendre sur les lieux, d’y visiter leurs repaires, d'y entendre les témoins, de donner à la procédure le développement nécessaire. J'ai, je vous l’avoue parcouru un pays unique en son genre. Couvert de la suite des Alpes appelée Vosges, le sommet des monts est couvert de neiges, de glaces et de sapins toujours verts, et qui offre un coup d'œil étonnant. Des rocs aigus et détachés qui dépouiilés de terre s'élèvent par degrés et quelques uns jusqu'aux nues, surmontent beaucoup de collines dont les vallées sont remplies de tourbe recouverte d'herbes aromatiques ; si elles offrent des paturages délicieux, elles offrent aussi des dangers après les pluies qui détrempant cette tourbe, la rendent aussi molle que les marais et exposent les hommes et les chevaux à se noyer sans espoir d'être secourus. Le paysage y est brillant!]

Vous connaissez par là les causes de mon silence. Je suis bien charmé que les vôtres ayant été dans l'espoir que vous avés eu de nous donner de plus agréables nouvelles que celles que vous nous avés adressées et que nous n'avons pas reçues. Dites donc à notre bon papa combien nous sommes charmés de son entier rétablissement et combien nous voudrions pouvoir l’embrasser pour lui en témoigner notre joye.

Si notre grand Papa désire être conservé et qu'il ne le soit pas, cela nous fera de la peine par rapport à lui, mais si consultant mieux son intérêt, c’est-àdire sa santé, il préfère une vie douce et paisible au tracas des tribunaux, nous serons aussi contens de le voir tranquille, parce qu’au moins nous serons plus surs de le conserver. Nous ne désirons en cela que ce qui peut et lui faire plaisir, et lui conserver la santé.

La lettre dont je vous parle dans la présente est celle que j'ai reçue tout à l'heure, elle est datée du 6 de ce mois.

Nous vous félicitons d'être conservé dans votre place.

Sensibles au bon souvenir de notre famille, nous vous prions de lui en témoigner notre reconnaissance.

Ma femme, Abel et moi, vous embrassons tous du meilleur cœur et vous prions de ne nous oublier auprès d'aucune des personnes qui vous parleront de nous.

HuUGo.

Ne négligés pas de m'écrire une fois chaque mois, au moins, de mon côté J'en ferai autant Je vous le promets.

Lettre de l'adjudant-major Hugo. armée du Rhin, quartier général de Memingen, à son beaufrère. Inédite.

Memingen, le 22 floréal an 8 de la République française (12 mai 1800).

J'ai reçu hier, mon cher frère, la lettre que vous m'avés écrite et dans lÎlaquelle vous me donnés les détails des malheurs arrivés à Nantes; Je l'ai de suite envoyée à ma Sophie, dont je recevais aussi une lettre, dans laquelle elle me peignait ses affreuses inquiétudes.

Je n'ai été informé ‘de ce terrible évènement que par le Moniteur qui ayant donné le nom des victimes m'épargna des inquiétudes sur le sort de ma famille. Sans ce journal, sans les détails dont il est plein, jugés qu'elles eussent été les miennes, vous sachant si près de ce château.

Je vous remercie toujours beaucoup, mon cher frère, du soin, que vous avés pris de m'instruire vous-même de cette explosion, et de me rassurer sur le sort de tout ce qui nous appartient.

Voilà donc Louis maréchal des logis de la gendarmerie organisée dans les départements de l'Ouest ; Si, mon cher Trebuchet, on juge à propos de l’attacher à la place de Nantes, je vous recommande de le guider dans sa conduite et lui faire bien sentir qu'il ne peut se maintenir dans son nouveau grade, que par une excellente conduite. Guidés alors la sien-

APPENDICE

ne, mon ami, ne lui procurés que quelques-unes de vos connaissances et faites tous vos efforts pour l'empêcher d’en faire de mauvaises. Louis n'a pas cultivé son éducation dans son enfance il préférait le jeu à l'instruction et il doit se bien repentir des moments qu'il a perdus. Sa jeunesse s’est passée dans les camps, il y a contracté les habitudes du soldat, il faut aujourd’hui qu'il répare le temps perdu, qu'il établisse un nouveau plan de vie, qu'il travaille à son instruction et se fasse un peu à la société.

Témoignés, mon cher Trebuchet, à mon grand papa, à mon cousin Mathis et à notre famille ma reconnaissance de l'accueil flatteur qu'ils lui ont fait; je sais sentir le prix de pareils procédés et Jje voudrais être à même de leur en faire connaître moi-même toute ma satisfaction. Je ne désire qu'une chose, c’est que mon frère travaille à se concilier leur estime.

Je vous écrivais que mon épouse allait se rendre à Nantes; des lettres que je reçois et dans lesquelles elle n’annonce point encore ouvertement l'idée contraire, me font penser, qu'attendu son état, elle agira plus prudemment et ne s’encaissera pas dans une diligence au risque de se faire presser, ainsi que son intéressant Abel. Je préfère, comme j'ai lieu de prévoir que les hostilités seront bientôt suspendues, qu'elle fasse ses couches à Nancy où j'irai la joindre incessamment et la conduire lorsque son enfant aura assés de forces, dans une voiture à moi, dans le sein de sa famille ; elle désire la voir, je désire la connaître et certainement je ne négligerai rien pour que nous soyons tous deux satisfaits. Je m'en fais une véritable fête.

Je vous remercie sur ce que vous me dites d’obligeant, mon cher Trebuchet, je vous avoue que je me trouve infiniment honoré de la confiance qu'on m'’accorde et que tous mes efforts tendent à la conserver, mais que s'il tallait rester longtemps séparé de ma Sophie, quand je la sais dans de vives inquiétudes, je prendrai peut-être un autre parti. Si les espérances d’un sort plus brillant peuvent me flatter, c'est je vous assure plus à cause

de votre sœur, du bienêtre qui peut en résulter pour elle, que par rapport à moi.

Quand! on aune famille et-qu'on: est dans l’Âge de la voir se former, on ne doit négliger aucun des moyens de lui assurer une honnête aisance, ou du moins un sort ; tel a toujours été mon but depuis que j'ai connu votre chère sœur, je n'ai négligé aucun des moyens de le remplir. Je préfère le tenir longtems de mon travail que du malheur des autres, puissent à cet égard mes enfants, me conserver un pareil attachement à celui que je porte à ce qui appartient à mes deux familles.

Je vous embrasse bien sincèrement ; vous avés dû déjà recevoir de ce pays une lettre de moi, elle vous donne mon adresse. Si vous ne l'aviés pas reçue, continués à m'adresser vos lettres comme vous l'’avés fait.

Embrassés pour moi grand papa et notre famille.

HuGo.

Lettre de Hugo, adjudant-major, quartier général de Memingen en Souabe, armée du Rhin, Général Moreau, à son beau-frère Trébuchet (1).

Memingen en Souabe, le 13 prairial an 8 de la République française (Lundi 2 juin 1800).

J'ai appris par mon épouse, mon cher frère, que vous m'aviés écrit à Nancy et que vous me donniés dans votre lettre, des nouvelles de notre grand papa dont la santé continue à notre satisfaction commune à s'améliorer. Elle a dû ou doit vous répondre sous peu, et vous annoncer que depuis le 28 germinal [je suis parti de Nancy pour me rendre près du chef de l'état-major de la réserve de cette armée.] La peine que lui a fait ce départ l'a déterminé à me demander d’aller faire un voyage dans sa famille et de s’y distraire des chagrins qu'elle ressent de mon absence ; j'ai senti par mon propre état, ce que je devais à une épou-

(1) Cf. Le Figaro, S août 1888.

"pee

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se chérie et je lui ai répondu que je consentais de tout mon cœur à ce qu’elle se rendit près de vous, mais comme elle a beaucoup de précautions À prendre tant pour son fils qui fait des dents, que pour elle qui est enceinte, je l'ai fortement engagée à n'entreprendre ce voyage qu'après avoir consulté le médecin que J'ai chargé du soin de sa santé et après s'être mise dans le cas de le faire avec toutes les commodités possibles ; si donc rien ne s'oppose À ce que ses désirs soient satisfaits, elle quittera incessamment ma famille pour retourner vers la sienne, où je ne doute pas qu’elle ne soit infiniment accueillie. Peut-être bien sera-t-il possible que si la campagne continue à être heureuse et qu'elle ne soit pas longue comme nous avons lieu de le penser, j'aille la joindre, vous embrasser et faire connaissance avec une famille que j'aime ; ce sera je vous avoue un bien beau jour pour moi, puisse-t-1l arriver bientôt. |

Voilà trois couriers que je n'ai pas recu des nouvelles de Nancy, cela m'inquiète ; cependant j'espère en recevoir demain parce que Sophie est très exacte à m'en donner de mon côté je lui écris presque tous les deux jours et aussitôt que j'ai un moment; c’est elle que je charge de mes commissions envers ma famille, je n’y écris plus qu’à elle seule, et comme elle demeure chez ma mère et qu'elle y mange, elle lui communique ce qui la concerne.

C'est mon Abel qui porte mes lettres à la poste, il les tient à sa main et dit aux personnes qu’il connaît qu'il va mettre une lettre dans le trou pour son papa.

Il est dans mon absence l'unique consolation de [sa mère qui ne veut voir personne.

Si elle se rend dans sa famille, il faudra bien qu'elle voye ses parents, ses amis et nécessairement elle se dissipera ; il le faut pour sa santé, aussi, mon cher Trebuchet, je vous engage à ne négliger aucun des moyens de la distraire des noires idées dont elle se charge l'1magination ; elle aime bien, il faut donc éloigner d'elle toute idée des dangers que je puis courir ; la rassurer quand le re-

tard des postes serait dans le cas de lui faire croire à des évènements malheureux ; c'est je vous assure ainsi qu'il faut se conduire avec elle depuis que je l'ai quittée elle s’est plusieurs fois rendue très malade et l'aurait été davantage si ma grande exactitude si mon attention scrupuleuse, à lui écrire souvent ne l’eut mise dans le cas de recevoir des lettres qui la rassuraient, mais elle ne se rassure qu'un peu et s'imagine toujours que dans l'intervalle qui s’est écoulé, il peut m'être arrivé quelque chose de fâcheux. Je gémis je vous l’assure de la voir dans un pareil état de sensibilité parce que je sens l'impossibilité dans laquelle je suis de la rassurer assés tôt.

Elle devrait se faire un peu à moins d’inquiétudes ; je me suis trouvé à plusieurs combats et aux trois grandes batailles que nous avons livrées à Lugen, Moeskirch et Biberach et J'ai eu le bonheur de n'être pas blessé. Les évènements qui pourront se passer seront nécessairement moins chauds que ceux qui ont eu lieu et dans lesquels l’acharnement et l’opiniatreté ont été sans exemple. Rassurés la donc aussi quand vous lui écrirés.

Bien des choses de ma part à notre grand papa et à notre famille, je les embrasse ainsi que vous. HUGo.

Mon adresse est :

Au Cr HUGO, adjoint en chef de l’Etat-Major de la réserve de l’armée du Rhin, en Souabe.

Vous savez sans doute que nous sommes depuis le 8 maîtres de la ville d'Augsbourg, et que déjà de nos troupes sont sur le territoire de la Bavière.

Nous attendons des nouvelles du Premier Consul pour pousser plus avant.]

Lettre de Hugo à son beau-frère Trébuchet (1).

Bombach, le 15 messidor an 8 de la République française (vendredi 4 juillet 1800).

[Nous sommes au cœur de la Bavière mon cher Trébuchet, nous tenons gar-

(4) Cf. Le Figaro, 8 août 1888.

APPENDICE

nison dans Munich qui en est la Capitale. Nos troupes sont en possession de la Souabe et de tout le cours du Danube jusqu’à Neudorf. Bombach d'où Je vous écris est à trois lieues d’Ingolstadt. Nous nous occupons de la réduction d’Ulm.

Sophie s’est décidée à m'attendre à Nancy où j'espère être rendu en fructidor prochain.|

Embrassés pour moi mon grand papa ma famille et tout ce qui vous appartient.

Je vous embrasse aussi.

HUGo.

[Voici mon adresse :

Au Cn Huco chef de bataillon, adjoint au chef de l’Etat-Major du centre de l’armée du Rhin.

Au Quartier Général

En Bavière.]

de l'Armée.

Lettre du Capitaine Hugo à M. Lenormand-Dubuisson. Inédite.

Lunéville, le 4 germinal an 10 (?) (25 mars 1802) (?)

A mon retour d’une mission qui m'avait été confiée je trouve ici une lettre de vous, mon cher grand papa, et je vois qu'ayant perdu les places que vous occupiés, vous désirés entrer comme juge dans les tribunaux spéciaux. Je vais m'’occuper d'en faire pour vous, la demande dans la supposition comme vous me le prescrivés où il en serait établi un dans le département que vous habités.

J'aurai beaucoup à me féliciter, si appuyé des apostilles dont je vais le faire émarger, je puis être assés heureux pour vous être utile.

Dans mes lettres en est jointe une de mon frère Louis, qui voit enfin la paix après beaucoup de périls et de gloires.

Pendant mon absence ma femme était allée en passer le temps dans ma famille, je l'ai retrouvée ici bien portante, ainsi que ses enfants. Elle a fait vacciner le plus jeune.

Nous sommes maintenant ici seuls, et

j'attends des ordres sur une destination quelconque. Je pense être appelé à Paris, si cela est j'en serai d'autant plus content que cela me permettra de suivre activement les démarches que j'ai commencées, les unes pour faire placer TRE- BUCHET dans les postes, les autres pour faire placer mon jeune frère aspirant dans la marine. J’attache beaucoup à la réussite de ces deux démarches qui finiront par leur procurer à chacun un état.

Présentés de la part de ma femme et de la mienne, à mes frères et sœurs et à notre famille l'hommage de notre sincère attachement.

Bien des choses honnêtes au Cn DE- LAIR.

Nous vous embrassons de tout notre cœur, mon cher grand papa.

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